L’issue des discussions américano-russes sur la révision du traité ABM constitue également une interrogation majeure pour la poursuite du programme NMD.

Deux questions principales se posent :

- la Russie sera-t-elle disposée à accepter une révision du traité ABM et, dans l’affirmative, à quelles conditions ?

- les Etats-Unis sont-ils prêts à déployer unilatéralement la NMD, sans révision préalable du traité ou après s’en être retirés ?

La rencontre entre MM. Clinton et Poutine à Moscou au début du mois de juin a confirmé la situation de blocage.

Du côté américain, l’actuelle administration privilégie un accord avec la Russie sans exclure toutefois l’éventualité d’un retrait des Etas-Unis du traité ABM. L’intransigeance affichée par Moscou rend désormais peu plausible la conclusion d’un accord d’ici l’élection présidentielle de novembre, d’autant qu’au Sénat, où une majorité des deux-tiers est requise pour l’approbation des traités, une importante fraction du parti républicain a d’ores et déjà fait savoir qu’elle s’opposerait à un accord avec la Russie sur la révision du traité ABM. 

Dans une lettre adressée au Président Clinton, 25 sénateurs républicains, dont le chef de la majorité au Sénat, M. Lott, jugent inacceptable un accord qui tendrait à obliger les Etats-Unis à réaffirmer la validité d’un traité ABM très astreignant et juridiquement contraignant. Ils contestent également un accord qui ne laisserait place qu’à un système limité, réduit à un seul site et excluant le recours à une composante navale ou à un laser aéroporté.

Du côté russe, l’approbation parlementaire de l’accord Start II et du traité d’interdiction complète des essais nucléaires permet d’aborder la négociation en position avantageuse. Au-delà de l’opposition de principe à la NMD, la Russie ne peut toutefois prendre le risque d’un déploiement américain unilatéral qui rendrait caduc le traité ABM sans lui fournir la moindre contrepartie. Son intérêt objectif à conclure un accord est donc réel mais peut être pas avec une administration présidentielle américaine sur le départ qui serait de surcroît incapable de faire avaliser cet accord par un Sénat hostile.

La contre-proposition lancée, peu après le sommet de Moscou, par le Président Poutine, et consistant à instaurer une coopération entre la Russie, les Etats-Unis et l’Europe, pour adopter un système de défense actif dès la phase de décollage des missiles assaillants, semble reconnaître la réalité d’une montée des menaces et l’intérêt des défenses antimissiles, tout en renvoyant à une date ultérieure la conclusion d’un éventuel accord.

Il est probable qu’en tout état de cause, la Russie cherchera à faire prendre en compte son souhait de réduction supplémentaire du nombre de missiles stratégiques dans le cadre de l’accord START II et que, dans ces conditions, elle pourrait oeuvrer pour l’établissement d’un lien entre ces négociations START III et celles sur le traité ABM. 

Au vu de ces différents éléments, on voit mal un accord se conclure d’ici le mois de novembre prochain, ou au contraire le Président Clinton prendre acte du blocage russe et décider unilatéralement le déploiement de la NMD. Il pourrait en revanche décider des mesures conservatoires, par exemple le lancement l’an prochain de travaux de génie civil à Shemya en vue de la construction du radar " en bande X ", ne préjugeant pas du lancement de la construction des composantes de la NMD aujourd’hui proscrites par le traité ABM. 

Dans cette hypothèse, les discussions américano-russes reprendraient sous l’égide de la prochaine administration américaine, dans des conditions nécessairement différentes.


Source : Sénat (France) : http://www.senat.fr