« Comment avoir l’air crédible en faisant la promotion de la liberté »

How to look credible in promoting liberty
Christian Science Monitor (États-Unis)

[AUTEUR] Mickael Mac Faul est professeur de sciences politiques à l’université de Stanford (où il travailla avec Condoleezza Rice), membre de la Carnegie Endowment for International Peace, de la Hoover Institution et de la National Endowment for Democracy. Cette dernière fondation a été créée par le président Reagan et a pour vocation de soutenir les groupes sur lesquels la CIA pourra s’appuyer pour réaliser des coups d’État dans les pays étrangers. Il est également consultant pour de nombreuses compagnies et agences gouvernementales américaines.

[RESUME] George W. Bush souhaitent que les Américains et le monde croient à son engagement en faveur de la liberté et que la chute de Saddam Hussein va dans ce sens. Si avant la guerre, le président a surtout dénoncé la possession d’armes de destruction massive par l’Irak, la victoire et l’absence de découverte de ces armes ont entraîné une inflation des discours sur la liberté, un thème repris régulièrement depuis le 11 septembre dans les principales déclarations du président concernant la politique étrangère.
Malheureusement pour George W. Bush, peu le croient sérieux et beaucoup de par le monde voient dans l’action des États-Unis l’expression d’une puissance coloniale voulant acquérir plus de pétrole et remplacer des dictatures anti-américaines par des dictatures pro-américaines. La confusion sur les buts de guerre en Irak et l’absence de déclaration sur l’absence de liberté en Arabie saoudite et au Pakistan entretiennent ce manque de crédibilité. Si Bush veut être cru, il doit prendre différentes mesures :
- Il doit financer et travailler à la démocratisation de l’Afghanistan et de l’Irak.
- Il doit lancer une initiative non-gouvernementale pour promouvoir la démocratie, comme Wilson avec les 14 points, Truman avec le plan Marshall et Reagan avec la National Endowment for Democracy.
- Il doit expliquer la doctrine de la liberté.
- Il doit développer cette doctrine dans chacune de ses visites officielles dans les pays qui ne respectent pas la démocratie.

« Un État chrétien français »

A French Christian state
Ha’aretz (Israël)

[AUTEUR] Journaliste et juriste israélien, Amnon Rubinstein est député à la Knesset. Il a été ministre de la Communication (1984-1988) et il est fondateur du Shinui, un parti israélien dont la spécificité est de se définir comme laïc. Il est chroniqueur régulier pour Ha’aretz.

[RESUME] L’actuel débat en France sur les rapports entre la majorité de la population et la minorité musulmane devrait être observé attentivement car la France offre à Israël un exemple d’État de tous les citoyens, en opposition avec une démocratie juive ethnique.
La France représente un modèle d’intégration et beaucoup des héros français sont d’origines étrangères. Les juifs en France, hormis pendant la période du gouvernement de Vichy, ont toujours eu des droits identiques à ceux des autres citoyens. Toutefois, ce modèle d’intégration a été altéré par la formation d’une grande minorité musulmane qui représente près de 10 % de la population et qui n’accepte pas les principes de la République laïque. La question s’est focalisée sur le port du foulard islamique et tiraille les Français entre leurs aspirations libérales au droit à la différence et l’opposition à l’oppression des femmes.
Cette situation a entraîné des hommes comme Jack Lang et Laurent Fabius à demander l’interdiction de tout signe religieux ostentatoire à l’école, mais les symboles juifs et chrétiens ne représentent pas la même discrimination vis-à-vis des femmes que le foulard. En outre, les musulmans ne s’arrêtent pas là puisqu’ils demandent que l’histoire de l’Holocauste ne soit plus enseignée, que le Code civil tienne compte de la loi islamique ou que l’État finance la construction de mosquées. Ces demandes sont rejetées et Claude Allègre a affirmé que la France devait maintenir son identité. Si la France, laïque, s’oppose à ces demandes au nom de l’identité de la majorité qui est d’inspiration chrétienne, on voit mal pourquoi Israël devrait se comporter autrement et en quoi il y aurait une contradiction entre le caractère juif et démocratique de l’État d’Israël.

