« Incontestablement dominateur »

Undoubtedly Dominant
Washington Post (États-Unis)

[AUTEUR] Jim McDonough est colonel de réserve. Il fut le principal auteur de la doctrine militaire des États-Unis des années 90 et il a supervisé la rédaction du rapport de 1997 du panel de la défense nationale Transforming Defense : National Security in the 21st Century. Il dirige aujourd’hui le bureau de contrôle des drogues du gouverneur de Floride, Jeb Bush, le frère de George W. Bush.

[RESUME] On entend beaucoup dire que les forces de la coalition ne sont pas assez nombreuses et ne sont donc pas en mesure d’affronter les forces régulières et non régulières irakiennes. C’est faux et les forces à déployer dépendent de l’opposition.
Aujourd’hui, malgré les avancées technologiques, les conditions d’une domination militaire restent les mêmes depuis l’empire romain : avoir une capacité de déplacement et de manœuvre plus libre que l’ennemi, être capable de le frapper et se protéger soi-même. Or, dans tous ces domaines, les forces de la coalition sont dominantes. En quelques jours, nous sommes arrivés aux portes de Bagdad et nous avançons heure par heure. Notre contrôle de l’espace aérien irakien est total et nous pouvons frapper ce que nous voulons.
L’ennemi, lui, ne peut bouger qu’en prenant de grands risques. Il n’a presque plus de possibilité d’attaque, ils ne peut qu’en subir. En outre, nous avons à la tête de nos troupes une direction qui multiplie notre avantage alors que les qualités stratégiques irakiennes sont proches de zéro.
Nous n’allons pas gagner aujourd’hui, mais notre victoire est inévitable : tous les éléments sont en notre faveur.

« Le terrorisme aide les plus faibles à égaliser les chances »

Terrorism helps weaker side to even the odds
The Times (Royaume-Uni)

[AUTEUR] Le Général Wesley Clark a été commandant suprême des forces de l’OTAN en Europe (1997-2000). À ce titre, il a dirigé les troupes de l’alliance pendant la guerre du Kosovo. Il songe aujourd’hui à porter les couleurs démocrates lors de la prochaine élection présidentielle.

[RESUME] Dans la seconde semaine de guerre, les Irakiens ont commencé à utiliser leur nouvelle arme : le terrorisme. L’attentat suicide de ce week-end a transformé la nature du conflit car les armées préviennent la menace terroriste en restreignant les relations avec les civils, en limitant les contacts avec la population et en se tenant prêts au combat lors des rencontres inévitables.
Pourtant dans une guerre, il y a toujours des contacts avec les civils et plus encore dans les batailles urbaines qui ont lieu au milieu des civils. Il va donc falloir prendre des mesures de contrôle qui effraient la population. Les attaques suicides sont pour l’instant limitées et chaque maison ne sera pas piégée, mais les troupes seront plus anxieuses dans les situations qui pourraient être propices aux attaques terroristes. On ignore les capacités terroristes de Saddam Hussein à l’intérieur et à l’extérieur de ses frontières, mais sa stratégie a déjà fonctionné : il force ses adversaires à traiter les civils comme des ennemis potentiels, ce qui rend le soutien plus difficile à obtenir. En éloignant les forces de la coalition des civils, le terrorisme rend plus difficile la collecte de renseignements, perturbe les efforts humanitaires et empêche l’émergence des relations proches qui sont pourtant essentielles dans la perspective de l’après-guerre.
Cette situation rappelle que le plus grand danger en Irak est que, après la chute du régime, les groupes terroristes ne perturbent la reconstruction et transforment l’Irak en une plus grande version de la bande de Gaza. Il faut donc limiter ce risque en battant rapidement les forces conventionnelles et en faisant tout pour gagner le soutien des Irakiens.

« L’Irak appartient aux Irakiens »

Iraq belongs to Iraqis
Washington Times (États-Unis)

[AUTEUR] Frank J. Gaffney Jr est président du Center for Security Policy, le think tank qui rassemble les principaux « faucons » états-uniens. Le Réseau Voltaire lui a consacré une enquête : « Le Centre pour la politique de sécurité : les marionnettistes de Washington ».

