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« Tendances de l’Orient »

L’Église maronite s’inquiète des intentions de l’Occident

| Beyrouth (Liban)
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Le président Nicolas Sarkozy reçoit Sa Béatitude Mgr Béchara Raï, Patriarche maronite d’Antioche et de Tout l’Orient, au palais de l’Élysée, le 5 septembre 2011.
© Présidence de la République - P. Segrette

La tendance générale

L’Église maronite s’inquiète des intentions de l’Occident
Le patriarche des chrétiens maronites, Mgr Béchara Raï, a soulevé la question existentielle de l’avenir des chrétiens d’Orient lors de ses entretiens avec les dirigeants français la semaine dernière. Selon des sources bien informées à Paris et à Beyrouth, l’entretien avec Nicolas Sarkozy était tendu. Le chef de l’État français aurait frappé du poing sur la table en affirmant qu’« Assad est fini ». Sans se départir de son calme, le prélat maronite a conseillé au président français d’être plus prudent dans ses politiques au Moyen-Orient, car c’est l’avenir des chrétiens qui est en jeu. Il a exprimé de sérieux doutes sur la pertinence des politiques occidentales actuelles et a averti que l’arrivée au pouvoir des Frères musulmans ou de gouvernements extrémistes constituait un danger pour les minorités.
L’Église maronite, et avec elle le Vatican, semblent informés que les chrétiens risquent d’être abandonnés à leur sort, et que leur sécurité n’est plus la priorité d’un Occident occupé à redessiner la carte du Moyen-Orient, avec, comme seule préoccupation, les puits de pétrole. Mgr Raï a ainsi appelé les puissances occidentales à « ne pas encourager trop hâtivement » les soulèvements qui se produisent dans le monde arabe (Voir ci-dessous).
L’heure n’est plus à l’analyse des raisons du printemps arabe mais de ses conséquences. Nier l’existence d’une forte dimension islamiste est dû soit à l’ignorance et au manque d’informations, soit à un aveuglement provoqué par la haine et la déformation idéologique.
Le précédent irakien prouve que l’Occident ne se soucie guère du sort des chrétiens d’Orient. Rien n’empêche que ce même scénario ne se reproduise en Égypte, en Syrie et au Liban, surtout avec la multiplication des signaux sur le flirt entre les pays occidentaux et les Frères musulmans. La mouvance islamiste, même dans ses tendances les plus radicales, est une composante essentielle des révolutionnaires libyens. Ce sont des médias occidentaux « respectables » qui l’affirment : elle est un acteur principal en Égypte, elle sera probablement la plus importante force politique dans le premier Parlement post-révolutionnaire de Tunisie. En Syrie, les Frères musulmans seraient l’option préférée des États-Unis pour l’après-Assad, à en croire le très sérieux Hudson Institute et bien d’autres think tank et chercheurs.
Aucun homme responsable ne peut accepter que des sociétés entières soient précipitées dans l’inconnu. Car c’est bien l’inconnu que nous promet l’Occident, et c’est ce contre quoi Mgr Béchara Raï s’élève vigoureusement.
En politique, il ne peut y avoir de place à la haine et aux règlements de compte. Seul l’intérêt général doit primer. Certains s’obstinent à écarter les scénarios catastrophes, non pas qu’ils n’y croient pas, mais parce que toute dérive islamiste entraînera un exode des chrétiens. Beaucoup émigreront vers des cieux plus cléments et une petite partie viendra s’installer dans les régions chrétiennes du Liban. Le projet de partition sur des bases communautaires, pour lequel ils ont milité toute une vie, deviendra alors une réalité. Une réalité illusoire et chimérique. Le patriarche maronite a d’ailleurs mis en garde contre « le morcellement des pays arabes en entités confessionnelles », néfaste aux chrétiens et qui sert uniquement les intérêts d’Israël.

