Les Etats-Unis n’ont engagé que tardivement le dialogue avec leurs alliés de l’OTAN sur la NMD. Certes, l’Alliance n’est pas concernée en tant que telle par le projet et les Etats-Unis ne sont pas tenus de la consulter, et encore moins de suivre les avis qu’elle pourrait exprimer. Mais compte tenu de l’importance des conséquences de la NMD sur l’évolution du contexte international de sécurité, ce sujet ne pouvait être ignoré par l’Alliance.

Le débat au sein de l’OTAN a été lancé à la fin de l’année 1999 à la suite de plusieurs présentations du programme effectuées par les autorités américaines. Il s’est poursuivi sous la forme de consultations au sein du " Comité politique au niveau élevé ", renforcé pour l’occasion par des experts. Représentant tous les pays membres, et réuni sous la présidence du Secrétaire général adjoint pour les affaires politiques, il s’agit de l’organe consultatif de haut niveau du Conseil de l’Atlantique Nord pour les questions politiques et politico-militaires spécifiques.

Bien que la réaction des alliés des Etats-Unis participe de l’environnement stratégique, constituant lui-même l’un des quatre critères au vu desquels l’exécutif américain doit prendre la décision de déploiement, la consultation menée au sein de l’OTAN a davantage donné le sentiment d’une simple information des alliés que de la sollicitation de leur avis.

Il faut tout d’abord rappeler qu’outre les Etats-Unis, 3 des 19 pays de l’OTAN sont directement concernés par la NMD :

- le Canada, qui se trouverait de fait protégé par la NMD et qui est intégré dans le commandement de la défense aérospatiale de l’Amérique du Nord (NORAD) ; le NORAD constituera l’une des composantes de la NMD, en charge notamment de l’analyse des données provenant du système de surveillance et de la gestion du commandement et du contrôle de l’engagement,

- le Royaume-Uni et le Danemark qui abritent sur leur territoire, respectivement dans le Yorkshire et au Groenland, des radars d’alerte rapide dont les capacités seront améliorées pour participer, dans le cadre de la NMD, à la détection et au suivi de la course du missile assaillant ; dans ces deux pays pourraient également être construits, au cours d’une phase ultérieure, deux radars " en bande X " supplémentaires.

La situation particulière de ces trois pays du fait de leur implication dans la NMD n’est pas spécifiquement évoquée à l’OTAN, les consultations portant sur la problématique générale du programme.

De ces consultations, il se dégage que plusieurs pays alliés ont manifesté leurs interrogations et leurs réserves. Celles-ci portent principalement sur les points suivants :

. la réalité de la menace, étant entendu que l’existence de capacités balistiques supposerait une intention agressive pour se concrétiser en menace,

. l’adaptation de la NMD comme réponse à cette menace,

. les risques inhérents à une remise en cause du traité ABM,

. les risques de relance de la course aux armements, particulièrement en Asie,

. l’affaiblissement de la solidarité transatlantique, le projet américain laissant l’Europe vulnérable face aux armes de destruction massive.

Lors de la session ministérielle du Conseil de l’Atlantique-Nord tenue le 24 mai dernier à Florence, la quasi-totalité des alliés ont manifesté bien plus d’interrogations que de signes de soutien, même si aucun d’entre eux n’a contesté le droit absolu des Etats-Unis de décider souverainement du déploiement de la NMD, ou souhaité interférer dans le dialogue américano-russe sur le traité ABM. 

Au total, si le Royaume-Uni et le Canada manifestent une attitude nuancée, l’Allemagne, l’Italie, la France mais aussi les Pays-Bas ont fait part de leurs réserves.

Le ministre allemand des affaires étrangères, M. Fischer, s’est inquiété des conséquences internationales considérables de la NMD, notamment en cas de décision unilatérale américaine sans accord préalable avec la Russie sur la révision du traité ABM, témoignant l’attachement que portait le gouvernement fédéral à ce traité et au processus de maîtrise des armements.

De même, le ministre italien de affaires étrangères, M. Dini, émettait récemment des doutes sur la réalité de la menace évoquée par les Etats-Unis et soulignait les risques d’une relance de la course aux armements.

Quant à la France, sa position sera analysée plus loin, mais elle s’est également fortement interrogée sur la réalité de la menace, la pertinence de la réponse et ses implications sur le contexte international et les équilibres régionaux.


Source : Sénat (France) : http://www.senat.fr