« Minimisé »

Understated
National Review (États-Unis)

[AUTEUR] Laurie Mylroie est l’auteur de The War Against America : Saddam Hussein and the World Trade Center Attacks, A Study of Revenge.

[RESUME] Colin Powell a construit un dossier important pour justifier la nécessiter d’éliminer Saddam Hussein le plus rapidement possible, mais il a malheureusement minimisé certains éléments de premier plan.
Il a bien expliqué que l’Irak déplaçait ses missiles SCUD armés de têtes biologiques vers l’Ouest, sans doute pour viser Israël, que le programme biologique n’a jamais été arrêté par l’Irak et que, tout comme pour les programmes chimiques et nucléaires, il continue d’être développé dans des laboratoires mobiles très bien dissimulés. En revanche, il n’a pas réussi à convaincre des liens existants entre l’Irak et Al Qaïda car il a minimisé des éléments importants. Nous savons, en effet, que l’Irak a abrité l’un des terroristes responsables de l’attentat à la bombe contre le World Trade Center en 1993. Colin Powell aurait pu également mentionner les témoignages de deux transfuges irakiens qui ont décrit aux autorités états-uniennes, les camps d’entraînement pour pirates de l’air qui se trouvent en Irak.

« Un "gros chat" avec rien à perdre »

A ’Big Cat’ With Nothing to Lose
Los Angeles Times (États-Unis)

[AUTEUR] Joseph C. Wilson a été chef de mission adjoint à l’ambassade états-unienne à Bagdad (1988-1991), puis ambassadeur en titre pendant l’opération Tempête du désert. Il a été directeur aux affaires africaines du National Security Council (1997-1998). Il est membre du Middle East Institute à Washington.

[RESUME] Saddam Hussein est un sociopathe meurtrier dont la mort serait une bonne nouvelle pour le monde entier. La dernière fois que je l’ai rencontré, c’était le 6 août 1990. Je lui ais demandé, au nom des États-Unis, de quitter le Koweït et de libérer les citoyens américains qu’il détenait. Il avait mis en scène notre rencontre pour se donner le beau rôle, m’avait proposé de lui laisser le Koweït en échange de prix intéressants sur le pétrole et de la promesse qu’il n’attaquerait pas l’Arabie saoudite. Lors de cet entretien, il se moqua également de la volonté et du courage des Etats-Unis. C’est pourquoi je fus fier quand les troupes états-uniennes le forcèrent à quitter le Koweït, quelques mois plus tard.
L’opération Tempête du désert était une guerre juste soutenue par la communauté internationale et menée par une large coalition. Aujourd’hui, la guerre contre l’Irak est différente car ses objectifs ne sont pas clairs. On ignore, en effet, si elle a pour but de libérer les Irakiens, si c’est une bataille de la guerre au terrorisme ou bien s’il s’agit de désarmer l’Irak. Il nous faut pourtant être clairs car ce sont les buts que nous afficheront qui détermineront l’attitude de Saddam Hussein.
Hussein est persuadé que cette guerre est menée pour le tuer lui, qu’il désarme ou non. Dans cet état d’esprit, il est évident qu’il utilisera ses armes de destruction massive contre les troupes qui entreront sur son territoire. Hussein et Aziz me l’avaient déjà dit en 1990, ils s’estiment en droit d’utiliser toutes les armes à leur disposition, comme ils l’ont fait contre l’Iran et contre les Kurdes. De même, Saddam Hussein, qui n’est intéressé que par sa survie, ne donnera jamais d’armes à des terroristes, sauf s’il n’a plus rien à perdre.
Il est crucial que les États-Unis laissent toujours une porte de sortie, même petite, à Saddam Hussein. Pour cela, il ne faut pas se lancer dans une guerre de « libération » qui, de toute façon, ne peut venir que de l’Irak lui-même.

« Arrêtez d’essayer d’isoler la Corée du Nord »

Stop trying to isolate North Korea
International Herald Tribune (États-Unis)

[AUTEUR] Jon B. Wolfsthal est directeur adjoint du Carnegie Nonproliferation Project est co-auteur de Deadly Arsenals : Tracking Weapons of Mass Destruction. Il est ancien membre du département à l’Énergie états-unien et il a travaillé comme spécialiste sur le complexe nucléaire nord-coréen de Yongbyon.