La tendance en Syrie

La Syrie reste un acteur régional incontournable
Répondant aux souhaits des États-Unis, l’Union européenne a intensifié les pressions contre la Syrie, en imposant un embargo pétrolier qui entre en vigueur le 15 novembre, et en prenant des sanctions contre quatre entrepreneurs syriens, trois sunnites et un chrétien. Cette mesure illustre le désespoir de l’Occident d’obtenir des concessions de la part du pouvoir via la subversion, amplifiée par les médias. Elle a pour but d’éloigner la classe commerçante et marchande urbaine, qui reste largement favorable au régime.
Ces sanctions interviennent au moment ou l’opposition, poussée par la Turquie et les États-Unis, tente en vain d’unifier ses rangs. Un Conseil national de transition a vu le jour fin août à Ankara et regroupe 94 opposants, toutes tendances confondues, avec une forte présence islamiste. Mais les premiers signaux montrent que ce collage hétéroclite ne résistera pas aux divergences qui opposent les laïcs aux islamistes, les centralistes aux partisans d’une Syrie fédérale, les va-t-en-guerre aux défenseurs du dialogue avec le pouvoir. Alors que les Frères musulmans refusent toute séparation entre l’État et la religion, Sherkoh Abbas, président de l’Assemblée Nationale du Kurdistan en Syrie, préconise un État fédéral, regroupant les diverses communautés ethniques et religieuses. Plusieurs opposants en exil à Washington militent même en faveur d’une intervention militaire de l’Otan.
Dans le même temps, des groupes extrémistes ont appelé au soulèvement armé contre le pouvoir, au risque d’entrainer le pays dans une guerre interconfessionnelle et de déclencher une discorde entre sunnites et chiites à l’échelle du Moyen-Orient. Mohammad Rahhal, qui se présente comme le chef du « Conseil révolutionnaire syrien », a annoncé dans une interview au quotidien saoudien Asharq Al-Awsat, que la décision a été prise « d’armer la révolution, qui prendra bientôt une tournure violente ». En réalité, l’utilisation des armes date du début des troubles, preuve en est la mort de quelque 500 militaires.
Face à l’internationalisation de la crise syrienne voulue par les opposants en exil, le pouvoir a la possibilité de lancer une contre-attaque en mettant face à face l’axe Damas-Iran aux États-Unis et ses alliés, dont Israël. Et sur la scène régionale, la conjoncture parait favorable à Damas et à ses alliés.
Les menaces d’intervention militaire de l’Otan, ainsi que les déclarations des responsables états-uniens selon lesquelles tout changement de régime en Syrie favorisera le démantèlement de l’axe Damas-Téhéran, a suscité de vives mises en garde en Syrie, au Liban, en Irak et surtout, en Iran, qui considère toute attaque contre Damas comme un prélude à son endiguement et à la guerre contre son propre territoire.
Le 28 août, l’Iran a mis en garde l’Otan contre toute intervention en Syrie, estimant que loin de renverser le régime, l’Alliance atlantique serait prise dans un bourbier comparable à l’Irak ou à l’Afghanistan. « La Syrie est à la pointe de la résistance à Israël au Proche-Orient, et l’Otan n’est pas en mesure d’intimider ce pays par une attaque », a déclaré le ministre iranien des Affaires étrangères, Ali Akbar Salehi, à l’agence officielle Irna.
Ces menaces coïncident avec les déclarations du secrétaire général du Hezbollah, sayyed Hassan Nasrallah, qui a mis en garde contre toute tentative de déstabilisation de la Syrie.
Dans le camp occidental, les difficultés politico-économiques et militaires auxquelles font face les États-Unis et leurs alliés arabes offrent à la Syrie de nouvelles perspectives pour bouleverser l’équilibre des forces dans la région en sa faveur.
Les États-Unis, en pleine faillite économique, ont connu le mois le plus sanglant depuis plus d’un an aussi bien en Irak qu’en Afghanistan. Washington fait face à une échéance en Irak, et espère obtenir un renouvellement de son mandat militaire par Bagdad. Et c’est justement pour compliquer la donne que le gouvernement de Nouri al-Maliki a annoncé que Bagdad exigera le départ des GI’s de son pays. Le gouvernement turc de Recep Tayyep Erdogan, qui parraine les Frères musulmans syriens, a été pris de court en août par le soudain réveil de la guérilla kurde qui a fait plus de 30 morts dans les rangs de l’armée turque. Le spectre de la guerre n’a pas épargné Israël, ou plusieurs attentats meurtriers à Eilat et en Cisjordanie ont suscité la crainte d’un renouvellement des combats israélo-palestiniens et du déclenchement d’une troisième Intifada.
Les probabilités d’une nouvelle guerre israélo-arabe avancent au fur et à mesure que l’étau international se resserre sur la Syrie. L’équilibre des forces penche indéniablement en faveur du régime syrien. Bien que risquée, une telle guerre constituerait un dernier recours pour modifier de fond en comble l’équilibre des forces dans la région.

