« Ce que le dirigeant de la Syrie attend de l’Ouest »

What Syria’s leader wants from the West
The Times (Royaume-Uni)

[AUTEUR] Michael Gove est chroniqueur pour le Times et président de Policy Exchange, un think tank britannique conservateur.

[RESUME] Aujourd’hui, chaque nouveau dirigeant politique dans le monde est présenté comme un rénovateur. Tony Blair, dans une interview au Financial Times, a même présenté ainsi Bashar El Assad, le président syrien. D’une certaine façon, Tony Blair a raison, Bashar El Assad a bien réussi à transformer la Syrie d’une façon que personne n’aurait imaginé : il en a fait un pays terroriste encore pire que du temps de son père.
En effet, bien qu’étant un État laïc, la Syrie a accru son soutien militaire, financier et politique au Hamas, au Jihad islamique et au Hezbollah. Malgré cela, Tony Blair a proposé à la Syrie l’aide du Royaume-Uni pour développer ses technologies, conseiller ses réformes économiques et accroître son influence sur la scène internationale. Qu’importe si le rôle de ce pays dans le monde consiste principalement à aider les meurtriers islamiques !
Le Royaume-Uni est en train d’appliquer avec la Syrie la même politique que les États-Unis ont mené vis-à-vis de la Corée du Nord et qui a permis à Kim Jong Il de développer son programme nucléaire. En étudiant l’exemple nord-coréen, Bashar El Assad, qui veut développer son armement bactériologique et chimique, a bien compris l’intérêt qu’il pouvait tirer d’un accord avec le monde occidental.

« Poser aux responsables saoudiens quelques questions difficiles »

Ask Saudi officials some tough questions
International Herald Tribune (États-Unis)

[AUTEUR] Virginia N. Sherry est directrice associée de la division Proche-Orient et Afrique du Nord de Human Rights Watch.

[RESUME] L’approche du terrorisme par l’Arabie saoudite a été largement critiquée aux États-Unis. Mais le problème est bien antérieur au 11 septembre 2001, comme le montre la réponse saoudienne à une série d’attentats non revendiqués dont les victimes ont été des Occidentaux vivant sur son sol. Cinq attentats à la bombe contre des particuliers ont fait trois morts et deux blessés graves entre novembre 2000 et le 29 septembre dernier.
Le ministre de l’Intérieur saoudien a totalement exclu la responsabilité de ses concitoyens. Il a désigné sept Occidentaux qui, sous la torture, ont avoué les avoir commis en marge d’un trafic d’alcool. Les familles des accusés ne croient pas à cette thèse et, d’après un responsable anonyme des services de sécurité états-uniens cité par le Times, les traces de C4 trouvées sur les lieux des attentats ne plaident pas en faveur du règlement de compte entre truands. A l’issue d’un procès dans lequel aucune preuve autre que les aveux ne fut apportée, deux des accusés furent condamnés à mort, quatre autres à dix-huit ans de prison et un à huit ans de prison. Ces peines ont été confirmées en appel malgré les preuves de tortures lors des interrogatoires, en violation de la loi saoudienne.
Certains n’hésitent pas à affirmer que cette mascarade judiciaire avait pour but de protéger les vrais poseurs de bombes, saoudiens. Si cela était vrai, le président Bush et le Congrès des États-Unis devraient demander avec insistance aux Saoudiens comment la justice est administrée dans leur royaume.

« Comment les inspecteurs peuvent gagner la bataille »

How inspectors can win the struggle
International Herald Tribune (États-Unis)

[AUTEUR] Jonathan B. Tuckerest membre de l’United States Institute of Peace, un organisme dépendant du Congrès. Il a été inspecteur en désarmement en Irak, spécialisé sur les armes biologiques en 1995, et membre du Center for Nonproliferation Studies du Monterey Institute for International Studies.

[RESUME] Les analystes américains estiment qu’il existe des omissions dans les 12000 pages du rapport de l’Irak. Seraient notamment absents 550 containeurs de gaz moutarde et 150 bombes biologiques que Bagdad prétend avoir détruit au début des années 90, mais dont les inspecteurs présents entre 1991 et 1998 n’ont jamais pu confirmer la destruction.
Il est toujours difficile d’avoir confirmation de la destruction d’armes ou d’en avoir la preuve. L’expérience confirme qu’il faut entreprendre un important travail de vérification et de recoupement des sources. La nouvelle équipe d’inspection doit procéder ainsi et, pour cela, doit disposer de temps : une telle recherche peut durer des semaines, voire des mois.

