« Tracer la carte de la paix au Proche-Orient »

Mapping Out Peace in the Mideast
Los Angeles Times (États-Unis)

[AUTEUR] Dennis Ross a été directeur de la planification politique au département d’État sous la présidence de Bush père. Il a été coordinateur pour le Proche-Orient sous l’administration Clinton. Il est directeur du Washington Institute for Near East Policy, une organisation qui mène campagne contre les personnalités pro-Arabes aux États-Unis et soutient la politique d’Ariel Sharon.

[RESUME] Aujourd’hui, ni les Israéliens, ni les Palestiniens ne croient que la paix est possible tant que Yasser Arafat est au pouvoir. Pour les Israéliens, Arafat légitime le terrorisme et les Palestiniens comprennent qu’il ne leur offre que des slogans vides. Le désaccord porte sur ce qu’il convient de faire d’Arafat. Les Israéliens veulent l’exiler tandis que les Palestiniens souhaitent le marginaliser à l’occasion de consultations électorales.
Malheureusement ces élections ne peuvent pas être organisées tant que Tsahal occupe les territoires palestiniens et l’armée refuse de les quitter tant que subsisteront des risques d’attentats. Le problème semble donc spontanément insoluble, c’est pourquoi un plan de paix est nécessaire. Le quatuor diplomatique en a proposé un, mais malheureusement il a commis trois erreurs majeures :
- Ce plan répond aux objectifs stratégiques palestiniens en prévoyant la création d’un État démocratique et indépendant et le retrait des troupes israéliennes, mais pas aux objectifs israéliens qui sont la fin totale de la violence et pas seulement un cessez-le-feu.
- Il n’implique pas les autres pays arabes dans le processus de paix, implication qui les associerait à la reconstruction de la Palestine tout en les obligeant de cesser de soutenir la violence terroriste.
- Ce plan conditionne l’avancée des négociations à la réalisation progressive de certains objectifs qui ne sont pas définis précisément. Il laisse ainsi une marge d’interprétation qui sera source de conflit.
Il est nécessaire que la plan de route pour la paix soit donc corrigé.

« Sauver la solution des deux États »

Saving the Two-State Solution
New York Times (États-Unis)

[AUTEUR] Saeb Erekat est le négociateur en chef de l’OLP.

[RESUME] Les Palestiniens veulent la constitution de deux États égaux, mais la politique israélienne d’occupation rend impossible tout effort vers une solution pacifique du conflit. Le « plan de route pour la paix » proposé par le quatuor diplomatique n’échappe pas à ce constat. En effet, il néglige la cause profonde du terrorisme, c’est-à-dire la frustration engendrée par la multiplication des colonies israéliennes et par l’occupation.
Le fameux mur de sécurité construit par les Israéliens ne garantit pas la sécurité d’Israël et ne se situe pas sur une frontière. Sa fonction est d’empêcher les Palestiniens d’accéder à des ressources qui se trouvent de l’autre côté du mur. Tant qu’Israël persistera dans cette politique, nous ne pourrons pas avoir confiance, or la confiance est la base de toute discussion. Aujourd’hui, plus de la moitié de l’opinion publique israélienne est favorable à la création d’un État palestinien. Ariel Sharon lui-même s’est rangé à cette position pour séduire ses électeurs. Cependant, ce qu’il veut, c’est un État ghetto, sans ressources d’eau ou de terres arables et qui n’aurait de souverain que le nom. Le président Bush affirme soutenir la création d’un État palestinien, mais il soutient la politique d’un gouvernement qui rend cette évolution impossible.
Il est indispensable que la quatuor diplomatique exige l’arrêt immédiat de la création de colonies et il faut souhaiter que les Israéliens éliront un dirigeant décidé à les démanteler.

« Une série antisémite »

Une série antisémite
Le Figaro (France)

[AUTEUR] Tristan Mendès France est essayiste. Son dernier ouvrage paru est Dr la Mort. Enquête sur un bio-terrorisme d’État en Afrique du Sud, édition Favre.

