« Il est temps de réaliser une convention humanitaire »

Time for a humanitarian compact
International Herald Tribune (États-Unis)

[AUTEUR] Mukesh Kapila est ancien responsable pour les questions humanitaires du département au Développement international du gouvernement britannique. Il est actuellement conseiller spécial du Haut commissaire aux Droits de l’homme à l’ONU.

[RESUME] Alors que le débat actuel se focalise sur le financement des possibles guerres à venir, la question du financement de l’aide humanitaire qu’elles rendront nécessaire n’est posée par personne.
Aujourd’hui, les moyens qui peuvent être mis en œuvre dans un pays dépendent de l’attention des médias, des intérêts politiques particuliers, de la bonne volonté des citoyens des pays riches et surtout de la détermination des hommes et des femmes qui consacrent leur vie à l’action humanitaire. Il n’existe aucune norme internationale pour mesurer les besoins humanitaires. Aussi, les inégalités de traitement entre les différents pays sont-elles frappantes : l’aide par habitant dans les Balkans est 80 fois plus élevée que dans la corne de l’Afrique ; tandis que plus d’un milliard de dollar a été dépensé en Afghanistan, contre quasiment rien au Congo.
Il est pourtant techniquement possible d’avoir une image objective des besoins élémentaires dans les différents pays, mais pour que ce panorama soit utile, il convient tout d’abord de transformer la façon dont l’aide est apportée. Les agences humanitaires devraient partiellement être mises en concurrence afin de s’assurer de leur efficacité sur le terrain. Des règlements internationaux devront être rédigés pour obliger les pays les plus riches à répondre aux besoins humanitaires de base quelque soit le pays nécessiteux. Ils en ont les moyens.

« L’ODA est un outil diplomatique vital pour combattre le terrorisme »

ODA is a vital diplomatic tool to fight terror
Asahi Shimbun (Japon)

[AUTEUR] Howard H. Baker est ambassadeur des États-Unis au Japon. Il est ancien sénateur Républicain du Tennessee (1967-1985) et ancien chef de cabinet de Ronald Reagan (1987-1988). Il est membre du Council on Foreign Relations.

[RESUME] Les États-Unis et le Japon sont les deux premiers donateurs d’aides internationales et ont la même philosophie : aider les autres, c’est nous aider nous-même car en assurant la prospérité dans d’autres nations, nous combattons le terrorisme. La pauvreté ne cause pas le terrorisme, mais la pauvreté persistante et l’oppression conduisent au désespoir. Les États qui échouent à répondre aux besoins élémentaires de leur population deviennent vite des États en décomposition qui peuvent servir de refuges aux terroristes.
L’Overseas Development Assistance (ODA) est donc aujourd’hui un des instruments essentiels de la politique étrangère de l’après 11 septembre. Ces subventions aident les pays les plus pauvres en échange de réformes qui permettent d’assurer leur stabilité économique autant que la protection de la propriété privé, l’ouverture des marchés et le respect des contrats signés. L’ODA vient d’être complétée par un fond de cinq milliards de dollars, le Millenium Challenge Account (MCA), dont le but est d’encourager les pays en voie de développement à faire « les bons choix pour leur population ». Le MCA aidera les pays dans lesquels la corruption recule, les Droits de l’homme sont respectés et dans lesquels les libertés économiques ne sont pas entravées par une bureaucratie envahissante. Comme l’a dit George W. Bush « en insistant sur la réforme, nous faisons preuve de compassion ».
Notre politique doit s’accompagner d’une collaboration stratégique avec le Japon afin que l’ODA soit plus efficace.

« Le dilemme des Arabes israéliens »

The Dilemma of Israeli Arabs
Los Angeles Times (États-Unis)

[AUTEUR] Azmi Bishara est élu de la Knesset pour le Balad Party. Il est menacé de ne pouvoir se présenter à l’élection du 28 janvier en Israël (son site de soutien).

