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Communication du gouvernement d’Algérie, 24 mars 2003

| Alger (Algérie)
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Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs les Membres du bureau de l’Assemblée Populaire Nationale, Mesdames et Messieurs les Députés, Mesdames et Messieurs les Ministres,

Il me revient en ces moments particulièrement difficiles que connaît le monde, de présenter à votre auguste Assemblée une communication sur la situation en Irak qui préoccupe profondément l’Algérie, son Peuple et ses Institutions réunis. Cette communication qui s’inscrit dans le cadre de la politique extérieure de la Nation que M. le Président de la République arrête et conduit, a pour objet de vous informer de la position constante et de l’action persévérante de l’Algérie face à la situation en Irak.

Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs, Mesdames et Messieurs les Ministres,

Nous nous trouvons à un moment où la communauté internationale toute entière a les yeux tournés vers l’Irak qui se voit une nouvelle fois la cible d’une guerre aussi injuste que meurtrière. Entré dans le nouveau millénaire sous le régime inique des sanctions mais avec tout de même l’espoir infime qu’il en surmonterait bientôt les conséquences inhumaines, le voici désigné comme victime de la première guerre pré-emptive du XXIe siècle.

Berceau de la civilisation universelle, symbole de la grandeur arabe dans ce qu’elle a apporté comme lumières à l’humanité, Baghdad, capitale historique du monde musulman est aujourd’hui la cible de bombardements intensifs et dévastateurs, comme si par un déferlement rageur de feu et de destruction l’on souhaitait achever ce dont les sanctions ne pouvait venir à bout : la résistance héroïque, exemplaire d’un peuple qui, confronté à un embargo punitif sans précédent dans l’histoire des Nations-Unies, n’avait au bout du compte que sa fierté à opposer à l’injustice.

La guerre dont est victime aujourd’hui le peuple irakien était prévisible malgré la mobilisation rare de la communauté internationale pour l’éviter. Les partisans de la résistance à l’unilatéralisme, pourtant prédominants au sein même du Conseil de Sécurité, l’opinion publique et la société civile internationales, le Mouvement des Pays non Alignés, l’Union Africaine, la ligue Arabe, tout ce que le monde connaît comme autorité morale spirituelle ou séculière n’ont pu convaincre les tenants de la guerre de renoncer à un projet injuste et inacceptable : Défaire durablement un pays déjà considérablement affaibli et un peuple durement éprouvé.

L’Algérie, elle-même, attachée à la paix du fait de sa propre histoire, de ses principes et de ses choix de politique extérieure mais aussi en raison de son attachement envers le peuple irakien frère a œuvré, à la jonction de tous les efforts de paix de la communauté internationale pour éviter ce qui paraissait pourtant inévitable. Aujourd’hui, alors que la guerre ajoute de nouvelles victimes à celles, déjà nombreuses des guerres passées et de l’embargo, l’Algérie continue d’appeler et d’œuvrer à un arrêt des hostilités et à un retour à la légalité internationale dans le traitement de cette crise.

La session extraordinaire que vous tenez en ce moment, est l’expression de la solidarité de l’ensemble du peuple algérien à travers ses représentants avec le peuple irakien frère face à la guerre et dans sa résistance à l’occupation étrangère.

Elle est aussi l’expression du rejet par notre pays de tout projet de société internationale qui n’aurait pas le Droit et la légitimité internationale comme autorité suprême et de toute ébauche du système international qui ne ferait pas des Nations- Unies le lieu de rencontre de la volonté et de l’action internationales. Cette guerre infligée dans la plus grande injustice et dans la plus flagrante illégitimité à l’Irak est pour nous une source de profonde inquiétude. Des siècles d’affinement de concepts aussi précieux pour nos peuples que l’indépendance, la souveraineté et la volonté librement exprimée des peuples se trouvent sous la menace d’une ère nouvelle ouverte sur le désordre et l’instabilité, l’impunité et le fait accompli.

Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs les Députés, Mesdames et Messieurs les Ministres,

Dés la mise en œuvre de la menace de recours unilatérale à la force contre l’Irak, l’Algérie a réagi par la voix de ses plus hautes autorités pour exprimer son rejet ferme de cette guerre et exprimer sa solidarité avec le peuple irakien frère. Cette position, il vous en souvient, s’est exprimée à l’issue de la réunion d’évaluation présidée par Son Excellence Monsieur Abdelaziz Bouteflika, Président de la République. Je voudrais, encore une fois, en rappeler les points essentiels pour les réitérer avec vigueur dans l’enceinte de votre auguste Assemblée :

Premièrement : la guerre qui se déroule sous les yeux du monde entier qui la dénonce et la réprouve n’a pas été autorisé par le Conseil de sécurité et se situe dés lors en dehors de toute légitimité et légalité. Elle constitue à ce titre un précédent exceptionnellement grave qui ne peut qu’avoir des conséquences néfastes durables sur les relations internationales.