« Une influence indésirable »

Undesirable influence
Washington Times (États-Unis)

[AUTEUR] [Frank J. Gaffney Jr.] est président du Center for Security Policy, le think tank qui rassemble les principaux « faucons » états-uniens. Le Réseau Voltaire lui a consacré une enquête : « Le Centre pour la politique de sécurité : les marionnettistes de Washington ».

[RESUME] Les lecteurs de mes tribunes n’ont pas été surpris de lire l’article de Une du Wall Street Journal selon lequel des organisations musulmanes qui soutiennent les groupes terroristes islamistes ont désormais facilement accès à la Maison Blanche. Ils ont dû être plus surpris en revanche par la déclaration de Karl Rove, affirmant au journal qu’il n’y avait pas de preuve d’une « influence indésirable » de ces organisations.
Pourtant, ces groupes font l’apologie de la lutte armée contre Israël et les États-Unis. Avec l’aide de la secte wahhabite, ils font la promotion du Hamas, du Hezbollah et du Jihad islamique. En outre, ils vont faire du prosélytisme dans les prisons et forment les Imams pour le corps des aumôniers de l’armée. Ils ont réussi à mettre en place des programmes de sensibilisation aux questions musulmanes au FBI et utilisent leurs rencontres avec des responsables de l’administration Bush pour se donner une respectabilité.
Tous ces éléments sont des influences indésirables. On peut d’ailleurs se demander si le soutien à la « feuille de route » est une part de cette influence et fait partie des promesses que Rove a faite au lobby wahhabite pour assurer la réélection de Bush en 2004. Quoi qu’il en soit, il ne faut pas laisser ces groupes détourner la guerre au terrorisme.

« Justice en ex-Yougoslavie : l’état d’urgence »

Justice en ex-Yougoslavie : l’état d’urgence
Le Figaro (France)

[AUTEUR] Carla Del Ponte est procureur du Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie.

[RESUME] Le sang ne coule plus en ex-Yougoslavie, mais il ne pourra pas y avoir de réconciliation sans justice. Déjà le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY) a permis de purger les sociétés de la région de leurs éléments les plus dangereux en gardant à l’esprit le refus de l’impunité pour les principaux responsables.
Les travaux du tribunal permettraient aussi de préparer le terrain pour les historiens qui voudraient aborder les horreurs du XXème siècle. Il n’est pas étonnant dans ces conditions que de Zagreb à Tirana, le TPIY soit accusé de partialité. En effet, pour les nationalistes, les leurs sont tous des héros et seuls les adversaires comptent des criminels dans leurs rangs.
Nous permettons d’exorciser le passé et la mauvaise conscience de l’Europe. Nous renforçons la stabilité de l’Europe du sud et donc de tout le continent. Il faut donner un coup d’accélérateur à cette entreprise de justice et la communauté internationale doit lui apporter un soutien sans faille. Sans l’aide de l’Union européenne et des États-Unis, nous ne pourrons pas progresser.

« Une fin à la misère du Libéria »

An End To Liberia’s Misery
Washington Post (États-Unis)

[AUTEURS] Chris Hennemeyer est un travailleur humanitaire qui s’est rendu au Libéria plusieurs fois depuis 1989. John Prendergast est spécialiste des questions africaines de l’ International Crisis Group et ancien fonctionnaire au département d’État et au National Security Council.

[RESUME] Aujourd’hui, avec une inculpation par le Tribunal international sur la Sierra Leone et une offensive des rebelles libériens contre la capitale Monrovia, Charles Taylor est dos au mur. Toutefois, Taylor est doué pour survivre et il a perfectionné la doctrine machiavélienne « qu’importe qu’ils m’aiment, pourvu qu’il me craignent ».
L’inaction américaine dans ce dossier est troublante. Si les États-Unis n’interviennent pas, le pays sombrera encore plus dans la guerre et le chaos. Cela ne doit pas passer par une action unilatérale, mais doit être mené avec le concours de l’ONU. Les États-Unis doivent agir comme la Grande-Bretagne en Sierra Leone et la France en Côte d’Ivoire, puis mettre en place un gouvernement de transition dans lequel seront représentées les différentes factions libériennes. Il assurera la transition vers la constitution d’un gouvernement démocratique. Il faudra faire comparaître Taylor devant la justice. En outre, la France et les États-Unis doivent négocier avec la Guinée et la Côte d’Ivoire, qui patronnent les mouvements rebelles au Libéria.