[RESUME] La pierre angulaire de la démocratie libérale est la notion de citoyenneté, pas celle d’ethnicité, de religion ou de race, furent-elles celle de la majorité des habitants du pays. C’est pourtant sur ces dernières notions que fonctionne le système politique israélien. Les Arabes israéliens forment 20 % de la population israélienne, mais sont, de facto, exclus du débat politique et, suite à une décision du Comité central des élections en Israël, aucun des députés arabes à la Knesset ne pourra se représenter.
En tant que député arabe, j’ai déjà été inculpé pour avoir exprimé mes opinions politiques. J’ai vu mon immunité parlementaire révoquée. Le parti que je représente est menacé de ne pas pouvoir participer aux élections du 28 janvier parce qu’il ne reconnaît pas qu’« Israël est juif par essence et démocratique de caractère ». Pourtant, comment un pays peut-il se dire à la fois juif et démocratique alors qu’une forte minorité non-juive y vit ?
Nous, Arabes, sommes devenus une minorité dans notre propre pays en 1948, sans droit d’exercer notre citoyenneté. Pourtant nous avons reconnu les droits de la majorité juive à l’autodétermination. Nous demandons simplement la même chose pour les Palestiniens vivant en Cisjordanie et dans la bande de Gaza. Nous ne réclamons pas ce droit parce que nous sommes Arabes, mais parce que nous considérons que la résistance à toute occupation est un acte légitime ; ce qui ne veut pas dire que nous soutenons le terrorisme et la violence aveugle contre les civils. Nous ne sommes pas des nationalistes arabes, nous voulons simplement qu’Israël abandonne les politiques et les discours racistes, issus de ses partis de droite, et devienne un État de citoyens égaux.

« La Corée du Nord ou l’Irak ? »

North Korea or Iraq ?
Washington Times (États-Unis)

[AUTEUR] Roger D. Carstens est membre du Council for Emerging National Security Affairs, un think tank créé en 1999 et composé de nombreux anciens responsables des questions de sécurité dans le gouvernement américain.

[RESUME] Récemment, en violation de quatre traités signés par la Corée du Nord, ce pays a relancé son programme nucléaire et expulsé les inspecteurs en désarmement de l’ONU. Pyongyang a déjà deux armes nucléaires et en aura bientôt six de plus.
Cette situation à fait dire à Warren Christopher dans le New York Times que la Corée du Nord est une menace plus sérieuse que l’Irak. Il se trompe.
La Corée du Nord veut devenir une puissance nucléaire pour éviter d’être attaquée par les États-Unis, signer un pacte de non-agression avec eux et intégrer le club des puissances nucléaires pour cesser d’être au ban de la communauté internationale. Elle cherche également à obtenir des concessions économiques et pétrolières. Si Pyongyang a redémarré aujourd’hui son programme nucléaire, c’est parce que Kim Jong Il savait que les États-Unis n’allaient pas l’attaquer immédiatement car ils étaient focalisés sur l’Irak et que la Corée du Sud est lancée dans une politique de normalisation diplomatique. Pyongyang expérimentera sans doute ses missiles, massera ses troupes aux frontières et fera quelques incursions dans les eaux territoriales de la Corée du Sud, mais son objectif n’est que de réaliser une démonstration de force pour que le régime de Kim Jong Il survive, rien d’autre.
Dans le cas de l’Irak en revanche nous avons affaire à un dictateur mégalomane expansionniste qui ne voudra jamais négocier. Il faut donc continuer à négocier avec la Corée du Nord, continuer à chercher une solution diplomatique avec elle et nous concentrer sur l’Irak.

« Quatre mythe qu’il faut démonter »

Four myths in need of discarding
International Herald Tribune (États-Unis)

[AUTEUR] Mitchell B. Reiss a été chef des négociateurs de la Korean Peninsula Energy Development Organization (KEDO)(1995-1999). Il est doyen du département de questions internationales du College of William & Mary.

