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L’État syrien a déjà remporté la première manche à Genève 2

| Beyrouth (Liban)
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L’État syrien a déjà remporté la première manche à Genève 2

Par Ghaleb Kandil

La conférence de Genève 2 a montré avec force la position souveraine et indépendante de l’État syrien et sa détermination à trouver sérieusement une solution politique à la crise à travers le dialogue avec l’opposition. En revanche, cette opposition a présenté un visage déconfit et a poursuivi, avec les ennemis de la Syrie, la campagne de mensonges pour intensifier les pressions sur cet État résistant.
Genève 2 a permis de dégager une série de données, en tête desquelles figurent la solidité de l’État syrien et sa crédibilité, qui se sont illustrées dans les faits suivants :
- La ferme détermination à protéger l’indépendance et la souveraineté nationales, en refusant toute condition préalable et en s’attachant à la volonté du peuple syrien, ultime autorité de référence constitutionnelle et politique. Une détermination encore plus grande à faire face à toute tentative d’intervention étrangère dans les affaires souveraines syriennes.
- Le choix sérieux du dialogue inter-syrien, même si la délégation de l’opposition souffre d’un grave manque de représentativité et est manipulée par l’alliance qui mène une guerre contre la Syrie, conduite par les États-Unis.
- L’attachement ferme à la priorité de la lutte contre le terrorisme, subtilement intégrée au concept de l’arrêt de la violence, consacré par l’initiative de Kofi Annan, sabotée par les États-Unis.
- La présentation de la conception de l’État syrien de la période transitoire, qui doit être le couronnement du dialogue à l’ombre de la Constitution actuelle et non pas un coup d’État à travers un conseil transitoire de gouvernement, comme l’a défendu le secrétaire d’État John Kerry et avant lui Hillary Clinton, depuis le communiqué de Genève 1. Un communiqué qui fait l’objet de lectures contradictoires entre Moscou et Washington.
En plus de tous ces éléments, la délégation de l’État syrien est apparue comme une équipe homogène, gérant avec habileté la bataille médiatique, politique et diplomatique, et ravissant l’intérêt des journalistes présents à Montreux. La délégation syrienne a donné une image brillante de l’État syrien, cohérent et confiant dans sa suprématie.
Les États-Unis ont, comme à leur habitude, sorti un lot de mensonges dans le but d’intensifier les pressions sur l’État syrien, en tentant d’imposer une lecture bien déterminée de Genève 1, relayée par de nombreux médias occidentaux. En réalité, Genève 1 ne mentionne nulle part nommément le président Bachar al-Assad, et ne prévoit pas la formation d’une instance de transition supra-constitutionnelle. Cela signifie qu’une telle instance, si elle devait voit le jour, ne pourrait être constitutionnelle que si elle est formée par un décret signé par le président Assad et que si ses membres prêtent serment devant le chef de l’État.
Les gesticulations de John Kerry et de François Hollande sur le rôle du président Assad ne sont donc pas en conformité avec les dispositions de Genève 1. Et l’indécence a atteint de tel sommets que dans le même temps, les autorités françaises, états-uniennes et britanniques font circuler des informations sur des contacts entrepris avec les autorités syriennes sur la coopération dans la lutte contre le terrorisme. Sans aucun scrupule, Kerry a envoyé l’un de ses adjoints à la salle de presse de Montreux pour déclarer, devant des journalistes connus pour leur amitiés avec l’État syrien, que les États-Unis sont conscients des changements des rapports de force imposés par l’Armée arabe syrienne et pour confirmer les contacts syro-américains. Cette schizophrénie a été palpée par les journalistes présents en Suisse pour couvrir la conférence.
Le gouvernement du Qatar, et derrière lui les services de renseignement états-uniens, a inventé un gros mensonge pour tenter d’influer sur le climat de la conférence, à travers le soi-disant rapport sur la torture et les liquidations dans les prisons de l’État syrien [1]. Des journalistes et des experts occidentaux n’ont pas manqué de relever les nombreuses failles et défaillances dans ce document, ainsi que son timing inespéré pour l’opposition et les ennemis de la Syrie. Certains ont souligné ironiquement que des pays comme le Qatar et l’Arabie saoudite, qui n’ont même pas de Constitution, se présentent comme des défenseurs des droits de l’homme face à un État civil et laïque, combattu par des groupes extrémistes-takfiristes, financés par ces deux pays rétrogrades.
Autre incongruité de la conférence, l’apparition de l’ambassadeur des États-Unis à Damas, Robert Ford, comme le vrai président de la délégation de la Coalition nationale syrienne (CNS).
Probablement que la conférence va se terminer par les trois points proposés à Moscou par le ministre Walid Moallem : un échange de prisonniers ; des arrangements de sécurité, qui commenceraient à Alep —la CNS les souhaite à Homs— ; l’acheminement d’aides humanitaires.
Un autre rendez-vous pourrait ensuite être fixé après le règlement des deux failles auxquelles le ministre russe des Affaires étrangères, Serguei Lavrov, a promis de remédier : l’exclusion de l’Iran et l’élargissement de la représentativité de la délégation de l’opposition, en y incluant d’autres franges qui ont été écartées.
L’État national syrien a remporté une manche importante et la lutte continue. C’est l’Armée arabe syrienne qui aura le rôle principal lors de la période à venir.