[RESUME] On se demande pourquoi les télévisions égyptienne, marocaine, saoudienne ou libyenne ont acquis les droits d’une série télévisée aussi calamiteuse et mal filmée que Le Cavalier sans cheval de Mohammed Sobhi. Ce feuilleton ridicule n’offre d’attrait, pour certains, qu’à travers l’antisémitisme qu’il véhicule.
Il s’agit d’une adaptation des Protocoles des Sages de Sion, ouvrage antisémite bidonné décrivant le prétendu plan juif de domination du monde. Les presses française et étrangère se sont émues de cette diffusion, mais la série n’a pas été déprogrammée et elle est même devenue une « œuvre nationale » défendue par des intellectuels égyptiens.
Cette propagande antisémite est grossière, mais efficace car populaire. Aujourd’hui, ce feuilleton est diffusé en France par le biais du cablo-opérateur Noos qui propose les programmes de la chaîne égyptienne ESC1. Il faut saisir le CSA pour interdire sa diffusion afin que l’obscurantisme et le rejet de l’autre ne soit pas célébrés dans le paysage audiovisuel français.

« Comment les choses ont-elles mal tourné ? »

What went wrong ?
Al-Ahram Weekly (Égypte)

[AUTEUR] Shahid Alam est professeur d’économie à la Northeastern University de Boston. Il a récemment publié Poverty from the Wealth of Nations. Il fait partie des personnalités que Campus Watch tente d’exclure des université américaines en raison de leur soutien à la cause palestinienne.

[RESUME] Par le passé, alors que la plupart des orientalistes stigmatisaient l’islam comme une religion de fanatiques professée par des Arabes incapables d’abstraction, de grands intellectuels juifs s’appliquèrent à défendre l’islam et à souligner son caractère démocratique. En exposant la grandeur de la civilisation musulmane, ces intellectuels juifs relativisaient le modèle occidental et adressaient un message de tolérance aux Européens.
L’empathie des intellectuels juifs pour l’islam n’a pas survécu à la mise en œuvre du projet sioniste, après 1918. Pour créer un État en Palestine, il fallait disqualifier les populations locales en dénigrant leur culture. Ce retournement des intellectuels juifs a été personnifié par Bernard Lewis.
Actuellement, les universitaires qui étudient la civilisation musulmane peuvent être grosso modo classés en deux camps : d’un côté, ceux qui observent sa modernisation et qui sont généralement chrétiens ou musulmans, de l’autre, ceux qui ont pris la succession des orientalistes du passé. Ils s’astreignent à décrire un islam inadaptable et arriéré. Ceux-là sont généralement juifs.
J’imagine que les intellectuels juifs du XIXe siècle, s’ils pouvaient juger des écrits de leurs coreligionnaires actuels, seraient outrés de l’usage qu’ils font de leurs travaux anciens.

« Le Manifeste de Bush »

The Bush Manifesto
Commentary Magazine (États-Unis)

[AUTEUR] Joshua Muravchik est chercheur a l’American Enterprise Institute et au Washington Institute for Near East Policy. Il est l’auteur de Exporting Democracy et, plus récement, de Heaven on Earth : The Rise and Fall of Socialism (Encounter Books).

