« Menaces sur le Kurdistan irakien »

Menaces sur le Kurdistan irakien
Le Figaro (France)

[AUTEUR] Kendal Nezan est président de l’Institut kurde de Paris.

[RESUME] Aujourd’hui, les Kurdes irakiens craignent plus une attaque de la Turquie contre eux qu’une attaque de l’armée de Saddam Hussein. Certes, l’AKP est moins anti-kurde que ne l’étaient ses prédécesseurs nationalistes, mais l’armée turque détient le vrai pouvoir dans le pays et se moque bien des orientations du gouvernement civil. Elle a déjà commencé à rassembler ses troupes à la frontière irakienne. Lors de la visite de Paul Wolfowitz à Ankara, les militaires n’ont pas hésité à déclarer qu’une « invasion temporaire » du Kurdistan irakien par leurs troupes était envisageable.
Une telle attaque détruirait toute les réalisations de la jeune démocratie kurde et ne se base sur aucune justification un tant soit peu crédible, malgré la propagande des médias turcs. En effet, les responsables kurdes ne veulent pas l’indépendance, mais un régime fédéral en Irak. La Turquie n’a aucun mandat, ni droit de regard, sur les Kurdes des pays voisins. Les « droits historiques » de la Turquie sur Mossoul ont déjà été tranchés en 1925 par la SDN en faveur de l’Irak.
Par contre, une intervention turque en Irak pourrait entraîner une aggravation terrible de la situation dans toute la région en poussant l’Iran et l’Irak à contre attaquer et en entraînant les pays arabes et l’OTAN à s’impliquer dans le conflit.
Il est urgent que les dirigeants de l’Union Européenne pèsent de tout leur poids pour empêcher Ankara d’agir. L’UE doit demander à la Turquie de reconnaître aux Kurdes les mêmes droits que ceux que les Turcs veulent obtenir pour les turcophones chypriotes, de respecter les frontières internationales et de diminuer ses dépenses militaires afin de restaurer le pouvoir civil.

« Le pétrole irakien et l’économie global »

Iraqi oil and the global economy
Albany Times Union (États-Unis)

[AUTEUR] James T. Bartis est analyste politique à la RAND Corporation. Il a été ancien haut-fonctionnaire du département à l’Énergie états-unien sous les administrations Reagan et Carter.

[RESUME] Une fois Saddam Hussein renversé, les États-Unis devront choisir s’ils augmentent la production de pétrole ou s’ils maintiennent le statu quo et des prix pétroliers artificiellement élevés.
L’OPEP maintient des prix élevés en produisant volontairement peu de pétrole en comparaison de sa capacité. La levée de l’embargo irakien pourrait permettre de briser cette politique. En effet, si le pétrole était vendu dans un libre marché, son prix serait sans doute autour de 8 à 12 dollars le baril, contre plus de 25 actuellement. La baisse des prix serait favorable à l’économie états-unienne et globale, mais aurait trois inconvénients majeurs :
- Une trop forte baisse des prix affaiblirait les producteurs de pétrole américains qui ne pourraient pas s’aligner sur les prix pratiqués à moins que ne soit instaurées des taxes sur le pétrole étranger, une mesure que les Démocrates et les Républicains ont rejetée.
- Cela briserait les efforts entrepris en matière de réduction de la consommation énergétique et aggraverait les problèmes en matière d’environnement.
- Le Proche-Orient serait déstabilisé et certains pays, comme l’Arabie saoudite, seraient grandement affaiblis et appauvris par une baisse des prix. Cela entraînerait sans doute de graves crises politiques.
Les États-Unis vont devoir tenir compte de ces éléments et vont devoir imaginer une politique énergétique à long terme assurant à la fois la stabilité politique et la croissance économique.

« Les mensonges qu’on nous raconte sur l’Irak »

The Lies We Are Told About Iraq
Los Angeles Times (États-Unis)

[AUTEUR] Victor Marshall est chercheur à l’Independent Institute. Il est l’auteur de To Have and Have Not : Southeast Asian Raw Materials and the Origins of the Pacific War.

