« Faire la guerre en Irak pour la paix au Proche-Orient »

Wage war in Iraq for the sake of peace in the Middle East
The Guardian (Royaume-Uni)

[AUTEUR] Lord Owen a été secrétaire aux Affaires étrangères travailliste (1977-79) et cofondateur du Social-Democratic Party en 1981.

[RESUME] Le public ne soutient pas George W. Bush et Tony Blair sur la question du désarmement de l’Irak car il n’a pas l’impression que de nouveaux éléments ont été trouvés par les inspecteurs par rapport à ce que nous savions avant 1998 et parce que Saddam Hussein a été instrumentalisé trop souvent par les gouvernements occidentaux pendant 22 ans.
Pour faire comprendre à l’opinion qu’aujourd’hui la situation est différente, il ne faut pas hésiter à reconnaître nos erreurs et notre cynisme passé. Il faut réaffirmer que c’est l’ONU qui, depuis 1991, exige le désarmement de l’Irak. Si, aujourd’hui, les États-Unis sont prêts à risquer la vie de leurs soldats pour parvenir à ce désarmement, c’est parce que, depuis le 11 septembre, ils ont compris que pour lutter contre les terroristes il fallait la paix au Proche-Orient. Or, le statu quo actuel ne permet pas de paix sur le long terme car la situation est trop instable, il faut donc transformer la région.
C’est dans cet esprit que des négociations ont commencé avec les Kurdes afin de créer une région autonome dans le Nord de l’Irak, après la chute de Saddam Hussein, avec l’accord des Turcs et des Iraniens. Il faut accompagner ces négociations d’excuses officielles des gouvernements occidentaux pour ne pas avoir protester lorsque Saddam Hussein a gazé 5000 Kurdes à Halabja en 1988.
Il faut également négocier avec l’Iran et ne pas menacer ce pays. Car le processus de démocratisation interne sera plus rapide si les Iraniens n’ont pas l’impression que les démocraties occidentales ne vont pas tenter de tirer avantages de la chute du régime des Ayatollahs. Les gouvernements occidentaux devront alors reconnaître qu’ils ont eu tort de soutenir Saddam Hussein en 1980 quand il a attaqué l’Iran puisqu’ils ont alors convaincu l’Irak qu’il n’avait pas à se soucier du droit international.
Une fois l’Irak libéré, les troupes états-uniennes quitteront l’Arabie saoudite, privant Al Qaïda d’un de ses arguments les plus forts. Puisque Israël sera débarrassé d’un régime menaçant pour lui, il faudra que George W. Bush convainque Ariel Sharon de négocier avec les Palestiniens. Il faudra également encourager la Jordanie dans la voie de la démocratie et l’Irak et la Palestine devrait suivre dans cette voie.
Les États-Unis et le Royaume-Uni ne devront pas exclure la France et la Russie des négociations sur le pétrole irakien, même si ces deux pays n’ont pas participé à la guerre, afin qu’ils participent à la reconstruction du pays.
La situation en Irak démontre au Royaume-Uni qu’il ne faut pas se laisser enfermer dans un système européen de politique étrangère commune et que les questions de guerre et de paix sont du ressort des États seuls.

« Europe : l’autre moteur »

Europe : l’autre moteur
Le Monde (France)

[AUTEURS] Michel Barnier est commissaire européen français chargé de la Politique régionale. Chris Patten est commissaire européen britannique chargé des Relations extérieures.