« Un moment décisif pour la paix au Proche-Orient »

Decisive moment for peace in Middle East
Gulf News (Dubaï)

[AUTEUR] Mustapha Karkouti est l’ancien président de la Foreign Press Association à Londres.

[RESUME] Les représentants du quatuor diplomatique qui a rédigé le nouveau projet de plan de paix pour le conflit israélo-palestinien vont se retrouver vendredi à Washington. A cette occasion, le secrétaire d’État américain Colin Powell accueillera le secrétaire général de l’ONU Kofi Annan, le chef de la politique étrangère de l’Union Européenne Javier Solana, le commissaire européen aux Affaires extérieures Chris Patten et le ministre russe des Affaires étrangères, Igor Ivanov. Ils discuteront des quatre points du plan qui prévoit :
- Le retrait des troupes israéliennes de la Cisjordanie et de la bande de Gaza et la tenue d’élections libres dans les territoires palestiniens début 2003 en échange de garanties concernant la sécurité d’Israël. Ce point est problématique car on voit mal comment des élections pourraient être préparées alors que beaucoup de Palestiniens ne peuvent pas se déplacer librement et que la présence des troupes israéliennes empêche les forces de sécurité palestiniennes de combattre les mouvements terroristes qui résident sur son territoire.
- La création d’un État palestinien avec des frontières respectées d’ici 2004.
- Des négociations en vue d’un statut permanent en 2005.
- Enfin, des discussions sur les problèmes les plus difficiles : le droit au retour des réfugiés et le statut de Jérusalem.
Malgré cette réunion et ce plan, le co-coordinateur spécial de l’ONU pour le processus de paix au Proche-Orient, le norvégien Terje Roed-Larsen, n’est pas optimiste. En effet, la future guerre en Irak, la position du gouvernement israélien et le désespoir et la pauvreté de la population palestinienne ne favorisent pas la négociation.
C’est pourquoi il faut agir vite. Un accord de tous les membres du quatuor diplomatique contraindra les Israéliens et les Palestiniens à se conformer au plan. Une victoire du Likoud et d’Ariel Sharon semble annoncée en Israël. Mais le nouveau gouvernement israélien, qui ne comptera plus de travaillistes, ne devrait pas avoir une politique différente du précédent.

« Comment la Russie peut-elle bien jouer le "joker" pétrolier ? »

How well can Russia play the oil ’wild card’ ?
Asahi Shimbun (Japon)

[AUTEUR] Yoichi Funabashi est rédacteur et analyste des relations internationales pour le Asahi Shimbun.

[RESUME] La Russie est aujourd’hui le troisième producteur de pétrole mondial derrière l’Arabie saoudite et les États-Unis et le troisième exportateur derrière l’Arabie saoudite et la Norvège. Le pétrole est devenu l’une des raisons principales du rapprochement stratégique russo-américain depuis le 11 septembre 2001. En effet, Washington veut être moins dépendant du pétrole du Proche-Orient et les compagnies pétrolières russes entendent développer leurs exportations aux États-Unis, tout comme en Europe et en Chine. La Russie assure que son pétrole peut aider à stabiliser des prix au plan mondial et, par extension, favoriser l’économie globale.
Toutefois, dans le domaine de la politique pétrolière internationale, la coopération est bien souvent synonyme de compétition. Ainsi, certains dirigeants russes s’inquiètent d’une dépendance russe à l’égard des fonds et de la technologie états-unienne et les États-Unis se préoccupent de l’instabilité et de la corruption en Russie qui menacent leurs investissements. De plus, la coopération entre Moscou et Washington est également compliquée par le cas irakien. Les Russes conservent des intérêts économiques dans ce pays et Poutine craint que l’arrivée d’un gouvernement pro-américain à Bagdad fasse baisser les prix du pétrole, au détriment de l’économie de son pays.
Si le pétrole russe peut aider à stabiliser la politique et l’économie globales, il peut aussi être un facteur déstabilisant. Dans ce jeu, les compagnies pétrolières privées russes jouent un grand rôle au travers de l’influence qu’elles exercent sur Poutine. Toutefois, la stabilité internationale dans ce domaine, a aussi un impact social en Russie. C’est un aspect du jeu qu’il faut prendre en compte.