[RESUME] La confrontation de Bush avec l’Irak est au moins autant un concours de crédibilité qu’une bataille militaire. En effet, l’administration Bush affirme que Bagdad détient des stocks d’armes de destruction massives et entretient des liens avec Al Qaïda, ce que Saddam Hussein dément. Fautes de preuves, le public doit chercher si c’est dans les affirmations de l’Irak ou dans celles de son propre gouvernement qu’il peut avoir le plus confiance, choix moins évident qu’il n’y paraît.
En effet, lors de la première guerre du Golfe, Dick Cheney, Paul Wolfowitz et Colin Powell étaient dans la première administration Bush et ils ont donné une vision systématiquement trompeuse de l’invasion du Koweït pour justifier leur politique étrangère militariste et expansive. Ainsi, à l’époque, ces trois hommes ont présenté l’Irak comme une nouvelle Allemagne nazie, sur le point d’envahir l’Arabie saoudite (ce que la CIA savait être un mensonge), alors qu’avant l’invasion l’ambassadrice états-unienne à Bagdad avait affirmé à Saddam Hussein que Washington n’avait pas d’opinion sur les conflits frontaliers entre pays arabes. Dick Cheney avait vu tout l’intérêt que pouvaient retirer les faucons de Washington de cette invasion et c’est pour cette raison que furent torpillés toutes les tentatives de négociations pacifiques.
Dans le même temps une vaste campagne de propagande sur « les atrocités irakiennes » fut entreprise. L’épisode le plus fameux de cette politique d’influence de l’opinion fut la déposition devant le Congrès d’un témoin oculaire de prétendus massacres de nouveaux-nés dans les maternités koweïtiennes par l’armée irakienne. Le témoin était en réalité la fille de l’ambassadeur du Koweït aux États-Unis lisant un discours préparé par l’entreprise de relations publiques Hill & Knowlton. Par la suite, ces mêmes hommes mentirent systématiquement pour minimiser les dommages collatéraux et les horreurs de la guerre en Irak afin de donner l’image d’une guerre propre ayant fait peu de victimes civiles, présentation du conflit qui perdure encore.
La première guerre du Golfe a été dévastatrice en termes humains et pour la vérité, la seconde devrait l’être tout autant.

« Agir maintenant contre la guerre »

Act now against war
The Guardian (Royaume-Uni)

[AUTEUR] George Monbiot est chroniqueur pour le Guardian sur les questions de relations internationales et d’environnement (son site). Il est l’un des animateurs du site de la Stop the War Coalition.

[RESUME] La guerre en Irak risque de commencer dans quelques semaines, sans justification réelles, hormis la volonté de servir les intérêts de la kleptocratie états-unienne, et avec l’aide des Britanniques. Cela pourrait être la première d’une série de guerres impérialistes qui déstabilisera le monde entier.
Les Britanniques peuvent éviter cela. En effet, les sondages réalisés aux États-Unis montrent que les citoyens états-uniens sont en faveur de la guerre à la seule condition que leur pays n’attaque pas l’Irak seul. Si le Royaume-Uni n’aide pas son pays à attaquer Bagdad, George W. Bush devra donc revoir son plan d’action. Quant à Tony Blair, il ne fera pas la guerre si le coût politique intérieur est trop élevé. La guerre n’aura donc lieu que si nous restons passifs.
Les Britanniques ne sont cependant pas prêt à se mobiliser contre la guerre. L’économie du pays se porte bien (et le gouvernement est apprécié pour cette raison), mais les emplois sont perçus comme trop peu stables pour hésiter à attirer l’attention sur soi. En outre, paradoxalement, comme les Britanniques ne croient pas plus à la menace que représente Saddam Hussein qu’à celle représentée par Saroumane d’Isengard et ses orcs, ils ne croient pas que la guerre aura lieu et ne se mobilisent pas.
Tous ces facteurs expliquent l’inaction mais ne la justifient pas. Il faut organiser des manifestations de grandes ampleurs. Même si elles ne parviennent pas à empêcher une guerre en Irak, le coût politique doit être tellement élevé que cela dissuadera les dirigeants politiques de déclencher une autre guerre de ce type à l’avenir. Il faut réfléchir à tous les moyens d’action, y compris la grève générale ou le blocage des routes.
Il faut que l’opinion britannique comprenne que nous vivons une situation sans précédent et que, même si les opposants à la guerre sont plus nombreux que ses partisans dans notre pays, Blair pourra agir comme il l’entend.