[RESUME] On dit souvent que le succès de la construction européenne repose en grande partie sur le couple franco-allemand. Si les institutions de l’Union Européenne progressent c’est parce que la France et l’Allemagne ont des vues diamétralement opposées sur ces questions et que les compromis qui sont en mesure de satisfaire les deux côtés sont souvent en mesure de convenir à tout le monde.
Nous pensons que cette alchimie qui fonctionne pour les institutions européennes peut fonctionner pour la politique étrangère commune, sujet sur lequel l’UE a du mal à s’affirmer tant il s’agit là d’une question sur laquelle on touche à l’essence des nations. La France et le Royaume-Uni ont une responsabilité particulière dans ce domaine car il s’agit de deux pays ayant un engagement historique dans les affaires du monde en raison de leur passé colonial, de leur appartenance au Conseil de sécurité de l’ONU et de leur statut de puissance nucléaire.
Ces deux pays ont souvent des approches différentes des questions internationales, mais c’est justement sur ces différences que peut se bâtir une « alchimie des contraires ». Les deux pays ne doivent plus se complaire dans leurs différences, mais au contraire les surmonter pour créer une véritable politique étrangère commune, qui ne sera crédible que si elle repose sur une capacité militaire efficace. Il faut augmenter les dépenses militaires et surtout dépenser mieux afin de créer une force de réaction rapide européenne. Il faut également créer une agence européenne de l’armement.
L’Europe a plus que jamais besoin d’une politique étrangère et de défense forte et elle ne peut se contenter de critiquer les États-Unis pour leur unilatéralisme si elle ne sait pas s’organiser. Malgré les tensions actuelles sur l’Irak, le Royaume-Uni et la France ont une responsabilité et il ne faudra pas rater le sommet du Touquet aujourd’hui pour poser les bases de cette politique étrangère commune.

« Une menace à quel point ? »

How much of a threat ?
International Herald Tribune (États-Unis)

[AUTEUR] Gareth Evans est président de l’International Crisis Group. Il est ancien ministre des Affaires étrangères australien (1988-1996). Il a été rapporteur sur les questions de sécurité du Forum économique mondial de Davos.

[RESUME] L’administration Bush semble enfin s’être décidée à fournir les preuves que tout le monde réclamait, notamment au sommet de Davos. Colin Powell devrait les fournir mercredi au Conseil de sécurité de l’ONU.
Certains espèrent que ces preuves permettront de savoir s’il y a eu une infraction grave de la part de l’Irak à la résolution 1441. D’autres se demandent si Powell fournira des preuves de la présence d’armes en Irak. Tous attendent de savoir si ces éléments convaincront la « vieille Europe ». Toutefois, si ces éléments sont importants, ils cachent la seule vraie question qu’il faut se poser : le régime irakien représente-t-il une menace au point qu’il faille utiliser la force militaire pour le renverser ? Si c’est le cas, il n’y a pas de problème moral ou juridique, il faut attaquer.
Selon l’article 51 de la Charte de l’ONU, on ne peut faire la guerre que si l’on est en état de légitime défense après une attaque contre son territoire ou, par approche récente de ce terme, par des frappes préventives si la menace est imminente. Par conséquent, moins la menace est immédiate plus les preuves qu’il y a bien une menace doivent être fortes. L’autre possibilité pour faire la guerre au regard du droit international est de recevoir un mandat du Conseil de sécurité de l’ONU, mais pour qu’il donne son accord et reste crédible, il faut de vraies preuves.
Quoi qu’il en soit, il faudra donc que mercredi Colin Powell fournisse des preuves tangibles. Il ne devra pas se cacher derrière la « protection des sources » pour se justifier. Ma vieille expérience de ministre m’a enseigné que cet artifice ne cachait jamais d’informations convaincantes.

« Guide pratique pour les inspecteurs de l’ONU... »

Guide pratique pour les inspecteurs de l’ONU...
Le Figaro (France)

[AUTEUR] Paulo Coelho est écrivain brésilien. Son prochain livre, à paraître le 13 mai, est Onze Minutes.