Déclarations et prises de positions

Michel Sleiman, président de la République libanaise
« L’unité nationale est capable de mettre un terme au terrorisme. L’on assiste dans le monde à une division entre des extrémistes qui n’acceptent pas l’autre, et des gens vivant dans l’isolement, qui ne daignent pas s’occuper d’autrui. Les phénomènes de violence et d’extrémisme ont percuté le monde arabe. L’attentat terroriste qui a eu lieu aujourd’hui n’en est qu’un exemple, alors que la blessure de Tripoli saigne toujours (…) Nous sommes sur le point de former un gouvernement malgré le temps précieux que nous avons perdu. Nous souhaitons que la formation du prochain gouvernement soit très proche, maintenant que la condition du tiers de blocage a été levée. Il est inadéquat pour un pays démocratique de parler de tiers de blocage, et la rotation des portefeuilles ministériels émane de l’esprit de la Constitution. Le prochain gouvernement doit sécuriser la scène intérieure, éviter les attentats, soutenir l’armée, préparer les législatives et relancer le travail du Parlement. »

Michel Aoun, leader du Courant patriotique libre
« D’aucuns tentent de saper le pacte national dans le processus de la formation du gouvernement. On ne nous a pas encore demandé les noms des ministrables. Nous pouvons consentir des sacrifices mais pas en ce qui concerne ceux que nous représentons. La rotation des portefeuilles est admise, mais nous refusons la manipulation du travail exemplaire et productif. Dans ce cas, la rotation devient suspecte et viserait à porter atteinte au travail déjà accompli. »

Saad Hariri, ancien Premier ministre, chef du Courant du futur
« Lorsque nous avons vu que le 8-Mars a reculé et qu’il a abandonné la formule des 9-9-6 pour celle des trois 8, nous avons posé un certain nombre de questions, et la plupart des réponses ont été positives. Vous connaissez la situation du pays. Une explosion se produit ici et une autre là. Et il y a un seul qui célèbre en offrant des gâteaux, à chaque fois qu’il y a une explosion, c’est Bachar el-Assad. Le Hezbollah ne va pas sortir de Syrie ni abandonner ses armes. Et moi, de mon côté, je continuerai à croire que sa présence en Syrie est une faute et je serai toujours contre ses armes et pour l’État. Je ne fais que transposer le désaccord à la table du Conseil des ministres. Les gens veulent vivre, ils veulent un gouvernement, de l’eau, de l’électricité et une économie. Que personne ne croie que nous allons abandonner nos principes. Je ne couvre rien, ni la guerre en Syrie ni les accusés dans l’assassinat de Rafic Hariri. Pour ce qui est du triptyque ‘armée-peuple-résistance’, que cela plaise ou non, on s’en est débarrassé, point à la ligne, et nous tenons à la déclaration de Baabda. Que personne ne croie que j’abandonnerai Samir Geagea ou que lui m’abandonnera. Je dialogue avec mes alliés sur la participation au gouvernement et j’espère que le "hakim" acceptera d’entrer. Mais quoi qu’il arrive, je resterai à ses côtés. Nous devons construire un pays avec toutes ses franges. Point à la ligne. »

Adnane Mansour, ministre libanais des Affaires étrangères
« Les retombés de la crise syrienne se sont accélérés sur la scène libanaise, confrontés à des dangers qui constituent un défi direct pour le Liban. Des défis qui ont porté atteinte à la sécurité, la stabilité, l’économie et la démographie du pays. L’un des dangers réside dans le terrorisme qui frappe le Liban. Un terrorisme inspiré d’une pensée extrémiste, takfiriste, refusant l’autre. Ce terrorisme frappe nos pays et s’active pour fragmenter leur tissu social unifié. Ceux qui prétendent que ce qui se déroule en Syrie résulte de l’intervention du Hezbollah, ce parti libanais résistant contre l’occupation israélienne, veulent détourner les regards des réalités et couvrir les crimes commis par les organisations terroristes, alimentées par la pensée extrémiste takfiriste, étrangère aux traditions et à la culture de nos sociétés. »

