Architecture du système et principe de fonctionnement

Tel qu’actuellement envisagée, l’architecture de la National Missile Defense reposerait sur cinq composantes : des radars d’alerte rapide, un radar à large bande (dit à " bande X "), une constellation de satellites de surveillance et des intercepteurs basés au sol.

(1) les radars d’alerte rapide améliorés

Les Etats-Unis utilisent actuellement 5 grands radars d’alerte rapide disposés sur leur territoire ou dans des pays étrangers, afin de déceler les tirs de missiles balistiques. Ces radars, situés en Alaska, au Massachusetts, en Californie, à Thulé au Groenland et à Fylingdales au Royaume-Uni (Yorkshire) seront améliorés afin de pouvoir repérer les têtes assaillantes de manière suffisamment précise pour guider les intercepteurs.

Les 5 radars d’alerte rapide améliorés (Upgraded Early Warning Radars) auront donc pour mission de détecter et de suivre les missiles lancés en direction des Etats-Unis.

(2) le radar " en bande X "

Dit " en bande X ", en référence à la fréquence (10 GHz) à laquelle il opère, le radar à large bande possède une très haute résolution lui permettant d’observer la forme et les autres caractéristiques de la tête assaillante. Plus précis que les radars d’alerte rapide, il devra être en mesure de distinguer la tête du missile de leurres ou de débris apparus lors de la séparation des différents éléments du missile, mais aussi d’évaluer la réussite ou l’échec de l’interception.

Le radar " en bande X " doit être construit à Shemya, aux îles Aléoutiennes, à l’extrême ouest de l’Alaska, dans le Pacifique nord. Un prototype installé à Kwajelein, atoll des îles Marshall, est utilisé pour les essais d’interception du programme NMD.

Limité dans un premier temps à un seul exemplaire, le nombre de radars " en bande X " pourrait ultérieurement être notablement augmenté avec 3 exemplaires supplémentaires (en Alaska, au Groenland, puis au Royaume-Uni) tout d’abord, puis 5 autres installations sur les côtes Est et Ouest des Etats-Unis et éventuellement en Corée du Sud.

En revanche, le rattachement à la NMD du radar en bande X Globus II dont la construction est projetée en Norvège septentrionale à Vardoe, est écarté, ce radar devant être consacré à l’étude des débris spatiaux.

(3) Les satellites de surveillance

Les Etats-Unis disposent déjà d’un réseau de satellites d’alerte antimissiles balistiques. L’actuelle génération de satellites d’alerte (Defense support program), dont la cadence d’observation est assez lente, doit être remplacée par des satellites dotés de senseurs infrarouge (Space Based Infrared Systems - SBIRS) permettant une détection plus précoce des tirs de missiles.

Deux systèmes sont en cours de développement, sous la responsabilité de l’US Air Force :

- le SBIRS-High, qui devrait prendre le relais des satellites actuels en 2008, est un système de 5 satellites en orbite haute, soit géostationnaire, soit, pour la couverture de la région du pôle Nord, elliptique, ayant pour mission de déceler les tirs de missiles,

- le SBIRS-Low, envisagé à partir de 2010, compléterait le réseau avec une constellation de 24 satellites en orbite basse, améliorant très sensiblement les capacités de détection en suivant le missile tout au long de sa trajectoire et en guidant les intercepteurs vers les têtes assaillantes.

(4) Les intercepteurs

Eléments centraux du système de défense antimissiles, les intercepteurs basés au sol (Ground based interceptors) se présentent sous la forme d’un missile à trois étages dont le dernier est constitué par un " véhicule d’impact " (Exoatmospheric Kill Vehicle) destiné à détruire par collision la tête assaillante.

Devant protéger l’ensemble du territoire des Etats-Unis à partir d’un site de lancement tout d’abord, puis de deux sites ultérieurement, les intercepteurs disposeront d’une vitesse très élevée leur permettant d’atteindre, dans l’espace exoatmosphérique, leur cible dans un délai inférieur à 15 minutes.

Se séparant du lanceur après sa sortie de l’atmosphère, le " véhicule d’impact " sera guidé à partir des informations fournies par les systèmes d’alerte et de surveillance mais il disposera de sa propre camera infrarouge pour se diriger vers sa cible et de fusées lui permettant de manoeuvrer. Il pourra frapper la tête assaillante à une vitesse de 15 km par seconde (54 000 km/heures).

Dans la phase ultime du programme NMD, un nombre total de 250 intercepteurs est envisagé, réparti sur deux sites. Un tir de deux intercepteurs est prévu pour chaque tête assaillante, avec, si nécessaire, une seconde salve de deux intercepteurs en cas d’échec du premier tir.

(5) Le système de gestion de l’engagement

L’ensemble de la NMD implique un système de gestion des communications, du commandement et du contrôle de l’engagement (Battle Management, Command, Control and Communications).