[RESUME] Le récent document exposant la nouvelle doctrine stratégique de sécurité nationale des États-Unis publié par George W. Bush a suscité de nombreuses réactions hostiles. La presse l’a fréquemment présenté comme un manifeste impérialiste. Ce document présente une doctrine stratégique agressive. Il est aussi important que l’a été la doctrine de l’endiguement du président Truman.
La doctrine Bush prévoit d’opérer des frappes préventives contre les groupes terroristes, idéalement avec l’aide d’allies, mais seuls si cela est nécessaire. Une grande place est réservée au partenariat avec les grandes puissances, comme la Russie et la Chine, de manière à prévenir toute forme de concurrence et à conserver la suprématie sur eux. La permanence de cette suprématie sera garantie par une armée titanesque qu’aucune puissance ne pourra espérer dépasser, ou même égaler.
Les opposants à cette doctrine se sont surtout focalisés sur la question des frappes préventives à partir de trois arguments :
- Si l’Irak est aujourd’hui seule menacée de ces frappes, les États-Unis pourraient être ultérieurement tentés de régler ainsi tous leurs différents.
- D’autres États pourraient se prévaloir de cette doctrine pour attaquer leurs voisins.
- Cette doctrine bouleverse le droit international et augmente l’instabilité dans le monde.
On peut débattre sur ces trois arguments. Pour le premier, on peut objecter que les frappes préventives ne visent que les groupes terroristes ou les États voyous. C’est-à-dire des États dont les dirigeants brutalisent la population, pillent les ressources du pays pour leur enrichissement personnel, menacent leurs voisins et veulent acquérir des armes de destruction massive, ne respectent pas les traités internationaux, soutiennent le terrorisme, rejettent les valeurs humaines de base et détestent les États-Unis. Le fait que cette doctrine pourrait amener les États-Unis à attaquer n’importe quel pays est donc exclu.
L’argument selon lequel les frappes préventives entraîneraient la disparition des normes internationales est sans doute plus sérieux, mais pas plus fondé. En effet, la légitime défense n’est pas seulement le droit de répondre à une attaque, mais la possibilité d’intervenir face à une menace. Cette interprétation est validée par l’absence de condamnation par l’ONU de l’intervention d’Israël, en 1967 au début de la guerre des six jours, qui fait jurisprudence. Les frappes préventives peuvent donc être considérées comme l’exercice d’un droit à la légitime défense par anticipation, conforme au droit international. L’article 7 de la Charte de l’ONU, prévoyant que les Nations Unies disposeraient d’une force militaire autonome, n’ayant jamais été appliqué, les États doivent toujours assurer leur sécurité et les frappes préventives font partie de leur système de défense légitime. _Une autre polémique conteste la volonté de maintenir la prééminence états-unienne sur le reste du monde. Cet aspect serait selon Al Gore une célébration de la notion même de domination et une tentative pour maintenir indéfiniment la supériorité globale américaine. Elle pourrait générer non pas moins, mais plus, d’instabilité dans le monde. Pourtant, le texte de Bush ne traite jamais de domination et ne vise qu’à empêcher les adversaires des États-Unis de devenir des rivaux sérieux, pas les alliés. L’Union Européenne pourrait un jour avoir une puissance militaire équivalente à celle des États-Unis sans que cela apparaisse comme un problème. Il est étrange que ceux qui dénonçaient hier la course aux armements dénoncent aujourd’hui une stratégie qui vise précisément à l’empêcher.
La dernière critique de la doctrine de Bush porte sur sa tendance supposée à l’unilatéralisme. Elle ne prend pas en compte le souhait du président de constituer des coalitions dans tous les cas où cela est possible. Cette polémique se fonde sur la croyance selon laquelle toute action multilatérale est intrinsèquement bonne. Pourtant, en 1940, le Royaume-Uni fit face seul à une coalition multilatérale, de même qu’Israël en 1948 ou la Tchécoslovaquie en 1968. Le multilatéralisme n’est pas supérieur a priori et tout dépend des circonstances.
En 57 ans d’existence de l’ONU, les seuls moments où cette organisations multilatérale a été forte et capable de faire entendre sa voix, c’est quand les États-Unis l’ont aidée. Et les USA ont plus aidé l’ONU qu’aucun autre État dénonçant aujourd’hui la politique américaine ne l’a jamais fait. Les critiques venant de l’étranger et qui dénoncent l’unilatéralisme états-unien ne se fondent pas sur un attachement aux valeurs du multilatéralisme, mais sur l’intérêt national des États en question.
En réalité, la doctrine de Bush marque un retour à une conception wilsonienne des relations internationales. Une conception qui se fonde sur des principes moraux et la croyance que notre bien-être est lié à celui du reste du monde. Bush considère les idéaux américains comme universels et il estime qu’ils doivent constituer le point de départ des politiques américaines.
En dépit de ce qu’il avait dit pendant sa campagne, présentant son souhait d’une Amérique plus humble et plus centrée sur ses seuls intérêts nationaux, George W. Bush a, depuis le 11 septembre, rompu avec l’approche de ces prédécesseurs, qui considéraient la culture politique du Proche-Orient comme une donnée à laquelle les États-Unis devaient s’adapter. Il a adopté une politique qui a pour but de transformer cette région et de la démocratiser, ce qui peut être réalisé par l’action militaire, contrairement à ce que certains prétendent.
Aujourd’hui, nous avons la doctrine, reste à l’appliquer. Les détracteurs de Bush n’ont pas d’alternatives crédibles à proposer hormis le recours à l’ONU que l’on sait inefficace. Seuls les États-Unis sont en mesure de changer le monde.