[RESUME] Il est clair depuis des mois qu’un des éléments clés de la libération de l’Irak sera le rôle joué par le peuple irakien lui-même pour se libérer d’un des plus despotiques tyrans au monde.
Les médias ont montré les méthodes brutales grâce auxquelles le régime se cramponne au pouvoir en forçant les civils à se battre pour lui, en abattant ceux qui refusent de combattre et en augmentant les dommages collatéraux en regroupant aux mêmes endroits les armes et les hôpitaux, les mosquées, les écoles…etc. L’autre problème qui se pose pour mobiliser les Irakiens est le succès de la propagande de Saddam qui fait douter la population des intentions des Américains. Voilà pourquoi les Irakiens n’ont encore rien fait pour se libérer et cela peut compliquer la tâche de nos troupes.
Pour y remédier, il faut que nous incorporions des Irakiens libres dans nos troupes afin de montrer à la population locale que nous sommes soutenus par des Irakiens. Il faut également faire participer au combat dans le Sud et le centre du pays les Irakiens que nous avons entraînés, comme nous le faisons avec les Kurdes dans le Nord.
Il faut aussi supprimer les images de Saddam Hussein à la télévision et les remplacer par celles d’Irakiens nous soutenant. Nous devons organiser rapidement un gouvernement d’intérim irakien comme a commencé à la faire l’Iraqi National Congress.
Malheureusement ces idées simples sont rejetées par le département d’État et la CIA. On peut pourtant sauver de nombreuses vies en enrôlant les Irakiens libres.

« L’USAID a choisi la bonne méthode »

L’USAID a choisi la bonne méthode
USA Today (États-Unis)
Le texte en français est disponible sur le site du Réseau Voltaire.

[AUTEUR] Andrew Natsios est administrateur de l’Agence des États-Unis pour le développement international (USAID).

[RESUME] La volonté du gouvernement états-unien d’aider les Irakiens à reconstruire leur pays nécessite du respect, de la rapidité et de la fermeté. Aussi, pour ne pas perdre de temps, l’Agence des États-Unis pour le développement international (USAID) a eu recours à des procédures accélérées pour limiter le nombre d’entreprises répondant à l’appel d’offre.
Nous avons lancé notre appel d’offre auprès d’entreprises multinationales ayant déjà fait leurs preuves dans le domaine de la reconstruction, à Haïti ou en Bosnie par exemple, et disposant d’une côte de sécurité car la guerre n’est pas terminée. Nous avons procédé légalement et afin d’agir rapidement. Nous n’avons pas fait de favoritisme, nous avons sélectionné les meilleurs tout en utilisant l’argent des contribuables américains pour soutenir la création d’emploi aux États-Unis.

« Une tradition guerrière familiale »

A Family’s Path to War
Los Angeles Times (États-Unis)

[AUTEUR] Kevin Phillips est commentateur politique. Il est l’auteur de Wealth and Democracy : A Political History of the American Rich.

[RESUME] La guerre actuelle est totalement différente des précédentes conduites par les États-Unis : c’est la première guerre commencée par un père et poursuivie par son fils. Les deux guerres ont des points communs : George W. Bush et George Herbert Walker Bush ont commencé à en parler lors de leur deuxième année de mandat, la première guerre a commencé fin février, la seconde un mois plus tard et dans les deux cas, on a reproché à cette guerre de servir à dissimuler les problèmes économiques et des questions intérieures.
Ces éléments n’auraient pas d’importance si le fils n’avait pas imité son père toute sa vie : mêmes écoles, même sport pratiqué, même société secrète (les Skulls and Bones), même activité dans l’industrie pétrolière…etc. Il existe des divergences, Bush fils est méthodiste quand son père est évangéliste, mais il a les mêmes références religieuses que son père. Il est proche des fondamentalistes qui croient à l’Armageddon, la bataille biblique qui opposera le Christ à l’Antéchrist, non loin des bords de l’Euphrate.
Toutefois, Bush fils fait face à une situation différente de celle de son père : il n’a pas le soutien de l’ONU, la légalité de son action est mise en cause et les alliances traditionnelles ne fonctionnent plus. Bush père s’était reposé sur ses lauriers, tandis que le fils veut organiser l’administration de l’Irak, et il avait perdu les élections en 1992. D’après Victoria Clark, la porte-parole du département de la Défense états-unien, c’est cette défaite qui a convaincu Bush fils de venger son père.
Ce souhait de vengeance explique l’obsession de Bush fils pour le changement de régime en Irak, le détournement de la guerre au terrorisme vers la guerre en Irak et les frappes pour décapiter le régime dans les premières heures de la guerre. Si George W. Bush veut venger son père et se conçoit dans un rôle religieux, la signification de ce conflit pourrait être plus vaste que nous ne pouvons l’imaginer.