Samir Geagea, chef des Forces libanaises
« Le 14-Mars se trompe s’il croit pouvoir changer quelque chose en prenant part au nouveau gouvernement. Nous étions d’accord au sein de cette coalition sur le fait qu’une participation au gouvernement sans changement politique nous serait fatale. Nous ne voulons pas prendre part au gouvernement sans garanties préalables et œuvrer ensuite, comme le souhaitent certains de nos camarades, à élaborer la déclaration ministérielle sur base des principes auxquels nous sommes tous attachés. Le Hezbollah a fait des concessions seulement dans la forme. La formule des 8-8-8 n’offre aucune solution puisqu’il semble que ce parti essaiera d’avoir son mot à dire dans le choix d’un ministre proche du président et d’un autre proche du Premier ministre, ce qui portera sa quote-part à dix ministres et non pas huit. »

Boutheina Chaabane, ministre de la présidence de la République arabe syrienne
« L’opposition syrienne ne représente pas le peuple syrien mais plutôt un gang de kidnappeurs et de criminels. Nous voulons résoudre la crise en Syrie et nous adoptons les mesures qui traduisent nos bonnes intentions à travers notre participation à la conférence de Genève ; toutefois, la solution devrait être trouvée à l’intérieur de la Syrie et non pas à Genève. La Syrie affronte aujourd’hui une idéologie dangereuse et destructrice qui vise à détruire la pensée moderne, le monde civilisé et la coexistence. Le minimum que pourraient faire les États-Unis c’est d’aider le peuple syrien à affronter la pensée wahhabite extrémiste. Pouvons-nous appeler votre président à quitter le pouvoir et à ne pas sauver le pays ? M. Kerry a-t-il le droit de réclamer cela ? Ou cette question doit-elle qui strictement dépendre de la volonté du peuple syrien ? N’est-ce pas cela la démocratie ? À mon avis la déclaration de M. Kerry renferme une attitude coloniale. »

Misbah al-Ahdab, ancien député de Tripoli
« Tous les sunnites du Liban en ont assez de ce qu’ils ont enduré sous le gouvernement Mikati et n’accepteront pas un nouveau gouvernement fait d’humiliation, de soumission, de compromis et de concessions, même si Saad Hariri accepte de lui apporter sa couverture. Vous êtes tenus d’informer l’opinion publique des garanties qu’ils vous auraient présentées pour que vous acceptiez de nouveau de vous associer à eux. Comment (Saad Hariri) peut-il renoncer une nouvelle fois aux droits de la communauté sunnite et tenir la main de ceux qui sont jugés pour l’assassinat de Rafic Hariri, sans garanties bien claires. Ce que vous êtes en train de faire s’appelle une concession. C’est illogique, inadmissible et ce n’est pas convaincant. Aucun sunnite ne l’acceptera. »

