« La force est la seule solution pour désarmer l’Irak »

Force is the only way to disarm Iraq
The Independent (Royaume-Uni)
Extraits d’un discours de Colin Powell devant le Center for Strategic and International Studies de Washington (CSIS), dont le texte intégral en français est disponible sur notre site.

[AUTEUR] Colin L. Powell est secrétaire d’État des États-Unis. Il a été assistant aux affaires de sécurité nationale du président Reagan (1987-1989) et chef d’état-major de l’armée états-unienne (1989-1993) sous la présidence de George Bush père.

[RESUME] Saddam Hussein a fait le pari que son mépris pour la communauté internationale sera plus fort que les décisions du Conseil de sécurité. Nos divisions vont seulement le convaincre qu’il a raison. Mais, je peux vous l’assurer, il a tort.
A ceux qui disent que la force doit toujours être utilisée en dernier ressort, je répond que je les comprends. Je suis d’accord avec ceux qui disent que des vies ne doivent être sacrifiées que pour de grandes causes. Mais nous avons tout fait pour éviter la guerre. Nous en avons fini avec cela.
C’est toujours une chose difficile pour les citoyens d’accepter une guerre à venir. Mais si nous ne faisons rien, imaginez les conséquences que tirerait Saddam Hussein, un tyran qui n’a ni scrupules, ni pitié. Son terrible message se propagerait auprès de tous ceux qui conspirent pour faire le mal, tous ceux qui cherchent à acquérir des armes de destruction massive.
Si Saddam ne nous laisse le choix que de le désarmer par la force, les États-Unis et ses partenaires feront ce qu’ils doivent faire, rapidement, avec le moins de pertes civiles et de destructions.

« La tragédie de la guerre comme fin en soi »

The tragedy of war as an end in itself
Toronto Star (Canada)

[AUTEUR] Ramsey Clark est ancien ministre de la justice états-unien sous Lyndon Johnson (1967-1969). Il est le fondateur de l’International Action Center et l’un des principaux porte-parole de l’opposition à la guerre en Irak. Il est devenu la bête noire des néo-conservateurs états-uniens.

[RESUME] Lors de la première Guerre du Golfe, il y eut 110 000 bombardements en 42 jours sur l’Irak, un toutes les 30 secondes. 88 000 tonnes de bombes furent lâchés sur un pays presque sans défense. Les estimations militaires de l’époque parlaient de 100 à 200 000 victimes militaires et nous n’avions pas d’estimations pour les pertes civiles. Quand le New York Times demanda, le 23 mars 1991, à Colin Powell combien il y avait eu de victimes en tout en Irak, il répondit : « Ce n’est pas vraiment un chiffre qui m’intéresse beaucoup ».
J’étais en Irak, en février 1991, et j’ai pu voir les désastre pour les civils. Des milliers d’Irakiens sont morts à cause des bombardements, mais beaucoup également à cause de la destruction des infrastructures, du manque d’électricité et de matériels dans les hôpitaux ou du manque d’eau potable. Pourtant, la guerre a infligé des destructions mineures comparées aux sanctions économiques.
En effet, en 1995, la Food and Agriculture Organisation de l’ONU estimait que 567 000 enfants sont morts à cause des sanctions économiques. J’ai rencontré le ministre de la santé irakien, un médecin kurde, le 24 février 2003, et celui-ci m’a affirmé que, d’après les études réalisées par son ministère, 1 807 000 Irakiens étaient morts à cause des sanctions, dont 757 000 enfants de moins de cinq ans. Il m’a aussi confirmé que l’Irak était beaucoup moins bien préparé aujourd’hui qu’en 1991 à faire face à de nombreuses victimes civiles à cause des sanctions économiques.
Depuis 1991, les États-Unis ont dépensé des centaines de milliards de dollars pour perfectionner leur technologie militaire alors que l’Irak luttait pour sa survie. Il ne faut pas attendre de compassion de la part de George W. Bush qui a été le gouverneur qui a présidé au plus grand nombre d’exécutions capitales depuis la Seconde Guerre mondiale, dont certaines de mineurs, d’attardés mentaux ou de ressortissants étrangers protégés théoriquement par la Convention de Vienne. Lui et ses conseillers sont obsédés par le pétrole irakien. Ce sont l’opinion publique états-unienne et internationale et l’ONU qui doivent l’empêcher d’agir.

« Un détournement de la guerre au terrorisme »

A Detour From the War on Terrorism
Washington Post (États-Unis)

[AUTEUR] Gary Hart est un ancien sénateur démocrate et était co-président de la U.S. Commission on National Security/21st Century. Il a été coprésident du groupe de travail sur la sécurité intérieure du Council on Foreign Relations qui a publié un rapport intitulé : America Still Unprepared, Still At Risk.

