« La Grande Bretagne comprend l’histoire de l’Irak »

Britain understands Iraq’s history
The Independant (Royaume-Uni)

[AUTEUR] Edward Chaplin est à la tête du département Proche-Orient au ministère des Affaires étrangères britannique. Cette tribune est extraite de son discours à Nasiriyah.

[RESUME] Nous sommes fiers de la contribution des forces britanniques à la libération de l’Irak . Cependant, de lourdes tâches nous incombent encore. Du fait de l’implication de la Grande-Bretagne dans les premières années de l’Irak, et quelles que soient les erreurs que nous avons commises à l’époque, nous a appris à comprendre l’histoire, les traditions et la culture de l’Irak , ainsi que le rôle positif et moteur qu’il a joué dans la région.
Partant de là, nous voulons ramener l’Irak à sa vraie place dans la région : un pays uni, en paix, disposant d’un gouvernement représentatif et ayant un rôle majeur dans les nations arabes. Aujourd’hui, nous allons commencer un processus de consultation destiné à écouter le point de vue des Irakiens avant de prendre des décisions et de déboucher sur la constitution d’une autorité irakienne par intérim. Elle même entreprendra des consultations pour mettre en place un système électoral.

« La lutte des Chiites est décisive pour l’Irak »

Shiite struggle is crucial for Iraq
International Herald Tribune (États-Unis)

[AUTEUR] Stanley A. Weiss est fondateur et président de Business Executives for National Security Il est également membre du Rand’s Center for Middle East Public Policy et du Council on Foreign Relations. Il est ancien président d’American Premier, une entreprise minière et chimique américaine.

[RESUME] L’Occident tente de savoir si une majorité chiite peut émerger de décennies de domination sunnite sans provoquer un bain de sang en Irak. Pour cela il doit regarder ce qui se passe à An Najaf, ville sainte chiite.
Différentes factions tentent d’en prendre le contrôle pour diriger la communauté chiite :
- La faction de l’Ayatollah Mohammed Baqir Hakim, fils du grand Ayatollah de la ville dans les années 60. Il est proche des Iraniens et il dirige une milice de 10 000 hommes entraînés et équipés par Téhéran.
- La faction du Sheikh Abdul Majid Khoei, fils du grand Ayatollah d’An Najaf des années 70 jusqu’à 1992. C’était l’homme des Américains, mais il a été récemment assassiné malgré son escorte états-unienne pendant qu’il priait à la mosquée d’An Najaf.
- La faction de Muqtada Sadr, qui a à peine 22 ans et qui est le fils d’un autre Ayatollah de la ville, assassiné en 1999. Il rejette à la fois le régime de Saddam Hussein et les ambitions de Washington et de Téhéran. Sa faction est soupçonnée d’avoir assassiné Khoei.
- Au milieu de ces factions se trouve Ali Sistani, l’actuel Ayatollah d’An Najaf.
La bataille est autant théologique que politique et personne ne peut encore prédire qui aura la sympathie de la population chiite. Il semble toutefois que pour comprendre les futures évolutions de la population chiite, la lutte pour le contrôle d’An Najaf soit vitale.

« Éviter la route de Damas »

Avoid the Road to Damascus
Los Angeles Times (États-Unis)

[AUTEUR] Martha Kessler était analyste sur les questions du Proche-Orient à la CIA jusqu’en 2000. Elle est l’auteur de Syria : A Fragile Mosaic of Power.

[RESUME] La colère des États-Unis contre la Syrie est principalement liée à sa frontière avec l’Irak et au passage d’Irakiens voulant fuir les combats, et de combattants voulant affronter les troupes de la Coalition.
Cette situation complique, certes, la tâche des États-Unis, mais ne constitue pas une menace. Il ne faut pas croire que la Syrie soit l’Irak. Il s’agit d’un pays entouré de voisins agressifs qui avait choisi l’URSS comme protecteur et qui l’a perdu dans les années 80. Depuis la Syrie s’est lancée dans une réforme qui l’a fait passer d’un modèle socialiste à un modèle libéral économiquement. La Syrie est un pays pauvre qui n’a pas d’ambition régionale. Si les troupes syriennes sont entrées au Liban dans les années 70, c’était avec l’accord de la Ligue arabe pour tenter de mettre fin à la guerre civile.
La Syrie est certes un régime autoritaire, mais il est beaucoup moins brutal que ne l’était l’Irak. Il s’apparente à ce qui se passe en Égypte, au Maroc ou en Arabie saoudite. En outre, on assiste à une libéralisation du régime sous l’influence de Bashar El-Assad. La Syrie possède des armes de destruction massive, mais c’est une prévention du pauvre contre l’usage par Israël de ses douzaines d’armes nucléaires.
Il ne faut pas oublier que la Syrie a aidé Washington à combattre Saddam Hussein lors de la première Guerre du Golfe, qu’elle a voté en faveur de la résolution 1441 et qu’elle lutte contre les extrémistes islamistes. La Syrie n’est pas l’Irak et s’il s’agit d’une cible facile pour ceux qui rêve d’une Pax Americana sur le Moyen-Orient. Elle n’est pas une menace pour les États-Unis.