La tendance en Égypte

Relents de nassérisme dans les rues du Caire
Les manifestations géantes organisées en Égypte vendredi 9 septembre constituent un tournant dans la longue marche de la révolution égyptienne, de par la constitution de la foule et des slogans brandis. Bien que les Frères musulmans et les principaux mouvements islamistes aient boycotté ces manifestations, les organisateurs ont réussi à mobiliser des centaines de milliers de personnes, qui ont scandé des slogans patriotiques et nationalistes d’inspiration nassérienne, hostiles à Israël et favorables à la Palestine.
Une foule en colère s’est ensuite dirigée vers le siège de l’ambassade de l’État hébreu, pris d’assaut par des centaines de jeunes. Devant l’ampleur du mouvement, l’ambassadeur d’Israël en Égypte, Yitzhak Levanon, n’a eu d’autre choix que de s’enfuir. Avec le personnel de l’ambassade, il a quitté Le Caire à bord d’un avion privé qui a décollé après que l’ambassade, installée dans les derniers étages d’un immeuble du quartier de Giza, ait été envahie par des manifestants.
Les manifestants ont jeté des documents confidentiels par les fenêtres. Plusieurs documents ramassés proviennent des services diplomatiques israéliens. Certains sont rédigés en arabe mais portent des tampons diplomatiques israéliens et sont visiblement des courriers de fonctionnaires israéliens à leurs homologues égyptiens.
Cet événement montre la détermination des jeunes égyptiens à donner à la révolution une dimension nationale dépassant le cadre des libertés et de la démocratie. Dix-huit d’entre eux ont trouvé la mort et près de 1 000 ont été blessés par les charges violentes des forces de l’ordre et de l’armée. Cela ne les a pas empêché de poursuivre le mouvement jusqu’à la réalisation de leur objectif déclaré qui est d’expulser l’ambassadeur d’Israël et de fermer les locaux de la chancellerie. Deux buts aujourd’hui atteints.
Le Conseil militaire suprême, qui dirige le pays depuis la destitution de Hosni Moubarak, ne peut plus ignorer la réalité que la chute du dictateur pro-US, son procès et les promesses de la tenue d’élections libres, ne sont pas suffisantes pour calmer la rue. Tant que le pays n’aura pas rompu ses liens avec Israël, le peuple égyptien estimera que sa révolution est incomplète.
De leur côté, les islamistes, qui ménagent l’État hébreu et l’Amérique, parce qu’ils convoitent le pouvoir, sont maintenant débordés à leur gauche. L’incident de l’ambassade ne les réjouit pas, car il a prouvé, aux yeux des États-Unis, qu’ils ne contrôlent pas la rue comme ils le prétendaient, dans l’espoir de gagner les faveurs de l’Occident pour prendre le pouvoir.
Devant la détermination de la jeunesse égyptienne, tous les acteurs, internes et extérieurs, devront revoir leurs copies. L’Égypte de Gamal Abdel Nasser est de retour.

