« Pourquoi l’unité est essentielle ? »

Why Unity Is Essential
Washington Post (États-Unis)

[AUTEUR] Zbigniew Brzezinski fut conseiller de sécurité nationale du président Carter. Il est membre du Center for Strategic and International Studies.

[RESUME] Il y a moins d’un an, les États-Unis bénéficiaient de la solidarité internationale suite au crime du 11 septembre et de l’admiration de tous pour avoir renverser les Talibans. Aujourd’hui, il n’y a peut-être qu’un pays dont l’opinion publique supporte la politique états-unienne en Irak et l’OTAN est en train de se fissurer. Il existe de nombreuses raisons pour lesquelles l’opinion internationale, y compris celle de la « Nouvelle Europe » n’est pas convaincue :
- La question irakienne a émergé avant que la campagne contre le terrorisme trouve des conclusions probantes.
- L’insistance des États-Unis sur le changement de régime a laissé penser que la destruction des armes de destruction massive n’était qu’un prétexte.
- La crédibilité des États-Unis a été écornée par la présentation de suspicions comme étant des preuves.
- Les États-Unis ont présenté la guerre au terrorisme de façon trop théologique et trop coupée du contexte politique.
- Washington refuse de lier le terrorisme du Proche-Orient à la situation politique locale. Cela a laissé penser aux Européens que cette guerre était un prétexte pour que les États-Unis appliquent leur politique au Proche-Orient et notamment le plan proposé par les sympathisants américains du Likoud à Benjamin Netanyahu en 1996 [NDLR : allusion directe au Plan Perle].
- Le comportement de Washington vis-à-vis des alliés de l’OTAN, traités comme si l’alliance était le Pacte de Varsovie.
- Le fait que la concentration de Bush sur l’Irak fait oublier le problème nord-coréen.
Les États-Unis doivent régler ce désaccord en cessant d’engager des polémiques avec leurs alliés et en réaffirmant l’importance de l’OTAN. Il faut aussi que Washington se réinvestisse dans le processus de paix israélo-palestinien. Il est également important de trouver un consensus à l’ONU en proposant une nouvelle résolution, qui demandera le règlement des points présentés comme problématiques en Irak par les différents rapports, accompagnée d’un ultimatum de plusieurs mois, laissant le temps aux inspecteurs de travailler et se concentrant sur le seul désarmement de l’Irak.

« Que faire des aspirations palestiniennes ? »

What to do about Palestinian aspirations
Jerusalem Post (Israël)

[AUTEUR] Daniel Pipes est directeur du Middle East Forum et auteur de Militant Islam Reaches America.Il est collaborateur de Benador Associates et a fondé Campus Watch, une organisation dont le but est de soutenir la vision néo-conservatrice du Proche-Orient dans les universités états-uniennes. Voir à ce sujet, la dernière investigation du Réseau Voltaire : « Le Centre pour la politique de sécurité : les marionnettistes de Washington ».

[RESUME] Pourquoi les Palestiniens sont-ils si en colère contre Israël ? À cause de la politique israélienne ou à cause de l’existence même d’Israël ? S’il s’agit de la première réponse, Israël peut conclure la paix en changeant de politique. Tandis que s’il s’agit de la seconde raison, il ne pourra pas y avoir de paix tant que les Palestiniens n’auront pas compris qu’Israël existe bel et bien et qu’il n’y aura pas de retour en arrière. Il faudra les vaincre pour les contraindre à renoncer.
Or, contredisant tout ce que croit l’ONU, la gauche et les milieux journalistiques, universitaires et artistiques, les Palestiniens expriment dans les sondages qu’ils sont une immense majorité à vouloir détruire Israël. Heureusement, les conservateurs aux États-Unis et en Israël, soutenus par l’électorat qui ne s’est pas laissé tromper, ont compris les intentions palestiniennes.
Le conflit israélo-palestinien existe parce qu’Israël existe, quoi que ce pays fasse. Il est donc inutile de faire pression pour qu’il change de politique. Au contraire, il faut soutenir les actions d’Israël pour mettre fin à la violence palestinienne et déplacer l’ambassade des États-Unis à Jérusalem.

« De l’échéancier de la guerre »

On the timing of war
Times (Royaume-Uni)

[AUTEUR] Le General Wesley Clark a été commandant suprême des forces de l’OTAN en Europe (1997-2000). Il a dirigé les troupes de l’alliance pendant la guerre du Kosovo.