Il intégrera le quartier général de la défense aérospatiale de l’Amérique du Nord (NORAD), situé à Cheyenne Mountain, dans le Colorado, ainsi qu’un centre secondaire situé sur le site de lancement. Les données issues des radars et satellites d’alerte et de surveillance seront analysées pour déterminer la nature de la menace, identifier la ou les têtes assaillantes et définir les conditions de lancement des intercepteurs. Les informations continueront à être exploitées durant la course de l’intercepteur et transmises à ce dernier. Le système de commandement et de contrôle déterminera également si une seconde salve s’avère nécessaire.

(6) Le principe de fonctionnement

Le concept d’opération de la NMD comporte trois phases :

- dans un premier temps, les systèmes d’alerte repèrent le tir du missile balistique et suivent sa trajectoire. En schématisant, on pourrait dire que les satellites, surtout avant la mise en service du SBIRS-Low, permettront la détection de la phase de lancement, les radars d’alerte améliorés repérant les missiles dans leur phase descendante, alors que le radar " en bande X " doit suivre avec précision la trajectoire de la tête assaillante et la distinguer des leurres ou débris divers,

- deux missiles intercepteurs sont lancés pour chaque tête assaillante et bénéficient, durant leur course, des informations recueillies en permanence par le centre de gestion de l’engagement ; le véhicule d’impact possède sa propre capacité de détection infrarouge et peut dévier de sa trajectoire pour se diriger vers sa cible ; il détruit la tête assaillante par impact direct (concept hit to kill).

- après évaluation du tir, notamment grâce au radar " en bande X ", et en cas d’insuccès de la première salve, une seconde salve de deux intercepteurs est lancée (principe shoot-look-shoot) ; toutefois, en cas de délai insuffisant pour procéder en deux temps, le tir d’une salve unique de quatre ou cinq intercepteurs peut être envisagé.

L’échelonnement du déploiement dans le temps

Le calendrier de déploiement de la NMD a évolué avec le temps

(1) Le calendrier initial

Le calendrier initial, établi en 1996, prévoyait une montée en puissance de la NMD échelonnée entre 2005 et 2011 et distinguant trois phases :

- la phase 1 (capability 1 - C1), à l’horizon fin 2005, visait la mise en service opérationnelle d’un système comportant 20 intercepteurs situés en Alaska, la mise à niveau des 5 radars d’alerte rapide existants, la construction du radar " en bande X " à Shemya aux îles Aléoutiennes et la mise en oeuvre de système de gestion de l’engagement ; cette première étape devrait permettre de parer l’attaque de quelques têtes assaillantes dotées d’aides à la pénétration simples,

- la phase 2 (capacility 2 - C2), à l’horizon fin 2010, consistait à passer de 20 à 100 intercepteurs sur le site de l’Alaska, à mettre en service trois nouveaux radars " en bande X " (en Alaska, au Groenland et au Royaume-Uni), ainsi que le réseau satellitaire d’alerte SBIRS-High et SBIRS-Low ; la phase 2 permettrait de stopper quelques têtes assaillantes dotées de contremesures sophistiquées ou quelques dizaines de têtes dotées d’aides à la pénétration plus simples,

- la phase 3 (capacity 3 - C3), fin 2011, verrait l’achèvement de la NMD avec la construction d’un second site de lancement au Dakota du Nord, portant à 250 le nombre total d’intercepteurs, la construction d’un radar d’alerte et de cinq radars " en bande X " supplémentaires ; cette phase donnerait au système la capacité de stopper quelques dizaines de têtes assaillantes munies d’aides à la pénétration complexes.

(2) Le calendrier révisé

L’administration a sensiblement revu ce calendrier à la fin de l’année 1999, envisageant une phase 1 " élargie " permettant, dès 2007, le déploiement de 100 intercepteurs en Alaska, le passage à la phase 2 ne jouant que pour le nombre de radars " en bande X " et l’augmentation du nombre de satellites SBIRS-Low. Toutefois, le déploiement initial de 20 intercepteurs en Alaska est maintenu dès 2005.

Le tableau ci-dessous résume ces éléments de calendrier.

Calendrier de déploiement de la NMD envisagé par l’administration

" Avant-phase 1 "Phase 1 élargiePhase 2Phase3
Date de déploiement 2005 2007 2010 2011
Nombre d’intercepteurs 20 100 100 250
Nombre de sites 1 1 1 2
Radars d’alerte rapide 5 5 5 6
Radars " en bande X " 1 1 4 9
Satellites SBIRS-High 2 4 5 5
Satellites SBIRS-Low 0 0 6 24
Capacités des systèmes défense quelques têtes assaillantes munies d’aide à la pénétration simples plusieurs dizaines de têtes assaillantes munies d’aide à la pénétration simples quelques têtes assaillantes munies d’aide à la pénétration complexes plusieurs dizaines de têtes assaillantes munies d’aide à la pénétration complexes

Source : Office budgétaire du Congrès - avril 2000


Source : Sénat (France) : http://www.senat.fr