Discours et déclarations

Mgr Béchara Raï, Patriarche des chrétiens maronites
« Depuis quelques mois, la géographie politique du Moyen-Orient a commencé à subir des transformations qui ont provoqué en nous embarras et inquiétude. Nous savons bien que des forces profondes, internes et légitimes, travaillent ces sociétés aspirant au changement, sans négliger aussi les ingérences étrangères. Pour régler ce dilemme et clarifier nos positions entre ce que nous acceptons et ce que nous refusons, nous proposons ces quelques facteurs. En ce qui nous concerne, nous Libanais, et par rapport aux chrétiens d’Orient, toute tendance à diviser le Moyen-Orient en États confessionnels est une tendance que nous rejetons. Car nous considérons que le pluralisme, dans lequel les minorités s’agrègent harmonieusement, est plus à même que d’autres systèmes à garantir la dignité et la liberté, notre présence et notre prospérité au Moyen-Orient. Nous proposons donc, face aux dérives confessionnelles de quelque nature qu’elles soient, le modèle d’un État civil qui assurerait la séparation entre la religion et l’État, et reposerait sur les droits fondamentaux de la personne humaine et reconnaîtrait la liberté de croyance et assurerait une vie digne et sûre à toutes les minorités. Nous aurons besoin de votre expérience, de votre compréhension et de votre aide pour instaurer cet État civil dans les pays du Moyen-Orient. (…) Nous redoutons deux éléments : une guerre civile en Syrie ou l’avènement d’un régime radical ainsi que le démembrement du monde arabe en mini-États confessionnels. Lorsque des sociétés sont victimes de guerres, de crises économiques et de privation des droits élémentaires de l’homme, nous ne pouvons que nous inquiéter pour les chrétiens, parce que nous ne voulons pas qu’ils soient traités en tant qu’étrangers. Lorsque les régimes dans certains États sont religieux, nous vivons en danger permanent. Nous demandons à la communauté internationale, et notamment à la France, de ne pas faire preuve de précipitation dans l’adoption de décisions visant à obtenir des changements de régime. Ils voulaient une démocratie en Irak, mais cette démocratie a fauché des vies et n’arrête pas de faire des victimes innocentes. Tous les pays arabes sont sur la sellette. Quelle sera l’issue ? Qu’est-ce qui se passera en Syrie ? La communauté internationale et la France doivent réfléchir à l’avenir. Est-ce qu’il y aura une guerre sunnito-alaouite dans ce pays ? Ce serait un génocide et non pas une démocratie ou des réformes. Les États peuvent établir des conditions pour la démocratie et non pas lancer des guerres pour l’obtenir (…) Nous réaffirmons notre hostilité à toute implantation des Palestiniens au Liban. Ces derniers doivent conserver leur statut de réfugiés placés sous la supervision de l’Unrwa. Nous demandons à la France la préservation de la spécificité du Liban. Aucune fraction libanaise n’est en mesure, dans les circonstances actuelles, d’engager le Liban pour l’avenir. Les divisons internes rendent illégitime toute prétention exclusive d’une communauté à parler au nom du Liban. »