« Les vues d’un organisme des ’Droits de l’homme’ de l’ONU »

Views of a UN ’human rights’ body
Jerusalem Post (Israël)

[AUTEUR] Anne Bayefsky est avocate internationale et professeur à la York University de Toronto. Elle a représenté l’International Association of Jewish Lawyers and Jurists au forum des ONG de Durban et l’organisation UN Watch à la Conférence mondiale contre le Racisme.

[RESUME] En 1948, l’Assemblée générale de l’ONU adoptait la déclaration universelle des Droits de l’homme, un document présentant les valeurs universelles et limitant la souveraineté des États par la protection de ces droits. Aujourd’hui, pourtant, la Commission des Droits de l’homme de l’ONU est devenu un lieu où ceux qui violent les Droits de l’homme se présentent comme des victimes.
Ainsi, l’Organisation de la conférence islamique a affirmé à la Commission que les évènements du 11 septembre avaient augmenté « la gravité des souffrances des musulmans ». L’année dernière, la commission a élu Doudou Di ne, un ancien diplomate sénégalais, comme Rapporteur spécial concernant les questions du racisme, de la xénophobie et de l’intolérance grâce aux voix des pays musulmans, de Cuba et de la Chine, contre l’avis des pays occidentaux. Il n’a pas déçu ses soutiens en faisant de la situation des musulmans après le 11 septembre sa priorité et en affirmant que les Américains d’origine arabe subissent des discriminations et de mauvais traitements aux États-Unis. En revanche, il ne parle pas de l’antisémitisme, hormis pour faire une vague mention à « une chaîne de télévision privée qui a, paraît-il, diffusé et produit les Protocoles des sages de Sion en 41 épisodes » et qu’il attendait des informations sur ces « allégations » par « les autorités des pays concernés », sans les nommer.
Cette stratégie de négation au sein de l’ONU n’est pas neuve. À la conférence de Durban, les questions traitant de l’holocauste et de l’anti-sémitisme ont été retirées de la déclaration finale. Plus récemment, lors de la conférence mondiale contre le racisme, le délégué algérien a présenté les Israéliens comme des nazis sans être rappelé à l’ordre par la présidence libyenne de la conférence malgré les protestations des délégués américains et israéliens.
La commission des Droits de l’homme présente les Américains comme racistes, les Israéliens comme des nazis et les musulmans et les Palestiniens comme des victimes, occultant les attentats suicide et les récompenses versées par Saddam aux familles des kamikazes.

« Les prisonniers de guerre en Irak et à Guantanamo »

Prisoners of war in Iraq and at Guantánamo
International Herald Tribune (États-Unis)

[AUTEUR] Jamie Fellner dirige le programme états-unien d’Human Right Watch.