Événements

• Un homme se présentant comme Abou Sayaf el-Ansari de Tripoli (Liban-Nord) a annoncé samedi dans une vidéo diffusée sur Youtube qu’il fait allégeance à Abou Bakr el-Baghdadi, l’émir de l’État islamique en Irak et au Levant (ÉIIL/Daech, lié à al-Qaïda). « Nous avons décidé d’aider nos frères sunnites en Irak et à Damas dans leur guerre, depuis Tripoli, au Liban », lance Abou Sayaf el-Ansari dans l’enregistrement. « Nous avons proposé à l’ÉIIL de créer des cellules pour poursuivre le jihad qui terrorise les États-Unis et le parti du diable (Hezbollah, ndlr) », ajoute-t-il. L’homme demande également aux cheikhs et aux ulémas libanais de soutenir son groupe. « Ne nous trahissez pas, nous sommes là pour secourir l’Ouma », dit-il. Dans l’enregistrement, qui n’a pas été authentifié, Abou Sayaf el-Ansari exhorte les sunnites « membres de ’l’armée du Salib’ (chrétiens, ndlr) », à ne pas être « les alliés des infidèles ». « Attendez-vous bientôt à une déclaration du porte-parole officiel de l’État islamique au Liban, Abou Omar el-Mohajer », conclut-il. L’ÉIIL n’est pas le seul groupe lié à al-Qaïda, actuellement actif au Liban. Vendredi, le Front al-Nosra au Liban, considéré comme une branche d’al-Nosra syrien lié à al-Qaïda, a annoncé sur son compte Twitter que « le parti de l’Iran (en référence au Hezbollah), ses sièges et ses bases militaires et de sécurité sont une cible légitime pour nous, où qu’ils soient ». Soulignant que « le Hezbollah fait exprès de se déployer dans des régions populaires pour se protéger des attaques jihadistes » et affirmant vouloir protéger les sunnites du Liban, le groupe a appelé ces derniers à ne pas s’approcher ou s’installer dans des régions liées au Hezbollah ou proches de ses sièges et d’éviter les rassemblements du parti chiite. Le 21 janvier, Al-Nosra au Liban avait revendiqué l’attentat suicide à la voiture piégée perpétré ce jour-là à Haret Hreik. Cet attentat, qui a fait quatre morts et plus de 35 blessés, était le sixième depuis juillet, dirigé contre le Hezbollah, qui combat aux côtés du régime syrien contre les rebelles. Le Front al-Nosra au Liban avait déjà revendiqué l’attentat à la voiture piégée qui avait tué trois personnes le 16 janvier à Hermel dans la Békaa. Les morts sont souvent des civils. Samedi, al-Nosra au Liban a revendiqué le tir de roquettes sur la ville de Hermel (Liban-est), bastion du Hezbollah.

• Le chef d’al-Qaïda Ayman al-Zawahiri a appelé dans un message audio mis en ligne jeudi les jihadistes syriens à cesser « immédiatement » leurs combats fratricides. S’adressant « à tous les groupes jihadistes, et à tout homme libre oeuvrant à faire tomber le régime d’Assad », le chef d’al-Qaïda les exhorte à « arrêter immédiatement les combats entre frères ». De féroces combats ont éclaté début janvier entre plusieurs coalitions de rebelles, majoritairement islamistes, et les jihadistes de l’État islamique en Irak et au Levant (ÉIIL, ou Daech).

• Le patriarche grec-orthodoxe d’Antioche et de tout l’Orient, Mgr Youhanna X Yazigi, a déclaré que les douze religieuses orthodoxes du monastère de Sainte Takla, à Maaloula, qui avaient été enlevées dans la nuit du 1er au 2 novembre par des extrémistes syriens, « sont en bonne santé ». Selon lui, les religieuses « se trouvent dans le camp de Yabroud ». « Les négociations en vue de leur libération sont toujours en cours », a-t-il ajouté.

• Le quotidien As-Safir rapporte qu’un émissaire européen en visite au Liban (en allusion au conseiller de François Hollande, Emmanuel Bonne) a évité de répondre aux questions de ses interlocuteurs qui cherchaient à savoir si le projet de la prorogation du mandat du président Michel Sleiman était toujours à l’ordre du jour.

Revue de presse

As-Safir (Quotidien libanais proche du 8-Mars)
Imad Marmal (24 Janvier 2014)
D’où vient la flexibilité surprenante du Hezbollah, du Mouvement Amal et du Courant du futur sur le dossier gouvernemental, qui a amené ces parties à faire des concessions réciproques ayant permis d’envisager un gouvernement fédérateur. Un bon connaisseur du dossier explique : ces concessions ne sont pas dues uniquement à un sursaut intérieur. Elles reflètent avant toute chose des bouleversements régionaux et internationaux que les protagonistes locaux ne pouvaient ignorer.
Ces bouleversements impliquent la Russie, les États-Unis, l’Iran et l’Arabie saoudite. L’ambassadeur des États-Unis David Hale a déclaré lors d’une visite à Tammam Salam : « Si vous formez un gouvernement neutre, nous ne nous y opposerons pas. Mais il serait préférable que vous formiez un gouvernement au sein duquel le Hezbollah serait représenté ». Des ambassadeurs européens auraient appelé pour leur part le Premier ministre désigné à former au plus vite un gouvernement fédérateur, l’assurant qu’ils seraient à ses côtés.