[RESUME] Les efforts internationaux pour empêcher la diffusion des armes nucléaires reposent sur l’idée simple qu’il faut empêcher les États et les terroristes d’acquérir du plutonium et de l’uranium. Malheureusement certains pays dérogent à cette règle.
L’attitude actuelle des États-Unis vis-à-vis de Pyongyang se justifie peut-être sur le principe, mais menace les intérêts états-uniens sur le long terme. Il ne sert à rien de se confronter à la Corée du Nord ou de tenter de l’isoler car ce pays cherche à exploiter les tensions pour négocier. Nous sommes actuellement dans une situation similaire à celle de 1994, où nous avions tout à a fois négocié et déployé nos forces en Corée du Sud.
En ayant une approche belliqueuse du problème posé par Pyongyang, l’administration Bush s’est éloignée de ses alliés dans la région. Elle aurait dû poursuivre la stratégie de 1994. Aujourd’hui elle n’a plus d’autre choix que de négocier ou de continuer la politique actuelle en regardant la Corée du Nord devenir une puissance nucléaire.
Malheureusement les tenants de la ligne dure dans l’administration Bush semblent enfermés dans leur propre rhétorique et ne veulent pas admettre qu’ils se sont trompés.

« Quelqu’un doit freiner la tendance au secret excessif de Bush »

Someone, blow the whistle on Bush’s excessive secrecy
Christian Science Monitor (États-Unis)

[AUTEUR] Pat M. Holt est ancien secrétaire général du Foreign Relations Committee du Sénat des États-Unis.

[RESUME] Il est temps que le Congrès ou les tribunaux mettent fin à la trop grande affection de l’administration Bush pour les secrets, tendance d’autant plus dangereuse que cette administration a l’habitude de tordre la vérité. Les exemples de cette manie sont nombreux :
- La Maison-Blanche a fait de l’obstruction pour empêcher la création d’une commission d’enquête indépendante sur le 11 septembre, ne voulant pas que le Congrès sache ce que le gouvernement savait.
- L’Attorney général John Ashcroft refuse de rendre publics les noms de certaines personnes arrêtées et les motifs de leurs arrestations.
- L’Environmental Protection Agency, le département de l’Agriculture et le département de la Santé et des services humains ont désormais le droit de classer « secrets » leurs documents.
- Le vice-président Dick Cheney refuse de donner les noms des personnes ayant participé à des discussions sur la politique pétrolière à la Maison-Blanche.
- Le président en exercice a désormais le droit d’empêcher la dé-classification de documents rédigés par un de ses prédécesseurs. George W. Bush a déjà utilisé ce pouvoir pour cacher au public des documents de l’ère Reagan qui auraient pu prouver l’implication de son père dans le scandale Iran-Contras.

« L’amour derrière les gros titres »

Love beneath the headlines
The Japan Times (Japon)

[AUTEUR] David Howell est ancien président de la Commission des Affaires étrangères de la Chambre des communes britannique. Il est maintenant élu à la Chambre des Lords.

[RESUME] Actuellement la France est mal vue aux États-Unis et au Royaume-Uni. L’agacement de Londres vis-à-vis de Paris porte sur trois facteurs :
- L’opposition de Paris à une guerre en Irak et l’attitude de la France vis-à-vis de Londres, considérée comme le toutou de Washington.
- L’invitation prochaine de Robert Mugabe à une conférence des chefs d’États africains à Paris qui rompt la politique d’isolement que Londres voudrait imposer à l’encontre du président du Zimbabwe.
- La tentative franco-allemande de prendre le contrôle de l’Union européenne en marginalisant le Royaume-Uni, tentative à laquelle Tony Blair a répondu par la constitution d’une contre-alliance, composée des huit pays signataires de l’appel au soutien aux États-Unis.
La France et le Royaume-Uni vivent donc une période de tension forte. Pourtant, la population britannique aime la France et la culture française plus que jamais. Et, finalement, quand la guerre en Irak commencera, la France en fera partie. Les tensions actuelles ne sont qu’une chamaillerie de plus entre les deux pays et les relations se normaliseront bientôt.

« Irak : un désastre atlantique ? »

Irak : un désastre atlantique ?
Le Figaro (France)

[AUTEUR] Alain Minc est président d’AM Conseil, président du conseil de surveillance du journal Le Monde et essayiste. Il est ancien trésorier-fondateur de la Fondation Saint-Simon, un think-tank français soutenu par des fondations états-uniennes.