[RESUME] La nécessité urgente de démanteler les réseaux terroristes et d’assurer notre sécurité intérieure a disparu derrière l’obsession de George W. Bush d’attaquer Saddam Hussein.
Un grand nombre de mesures de sécurité aurait pu être pris face aux risques d’attaques terroristes provoquées par la guerre contre un État arabe souverain, puis par son occupation. Dans le même temps, pour ne pas perdre le soutien populaire à sa guerre en Irak, le président Bush ne fait pas confiance aux citoyens états-uniens et leur ment sur les risques encourus. J’ai dirigé avec Warren Rudman, le groupe de travail du Council on Foreign Relations America Still Unprepared, Still At Risk qui a conclu que les États-Unis n’étaient absolument pas préparés à faire face à une attaque terroriste qu’une guerre en Irak rendait pourtant probable.
Le président Bush, n’a pas dit non plus à la population américaine quel était le but de guerre : le désarmement ? Le changement de régime ? Entreprendre une révolution démocratique massive dans le monde arabe et au-delà ? On a complètement caché ce dernier point à la population américaine.
L’Irak est un détournement de la guerre au terrorisme qui est devenue secondaire face aux obsessions de nos dirigeants.

« Juste la guerre - ou la Guerre juste ? »

Just War - or a Just War ?
New York Times (États-Unis)

[AUTEUR] Le pasteur baptiste Jimmy Carter est ancien président des États-Unis (1977-1981). Il a reçu le prix Nobel de la paix 2002 et préside le Carter Center à Atlanta.

[RESUME] Une guerre unilatérale contre l’Irak est à la fois une violation des principes de la politique étrangère des États-Unis et des standards chrétiens de la Guerre juste. Ce dernier point est mis en avant par tous les dirigeants religieux des États-Unis, sauf par les baptistes du Sud, influencés par leur conception d’Israël vue à travers leur théologie du jugement dernier.
Pour qu’une guerre soit juste, il faut que :
- La guerre soit menée en dernier recours une fois que toutes les options non-violentes ont échoué : Il existe encore des alternatives à la guerre et notre sécurité nationale n’est pas menacée. Malgré tout, les États-Unis veulent la guerre et vont utiliser la tactique du « Shock and Awe » contre un Irak sans défense.
- Les armes de guerre doivent faire la différence entre combattants et non-combattants : Le général Tommy R. Franks a reconnu qu’il y aurait d’importants « dommages collatéraux ».
- La violence doit être proportionnelle à la blessure subie : Il n’y a pas de preuves de liens entre l’Irak et les attentats du 11 septembre.
- Les attaquants doivent avoir reçu une autorisation légitime de la part de la société qu’ils affirment représenter : les États-Unis n’ont pas reçu de mandat pour changer le régime irakien ou imposer une Pax Americana dans la région.
- La guerre doit avoir pour but d’entraîner la paix par la suite avant tout : Cette guerre pourrait déstabiliser toute la région.
Par contre, si nos troupes ne font pas la guerre mais maintiennent la pression pour parvenir à un désarmement pacifique, nous conserverons notre statut de champion de la paix et de la justice.

« Pourquoi nous avons besoin d’une seconde résolution de l’ONU »

Why We Need a Second U.N. Resolution
Washington Post (États-Unis)

[AUTEUR] Joseph R. Biden Jr est sénateur démocrate du Delaware et chef de la minorité démocrate à la Commission des affaires étrangères du sénat états-unien.

[RESUME] La France, la Russie et l’Allemagne d’un côté et certains responsables de l’administration Bush de l’autre menacent les intérêts de nos pays, mais il est encore temps d’éviter de tomber dans le gouffre et de désarmer l’Irak sans diviser l’OTAN, ni affaiblir le Conseil de sécurité. Toutefois, cela demande un vrai leadership des deux côtés de l’Atlantique
L’administration Bush a reconnu que le désarmement de l’Irak n’était pas suffisant et qu’il fallait également que Saddam Hussein s’en aille. Même si je suis d’accord avec cet objectif, ce n’était pas ce qui était prévu par la résolution 1441 et présenter cet objectif si tard n’est pas le bon moyen d’influencer ses alliés. Dans le même temps, l’Europe refuse, comme elle le fait depuis douze ans, d’aller en guerre quoi que fasse l’Irak. Bagdad peut donc regarder l’Occident se diviser et cette division nous affaiblit également dans la guerre au terrorisme. Il nous faut donc une seconde résolution au Conseil de sécurité de l’ONU.
Pour les États-Unis, cette résolution n’est pas une obligation légale, mais stratégique car elle est importante politiquement pour Tony Blair et José-Maria Aznar. Elle permettrait de diminuer l’antiaméricanisme qui résulterait d’une occupation de l’Irak sous drapeau américain plutôt que sous drapeau de l’ONU. En ce qui concerne l’Europe, cette résolution est le dernier moyen d’éviter la guerre car si Hussein voit le Conseil de sécurité uni, il comprendra peut-être qu’i doit désarmer le pays et quitter le pouvoir. Cette seconde résolution est aussi le seul moyen pour la France et la Russie de ne pas affaiblir le Conseil de sécurité, vital pour ces deux pays.
Toutefois, pour obtenir cette seconde résolution, les durs de l’administration Bush vont devoir apprendre à faire des compromis.
Nous pouvons désarmer Saddam Hussein seuls, mais nous serons meilleurs si nous agissons avec l’ONU dans une coalition. Nous pouvons y parvenir si nous faisons preuve d’un réel leadership.