« Pourquoi les États-Unis et Israël menacent-ils la Syrie ? »

Why are the U.S. and Israel threatening Syria ?
Gulf News (Dubaï)

[AUTEUR] Patrick Seale est un analyste et auteur réputé sur le Proche-Orient. Il a notamment publié des ouvrages sur l’histoire contemporaine de la Syrie et une biographie d’Abu Nidal.

[RESUME] La Syrie est actuellement l’objet d’une campagne d’intimidation et de guerre psychologique de la part des États-Unis et d’Israël qui semblent être le premier pas vers une future marche des troupes états-uniennes vers Damas. L’opposition de José-Maria Aznar et de Tony Blair semble devoir retarder cette attaque, mais Washington et Londres ont néanmoins averti la Syrie qu’elle allait devoir adapter son comportement aux « nouvelles réalités » de la région. Pour crédibiliser cet avertissement, les États-Unis ont bombardé le centre du commerce de Bagdad et coupé le pipeline qui relie l’Irak à la Syrie.
Cette campagne est motivée par les craintes de Washington concernant l’avenir de sa présence en Irak. En effet, les États-Unis ont peur d’être confrontés à une résistance semblable à ce qu’a connu Israël au Liban. Cela entamerait leur projet impérial et éroderait le soutien populaire à l’intérieur du pays. Or pour que cette résistance irakienne s’organise, elle a besoin d’une aide étrangère, qui pourrait bien être la Syrie. Il faut donc comprendre les menaces à la Syrie comme une interdiction faite à Damas de se mêler de la crise irakienne.
L’Irak est aujourd’hui un pays détruit qui a dû subir quatre semaines de bombardements après 12 ans de sanctions, une première guerre contre les États-Unis et la guerre contre l’Iran. Désormais l’Irak est soumis aux pillages et aux destructions, parfois incités par des Américains d’après certains témoignages. Tout cela pour alimenter la soif de pétrole et les juteux contrats de reconstruction ?
En prenant l’Irak, les néo-conservateurs et les sionistes de l’administration Bush veulent construire un État faible qui alimentera les bénéfices des entreprises états-uniennes et ne contrariera plus les plans de Washington et Tel-Aviv. Ariel Sharon compte bien profiter des guerres des États-Unis pour transformer le Proche-Orient en une région où Israël aura le monopole des armes de destruction massive. C’est pourquoi il pousse les États-Unis à attaquer la Syrie et l’Iran. Israël espère également que cela privera les groupes de résistance palestiniens de leur soutien, voire placera le Liban dans le giron israélien. Cela entraînerait la création d’un État palestinien à la merci d’Israël, c’est à dire la constitution d’un petit empire israélien sous la protection de l’empire global états-unien.

« Réélection ? Le père n’avait pas tout compris »

Reelection ? Father Didn’t Know Best
Los Angeles Times (États-Unis)

[AUTEUR] Robert B. Reich était secrétaire au Travail dans l’administration Clinton (1993-1997) et professeur de politique économique et sociale à la Brandeis University.

[RESUME] De Karl Rove pour le président.
La guerre en Irak vous a donné une bonne image dans l’opinion, mais les élections ne sont que dans 19 mois et nous ne devons pas commettre la même erreur que votre père, en 1991. Nous devons donc attaquer Damas rapidement.
Vous devrez utiliser cet argument face à l’opinion : l’Irak n’était que le premier pas pour stabiliser la région et Saddam Hussein le premier des despotes cruels qu’il fallait renverser afin de s’assurer que les terroristes n’acquièrent pas des armes de destruction massive.
Vous avez tout à gagner et rien à perdre :
- Une guerre en Syrie détournera l’attention des problèmes économiques.
- Elle fera oublier nos échecs dans la guerre au terrorisme. Nous n’avons toujours pas arrêté Ben Laden, ni les personnes qui postaient des lettres à l’Anthrax.
- Nous n’avons plus besoin de l’ONU car les Américains ne s’en soucient plus.
- Nous n’avons pas plus à prouver de liens avec Al Qaïda que nous n’en avons prouvés dans le cas de l’Irak, car le public est content quand nous détruisons un sale type.
- Nous n’avons pas à avoir peur des Démocrates car ils n’ont pas de projet alternatif en matière de politique étrangère et qu’ils ont peur de l’image que donnerait d’eux une opposition à la guerre.
- Les médias essayeront d’être patriotiques et continueront à parler des tactiques à court terme plutôt que des grandes questions d’ensemble.
- Le vote de l’extrême droite juive nous sera acquis, pensez au conté de Palm Beach en Floride.
M. le président, c’est votre chance ! Dick Cheney et Rummy sont de mon avis et si Colin émet des réserves, il finira par suivre, comme d’habitude.