[RESUME] La grande coalition nouée après le 11 septembre autour des États-Unis est en train de se déliter.
La Russie a repris son rôle traditionnel après avoir gagné l’indifférence occidentale sur son action en Tchétchènie. Moscou conserve ses relations avec l’Iran, des liens ambiguës avec la Corée du Nord et se place dans l’ombre des réticences françaises sur la question irakienne.
Plus grave et plus surprenant, l’OTAN est peut-être en train d’agoniser. Contrairement aux thèses de Robert Kagan, il ne s’agit pas d’un divorce entre les États-Unis et l’Europe mais d’un jeu à quatre dont les acteurs sont l’administration Bush, la fraction de l’opinion américaine opposée à une action unilatérale en Irak, les pays européens soutenant Washington avec ou sans l’aval du Conseil de sécurité de l’ONU et les pays européens qui, autour de Paris et Berlin, oscillent entre le refus absolu de la guerre et celui de l’action unilatérale. Ce combat a pour enjeu les opinions publiques et les relations traditionnelles et pourrait laisser des traces bien au-delà de la crise irakienne.
La situation n’est pas facile pour les opposants européens qui doivent adopter une posture anti-Bush sans tomber dans l’antiaméricanisme systématique vers lequel l’opinion les pousse sous peine de se mettre à dos l’opinion américaine dans son ensemble. Il ne faut pas qu’ils adoptent une position pacifiste « à tout crins » refusant les orientations multilatéralistes. La situation n’est pas plus facile pour les Européens pro-Washington qui veulent coller à la position de Washington sans se mettre à dos de façon durable la France et l’Allemagne, ni ruiner à jamais l’idée d’un politique européenne de défense et de sécurité.
Les opposants américains à la politique de Bush sont les derniers dépositaires dans leur pays de l’esprit atlantique alors que l’administration Bush considère l’OTAN comme un système féodal. Cette organisation a de fortes chances d’exploser avec la crise irakienne alors même qu’avec l’émergence de géants asiatiques, tels la Chine et l’Inde, et la puissance de l’Islam, il existe autant de raisons pour les Occidentaux de serrer les rangs qu’au moment de la guerre froide.

« Inde + Iran = une base pour la stabilité »

India + Iran = a foundation for stability
International Herald Tribune (États-Unis)

[AUTEUR] Stanley A. Weiss est fondateur et président de Business Executives for National Security. Il est également membre du Rand’s Center for Middle East Public Policy et du Council on Foreign Relations. Il est ancien président d’American Premier, une entreprise minière et chimique américaine.

[RESUME] La visite du président iranien Mohammed Khatami en Inde pose peut-être les bases d’une stabilisation de l’Asie et du Proche-Orient.
L’Inde et l’Iran ont des intérêts stratégiques communs puisque tous deux veulent éviter que les fondamentalistes prennent le pouvoir au Pakistan. L’Inde veut pouvoir profiter des bases aériennes iraniennes en cas de guerre avec son voisin et l’Iran veut pouvoir profiter des technologies militaires indiennes. Sur le plan économique, l’Inde est un des plus gros importateurs de gaz naturel, ressource dont l’Iran est le deuxième producteur mondial.
Le président Bush ne doit pas laisser les mollahs réactionnaires d’Iran nous détourner de l’Inde. Il doit reconnaître que l’alliance entre New Delhi et Téhéran est une des clefs de la stabilité régionale et il doit même rejoindre cet « Axe de l’amitié ». Cette alliance peut permettre la réforme du régime iranien et la constitution un jour du « pipeline de la paix » qui relierait l’Iran à l’Inde en passant pas l’Afghanistan et le Pakistan.
Les États-Unis doivent développer leurs liens avec l’Inde, cette grande démocratie séculière et multiconfessionnelle dispose d’une armée puissante. Elle sera peut être le prochain membre permanent du Conseil de sécurité. L’Inde et l’Iran permettent de contenir le Pakistan et ont agit contre les Talibans en Afghanistan. En outre, Téhéran pourrait jouer un rôle dans la reconstruction et la stabilisation de l’Irak.
Enfin, l’Inde développe des liens avec Israël et la Turquie ce qui offre la possibilité que les États-Unis créent dans la région une alliance des démocraties, dont l’Inde serait le centre et qui stabiliserait la région.

« La vérité sur le pétrole irakien »

La vérité sur le pétrole irakien & Pétrole : où est l’intérêt américain ?
Le Figaro (France)
Ce résumé est issu de la compilation d’une tribune en deux parties publiées hier et aujourd’hui dans Le Figaro.

[AUTEUR] Pierre Noël est économiste et politologue, chercheur au Centre français sur les États-Unis à l’Institut français des relations internationales.