« La France est de retour »

La France est de retour
Le Figaro (France)

[AUTEURS] Jean Ueberschlag et François Cornut-Gentille sont tous deux députés de l’Union pour un Mouvement Populaire (UMP, le parti de Jacques Chirac). Ce texte est cosigné par 122 députés UMP dont l’ensemble des membres du Club du 4 novembre, que préside Jean Ueberschlag. Ce club rassemble les personnalités les plus proches de Jacques Chirac qui soutinrent dès le 4 novembre 1994 sa candidature à la présidence de la République.

[RESUME] Depuis neuf mois, grâce à son activité diplomatique autour de la crise irakienne, la France a retrouvé une carrure internationale.
Les axes fondateurs de sa vision des relations internationales sont autant de leviers d’un renforcement de notre influence :
- la primauté du droit international sur le recours unilatéral à la force,
- la prépondérance de l’ONU sur toutes les tentations hégémoniques,
- le respect des intégrités territoriales et des États souverains sur les velléités de remodelage régional par une seule puissance.
Si notre position a rencontré un tel écho de la part des autres États, c’est que, au-delà de l’affaire irakienne, l’enjeu est l’organisation même des relations internationales.
L’élan actuel de la politique internationale de Jacques Chirac nous oblige à un devoir d’explication. Car il remet en cause quelques idées reçues, s’agissant notamment de la construction européenne et du lien transatlantique. Nous devons réussir la mobilisation autour de Jacques Chirac à l’intérieur du pays.

« Les coalitions peuvent être construites et reconstruites »

Coalitions can be built and rebuilt
The Independent (Royaume-Uni)
Extraits d’une conférence donnée à l’université Tufts de Boston, le 26 février 2003, à l’invitation d’Issam Fares, conseiller du Premier ministre libanais et membre de l’International Crisis Group (voir aussi le site de sa fondation). Représentant au Parlement libanais de la minorité orthodoxe, Issam Fares est partisan de la transformation du Liban en État chrétien.

[AUTEUR] George Herbert Walker Bush a été élu à la Chambre des représentants (1966-1970), ambassadeur auprès des Nations Unis sous Richard Nixon (1971-1973), président du Parti républicain (1973-1974), directeur du « bureau de liaison » - ambassade - en Chine (1974-1975), puis directeur de la CIA (1976-1977). Concurrent de Ronald Reagan à l’investiture du Parti républicain, il devient son vice-président (1981-1989), puis président des États-Unis (1989-1993).

[RESUME] Je n’oublierais jamais la conférence de Madrid qui suivit l’opération Tempête du Désert. Je suis entré, accompagné de Gorbatchev, dans une salle remplie d’Arabes et d’Israéliens réunis pour commencer à parler de paix.
Cette conférence n’aurait jamais eu lieu si la coalition avait excédée le mandat de l’ONU et avait agit de son propre chef, si les États-Unis avaient suivi leur propre volonté, s’ils avaient poursuivit Saddam et si ses forces s’étaient rendues. La coalition aurait immédiatement été disloquée. Et le capital politique que nous avions gagné en promouvant le processus de paix aurait été perdu. Nous aurions renoncé au soutien de notre coalition, à l’exception probable du Royaume-Uni. Et nous aurions aussi perdu l’appui des petits pays de l’ONU.
Aujourd’hui, nous devons être clairs : nous partageons ce rêve que le Proche-Orient redevienne un phare de progrès et de prospérité.
Je connais nos différends avec certains pays européens. Mais je suis confiant. Lorsque l’Irak vivra selon les lois internationales et que le calme sera revenu, les États-Unis retrouveront l’amitié de l’Allemagne et de la France.