Deuxièmement : cette guerre va à l’encontre manifeste de la volonté exprimée par l’Union Européenne, l’Union Africaine, le Sommet France- Afrique, le Sommet du Mouvement des Pays non Alignés, ainsi que ceux de la Ligue Arabe et de l’Organisation de la Conférence Islamique de voir la crise irakienne se résoudre pacifiquement, sans oublier bien sûr l’opposition à cette guerre de la majorité des membres du Conseil de Sécurité.

Troisièmement : il y avait tout lieu de craindre, avant même son déclenchement, que cette guerre visait en fait des objectifs non avoués et bien éloignés de la résolution 1441 du Conseil de Sécurité des Nations Unies.

Quatrièmement : l’Algérie a inlassablement œuvré de concert avec ses partenaires et dans les différents forums internationaux pour la promotion d’une solution pacifique et déplore par conséquent l’interruption de la recherche d’une issue pacifique à la crise irakienne et le lancement d’une offensive militaire contre l’Irak frère. Le Président de la République, Monsieur Abdelaziz Bouteflika a personnellement pris une part active dans la formulation de ces positions. Dans ce même esprit, l’Algérie appelle aujourd’hui à la cessation immédiate de cette guerre et au retour aux efforts pour un règlement pacifique de ce conflit.

Enfin, en ces circonstances lourdes de menaces pour l’Irak et pour l’ensemble de la région, l’Algérie réaffirme l’exigence du respect de l’indépendance, de la souveraineté et de l’intégrité territoriale de la république irakienne.

Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs les Députés, Mesdames et Messieurs les Ministres,

Il ne fait aucun doute que nous vivons des moments tragiques. D’abord pour le peuple irakien, dont le courage et la capacité de résistance ne semblent malheureusement devoir surmonter une épreuve que pour être exposés à une autre encore plus grande. Mais cette tragédie qui atteint d’abord l’Irak, bien peu en doutent, frappe aussi toute la région et, au-delà du monde arabe, l’espoir que les peuples libres et épris de paix nourrissaient de voir recommencer à se construire, en ce début de millénaire, un monde sûr, stable, juste, plus solidaire et plus tolérant. Un monde où le recours à la guerre et particulièrement à l’échelle dévastatrice que nous voyons se dérouler sous nos yeux, ne peut être autorisée que dans le cadre des Nations-Unies et de la légalité internationale.

Aujourd’hui, l’Algérie n’est pas seule à nourrir les appréhensions les plus fortes et les plus fondées quant à l’ère de grande incertitude qui s’ouvre devant nous. D’où, à travers le monde, ces appels et ces prières, ces manifestations de réprobation et de rejet et tous ces efforts tenaces pour un retour à la paix qui transcendent les religions et les cultures, les peuples et les continents.

L’Algérie, fidèle à ses sentiments fraternels envers l’Irak et attachée plus que jamais à sa souveraineté et sa liberté, a décidé d’investir tous ses efforts et toutes les ressources de sa diplomatie pour renforcer le front de la paix qui entend rejeter la guerre et réaffirmer la primauté du droit et de la légitimité internationale sur le recours illégal à la force.

La concertation et l’action s’organisent et se poursuivent dans plusieurs enceintes et à plusieurs niveaux complémentaires qui visent au même but. Pour que l’action de l’Algérie puisse être efficace il lui faut parler d’une seule voix, à l’abri de toute tentation de surenchère interne ou de dissonance préjudiciable à son unité d’action.

Je ne doute pas que le peuple algérien et ses représentants élus que vous êtes, réalisent pleinement la gravité de l’heure et la nécessité de renforcer notre unité toujours nécessaire pour la préservation de nos intérêts nationaux et, en ces circonstances dramatiques témoigner de notre solidarité avec le peuple irakien frère.

Ma conviction est que votre session d’aujourd’hui consacrera cette aspiration et renforcera la diplomatie algérienne dans ses efforts pour l’avènement d’une paix juste pour le peuple irakien frère et les autres peuples de la région.

Source : Ministère algérien des Affaires étrangères

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