« Les leçons du Liban »

The lessons of Lebanon
The Guardian (Royaume-Uni)

[AUTEUR] Charles Glass a été reporter en Irak pour ABC News durant la récente guerre. Il a été le responsable de l’information à Beyrouth pour ABC (1983-1985) et a été pris comme otage par le Hezbollah au Liban, en 1987.

[RESUME] Les États-Unis arrivent dans la capitale et suscitent l’espoir qu’enfin l’ordre va revenir. Ils mettent en place un gouvernement qui fait arrêter et torturer les opposants. Les Britanniques aident les Américains qui ordonnent à la Syrie et à l’Iran de ne pas s’ingérer dans le processus en cours. Une résistance s’organise qui a pour objectif de faire partir les Américains et prend des otages civils. Les Américains s’en vont, l’expérience de reconstruction s’interrompt. C’est ce qui s’est passé au Liban en 1982 et c’est ce qui est susceptible de se passer en Irak aujourd’hui.
Au Liban, les chiites représentaient 40 % de la population, était pauvres et en colère et se tournaient vers leurs dirigeants religieux pour trouver une réponse à leur problème. Les chiites irakiens répondent aux mêmes caractéristiques, mais ils sont 60 % de la population. En outre, les dirigeants chiites libanais et irakiens sont liés par des liens familiaux forts et l’Iran a encore plus d’influence en Irak qu’au Liban. Dans les années 80, les États-Unis se sont opposés à la Syrie et à l’Iran au Liban. Les Américains, Français, Britanniques et Italiens membres de la force internationale ont dû payer cette erreur politique avec leur sang.
Israël et les États-Unis ont tous deux, à des moments différents abandonné l’occupation du Liban quand ils ont compris que le prix à payer était trop cher. Pourtant aujourd’hui Richard Perle, du Defense Policy Board, et Michael Ledeen, de l’American Enterprise Institute, tout comme Israël, plaident pour le changement de régime en Syrie et en Iran après avoir obtenu celui de l’Irak. À la fin, la coût de cette politique sera payé par les militaires américains et par les populations irakienne, syrienne et iranienne.

« Bush : de la théorie à la pratique »

Bush : de la théorie à la pratique
Libération (France)

[AUTEUR] Philip H. Gordon est chercheur à la Brookings Institution à Washington. Il est ancien directeur des affaires européennes du National Security Council et consultant à la Rand Corporation.

[RESUME] Il semble que, plus que l’Iran susceptible de changer seul et la Corée du Nord nucléarisée, la Syrie sera la prochaine cible des États-Unis. En effet, les attaques verbales contre Damas ressemblent étrangement à celle que l’administration Bush prononçait contre l’Irak, malgré quelques propos plus rassurants. Il est facile de penser que l’Irak n’était que la première étape d’une campagne plus vaste.
Les faucons et les opposants à la guerre fébrile feraient cependant mieux de se calmer car il existe une quantité de facteurs qui plaident contre la guerre :
- Les troupes américaines doivent d’abord pacifier un pays de 24 millions d’habitants.
- La guerre récente a coûté terriblement cher.
- Une guerre contre la Syrie susciterait encore plus d’opposition dans le monde.
- Le démantèlement du régime syrien entraînerait une reprise des combats au Liban, où les États-Unis n’ont pas envie de retourner pour assurer la paix.
Les attaques verbales de Washington ont surtout pour but de démontrer que désormais les États-Unis prennent au sérieux les questions de terrorisme et d’armes de destruction massive. En outre, la constitution d’une démocratie en Irak pourrait faire école et pousser les Syriens à changer de régime eux-mêmes. En outre, il n’est pas nécessaire de faire la guerre pour faire changer la Syrie : le regroupement des troupes turques à la frontière avait suffit à obtenir l’expulsion d’Ocalan de Damas et les États-Unis sont actuellement en position de force.

« Le prochain objectif pour Bush »

The next challenge for Bush
Washington Times (États-Unis)

[AUTEUR] Newt Gingrich est ancien président de la Chambre des représentants. Il est actuel membre du Defense Policy Board, le conseil consultatif auprès du secrétaire à la Défense, Donald Rumsfeld, et membre de l’American Enterprise Institute. Cette tribune est adaptée d’un discours prononcé mardi devant cet institut.

[RESUME] Les sept derniers mois ont été composés de six mois d’échecs diplomatiques et d’un mois de succès militaires, dont les résultats pourraient être gâchés par notre diplomatie.
Le 12 septembre 2002, le président Bush avait présenté clairement nos objectifs devant l’Assemblée de l’ONU, mais le département d’État a ensuite dénaturé ce discours en raison de problèmes internes et de son idéologie. Le département d’État a accepté qu’Hans Blix dirige les inspections en Irak. Son programme de communication a été désastreux. C’est ainsi que 95 % des Turcs nous sont opposés, que les Sud Coréens considèrent aujourd’hui que Washington est plus dangereux que Pyongyang et que les Français et les Allemands soutiennent leurs politiciens contre nous. Par la suite, le département d’État a échoué à obtenir une majorité des voix au Conseil de sécurité pour une seconde résolution. Heureusement le département de la Défense a rattrapé ces erreurs, diplomatiquement et militairement.
Pourtant aujourd’hui, le département d’État s’est remis au travail et il suit à nouveau une politique désastreuse susceptible de saper notre victoire :
- Nous sommes en mesure de réaliser une pression contre la Syrie, un État qui soutient le terrorisme et développe des armes de destruction massive, occupe le Liban et menace Israël. Pourtant le secrétaire d’État va s’y rendre avant même que Damas ait changé de comportement.
- Le département d’État veut associer la Russie, l’Union européenne, donc la France, et l’ONU au processus de paix israélo-palestinien pour lutter contre la politique du président.
- Les membres du Bureau of Near East Affairs envoyés en Irak sont ceux qui ont l’habitude de composer avec les dictatures corrompues. Ils vont construire un Irak faible et incapable de menacer les Syriens, Iraniens et Saoudiens.
- Le département d’État veut impliquer l’Agency for International Developpment dans la reconstruction de l’Irak alors qu’elle a montré son incapacité à reconstruire l’Afghanistan et qu’elle devrait être dissoute.
Le département d’État doit être réformé pour apprendre à faire face aux nouvelles réalités. Donald Rumsfeld et Tom Ridge ont respectivement transformé le Pentagone et le secrétariat à la Sécurité de la Patrie
National Review (États-Unis)