Michel Aoun, principal leader chrétien libanais
« La position du patriarche Béchara Raï concernant la situation en Syrie est nouvelle et elle est en phase avec le climat politique réaliste actuel et avec une nouvelle stratégie précise pour le Moyen-Orient. Je suis certain que le régime en Syrie ne tombera pas et poursuivra les réformes. D’ailleurs, s’il tombe, qui le remplacera ? Les Frères musulmans sont les plus en vue et ils affirment dans leurs publications que la démocratie va à l’encontre de la charia. Ils sont donc contre la démocratie à l’occidentale. Que deviendront les sunnites de Beyrouth si les Frères musulmans prennent le pouvoir en Syrie ? Je suis pour les droits de l’homme en Syrie. Mais est-ce qu’un nouveau régime serait favorable aux droits de l’homme ? Si les opposants sont contre les droits des communautés, comment seront-ils pour les droits de l’homme ? Le régime en Syrie est toujours uni. Qui me dit que ceux qui se livrent à ces actes en Syrie ne représentent pas, eux, une minorité dans ce pays ? N’y a-t-il pas eu, par ailleurs, des morts dans les rangs des militaires ? Les soldats ont-ils été les premiers à ouvrir le feu ? Qui a tué tous ces soldats ? Nous sommes pour le droit de manifester, mais quand il s’agit désormais de faire chuter le régime par les armes, tout régime doit pouvoir se défendre. Nous luttons contre la théorie du chaos constructif de Condoleezza Rice. Le régime syrien a défendu la Résistance et préserve l’environnement culturel hostile à Israël, ce qui est fondamental pour la société syrienne. Les droits de l’homme sont un produit commercial utilisé par l’Occident. Que ceux qui veulent l’établissement de la démocratie et des droits de l’homme en Syrie commencent par réaliser les revendications du peuple palestinien et par défendre ses droits, spoliés par l’Occident. D’ailleurs, le président Assad lui-même ne défend pas son régime : lui-même nous a affirmé bien des mois avant les événements en Syrie qu’il allait ouvrir la voie aux libertés. Si le régime tombe en Syrie, ce n’est pas moi qui chuterais. La perte sera plus grande. Moi je deviendrai un dhimmi si le régime tombe. Bachar el-Assad a assuré qu’il allait mener des réformes, mais il n’y a pas de réformes sans sécurité (…) Depuis le 30 mars 2007, le tribunal international n’est plus légal mais politisé. »

Mohammad Raad, chef du bloc parlementaire du Hezbollah
« Les propos tenus actuellement par le Courant du Futur (de Saad Hariri) et le ton adopté par les médias qui lui sont affiliés sont, pour le moins qu’on puisse dire, aux antipodes du style, de la moralité et du projet du fondateur de ce courant (Rafic Hariri). L’odeur fétide de la discorde et de la faillite se dégage de ces propos. C’est comme si tout ce groupe a été tellement déçu de perdre le pouvoir qu’il ne veut plus ni État, ni Constitution, ni lois. Il ne parvient même plus à voir les réalités en face. Il se réfugie dans le mensonge et en dépit des déceptions qui se succèdent, il continue à s’accrocher à ses illusions et à multiplier les mauvais paris, tout en fabriquant des mensonges. Les cadres, députés et médias du Courant du Futur ont même été jusqu’à s’en prendre aux symboles religieux et nationaux, et à inciter le peuple contre l’armée qui reste la garantie de la sécurité et de la stabilité du pays. Nul n’échappe à leurs invectives. Dans ces conditions, pour quel avenir travaillent-ils et à quel État aspirent-ils, sans parler de leur absence de crédibilité de plus en plus marquée. Ils ont été jusqu’à couper les ponts qui restaient avec les patriotes libanais en s’en prenant au président de la Chambre Nabih Berry qui a tenu à maintenir ouverts les canaux de dialogue avec tous les groupes libanais dans l’intérêt du Liban. Connaissant cet homme et ses options nationalistes, nous sommes en mesure d’affirmer qu’il a rempli un rôle primordial dans les négociations qui ont eu lieu pendant la guerre de juillet 2006. À travers ce rôle, il a protégé la Résistance, a préservé ses choix et il a consolidé l’unité nationale et mis en échec les paris de ceux qui misaient sur les États-Unis et Israël. Si le président Berry a toujours représenté un appui essentiel à l’unité nationale et l’un de ses piliers, le discours du Courant du Futur est une faute grave qui coupe la voie à toute tentative d’entente. »

Cheikh Mohammad Ali Jouzou, mufti sunnite du Mont-Liban
« Le patriarche Béchara Raï a dit à Paris craindre une guerre civile en Syrie ou un régime plus radical, puis il a conseillé de ne pas se hâter de changer les régimes en place et a exprimé des craintes au sujet des minorités chrétiennes. Nous souhaiterions savoir ce qu’il entendait par là. Ces conseils ont-ils pour objectif d’influencer la position de la France ? Est-ce dans l’intérêt du peuple libanais ? Qui sont les radicaux de son point de vue ? Est-ce le peuple syrien ? Ce sont des propos dangereux que sa Béatitude est appelé à expliciter. »