[RESUME] Même si Saddam Hussein se désarme, il sera attaqué, c’est une certitude. La seule question est : quand ? Les préférences de Washington sont pour le début du mois de mars, mais différents facteurs laissent penser que cela sera dans plus de trois semaines : Les Britanniques veulent une nouvelle résolution du Conseil de sécurité. Or, les États-Unis ont besoin des Britanniques, mais les Français feront durer les pourparlers au moins jusqu’au rapport d’Hans Blix le 14 mars. Toutefois, si les États-Unis pensent que la France fera une obstruction systématique, ils attaqueront plus tôt. Les forces spéciales sont déjà en Irak, l’aviation est prête, mais d’autres avions continuent d’arriver. Cependant, une partie de l’offensive au sol devrait venir de la Turquie, mais Ankara n’ayant pas encore donné son accord, cela sera peut être long à mettre en place. La période optimale pour l’attaque approche. Il est techniquement possible de faire la guerre en plein été, mais les responsables civils du Pentagone utiliseront l’argument climatique pour précipiter l’attaque.
Par ailleurs, il existe d’autres facteurs qu’on ne peut pas encore prévoir. Toutefois, le début de l’attaque aura très probablement lieu fin mars.

« La défense anti-missile est une insulte »

Missile defense is an offense
Japan Times (Japon)

[AUTEUR] Glyn Ford est député anglais travailliste au Parlement européen et membre de la délégation pour les relations avec le Japon.

[RESUME] Il est difficile de comprendre l’obstination de l’administration Bush à vouloir déployer le système de défense nationale antimissile (NMD) alors qu’il n’est pas au point. On peut, bien sûr penser qu’un jour il fonctionnera, mais à ce moment là, il sera toujours plus facile de faire entrer des armes de destruction massive dans le pays que d’utiliser des missiles balistiques. Cette méthode offrant de plus l’avantage de l’anonymat.
En outre, ce bouclier sera totalement inefficace contre une offensive massive, ce dont les Russes ont la capacité technique et alors que les Chinois ont affirmé qu’en cas de déploiement du NMD, ils se donneraient les moyens de mener de telles attaques. Enfin, le NMD est inefficace contre les armes biologiques.
Dans ces conditions, pourquoi vouloir à tout prix développer le NMD ? Tout simplement parce que sa construction n’est pas du domaine de la défense mais de l’offensive et qu’il participe à la doctrine des frappes préventives. En effet, pour avoir une chance d’abattre le missile lancé, le programme NMD doit disposer ses batteries de missiles à moins de 1000 km du point de lancement. Ce système défensif va en fait entraîner le déploiement de missiles états-uniens près de tous les adversaires désignés de Washington. Cela risque, en réaction d’entraîner une course aux armements en Asie.

« Réformer le renseignement »

Reforming intelligence
Christian Science Monitor (États-Unis)

[AUTEUR] L’Amiral retraité Stansfield Turner est ancien directeur de la CIA sous l’administration Carter (1977-1981). Il est professeur à la School of Public Affairs de l’University of Maryland

[RESUME] Bien qu’il n’y ait pas eu d’attaque contre les États-Unis sur leur sol depuis plus d’un an, Al Qaïda est toujours menaçant et exige pour qu’on le combatte une stratégie offensive fondée sur de bons services de renseignement. Certes, les arrestations et bombardements de dirigeants du réseau terroriste nous incitent à l’optimisme. Toutefois, les attentats du 11 septembre 2001 ont été la conséquence du manque de coopération et d’échange d’informations entre les différentes agences de renseignements, et ce problème n’est toujours pas résolu : les quatorze agences ne communiquent toujours pas entre elles.
C’est pour cette raison que le Congrès a présenté des propositions demandant notamment que le chef de la CIA ne soit plus automatiquement le Director of Central Intelligence (DCI), qui coordonne le travail des agences, et que celui-ci, rebaptisé Director of National Intelligence (DNI), ait plus de pouvoir pour mieux coordonner les actions de chacun.
Le DCI/DNI était traditionnellement subordonné au Pentagone, ce qui est une séquelle de la Guerre froide, mais aujourd’hui, il n’y a plus de raison que le renseignement ait surtout des buts militaires puisqu’il est question de la défense du territoire. De même, les agences de renseignement militaire, n’ont pas besoin d’être sous le contrôle du DNI, pas plus que celles du Trésor, ni la Drug Enforcement Administration. En définitive, le DNI ne devrait centraliser que l’action de sept agences : la National Security Agency, le National Reconnaissance Office, la National Imagery and Mapping Agency, la CIA, le FBI, le département d’État et la Defence Intelligence Agency.
Il est urgent d’agir en ce sens, sans attendre les dix-huit mois que prendra une enquête sur les défaillances du 11 septembre.

« Dans le dossier Saddam Hussein, la pensée politique conventionnelle appartient au passé »

In the case of Saddam Hussein, conventional political thought belongs to yesterday
The Independant (Royaume-Uni)

[AUTEUR] Solomon Passy est le ministre des Affaires étrangères bulgare. Cette tribune est extraite d’un discours prononcé devant l’Atlantic Club à Sofia

[RESUME] Saddam Hussein n’est pas qu’une menace pour son peuple, il l’est aussi pour la communauté internationale qui a eu tort de le laisser au pouvoir et de ne pas assumer ses responsabilités. La guerre en Irak est un nouveau défi pour la communauté internationale qui doit prouver qu’elle est capable d’empêcher ce type de régime de détenir des armes de destruction massive.
Les attentats du 11 septembre ont montré que personne n’était à l’abri des menaces terroristes. Le danger qu’incarne le régime de Saddam Hussein exige de nouveaux type de décision. Il ne peut bénéficier de la présomption d’innocence. Le Conseil de sécurité doit assumer ses responsabilités.