As-Safir (24 janvier 2014)
Daoud Rammal
Michel Aoun craint que la formation d’un gouvernement sur base de la formule 8-8-8, doublée du principe d’alternance des portefeuilles, n’ait pour but de conclure un marché entre Nabih Berry, Saad Hariri et Walid Joumblatt, de façon à ce que le Hezbollah ne puisse s’éloigner de Berry. Un tel marché reviendrait à ressusciter l’alliance quadripartite qui a vu le jour avant les législatives de 2005. Une telle alliance, si elle se met en place aujourd’hui, aura en vue le scrutin présidentiel du fait qu’elle pourra infléchir le cours de la séance parlementaire destinée à élire un président. Elle pourra même placer la communauté chrétienne face à l’alternative suivante : 1-s’entendre avec les membres de cette alliance sur l’un des candidats de cette dernière, dont deux font figure de favoris : l’ancien ministre Jean Obeid et l’actuel député Robert Ghanem ; 2-rejeter un tel scénario et confier la « gestion du vide politique » au gouvernement en place.
Autrement dit, Michel Aoun mène une contre-offensive pour faire chuter le projet de mise en place d’une nouvelle alliance quadripartite, dont il sera le premier à faire les frais. C’est donc l’échéance présidentielle qu’on retrouve en toile de fond derrière les obstacles qui jalonnent la formation du nouveau Cabinet.

As-Safir (16 janvier 2014)
Gracia Bitar
Au Liban, les Russes parlent sur un ton très haut, exactement comme les tsars. Une délégation parlementaire russe a visité Beyrouth, après Damas, à l’invitation de la « Rencontre orthodoxe ». Le slogan des membres de cette délégation est inspiré des propos du Christ : « Le droit est avec nous et nous triomphons ». Ils appellent de leurs vœux la création d’un « front commun », afin que les orthodoxes « parlent d’une même voix à toutes les tribunes internationales ».
La situation des chrétiens au Liban et en Syrie a été au cœur des discussions lors d’une rencontre suivie d’un dîner entre la délégation parlementaire et les membres de la Rencontre orthodoxe, en présence de l’ambassadeur de Russie Alexander Zasypkin. Un membre de la délégation russe a déclaré devant un parterre choisi formé des membres de la Rencontre orthodoxe, notamment le secrétaire général Marwan Abou Fadel, l’ancien vice-président de la Chambre Élie Ferzli, l’ancien mohafez de Beyrouth Nicolas Saba et bien d’autres figures, que la Russie fera de son mieux pour protéger les chrétiens de Syrie et du Liban. « Si la Syrie devait tomber, a-t-il ajouté, le terrorisme se propagerait au Liban et les chrétiens y seraient menacés d’exode ou de massacres. »
Le dossier des chrétiens de Syrie et du Liban sera examine lors d’une visite du patriarche orthodoxe Youhanna X Yazigi à Moscou, où il rencontrera le patriarche russe Gabriel Ier et le président Vladimir Poutine.

An-Nahar (Quotidien libanais proche du 14-Mars)
(24 janvier 2014)
Le Hezbollah a décidé de contribuer aux médiations pour régler le problème dû aux revendications de son allié, Michel Aoun. Il a donc engagé des contacts avec le président de la République, le Premier ministre désigné et Walid Joumblatt, les discussions étant axées sur le point suivant : Aoun réclame d’être exclu du principe d’alternance des portefeuilles de façon à ce qu’il puisse garder les portefeuilles de l’Énergie et des Télécommunications, ou alors de se voir attribuer un portefeuille régalien ainsi qu’un autre portefeuille de services. Il serait toutefois impossible, selon des sources informées, de lui donner satisfaction. Une proposition a été mise en avant et consiste à ce que le tandem chiite (Amal-Hezbollah) renonce à l’un de ses quatre sièges chiites pour accroître la part de Michel Aoun au sein du gouvernement. Telle serait la dernière solution à laquelle le Hezbollah pourrait avoir recours s’il s’y voyait obligé.

An-Nahar (24 janvier 2014)
Sarkis Naoum
Selon des chercheurs états-uniens, le président syrien Bachar al-Assad ne semble pas prêt à faire des concessions qui pourraient faciliter la mise en place d’une solution de compromis : il ne compte pas renoncer au pouvoir, estiment-ils. Il a donc décidé de rallier les deux parrains de la conférence de Genève 2, les États-Unis et la Russie, à un scénario lui permettant de se présenter à sa propre succession dans quelques mois.