[RESUME] Le fait que l’Irak soit censé posséder la deuxième réserve pétrolière du monde prouverait combien le contrôle de ce pays est un enjeu important pour les États-Unis. Pourtant les réserves pétrolières sont un très mauvais indicateur du potentiel de production d’un pays ou d’une région. En effet, les réserves ne sont pas données par la nature. Elles sont le fruit d’une activité industrielle qui consiste à transformer une fraction d’un dépôt d’hydrocarbure en un stock prêt à être produit, c’est ce stock que l’on appelle « réserves ».
Les réserves irakiennes ne sont donc que des estimations réalisées à partir de l’hypothèse que des investissement permettant l’extraction du pétrole soient réalisés. Or ces investissements ne seront réalisés en Irak après la guerre que si les compagnies pétrolières étrangères ont un intérêts à le faire là plutôt que dans d’autres régions du monde. Ce choix dépendra de la géologie, exceptionnelle en Irak, de la fiscalité et de la stabilité politique. Ces deux derniers points étant difficiles à estimer pour l’instant, il est impossible de prévoir si l’Irak surclassera toutes les régions auxquelles les compagnies ont accès.
Il faut bien comprendre que vues les capacités industrielles dont dispose l’Irak aujourd’hui, ce pays n’est qu’un géant pétrolier potentiel. L’idée qu’un nouveau géant pétrolier est à porter de main ou de canon résiste donc difficilement à l’analyse. C’est pourtant sur cette idée tronquée que repose le second mythe de l’argumentation utilisant le pétrole comme explication à la guerre : l’Irak sera un nouveau géant pétrolier ce qui est dans l’intérêt des États-Unis.
Il faut bien comprendre pourtant que le marché pétrolier est intégré mondialement, il n’est pas basé sur des relations bilatérales. Les États-Unis n’ont pas de fournisseurs propres, ils puisent dans l’offre globale. La sécurité énergétique américaine et européenne est donc liée à la diversification de l’offre pétrolière mondiale.
La politique de l’OPEP, qui a augmenté les prix en baissant sa production, a rendu cette diversification intéressante. Elle est désormais l’un des objectifs politiques dans les relations internationales des Etats-Unis. Ces derniers poussent, avec l’aide de la Banque mondiale, les pays en voie de développement à adopter des législations favorisant les investissement privés en matière d’énergie. Cette politique a fonctionné et même si le pétrole provenant d’ailleurs que du Moyen-Orient a un coût de production élevé, les pays occidentaux acceptent de payer ce surcoût pour garantir leur sécurité énergétique. Les États-Unis souscrivent d’autant mieux à cette politique entraînant des prix hauts qu’ils sont eux-mêmes producteurs et qu’une baisse des prix ferait baisser la compétitivité de leur production interne.
Si les États-Unis, comme beaucoup le prétendent, développaient la capacité de production de l’Irak pour faire baisser les prix, on assisterait à une lutte concurrentielle pour les parts de marché entre les pays du Golfe qui entraînerait la disparition de l’OPEP, une baisse forte des prix et une re-concentration de l’offre de pétrole mondiale autour du Moyen Orient, ce qui détruirait les économies russe, mexicaine et vénézuélienne.
Compte tenu de ces éléments, reprenons les trois arguments les plus souvent entendus à l’appui des explications par le pétrole :
- « Après le 11 septembre, les États-Unis souhaitent substituer l’Irak à l’Arabie saoudite comme acteur clé du marché pétrolier. » À moins d’exclure l’Arabie saoudite du marché pétrolier et vu le caractère mondial de ce marché, cette affirmation est vide de sens car l’émergence d’un nouveau géant dans cette région ne ferait que renforcer le poids du Proche-Orient et de l’Arabie saoudite.
- « En contrôlant l’Irak, les États-Unis se donnent les moyens de contrôler l’approvisionnement énergétique de la Chine. » Dans un marché mondial intégré, l’embargo sélectif de la Chine est impossible, il se transforme en hausse des prix universelle.
- « Cette guerre est ordonnée aux intérêts des compagnies pétrolières américaines qui obtiendront les gros contrats de développement. » Dans l’état actuelle des choses, c’est TotalFinaElf et Lukoil qui profiteraient d’une libéralisation du pétrole irakien. Mais un nouveau gouvernement mettrait sans doute tous les contrats à plat et les différentes compagnies seront alors mises en concurrence.
Il faut cesser de voir le pétrole irakien comme un butin facile à partager. Il faudra même pour gérer correctement la question contenir le développement du pétrole irakien au moins jusqu’en 2010.