« Lula, une chance pour l’Amérique latine et l’Europe »

Lula, une chance pour l’Amérique latine et l’Europe
Le Figaro (France)

[AUTEUR] Javier Solana est le haut représentant de l’Union européenne pour la politique étrangère et de sécurité commune. Il a été secrétaire général de l’OTAN (1995-1999) et ancien ministre socialiste des Affaires étrangères espagnoles (1992-1995).

[RESUME] Le début du mandat du président brésilien Luiz Inácio da Silva, dit Lula, est peut-être l’évènement le plus important de ce début de siècle pour l’Amérique latine car il inaugure une alternative prometteuse. Il offre une réponse crédible à la crise que vit la population de la première économie du sous-continent sud-américain qui ne passe pas par un rejet de la politique et de la démocratie.
Lula pourra s’appuyer sur le travail réalisé par son prédécesseur, Fernando Henrique Cardoso, l’un des plus brillants dirigeants démocratiques qu’ait connu l’histoire politique de l’Amérique latine, qui avait réussi à stabiliser la situation intérieure du Brésil. Si, à sa suite, Lula parvient à combiner stabilité, croissance et réduction des inégalités sociales, il bâtira un nouveau modèle valable pour toute la région : celui d’une gauche démocratique et responsable.
D’ores et déjà, le nouveau président brésilien a réussi à rassurer les partenaires de son pays, dont l’Union Européenne. Aussi devons-nous accentuer la coopération entre l’Europe, le Brésil et le MERCOSUR, organisation avec laquelle l’UE a un accord de partenariat depuis 1995. L’Europe a accueilli très favorablement les déclarations de Lula en faveur du développement des relations entre l’UE et le MERCOSUR et nous voyons en Lula un partenaire privilégié dans ses relations avec l’ensemble de l’Amérique latine.

« Un test critique pour l’initiative diplomatique »

Japan’s diplomatic initiative in critical test
Asahi Shimbun (Japon)

[AUTEUR] Yoichi Funabashi est rédacteur et analyste des relations internationales pour l’Asahi Shimbun.

[RESUME] Pyongyang a encore ressorti la carte nucléaire pour secouer les États-Unis. En réaction, Washington développe une politique d’endiguement de la Corée du Nord et envisage des sanctions économiques contre elle. Malgré les déclarations de Donald Rumsfeld sur la capacité des États-Unis de mener à la fois une guerre en Irak et une autre contre la Corée du Nord, Washington privilégiera la voie diplomatique. Dans cette configuration, le Japon a un rôle important à jouer.
Tokyo va devoir travailler étroitement avec les États-Unis et la Corée du Sud afin d’adopter une position commune sur les questions de sécurité. En effet, il existe pour le moment des divergences entre les trois pays concernant l’attitude à adopter face à la Corée du Nord, dont Kim Jong Il tire avantage. Pour être efficace, ces trois États vont devoir réaffirmer leur alliance et ne pas se concentrer exclusivement sur les problèmes à court terme. Cette redéfinition ne sera pas facile alors qu’aux États-Unis certains s’interrogent sur l’option que choisirait une Corée réunifiée après la chute éventuelle du régime de Kim Jong Il : suivre Pékin ou Washington ?
Le Japon va devoir également tenter de ressusciter la Korean Peninsula Energy Development Organization (KEDO), inactive depuis l’arrêt de l’approvisionnement de Pyongyang en pétrole. Outre l’approvisionnement de la Corée du Nord, cet organisme permettait d’intégrer ce pays à des négociations et à un partenariat international. Par la discussion, les six membres du KEDO, la Russie, la Chine, la Corée du Nord, la Corée du Sud, les États-Unis et le Japon peuvent permettre de stabiliser la situation de l’Asie du Nord-Est.
Enfin, le Japon doit conserver à l’esprit qu’il est directement menacé par les missiles Nodong de Pyongyang et, tout en normalisant ses relations avec la Corée du Nord, il doit renforcer sa défense anti-missile.
Aujourd’hui, le Japon a l’occasion de devenir un intermédiaire indispensable entre Pyongyang et Washington. Il ne doit pas laisser échapper cette chance de devenir un acteur majeur de la stabilité de toute l’Asie du Nord-Est.