Al-Akhbar (Quotidien libanais proche du 8-Mars)
Ibrahim al-Amine (24 janvier 2014)
Le Hezbollah a réussi à briser le cercle vicieux pour toutes les factions libanaises, en fixant des objectifs bien précis à sa stratégie d’ouverture, à savoir, entraver toute tentative d’isoler le Hezbollah à travers l’exécutif libanais. Cependant, le Courant patriotique libre, malgré sa conviction de la priorité politique du Hezbollah, estime qu’il est impossible de faire fi d’une priorité interne : sa propre participation au gouvernement. Cela dépendra, bien entendu, de la décision du camp adverse de revenir sur le principe de la rotation des portefeuilles ministériels. Le CPL compterait donc sur le Hezbollah, le président Berry, et Joumblatt pour l’aider à garder les ministères de l’Énergie et des Télécommunications.
Désormais, le président Sleiman a un rôle crucial à jouer, non du fait de ses compétences mais plutôt du fait d’un hasard constitutionnel qui lui a conféré un pouvoir supplémentaire, partant du fait que le sort du gouvernement n’est plus tributaire de la majorité parlementaire. Désormais, Joumblatt n’est plus, à lui seul, capable de faire basculer la balance, s’attirant donc les grâces de toutes les parties. Il suffit en effet que le Premier ministre désigné fasse une proposition et que le président Sleiman y appose sa signature pour qu’un nouveau gouvernement voie le jour.
Nul n’ignore à ce stade que le 14-Mars se contenterait de n’importe quel gouvernement, même d’expédition des affaires courantes, qui lui permettrait de revenir au pouvoir. Cependant, il existe aujourd’hui un consensus politique, que Saad Hariri se charge de commercialiser auprès de ces alliés. Il n’en demeure pas moins que s’il y échoue, ce ne serait pas la fin du monde puisqu’il sait pertinemment que le véritable problème réside chez les FL, plus précisément chez leur chef, Samir Geagea. Le problème n’est pas d’ordre gouvernemental mais plutôt d’ordre présidentiel. Geagea est en effet furieux que Hariri ait approuvé la tentative franco-saoudienne de proroger le mandat du président Sleiman. Il est parfaitement conscient que le 8-Mars n’acceptera pas cette prorogation, laissant forcément place à un vide. Voilà pourquoi Geagea refuse un gouvernement de partenariat : il préfère un vide présidentiel à la prorogation, dans l’espoir d’être le candidat du 14-Mars à la présidence. Il restera donc en dehors du gouvernement, comptant sur ses alliés pour défendre ses intérêts, et se posera en « héros » face au Hezbollah par rapport à l’opinion publique chrétienne.
Enfin, le député Mohammad Raad a tenté de convaincre le président Sleiman de laisser les portefeuilles de l’Énergie et des Télécommunications entre les mains du CPL. Sleiman a dit ne pas y voir d’inconvénient, en insistant sur le fait que la décision revenait au premier ministre désigné. Il serait à parier que Sleiman n’a même pas levé le combiné après la visite de Raad, se contentant d’applaudir en pensant : « Qu’ils se disputent entre eux, c’est leur problème ».

Al-Akhbar (24 janvier 2014)
Mayssam Rizk
Des sources liées aux Forces libanaises déclarent : « Jusqu’à présent, les FL ne considèrent pas que le Courant du futur entraîne notre camp tout droit vers le précipice, mais ce sera le cas s’il continue de faire des concessions ». C’est ce qui a amené Samir Geagea à hausser le ton lors de son interview télévisée mercredi, pour tenter de pousser Saad Hariri à revoir ses comptes. Des sources proches du Courant du futur rejettent une telle logique, et s’engagent dans une polémique avec les FL. Le camp du 14-Mars se retrouve dans l’embarras. En cas de formation du Cabinet, la moitié de ce camp sera en dehors du gouvernement alors que l’autre moitié en fera partie, une première.

Al-Akhbar (24 janvier 2014)
Radwan Mortada
Après l’arrestation du chef des Brigades Abdallah Azzam, Maged al-Maged, l’Armée libanaise a multiplié les rafles et les arrestations dans plusieurs localités de la Békaa, et mis la main sur une grosse prise dernièrement : cheikh Omar al-Atrache, cousin d’Omar al-Atrache qui est accusé d’implication dans l’attentat de Bir al-Abed le 9 août dernier. Le cheikh est soupçonné d’avoir emmené des éléments armés en Syrie et d’avoir hébergé des individus qui entretiendraient des liens avec les Brigades Abdallah Azzam, Jabhat al-Nosra et l’État islamique en Irak et au Levant (ÉIIL). Il est également accusé d’avoir joué un rôle logistique qui consistait à faciliter le transport des éléments du groupe montré du doigt dans les attentats de Bir al-Abed et de Roueiss. Les renseignements de l’armée libanaise ont reçu, voici quelques jours, des informations en provenance des services secrets états-uniens, annonçant l’arrivée au Liban d’un ressortissant saoudien en vue de mener un attentat-suicide au Liban. Ce kamikaze présumé devait se rendre, selon les mêmes informations, à Ersal, où il sera rejoint par un autre individu qui l’escortera jusqu’à l’endroit où les explosifs lui seront fournis. Les renseignements de l’armée ont mené l’enquête puis tendu une embuscade au cheikh Omar al-Atrache, qui a reconnu son rôle dans le transport des kamikazes. Mais les sources interrogées ont refusé d’indiquer si le ressortissant saoudien a été ou non interpellé.