[RESUME] Le traitement de la menace nord-coréenne est complexe et il convient pour bien le comprendre d’écarter quatre mythes.
- L’administration Bush a causé la crise. C’est faux, depuis longtemps les États-Unis, le Japon et la Corée du Sud ont tenté de développer les relations avec Pyongyang mais la Corée du Nord a toujours trompé ses partenaires. Kim Jong Il n’a pas respecté l’accord négocié en 1994 et il était revenu sur sa parole bien avant que George W. Bush ne désigne son pays comme faisant partie de « l’Axe du mal ».
- La force militaire peut dissuader la Corée du Nord de devenir une puissance nucléaire. La présence de troupes états-unienne en Corée du Sud ne permet pas d’empêcher Kim Jong Il de développer des armes nucléaires ou de les vendre à des dictatures et à des réseaux terroristes.
- La prévention militaire n’est pas réalisable. Les États-Unis ont tout à fait les moyens de frapper le complexe nucléaire de Yongbyon, le principal de centre de développement d’armes nucléaires du pays et, si la Corée du Nord poursuit sa politique actuelle, les États-Unis devront considérer sérieusement cette option.
- La Corée du Nord va abandonner ses ambitions nucléaires. Pyongyang a prétendu avoir le « droit » de posséder des bombes nucléaires et Kim Jong Il a trop investi pour faire machine arrière. Toutefois, il tentera sans doute d’obtenir quand même une solution diplomatique car il sait qu’il pourrait conserver son programme en l’état et le réactiver quand il le désirera.
En résumé, la prévention ne résoudra pas le problème, mais il n’est pas encore temps pour une frappe militaire. Il faut toutefois parvenir à un accord qui désamorcera la crise, tout en gardant un œil attentif sur la Corée du Nord.

« La haine de l’Amérique est le socialisme des idiots »

The hatred of America is the socialism of fools
The Times (Royaume-Uni)

[AUTEUR] Michael Gove est chroniqueur pour le Times et président de Policy Exchange un think tank britannique conservateur.

[RESUME] Tony Blair a la rude tâche de devoir faire face à l’antiaméricanisme dominant dans la gauche contemporaine. L’opposition à la superpuissance états-unienne a remplacé la volonté de prendre les commandes de l’économie et utilise l’opposition à la guerre, la lutte contre le capitalisme global ou la défense de l’environnement pour cacher sa base idéologique : la « Yankeephobie ».
Pour l’intelligentsia britannique, l’antiaméricanisme est plus qu’une opinion, c’est un devoir moral. C’est cette posture idéologique qui explique les succès inattendus du livre Why do people hate America ? de Ziauddin Sardar et Merryl Wyn Davies et du livre de Michael Moore, Stupid White Men.
Pour la gauche anti-américaine, il faut croire à la volonté belliqueuse des États-Unis, au mythe de la volonté impériale états-unienne et à la volonté de l’Amérique d’appauvrir et d’opprimer les autres nations. Pourtant Washington a toujours été lent à s’impliquer dans les guerres à l’étranger, cherche le plus vite possible à sortir ses troupes de tout ce qui ressemble à une occupation coloniale et les pays sur lesquels les États-Unis avaient une influence ont toujours été beaucoup plus prospères que ceux qui étaient sous une autre influence étrangère.
Au début du XXème siècle, ceux qui à gauche voulaient mettre un visage sur le capitalisme honni se sont tournés vers l’antisémitisme, c’était le socialisme des idiots. Aujourd’hui, c’est l’antiaméricanisme qui a pris le relais. Dans ces conditions, il n’est pas étonnant de retrouver au côté de cette gauche antiaméricaine les partis d’extrême droite européens antisémites comme le FPÖ autrichien et le Front national français.
C’est parce que l’Amérique et Israël ont été fondés par des peuples qui fuyaient les persécutions en Europe, que les préjugés européens se sont reportés sur eux.

[CONTEXTE] Why do people hate America ? de Ziauddin Sardar et Merryl Wyn Davies est paru en France sous le titre Pourquoi le monde déteste-t-il l’Amérique ? et Stupid White Men de Michael Moore a été publié sous le titre Mike contre-attaque.