Le Congrès, aiguillonné par sa majorité républicaine, a été au coeur de la relance du projet de défense nationale antimissile à partir de 1998.

Le rapport " Rumsfeld " et le tir d’un missile nord-coréen : un tournant décisif dans la volonté de protection contre la menace balistique

Quelque peu délaissé par la nouvelle administration démocrate installée en 1993, le thème de la défense nationale antimissile a été rapidement repris au Congrès après l’arrivée d’une majorité républicaine, tant au Sénat qu’à la Chambre des Représentants, à l’issue des élections de 1994.

Historiquement attachés à l’édification d’une défense antimissiles, nombre de Républicains voient dans d’éventuelles défaillances du système de contrôle des armes stratégiques russes et surtout dans le développement de la prolifération balistique de nouveaux arguments en faveur de l’investissement dans de tels programmes.

Dès 1995, plusieurs initiatives parlementaires émanant du camp républicain sont prises au Congrès en vue du déploiement, à partir de 2003, d’un système de défense nationale antimissile reposant sur plusieurs sites de lancement terrestres. Si elles n’aboutissent pas, ces initiatives conduisent néanmoins l’administration à majorer les crédits alloués aux programmes de recherche de la BMDO.

La pression croissante du Congrès contraindra en 1996 l’administration Clinton à se rallier à un compromis envisageant dans un premier temps le déploiement, à l’horizon 2003, de 20 intercepteurs terrestres destinés à stopper la frappe limitée de " rogue states " ou un tir accidentel russe. Baptisé " trois plus trois ", ce plan prévoyait une première phase de trois ans consacrée aux études et aux essais devant permettre de passer, en cas de conclusions positives, à une seconde phase de trois ans préalable au déploiement. L’idée était alors d’évaluer chaque année, à partir de 2000, l’opportunité d’un déploiement qui aurait pu intervenir en trois ans seulement.

Deux événements majeurs survenus en 1998 vont remettre en cause ce compromis et amplifier la pression politique en faveur de la NMD.

Au mois de juillet 1998, une commission bipartisane mise en place par le Congrès et présidée par M. Donald Rumsfeld, ancien Secrétaire d’Etat à la Défense du Président Ford, remettait ses conclusions sur l’évaluation de la menace balistique à l’encontre des Etats-Unis. Contrairement aux estimations des services de renseignement, qui écartaient toute concrétisation de la menace avant 2010, la commission Rumsfeld déclarait que des " rogue states " comme l’Iran et la Corée du Nord avaient la capacité de déployer dans un délai de cinq ans des missiles balistiques à longue portée et de les mettre en oeuvre en ne laissant aux Etats Unis qu’un faible préavis d’alerte.

Présentée quelques semaines seulement après les essais nucléaires indiens et pakistanais, l’analyse de la commission Rumsfeld s’est trouvée immédiatement crédibilisée par le tir d’un engin balistique nord-coréen à trois étages, de type Taepo Dong 1, le 31 août 1998.

Renforçant les avocats d’un protection contre la menace balistique, ces événements ont entraîné une double réaction.

Le 20 janvier 1999, le Secrétaire d’Etat à la défense, M. William Cohen, redéfinissait la position de l’administration sur le programme NMD. A la suite de l’expertise technique conduite sous l’égide d’un groupe présidé par le général Welch, l’objectif de déploiement était repoussé de 2003 à 2005. En revanche, le programme passait en phase de développement et d’acquisition et se voyait doté de financements supplémentaires, le budget initial de 4,9 milliards de dollars pour la période 1997-2003 étant porté à 10,5 milliards de dollars pour la période 1999-2005.

Parallèlement, le Congrès adoptait à une écrasante majorité (97 voix contre 3 au Sénat et 345 voix contre 71 à la Chambre des Représentants) le National Missile Defense Act prévoyant que serait déployé, aussitôt que technologiquement possible, un système de défense antimissile destiné à protéger le territoire national américain d’une frappe balistique limitée, qu’elle soit accidentelle, non autorisée ou délibérée.

La Maison-Blanche renonçait à opposer son veto en échange de l’adoption de deux amendements démocrates, l’un mentionnant la nécessité de ne pas nuire aux négociations de désarmement et l’autre assujettissant le programme aux autorisations budgétaires annuelles.

Ainsi étaient définies de nouvelles bases pour la mise en oeuvre du programme NMD.

Les nouvelles échéances du programme NMD

En signant le National Missile Defense Act le 23 juillet 1999, le Président Clinton définissait les quatre critères sur lesquels il fonderait sa décision de déployer ou non le système de défense antimissile :
- l’évaluation de la menace,
- la faisabilité technologique du système,
- son coût,
- et divers éléments de sécurité nationale tels que l’impact de la NMD sur le contrôle des armements, les relations avec les alliés européens ou du Pacifique, les relations avec la Russie et la Chine et les autres objectifs de non-prolifération des Etats-Unis.

Le programme NMD se trouve actuellement dans une phase préliminaire au cours de laquelle ont été prévus trois essais d’interception d’un missile balistique.

Le premier de ces trois essais, réalisé le 3 octobre 1999, a été concluant puisque le véhicule d’interception terminal (extra atmospheric kill vehicule - EKV) destiné à équiper l’intercepteur, lancé depuis les îles Marshall dans l’Océan Pacifique, est parvenu à intercepter et à détruire par impact direct la tête militaire d’un missile intercontinental Minuteman tiré à quelque 7 000 km de là depuis la base de Vandenberg en Californie.

Il faut toutefois préciser que cet essai ne mettait pas en oeuvre l’ensemble des composantes de la NMD, puisqu’il s’est effectué sans radars d’alerte, ni senseurs spatiaux ou système de commandement et de gestion de l’engagement. L’intercepteur, monté sur un lanceur différent du modèle envisagé, possédait les coordonnées du missile assaillant et a été guidé vers sa cible avant de la détruire.

En revanche, l’interception a échoué au cours du deuxième essai conduit le 18 janvier 2000, semble-t-il en raison d’une défaillance du système autodirecteur infrarouge de l’EKV, quelques secondes avant qu’il n’atteigne sa cible.

Un troisième essai, initialement programmé au printemps, puis repoussé à deux reprises, est actuellement prévu pour le 7 juillet prochain. Il s’agira du premier essai intégrant l’ensemble des éléments du système, le lanceur demeurant toutefois un modèle de substitution.

Bien que près d’une vingtaine d’essais d’interception soient prévus d’ici 2007, cette série de trois essais revêt une importance particulière puisqu’elle doit précéder une " revue " du programme (deployment readiness review) menée par le Pentagone en vue d’évaluer techniquement le système.

Cette évaluation, qui pourrait être menée avant la fin de l’été, permettrait au Président des Etats-Unis de disposer à l’automne de l’ensemble des éléments d’appréciation pour décider s’il faut ou non engager les premiers travaux de construction du système NMD.


Source : Sénat (France) : http://www.senat.fr