« Une mauvaise idée au Vietnam, une idée encore pire aujourd’hui »

A Bad Idea in Vietnam, an Even Worse Idea Today
Los Angeles Times (États-Unis)

[AUTEURS] Peter Hayes est directeur du Nautilus Institute, organisation travaillant sur les question de sécurité et de développement durable ayant placé sur son site le rapport Tactical Nuclear Weapons in Southeast Asia du JASON Group. Nina Tannenwald est enseignant chercheur au Watson Institute for International Studies.

[RESUME] Tout comme c’est le cas aujourd’hui pour l’Irak, des documents récemment déclassifiés montrent que les États-Unis avaient également envisagé d’utiliser des armes nucléaires, en 1966, au Vietnam.
Cette année-là, des responsables du Pentagone demandèrent à quatre scientifiques (Freeman Dyson, Steven Weinberg, S. Courteney Wright et Robert Gomer), rassemblé dans un groupe de travail appelé le JASON Group, d’étudier la possibilité d’utiliser des armes atomiques tactiques pour détruire les voies de communication entre le Nord-Vietnam et le Laos. Le groupe avait conclu dans son rapport que l’usage de l’arme atomique ne donnerait pas d’avantages militaires décisifs aux États-Unis, mais aurait des conséquences politiques dramatiques. En effet, les armes nucléaires tactiques ne se prêtent pas au combat contre une armée dispersée et difficilement localisable, mais leur utilisation aurait justifié que l’URSS ou la Chine fournisse aux Nord-Vietnamiens des armes équivalentes pour qu’ils les utilisent, beaucoup plus efficacement, contre une armée états-unienne très regroupée.
Aujourd’hui, l’administration Bush étudie des questions similaires à celles posées au JASON Group, en 1966, et craint qu’un État possédant des armes de destruction massive n’en équipe des groupes terroristes. Or, la réponse logique est la même qu’en 1966 : la probabilité d’un tel don est quasi-nulle, sauf si les États-Unis utilisent leurs armes nucléaires en premier.

« Une opportunité de mettre en avant la paix, l’unité et l’entrée dans l’UE »

Opportunity beckons for peace, unity and EU entry
International Herald Tribune (États-Unis)

[AUTEUR] Kofi Annan est secrétaire général de l’ONU.

[RESUME] La troisième version de mon plan pour réunifier Chypre sera soumise au référendum des Chypriotes grecs et turcs, le 30 mars. Si les deux communautés acceptent ce texte, les coprésidents de la République Unie de Chypre signeront ensemble le traité d’adhésion de leur pays à l’Union Européenne à Athènes, le 16 avril.
Si le pays signe ce traité uni, ce sera un moyen d’assurer la paix dans l’île, de rapprocher la Grèce et la Turquie et de prouver le chemin européen pris par Ankara. Si ce traité est signé par un pays divisé, au contraire, tous les problèmes existants s’approfondiront.
Je pense que mon plan est la seule solution possible actuellement. Il respecte les droits des différentes communautés : les Chypriotes grecs pourront retourner sur les terres dont ils ont été chassé sous protection grecque, les Chypriotes turcs auront droit à l’égalité politique avec leurs voisins grecs et sortiront de leur isolement économique. Je suis heureux que l’UE ait déjà promis d’aider Chypre après la réunification et que le Royaume-Uni ait promis de céder les territoires qu’il possède sur l’île au nouveau gouvernement du pays réunifié.
A une époque de tensions internationales, les Chypriotes grecs chrétiens et turcs musulmans ont un rendez-vous avec l’Histoire.

« La diplomatie peut résoudre la crise »

Diplomacy can solve the crisis
International Herald Tribune (États-Unis)

[AUTEUR] Alexander Downer est ministre des Affaires étrangères de l’Australie.

[RESUME] Les provocations et menaces nord-coréennes pour attirer l’attention sont aujourd’hui presque quotidiennes, mais ce n’est pas cette attitude qui permettra à Pyongyang d’obtenir des concessions ou de l’aide de la part des États-Unis et de la communauté internationale.
Il faut trouver une solution diplomatique. La Corée du Sud, la Chine, les États-Unis, la Russie, le Japon et l’Australie veulent une solution pacifique et amener Pyongyang à la table des négociations. L’Australie a proposé que soit rédigé dans le cadre de l’ASEAN, un texte garantissant la sécurité de la Corée du Nord afin que Pyongyang comprenne qu’elle n’a pas besoin d’armes nucléaires. D’un point de vue économique et politique, la Corée du Nord a énormément à gagner à revenir à la table des négociations avec les autres pays.
La balle est dans son camp à présent.