Revue de Presse

As Safir (Quotidien libanais proche de la nouvelle majorité, 09 septembre 2011)
Ghasseb Mokhtar
Le Courant du Futur a-t-il décidé de couper tous les ponts avec le camp politique adverse. Des sources politiques qui suivent de près la campagne de ce courant contre le président Nabih Berry s’en étonnent en l’attribuant à des raisons intérieures pour la plupart. Des sources proches du président Berry assurent quant à elles que ce dernier ne restera pas muet face à cette campagne qui le prend personnellement pour cible : sa riposte sera d’autant plus ferme que la campagne en question nourrit des suspicions au sujet de sa relation avec la Résistance et de sa position vis-à-vis de l’ennemi israélien. Les mêmes sources s’interrogent sur le rôle qui est probablement celui d’une partie de l’entourage pro-US de Saad Hariri dans cette campagne, laquelle sert le projet américain au Liban et dans la région, quoi qu’avec des outils différents cette fois-ci. Hariri est arrivé à un état de rupture totale des relations avec tous les protagonistes influents au Liban et se contente de sa relation avec les Forces libanaises, qui l’entraînera au fond du gouffre politique.

As Safir (07 septembre 2011)
Atallah Haddad
Quelle est l’approche du 14-Mars vis-à-vis des chiites et du Hezbollah ? Certaines figurent de cette coalition considèrent qu’il est impérieux de se mettre en quête de concepts communs qui puissent obtenir l’aval de tous les Libanais, toutes communautés religieuses confondues. Ils prônent la politique de la main tendue : le 14-Mars doit trouver les partenaires chiites capables de représenter l’environnement chiite et en exprimer aussi bien la libanité que la spécificité. Selon eux, il faut donc œuvrer à un nouveau discours sur la scène chiite. Ce discours, expliquent-ils, existe déjà mais très timidement : il convient de l’encourager et de briser l’emprise de la peur pour qu’il prenne toute sa dimension.
D’autres estiment en revanche qu’il n’est pas encore temps de s’adresser au public chiite et de lui demander d’entreprendre un mouvement quelconque en dehors de la sphère d’influence du Hezbollah. L’heure est donc à l’attentisme. Il appartient aux chiites eux-mêmes de trouver un moyen de sortir de leur impasse, et d’essayer de rétablir les ponts avec les autres. En d’autres termes, il faut attendre que l’environnement chiite produise lui-même ses nouveaux représentants

An Nahar (Quotidien libanais proche du 14-Mars, édition du 09 septembre 2011)
Abdel Karim Abou Nasr
Des sources diplomatiques occidentales à Paris assurent que le Hezbollah mène une bataille perdante contre le Tribunal spécial pour le Liban (TSL). Des responsables européens ont déjà averti des parties officielles libanaises que le Liban commettrait une grave erreur s’il adoptait la position du Hezbollah. Un refus de coopérer avec le TSL signifiera pour les juges du Tribunal et pour le Conseil de sécurité que l’État libanais veut protéger les accusés et qu’il fait obstruction à la justice. Les sources ajoutent que le Premier ministre Najib Mikati réalise qu’une confrontation avec le Conseil de sécurité nuirait aux intérêts du Liban et des Libanais, et peut-être aussi à ses propres intérêts. C’est pourquoi il a dit ouvertement que son gouvernement est déterminé à financer le TSL. Cependant, le Hezbollah agit comme s’il n’était pas concerné par la position du Premier ministre. Il a opté pour une attitude de défi dans un dossier juridique important et délicat, ce qui peut menacer la paix civile sans empêcher la réalisation de la justice ».

