Réseau Voltaire
« Revue de presse Syrie » #44

Les pressions morales sur la Russie

La réunion du Conseil de sécurité a été précédée d’une puissante campagne de presse visant à décourager la Russie de soutenir la Syrie. Elle s’articule autour de deux thèmes :
- Le régime torture des enfants, assure Human Rights Watch (HRW) ;
- Le régime est responsable de « l’horrible massacre », cette expression toute prête désignant l’assassinat de plus de 200 personnes à Homs.

Le rapport de HRW ne comporte aucun nom de victime. Il ne donne aucune mobile aux tortures qu’il rapporte. Il impute aux tortionnaires d’exiger que leurs victimes abjurent leur foi et adorent Bachar el-Assad, ce qui est un classique de la littérature takfiriste accusant les alaouites de ne pas être musulmans. Il désigne comme centre de tortures non pas des bâtiments précis, mais des administrations dont certaines ont effectivement pratiqué des tortures dans les années 70-80, c’est-à-dire à l’époque de la dictature.

Les victimes de Homs sont des personnes, civils et militaires, qui ont été enlevées par des groupes armés, à caractère politique ou mafieux, et exécutées. Sur les photos d’agence, on voit plusieurs cadavres les mains ligotées, il ne peut donc s’agir de personnes abattues par des snipers ou tuées par des tirs de mortier au cours d’une manifestation, ainsi que le prétend l’Observatoire syrien des Droits de l’homme (OSDH).

Tous les médias qui accusent l’administration el-Assad d’être responsable de ces crimes utilisent la même expression : « horrible massacre », qui joue le rôle d’un slogan. Gulf News évoque « le choc et l’horreur », par référence à la technique militaire « du choc et de la stupeur ». Il s’agit de crimes dont l’ampleur place les témoins dans une forme d’hébétude qui les empêche à la fois d’analyser la situation et de réagir.

Réagissant spontanément à ces nouvelles, des expatriés syriens auraient attaqué quatre ambassades de leur pays à l’étranger. Les ambassades au Royaume-Uni et au Koweit ont effectivement été saccagées sans que les autorités locales n’interviennent.

+

• Marie Jego explique dans Le Monde que si la Russie soutient la Syrie, c’est parce qu’elle méprise la vie humaine et que Vladimir Poutine est un produit paranoïaque de la Guerre froide.

• Mani, l’envoyé spécial du Monde à Homs témoigne de ce que « l’horrible massacre » résulte d’un bombardement des forces loyalistes contre le quartier de Khaldiyé. Cependant, sans craindre la contradiction, il admet que des barrages sont tenus dans ce quartier-cible par… les forces loyalistes.

• Georges Malbrunot célèbre dans Le Figaro le 30e anniversaire du massacre de Hama (1982). A la différence de ses confrères, il rapporte le contexte, cependant il s’abstient de rappeler qu’il était alors dans la ville en qualité d’agent de liaison des services secrets militaires français auprès des putschistes.

• A Brême, les Verts allemands lancent une campagne de collecte de fond pour les révolutionnaires syriens, sous le titre « adoptez une révolution », explique le Tageszeitung.

• Dans le Corriere della Sera, le journaliste et néanmoins collaborateur de la CIA Guido Olimpio établit un parallèle entre la visite annoncée de Sergey Lavrov à Damas et celle d’Evgueni Primakov à Saddam Hussein (1991). A l’époque, l’envoyé russe avait endormi la confiance du leader irakien pour faciliter l’intervention militaire internationale.

• Dans Il Giornale, la vice-présidente de la Chambre italienne des députés et figure majeure du lobby pro-israélien en Europe, Fiamma Nirenstein, s’inquiète de la banalisation des Frères musulmans.

• Dans ABC, Daniel Iriarte s’interroge sur le mystère Asma el-Assad. La première dame, qui a fait si belle impression en Europe, peut-elle être complice de son criminel de mari, ou est-elle sa prisonnière ?

• Le Sunday Telegraph affirme que la Syrie a relâché le cerveau des attentats du 7 juillet 2005 à Londres. D’origine syrienne, Mustafa Setmarian Nassar aurait été un des compagnons d’Oussama Ben Laden. Il a déjà été inculpé pour complicité dans les attentats du 11 septembre 2001 aux USA, pour ceux de 2004 à Madrid et ceux de 2005 à Londres. Enlevé par les Etats-Unis, il aurait été séquestré à Guantanamo ou à Diego Garcia, puis extradé en Syrie, ce que rien ne permet de confirmer, et récemment relâché.

• Le Times of India indique que New Delhi a cessé de supporter Damas lorsqu’il a considéré que la théorie d’une subversion infiltrée de l’étranger était une fiction.

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