« Europe et défense : les promesses de l’aube »

Europe et défense : les promesses de l’aube
Le Figaro (France)

[AUTEUR] Michel Barnier est commissaire européen français chargé de la politique régionale et Président du groupe défense de la Convention européenne.

[RESUME] Certains se demandent si, vu la situation entre les pays européens, il ne vaudrait mieux pas suspendre la Convention européenne. Si nous agissions ainsi, nous détruirions l’unité européenne et, au contraire, les divisions actuelles doivent nous pousser à renforcer notre unité et notre solidarité.
Si nous n’avons pas de politique étrangère commune, c’est parce que nous n’avons pas d’intérêts communs. Nous n’avons pas de capacité européenne de défense qui permettrait de nous souder et à l’Union Européenne de devenir une puissance politique. Il faut construire notre défense commune en partant de la réalité :
- Les missions des armées de l’UE sont essentiellement des missions de rétablissement ou de maintien de la paix, missions auxquelles on peut ajouter la lutte contre le terrorisme.
- Il n’existe aucun mécanisme politique de réaction en cas d’agression d’un membre de l’UE comparable à ce qui existe avec l’article 5 de la Charte de l’OTAN. Il faut instaurer un tel mécanisme.
- Il faut renforcer les capacités militaires des pays européens et développer la collaboration en matière de recherche en créant une agence européenne de l’armement.
- Tous les États membres ne partagent pas les mêmes ambitions au niveau militaire et il faut donc créer une eurozone de défense qui tracera la voie pour les autres.

« Pertes civiles & émoi »

Civilian Casualties & Turmoil
National Review (États-Unis)

[AUTEUR] Proche de l’Opus Dei, Michael Novak est président de la Universidad Latinoamericana de la Libertad Friedrich von Hayek et membre de l’American Enterprise Institute. Il est le vainqueur du Templeton Prize for Progress in Religion en 1994. Son dernier livre est : On Two Wings : Humble Faith and Common Sense at the American Founding.

[RESUME] L’Église catholique affirme dans son catéchisme que la décision finale de commencer une guerre moralement obligatoire est de la responsabilité des autorités publiques. Donc, dans le cas d’une République, par une autorité élue selon les procédures légales. Aussi les évêques qui se sont exprimés contre la guerre en Irak en novembre n’engageaient qu’eux-mêmes.
Il existe des guerres moralement obligatoires et le Vatican s’est prononcé en faveur de la guerre contre le terrorisme et au Kosovo. Étrangement, alors que le régime de Saddam Hussein n’est pas moins abominable de celui de Milosevic, le Pape s’est prononcé contre la guerre en Irak et demande à l’Irak d’accepter les résolutions de l’ONU. Il faut reconnaître que, pour que cette guerre n’apparaisse pas comme une guerre de religion, il était préférable que le Pape ne la soutienne pas.
Les opposants à la guerre minimisent sa dimension morale et, ce faisant, nient les crimes du régime de Saddam Hussein tout en prédisant un embrasement du Proche-Orient en cas de guerre. C’est peut-être la conception des évêques également. Toutefois, le fait que cinq chef d’États arabes se soient ralliés aux États-Unis et qu’ils affirment que les Irakiens accueilleront les soldats américains en libérateurs devrait les rassurer. Cette hypothèse est en effet crédible quand on regarde les crimes de Saddam Hussein.
Il ne fait aucun doute qu’une telle guerre ferait des victimes civiles, mais celles-ci seront peu nombreuses, accidentelles et dues à des défaillances matérielles. Les États-Unis ont tout intérêt à ce que le nombre de victimes civiles soient minime afin que la population comprennent bien que les États-Unis n’en ont qu’après leur dictateur et les aide. Au contraire, Saddam Hussein espère que le nombre de victimes civiles sera élevé pour sa propagande et il place les installations militaires au plein cœur des villes.
Certains objecteront qu’il n’est jamais fait mention de frappes préventives dans les théories de le guerre juste. On peut leur faire remarquer que la guerre juste ne parle pas non plus de lutte contre des organisations terroristes non-étatiques. En outre, les théories doivent être adaptées aux réalités du monde et cela devra être fait dans l’avenir. Pour l’instant, la guerre contre l’Irak reste un cas classique puisqu’elle a pour buts de forcer un pays à respecter la loi internationale et les résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU, et de défendre un pays contre un autre menaçant puisque l’alliance entre Ben Laden et Saddam est probable.