[AUTEUR] Frank J. Gaffney Jr est président du Center for Security Policy, le think tank qui rassemble les principaux « faucons » états-uniens. Le Réseau Voltaire lui a consacré une enquête : « Le Centre pour la politique de sécurité : les marionnettistes de Washington ».

[RESUME] Le discours de Newt Gingrich à l’American Enterprise Institute est peut-être l’un des plus importants exposés sur la politique étrangère depuis celui sur le rideau de fer de Churchill, en 1946.
A l’époque, l’ancien Premier ministre britannique soulignait l’échec de l’Occident à avoir fait face suffisamment tôt à l’expansionnisme soviétique. Aujourd’hui Gingrich dénonce les échecs du département d’État de Colin Powell. Tout comme les diplomates de l’après Seconde Guerre mondiale n’avaient pas réussi à comprendre que l’« oncle Joe » n’était plus un allié, le département d’État n’a pas compris les bouleversements actuels. Gingrich expose brillamment dans son discours les échecs de nos diplomates lors de la préparation de la guerre en Irak et les erreurs dramatiques qu’ils commettent encore aujourd’hui.
Les défenseurs de Powell affirment qu’il ne fait que suivre les directives présidentielles et que Gingrich essayent de s’en prendre à George W. Bush à travers le secrétaire d’État. Il faut toutefois noter que Powell agit plus comme un ambassadeur des bureaucrates de son département auprès de Bush que le contraire. Il est donc important que, comme le demande Gingrich, le département d’État s’adapte pour défendre les intérêts vitaux des États-Unis au XXIème siècle.

« Au-delà de la Corée du Nord : une chance pour l’Amérique de stopper l’avènement de la Chine »

Beyond North Korea : A chance for America to check China’s rise
International Herald Tribune (États-Unis)

[AUTEUR] Elizabeth Economy est directrice des études asiatiques. Eugene A. Matthews est chercheur sur les questions asiatiques du Council on Foreign Relations.

[RESUME] La rencontre entre la Corée du Nord et les États-Unis à Pékin aura un impact plus large que la simple question de la nucléarisation de Pyongyang puisque c’est de la place des États-Unis dans la région dont il sera aussi question.
L’attitude actuelle des États-Unis a entraîné une vague d’anti-américanisme en Corée du Sud, la possibilité d’une nucléarisation et d’une militarisation du Japon et un accroissement de l’influence de la Chine dans toute la région. Pékin n’est plus marginalisé et apparaît comme une alternative crédible à l’influence de Washington dans la région. Les États-Unis doivent donc utiliser les futures négociations pour revenir au premier plan en Asie. Pour cela, ils doivent démontrer leur leadership dans la question coréenne grâce à leur puissance économique. Ils doivent calmer la situation en convainquant le Japon de renoncer à la nucléarisation et ils doivent maintenir leurs troupes en Corée du Sud pour garder la stabilité dans cette région volatile. Enfin, et surtout, l’administration Bush doit développer une stratégie à long terme qui permettra de défendre ses intérêts dans la région tout en tentant compte de la complexe politique régionale.

« La quête de la liberté commence par l’écriture »

A search for freedom starts with writing
International Herald Tribune (États-Unis)

[AUTEUR] Raúl Rivero est un poète cubain, plus connu dans son pays pour son travail de journaliste indépendant. Il est l’un des 80 journalistes jugés le mois dernier à Cuba. Il a été condamné à 20 ans de prison pour collaboration avec les États-Unis. Cet article a été écrit il y a deux ans pour le journal argentin La Nacion.

[RESUME] Les lois de protection de l’indépendance nationale et de l’économie cubaine, si elles sont suivies au pied de la lettre, pourraient autoriser les autorités de mon pays à me condamner pour avoir écrit cet article sans que l’on me l’ait dicté.
Ce type de loi transforme Cuba en territoire d’une petite tribu des Caraïbes coupée de l’information et des débats d’idées, dans l’impossibilité de changer et d’évoluer. J’ai été insulté par les journalistes officiels et menacé par des coups de téléphones chez moi, mais l’écriture me rend libre et ma réponse à ces menaces seront l’objectivité et le professionnalisme. Je ne peux pas me sentir coupable en racontant le sort de 300 prisonniers politiques, la destruction d’immeuble de la Vieille Havane ou en interviewant des Cubains désireux d’obtenir enfin un système pluraliste.