« Jusqu’ici, ça va »

So far, so good
International Herald Tribune (États-Unis)

[AUTEUR] Ancien « Marine », George Ward est l’ancien coordinateur pour l’assistance humanitaire de l’Office of Reconstruction and Humanitarian Assistance en Irak et ancien ambassadeur en Namibie (1996-1999). Il dirige le programme de formation de l’US Institute of Peace.

[RESUME] Aujourd’hui, l’Irak est dans le chaos. Nous avions prévu beaucoup de drames (un million de réfugiés, famine, épidémie, beaucoup de sans abris, destruction de l’industrie pétrolière et absence de loi) et finalement nous n’avons que ce problème en Irak.
Cela est dû à la remarquable stratégie militaire qui a épargné les civils, mais qui a déployé peu de troupes sur le terrain. Elle se basait sur la croyance que beaucoup de policiers allaient faire leur devoir. C’était une erreur car on ne construit pas un plan d’après-guerre sur l’espoir. Beaucoup a pourtant été fait dans les autres domaines, mais la sécurité et la transition vers un système démocratique et une économie de marché restent à faire. Il faut pour cela, dans un premier temps, mettre en place une force de police internationale, utiliser l’argent du pétrole pour le distribuer aux ménages irakiens dès que possible et mettre en place un dialogue national sur les futures institutions.

« Les États-Unis devraient proposer à la Corée du Nord un accord transitoire honnête »

U.S. should propose to North a fair interim deal
Asahi Shimbun (Japon)

[AUTEURS] L’ambassadeur Morton Abramowitz est coprésident du groupe de travail indépendant sur la Corée du Nord du Council on Foreign Relations. Il est ancien président de la Carnegie Endowment for International Peace et ancien assistant au département d’État sur les questions de renseignement et de recherche. Il est membre de la Century Foundation. Jessica Gingerich est chercheuse dans cette fondation et assistante de Morton Abramovitz.

[RESUME] Il n’est jamais facile de traiter avec la Corée du Nord et la relance du programme d’enrichissement d’uranium nord-coréen rend la situation plus dangereuse encore. En outre, on ignore si Pyongyang agit ainsi pour éviter d’être attaqué par les États-Unis ou si il espère négocier l’abandon de son programme en échange d’une aide économique.
Pour savoir traiter ce problème, il faut d’abord répondre à un certain nombre de questions, comme a tenté de le faire le groupe de travail indépendant sur la Corée du Nord du Council on Foreign Relations.
- Combien de temps nous avons nous avant que la Corée du Nord ne produise de nombreuses armes nucléaires ? Pyongyang aura une capacité de masse potentiellement à la fin de l’année, mais il va chercher à obtenir un accord avec les États-Unis et va donc attendre. Il y a cependant un grand nombre d’inconnues et il faut donc agir comme si nous étions dans l’urgence.
- Peut-on convaincre la Corée du Nord d’abandonner son programme nucléaire ? Nous pensons que c’est possible si nous mobilisons une pression régionale forte.
- Comment les États-Unis peuvent-ils travailler avec les États de la région pour parvenir à une conclusion satisfaisante ? Pour obtenir un résultat, il faut une stratégie concertée avec les pays voisins. Nous proposons un accord transitoire qui prévoira le gel du programme nucléaire, le retour des inspecteurs de l’International Atomic Energy Agency et un redémarrage de l’aide économique tandis que des négociations seront entamés pour régler pacifiquement cette question. En attendant, les États-Unis et les pays voisins devront arrêter tout échange avec Pyongyang tant qu’il n’aura pas accepté l’accord transitoire.