An Nahar (09 septembre 2011)
Sarkis Naoum
La Turquie cherche à consolider son rôle régional dans le contexte du printemps arabe. Des observateurs basés à Washington signalent que le gouvernement turc tient des discussions avec la secrétaire d’État états-unienne Hillary Clinton autour du dossier syrien. Les discussions ont débouché sur les points suivants : la Turquie n’aura pas recours à la force militaire contre la Syrie ; elle poursuivra ses pressions sur la Syrie pour que le régime syrien demande de l’aide ; elle continuera d’assurer la médiation entre l’opposition syrienne et le département d’État à Washington.
Autre question au menu des discussions, la façon de traiter avec les islamistes en Syrie, surtout s’ils parviennent à prendre le pouvoir. Les observateurs craignent qu’une guerre civile n’éclate dans le pays, d’autant plus que la cohésion de l’armée syrienne semble mise à mal. Assad a peut-être encore un peu de temps pour prendre des décisions sages, mais ce temps est compté, préviennent-ils.

Al-Hayat (Quotidien saoudien, 07 septembre 2011)
Paris, Randa takieddine
Le ministre français des Affaires étrangères Alain Juppé a visité la Russie puis la Chine pour convaincre les deux pays qu’il n’est pas dans leur intérêt de protéger la répression en Syrie s’ils veulent préserver leur influence en Syrie à long terme. Si l’opposition réussit à prendre le pouvoir en Syrie, elle n’oubliera pas la position russe si celle-ci demeure inchangée. La mission du ministre Juppé est certes difficile, cependant, rien n’arrêtera ce grand homme d’État. La France et les défenseurs de la liberté et de la démocratie ont la chance d’avoir Alain Juppé à la tête de la diplomatie française. C’est un homme d’État créatif, patriotique et fidèles aux valeurs suprêmes de la République.

L’Orient-Le Jour (Quotidien libanais francophone, proche du 14-Mars, édition du 09 septembre 2011)
En visite officielle en France à l’invitation du président Nicolas Sarkozy, le patriarche maronite, Mgr Béchara Raï, a fait au cours des dernières vint-quatre heures une nouvelle série de déclarations qui dans leur essence sont pratiquement en phase avec les positions du régime syrien et du Hezbollah.
Évoquant ainsi la situation en Syrie devant la Conférence des évêques en France, le patriarche Raï a défendu le président Assad et exprimé sa « crainte d’une transition en Syrie » qui pourrait représenter une menace pour les chrétiens d’Orient. « J’aurais aimé qu’on donne plus de chances à M. Assad pour faire les réformes politiques qu’il a commencées » en Syrie, a-t-il déclaré devant les prélats de France.
« En Syrie, le président n’est pas comme quelqu’un qui, à lui seul, peut décider des choses, a affirmé Mgr Raï. Il a un grand parti Baas qui gouverne. (Assad) lui, en tant que personne, est ouvert. Il a étudié en Europe. Il est formé à la manière occidentale. Mais il ne peut pas faire des miracles, lui, le pauvre », a dit le patriarche maronite.
« Nous, nous avons enduré de la Syrie et de son régime, a ajouté Mgr Raï. Je n’oublie pas cela, mais je voudrais être objectif. Il (Bachar el-Assad) a lancé une série de réformes politiques. Il fallait donner plus de chance au dialogue interne. Plus de chance à soutenir les réformes nécessaires. » « Nous ne sommes pas avec le régime, mais nous craignons la transition, a reconnu Mgr Raï. Nous devons défendre la communauté chrétienne. Nous aussi, nous devons résister. »
Par ailleurs, dans une interview à la chaîne al-Arabiya, Mgr Raï a repris à son propre compte la thèse défendue par le Hezbollah concernant le sort et la fonction de l’arsenal militaire du parti, en ce sens que le Hezbollah devra rendre ses armes « après le retour des Palestiniens à leurs foyers et la libération de la terre ».
Mgr Raï a demandé dans ce cadre à la communauté internationale d’« aider à libérer la terre et à faciliter le retour des Palestiniens à leur terre ». « C’est alors que nous dirons au Hezbollah de livrer ses armes car elles deviendront inutiles du fait que les armes du Hezbollah sont liées à de nombreuses questions », a déclaré Mgr Raï. Évoquant par ailleurs les soulèvements populaires dans les pays arabes, il a déclaré : « Nous ne voulons pas que pour des réformes, que nous appuyons, que des peuples soient sacrifiés. »
Après avoir pressé la communauté internationale à obtenir l’application par Israël des résolutions internationales « afin d’ôter au Hezbollah le prétexte de maintenir son arsenal », Mgr Raï a déclaré, au sujet de l’avenir de la Syrie et des retombées du soulèvement populaire syrien sur le Liban : « Il est vrai que la Syrie est sortie militairement du Liban, mais elle maintient des relations avec certains Libanais. Nous commençons au Liban à payer le prix des problèmes qui se posent en Syrie, du fait de la fermeture des frontières entre la Syrie et certains pays. Si la situation empire en Syrie et qu’un régime plus dur que le régime actuel émerge, tel que le régime des Frères musulmans, les chrétiens dans ce pays paieront le prix, par des tueries ou l’exode. L’exemple de l’Irak est devant nous. »
Et d’ajouter : « Si le régime change en Syrie et que les sunnites prennent le pouvoir, ils s’allieront avec leurs frères sunnites au Liban, ce qui aggravera encore plus la situation entre chiites et sunnites. Ce qui nous importe en tant qu’Église est qu’il n’y ait pas de violence. En Orient, on ne peut pas changer les dictatures en démocraties aussi facilement. Les problèmes de l’Orient doivent être résolus avec la mentalité de l’Orient. »
En conclusion, Mgr Raï a dénoncé l’attitude des pays occidentaux concernant la situation des minorités dans la région. « De quelle démocratie parlent-ils ? » a-t-il déclaré sur ce plan.