[RESUME] Donald Rumsfeld a enfin reconnu la Convention de Genève. Il a affirmé que la télévision irakienne violait cette convention en montrant des prisonniers américains. Il a eu raison de demander à l’Irak de respecter les lois internationales. Toutefois, cette prise de position est affaiblie par le fait que les États-Unis détiennent toujours 641 personnes sans accusation à Guantanamo.
Ces hommes, capturés pour la plupart durant la guerre contre les Talibans, se sont vus refuser le statut de prisonniers de guerre au mépris du droit international. Si les États-Unis en ont libéré 18 récemment, il reste encore des centaines de prévenus détenus depuis plus d’un an. Les prisonniers de Guantanamo forment trois groupes :
- Des soldats Talibans qui doivent soit être libéré car la guerre est terminée, soit être jugés pour crimes de guerre s’il y a lieu. S’ils ne sont pas accusés, ils doivent être libérés et rapatriés.
- Selon un officier de renseignement qui a voulu garder l’anonymat, il y a aussi des civils pris par erreur qui doivent être libérés.
- Des membres présumés d’Al Qaïda, arrêté en dehors de l’Afghanistan sur lesquels les lois de la guerre ne s’appliquent pas.
George W. Bush répète souvent que la guerre au terrorisme est une guerre de valeurs et, dans ce cas, la guerre a été perdue à Guantanamo. L’attitude des États-Unis invite chaque pays à faire de même, y compris l’Irak.

« Un Moyen-Orient sans armes nucléaires »

A nuclear-free Middle East
International Herald Tribune (États-Unis)

[AUTEUR] James E. Goodby est diplomate états-unien. Il est membre du Center for Northeast Asian Policy Studies de la Brookings Institution. Il a été négociateur en chef lors des pourparlers du plan Nunn-Lugar avec la Russie, sous l’administration Clinton.

[RESUME] Israël n’a jamais reconnu posséder des armes nucléaires, mais il est probable qu’il en ait et c’est sur cette supposition que se basent les différents pays arabes. L’intérêt de l’Irak et de l’Iran dans la possession de ce type d’arme, outre leurs souhaits de domination régionale, est une conséquence logique de cette croyance.
Aussi, si l’on veut parvenir à éviter une prolifération de ces armes au Moyen-Orient, il faut conduire une politique qui rassure les pays arabes et l’Iran et réponde aux besoins des voisins d’Israël en termes de sécurité. Il faut aussi tenir compte du fait que la politique d’Israël en ce domaine est dictée par l’hostilité des pays arabes, renforcés par l’expérience de la guerre et du terrorisme. C’est pourquoi la création d’un État palestinien est une condition préalable au succès de la politique de non-prolifération. Sans l’application du « plan de route », les attaques « préventives » états-uniennes et israéliennes contre des États suspects de posséder des armes nucléaires auront à nouveau lieu, au risque d’ouvrir un jour un conflit plus large.
La chute de Saddam Hussein ne mettra pas fin aux problèmes de sécurité nucléaire, mais la nouvelle situation ouverte par son renversement offre une opportunité unique de résoudre cette question au Proche-Orient. Il faut ouvrir une négociation sur un Proche-Orient sans armes nucléaires en même temps que s’ouvrent les négociations sur la création d’un État palestinien. L’accord qui en découlerait serait garanti par les forces états-uniennes ou par l’OTAN.
Cette proposition n’est pas utopique si on prend pleinement en compte les intérêts des pays arabes et de l’Iran. Finalement, un Proche-Orient sans armes nucléaires pourrait être la meilleure justification des grands risques que nous prenons en Irak.

« Quand l’Europe et l’Amérique se tiennent éloignées l’une de l’autre, tout le monde perd »

When Europe and America are set apart from each other everyone loses
The Independant (Royaume-Uni)

[AUTEUR] Gordon Brown est ministre travailliste britannique de l’économie et des finances. Cette tribune est adaptée d’un discours prononcé à Londres devant la Chambre de commerce britannique.

[RESUME] L’Europe et les États-Unis représentent 70 % de la production mondiale et, comme Tony Blair, je pense que l’une des leçons des débats sur l’Irak est que nous avons plus à gagner comme partenaires que comme rivaux. Ensemble, avec d’autres alliés, nous pouvons créer un monde prospère et en paix.
Dans l’OTAN nous avons des liens militaires forts et je pense que nous pouvons créer des liens politiques et économiques tout aussi forts. Il faut approfondir et renforcer les liens transatlantiques en libéralisant les services en Europe et en Amérique. Il nous faut assurer la croissance, l’emploi et la prospérité en brisant les barrières qui freinent le commerce et les échanges entre les États-Unis et l’Europe.