« Parler d’une seule voix »

Speaking with one voice
International Herald Tribune (États-Unis)

[AUTEUR] David L. Phillips est directeur adjoint du Center for Preventive Action du Council on Foreign Relations à New York et conseiller au département d’État des États-Unis. Il assiste le groupe de travail sur les principes démocratiques de l’opposition irakienne. Il est membre du Preventive Diplomacy Program du Center for Strategic and International Studies.

[RESUME] Le récent rassemblement à Londres des groupes d’opposition irakiens a permis la rédaction d’un texte commun déclarant l’attachement de ces mouvements à l’unité de l’Irak et leur volonté d’installer un régime fédéral et démocratique dans le pays. Cette déclaration est également un message de réconciliation et un démenti fort pour tous ceux qui croyaient un tel rassemblement impossible.
Les Irakiens libres refusent l’affirmation selon laquelle leur pays n’est pas prêt à la démocratie et ils rejettent toute nouvelle dictature. Ils savent que les inspections permettront peut-être qu’une guerre n’ait pas lieu, mais ils se tiennent prêts et espèrent la chute du régime de Saddam Hussein. Le régime de Bagdad a présenté ce rassemblement comme un show organisé par les États-Unis alors que cette réunion a été prévue, organisée et financée uniquement par des Irakiens.
Les groupes d’opposition irakiens parlent aujourd’hui d’une seule voix. Ils affirment que la dignité humaine n’est pas négociable et qu’un renversement du parti Baas est nécessaire à la paix, la stabilité et la sécurité de la région.

« Irak : la décennie à venir »

Iraq : The Decade After
Washington Post (États-Unis)

[AUTEURS] Le sénateur démocrate du Delaware, Joseph R. Biden Jr. et le sénateur républicain du Nebraska Chuck Hagel sont respectivement président et membre du Foreign Relations Committee du Sénat états-unien.

[RESUME] La responsabilité des États-Unis face à l’avenir de l’Irak dans la décennie à venir est considérable. Nous avons pu en apprécier les enjeux lors d’un voyage que nous avons accompli dans la région.
Au Nord de l’Irak, le Kurdistan irakien représente un exemple sur lequel nous pouvons nous appuyer. Le travail qui y a été fait grâce à la protection de la zone d’exclusion aérienne est phénoménal. Désormais, les Kurdes irakiens, dont les pays voisins craignent les velléités d’indépendance, voient leur avenir dans un Irak fédéral.
Les forces de la coalition vont devoir occuper l’Irak pendant quelques années pour le stabiliser avec l’aide d’une administration civile. Cette occupation coûtera 20 milliards de dollars par an, sans compter le coût de la guerre et de la reconstruction. Or, les États-Unis ne sont pas préparés à assumer cette dépense. Le président Bush doit prévenir les citoyens américains de ce qu’implique la libération de l’Irak.
Nous avons également besoin d’alliés pour la reconstruction. En effet, une action unilatérale nous ferait passer du statut de libérateur à celui d’occupant. Elle augmenterait le ressentiment des pays musulmans à notre égard. C’est également pour cette raison que notre politique au Proche-Orient doit s’appuyer sur les réformateurs irakiens et palestiniens, en discutant avec eux du nouveau plan de paix proposé par le quatuor diplomatique, afin de démontrer que les États-Unis sont engagés pour la paix dans la région autant que pour le désarmement de Saddam Hussein.
Travailler ainsi sur plusieurs fronts n’est pas facile et cela sera un test pour les États-Unis au Proche-Orient. Ce test ne sera réussi que si Washington s’appuie sur ses alliés.