Al Balad (Quotidien libanais indépendant, 09 septembre 2011)
Ghada Halawé
L’adoption du plan de l’électricité est une victoire pour tous les Libanais, mais c’est surtout une victoire supplémentaire pour le chef du Courant patriotique libre (CPL) Michel Aoun. C’est grâce au courage politique d’Aoun que le plan de l’électricité a pu voir le jour. Le général Aoun a peut-être ses erreurs et ses échecs en politique, mais son courage politique augmente son crédit aux yeux du peuple libanais.

Huffington Post (Journal électronique états-unien, 05 septembre 2011)
Sharmine Narwani
L’acte d’accusation dans l’affaire Hariri semble être construit sur la base du traçage de téléphones cellulaires. Sauf qu’au Liban, tout le monde sait que les réseaux de télécommunications du pays sont infiltrés. C’est le message des responsables libanais, qui ont condamné des espions et démasqué des employés de compagnies télécoms. C’est là que le peu probable devient bizarre. L’année dernière, plusieurs employés de l’opérateur Alfa ont été arrêtés pour avoir fourni à des entités étrangères un accès à leurs réseaux. Un rapport commandé par la Force aérienne américaine (FAA) confirme qu’au cours de six années qui ont suivi son retrait du Liban en 2000, Israël n’a pas cessé de pister des téléphones cellulaires du Hezbollah.
En supposant que la théorie du complot soit vraie, la question principale demeure : pourquoi le Hezbollah aurait-il voulu tuer Hariri ? Dans les crimes de cette nature, on cherche à identifier les suspects en examinant le modus operandi et le mobile. Ce genre d’attentat kamikaze n’est tout simplement pas le style du Hezbollah. Plus piquant encore, il se trouve qu’en dépit des antagonismes politiques, une camaraderie croissante s’était installée entre Hassan Nasrallah et l’ancien Premier ministre libanais dans les derniers six mois avant son assassinat. Un mobile ? À la lumière de tous ces éléments, on peut le formuler comme tel : qui avait le plus peur d’une amitié entre les leaders sunnite et chiite ?

Source
New Orient News

Pierre Khalaf

Chercheur au Centre d’Etudes Stratégiques Arabes et Internationales de Beyrouth.

 
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