[RESUME] Bien que je ne sois qu’un écrivain n’ayant aucun lien avec des services secrets, n’étant pas familiarisé avec la procédure d’inspection et n’ayant accès à aucune information confidentielle, j’ai la méthode infaillible pour localiser les armes de destruction massive irakiennes. J’entends d’ailleurs être rémunéré pour cela.
Il faut que les inspecteurs quittent l’Irak et se rendent à Langley, près de Washington, au siège de la CIA (l’adresse est facile à trouver elle est dans l’annuaire). Munis d’un mandat de l’ONU, ils doivent exiger qu’on leur remette l’intégralité des documents qui permettent à George W. Bush d’affirmer que l’Irak détient un arsenal capable de détruire la planète. Si ces informations leur sont remises, ils doivent retourner en Irak et détruire les armes, si on ne leur remet pas, ils doivent se rendre à la Maison-Blanche pour la fouiller et exiger les rapports. Si George W. Bush refuse, il faut demander un mandat de l’ONU afin d’interroger le psychanalyste de Bush et lui poser la question : « Un fils doit-il nécessairement terminer l’œuvre de son père ? ». Si la réponse est négative, le psychanalyste devra, au nom du monde, au nom de l’ONU et au nom des États-Unis, fournir la médication appropriée à son patient pour que ce cauchemar cesse.
Je souhaite que l’argent économisé en ne faisant pas la guerre grâce à cette méthode soit attribué à 50 % aux pauvres du Brésil, à 40 % à l’Afrique, à 9 % à l’Europe qui a vacillé mais ne s’est pas effondré et que 1 % serve à la rédaction et à la traduction en 40 langues d’une hagiographie de Tony Blair afin qu’il se tranquillise puisque le monde entier connaîtra ses remarquables qualités.
Enfin, cessez de dire que « les Américains veulent la guerre », c’est uniquement les orphelins d’Enron qui entourent George W. Bush qui la souhaitent. La population américaine sait ce qui se passe et essaye de convaincre le psychanalyste de George W. Bush de lui prescrire un sédatif.

« Irak, ira pas ? »

Irak, ira pas ?
Réseau Voltaire (France)

[AUTEUR] Christiane Taubira est députée de Guyane et première vice-présidente du Parti radical de gauche (PRG). Elle a été candidate à l’élection présidentielle française de 2002.

[RESUME] Saddam Hussein est parvenu à se maintenir au pouvoir grâce à un embargo qui a placé la population irakienne sous la dépendance d’un pouvoir dispensateur. Aujourd’hui, pour lui faire face, voilà que les États-Unis, dont la politique a causé tant de souffrance au tiers-monde et à la démocratie au nom d’une morale manichéenne, veulent nous entraîner dans une déstabilisation du Proche-Orient.
Le président américain se moque de notre désaccord comme il se moque de toute opposition à sa politique, d’où qu’elle vienne. Une fois de plus, nous acceptons cette conception des relations internationales, comme si les bombardements et les trafics divers qui durent depuis dix ans dans la région n’existaient pas. En nous taisant nous devenons complices.
Nous devons enfin clamer notre attachement au droit international et à l’ONU. Il faut donc que la question irakienne soit débattue au Parlement français et que la France utilise son droit de veto au Conseil de sécurité.

« La Turquie veut que l’Irak soit désarmé »

Turkey wants Iraq disarmed
The Washington Times (États-Unis)

[AUTEUR] O. Faruk Logoglu est ambassadeur de Turquie aux États-Unis.

[RESUME] Même si leur approche de la question est différente, la Turquie et les États-Unis ont le même objectif : désarmer l’Irak dans le respect de la légalité internationale.
Dans ce dossier, mon pays a une position unique :
- C’est la seule démocratie limitrophe de l’Irak.
- Une fois le dernier soldat américain parti, la Turquie sera toujours voisine de l’Irak.
- La Turquie a un agenda international chargé, et la question irakienne ne peut donc être abordée qu’en lien avec les autres questions préoccupantes pour nous, telles que l’admission dans l’Union Européenne ou la résolution du problème chypriote.
La Turquie est un allié de longue date des États-Unis et partage ses valeurs. En 1991, nous étions aux côtés des États-Unis lors de la Guerre du Golfe et nous avons travaillé en collaboration avec eux pour mettre en place la zone d’exclusion aérienne du Nord. Aujourd’hui, nous souhaitons que la résolution de la crise se fasse par des moyens pacifiques. Notre objectif est d’amener la paix, la sécurité et la prospérité dans la région et la Turquie fera face à ses responsabilités d’acteur régional, en partenariat avec les États-Unis, son allié et partenaire stratégique, et la communauté internationale.