Ad-Diyar (Quotidien libanais proche du 8-Mars)
(24 janvier 2014)
Le président de l’Association Iqra’, cheikh Bilal Dokmak, a déclaré que le conflit entre l’État islamique en Irak et au Levant (ÉIIL ou Daech) et le Front al-Nosra a porté préjudice à la révolution syrienne. Selon lui, l’ÉIIL, Al-Nosra, Liwa’ al-Tawhid et d’autres groupes islamistes suivent tous la doctrine salafiste et ont une même pensée. Les divergences entre eux portent sur les moyens de parvenir ӑ l’objectif commun et cela est tout à fait naturel que les musulmans se disputent, comme cela s’est produit entre l’Imam Ali et Moawiya, selon lui.
Cheikh Dokmak a indiqué que le discours d’Al-Nosra et des autres brigades est plus flexible que celui de Daech, qui agit comme s’il se trouvait en Irak, alors qu’en Syrie les choses sont différents car chaque région a ses particularités. La faute de ces divergences incombent à l’ÉIIL, ajoute-t-il, surtout que l’émir d’Al-Qaïda. Ayman al-Zawahiri, a demandé à l’ÉIIL de prêter allégeance à Al-Nosra ou d’aller se battre en Irak. « Mais telle est la loi de la vie et les disputes entre les frères se produisent », a-t-il dit, avant d’ajouter que la Brigade de la tempête du nord était une « clique de voyous » qui a disparu avec la fin de l’affaire des otages d’Aazaz.
Cheikh Dokmak a déclaré qu’il ne pouvait rien dire sur le groupe qui détient les douze religieuses de Maaloula avant que l’image ne se décante.
Le dignitaire religieux salafiste de Tripoli a confirmé que « l’ÉIIL et le Front al-Nosra se trouvent sur tout le territoire libanais et leur doctrine est de frapper l’ennemi où qu’il se trouve ». Selon lui, ces deux organisations travaillent clandestinement au Liban, le nombre de leur supporters n’est pas connu et ils évitent d’affronter l’Armée libanaise.

L’Orient-Le Jour (Quotidien libanais francophone proche du 14-Mars)
(24 janvier 2014)
À l’issue de sa réunion hebdomadaire, le bloc parlementaire de la Résistance a publié un communiqué lu par Hassan Fadlallah dans lequel il a renouvelé son appel à la formation d’un gouvernement rassembleur. Le communiqué précise qu’un tel gouvernement n’est pas lié aux développements actuels, c’est le cadre naturel et constitutionnel qui concrétise l’entente nationale et le pacte. Il ajoute que le camp de la résistance « tend la main » à ses partenaires au sein de la nation, tout en les invitant à revoir leurs options, pour que cette chance d’entente entre les Libanais ne soit pas perdue et, avec elle, les intérêts souverains, économiques et sociaux des Libanais.
Dans son communiqué, le bloc de la Résistance commence par renouveler sa condamnation des attentats terroristes à Hermel et Haret Hreik, tout en rendant hommage aux martyrs tombés dans ces explosions. Le communiqué précise que le bloc a passé en revue « le feuilleton criminel réalisé par des groupes dangereux pour l’humanité qui continuent hélas à bénéficier d’une couverture injustifiée de la part de certaines forces politiques sous la bannière du 14-Mars, en dépit du danger que ces groupes représentent pour la coexistence et l’unité nationale ». Selon le communiqué, ces forces politiques croient pouvoir utiliser les groupes dangereux pour renforcer leurs positions politiques ou au sein du pouvoir. Mais elles se font des illusions, car ces groupes représentent une menace pour tous les Libanais. Le communiqué condamne aussi le tir d’obus sur les localités de la Békaa du Nord, de Ras Baalbeck à Ersal, qui a fait des victimes chez les civils, notamment des femmes et des enfants. Le communiqué rappelle toutefois que le peuple libanais qui a infligé une défaite à l’ennemi israélien saura vaincre ce nouveau terrorisme. Le communiqué ajoute que ce terrorisme takfiriste est appuyé et financé par des parties connues dans la région et sert le projet d’affaiblissement et d’effritement de la région...
Le communiqué évoque aussi la situation à Tripoli et l’état d’insécurité qui y règne ainsi que les attaques régulières contre l’armée de la part d’éléments armés qui mettent en danger la stabilité de la ville et y sabotent le quotidien.
Le communiqué s’arrête aussi sur les contacts en vue de la formation d’un gouvernement rassembleur et souhaite qu’ils aboutissent à une fin heureuse rapide. Il estime que la formation d’un tel gouvernement est nécessaire dans l’étape actuelle particulièrement délicate où il est vital de permettre aux institutions constitutionnelles de respecter les échéances prévues pour dynamiser l’État et régler les problèmes qui intéressent les Libanais.

L’Orient-Le Jour (23 janvier 2014)
Scarlett Haddad
L’armée libanaise a beau réagir à la vitesse de l’éclair et parvenir à retrouver en un temps record le chemin et l’origine de la voiture qui explose, ainsi que la plupart des étapes de son parcours mortel, elle n’est pas pour autant en train de parvenir à empêcher son explosion. Ce qui montre à quel point l’environnement qui protège les kamikazes et les soutient directement ou non est devenu important, pour rester opaque à toutes les recherches menées par les services de l’État. Désormais, on ne se pose plus de questions sur la nationalité des kamikazes, ni sur leur point de départ, puisque le réseau a été identifié par les services de sécurité et il relie les localités de Yabroud et de Rankouss dans le Qalamoun à Ersal et à son jurd jusqu’au camp palestinien de Bourj Brajné et celui de Aïn el-Héloué, en passant par Naamé et en remontant jusqu’à Tripoli. Mais même en sachant tout cela, en connaissant les relais et les fiefs en plus d’avoir une liste de voitures volées qui pourraient devenir des voitures piégées, les services de sécurité ne parviennent pas à enrayer les risques, parce que les groupes extrémistes sont bien implantés dans certaines régions et disposent d’un filet de protection.
En quelques heures, les services de sécurité ont ainsi réussi à retracer le parcours de la voiture volée à Kfarhbab (Kesrouan), qui s’est retrouvée à Yabroud pour y être piégée, avant de retourner au Liban, avec une nouvelle plaque d’immatriculation appartenant à une autre voiture volée et d’être envoyée à Haret Hreik. Les sources de sécurité précisent d’ailleurs que la voiture contenait une grande quantité d’explosifs en plus de la ceinture explosive portée par le kamikaze. Ce dernier avait planifié de faire exploser la voiture après en être sorti, pour revenir se faire sauter parmi les gens accourus au bruit de la première explosion. Il aurait ainsi causé un plus grand nombre de victimes. Mais il aurait été repéré par les forces de sécurité qui ont commencé à suivre la voiture avant de se préparer à l’appréhender. Le chauffeur aurait alors été pris de panique et il aurait fait sauter la voiture sur place. Des photos ont été prises, mais elles n’ont pas été publiées dans la presse dans l’attente de son identification, qui pourrait être facilitée par ces éléments jugés très importants par les services compétents.
Mais en réalité, si beaucoup de Libanais se passionnent pour les détails de l’enquête et si ceux-ci sont effectivement utiles pour démanteler l’ensemble des cellules takfiristes ou pour paralyser leurs réseaux, l’essentiel a déjà été trouvé, à savoir la partie commanditaire (la même que pour les autres explosions, à savoir les cellules de Nosra et Daech qui circulent entre le Qalamoun en Syrie et le Liban) et le parcours général.
Des sources politiques « neutres » estiment ainsi que l’explosion de mardi à Haret Hreik montre que le Liban reste une boîte postale entre les différentes parties en conflit dans la région. Le message adressé est le suivant : Genève 2 ou pas, le conflit reste ouvert entre, d’une part, l’Arabie saoudite et ses alliés de l’opposition syrienne, et, d’autre part, l’Iran et ses alliés au Liban et en Syrie. Si les divergences sont grandes et apparaissent clairement dès le premier jour de la conférence de Genève 2 à Montreux, la bataille, elle, continue de se dérouler sur le terrain et de faire chaque jour son lot de victimes.

Source
New Orient News

[1] « Les accusations de Carter-Ruck contre la Syrie », Réseau Voltaire, 21 janvier 2014.

Pierre Khalaf

Chercheur au Centre d’Etudes Stratégiques Arabes et Internationales de Beyrouth.

 
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