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Les maîtres de la défaite : l’empire états-unien en déconfiture, au milieu de force fracas belliqueux

Les maîtres de la défaite : l’empire états-unien en déconfiture, au milieu de force fracas belliqueux

Le sociologue marxiste James Petras développe depuis plusieurs années une analyse dialectique de l’empire siono-états-unien opposant une volonté d’hégémonie par l’expansionnisme militaire à une autre centrée sur l’économie. Il applique ici sa grille de lecture à la crise actuelle : l’accumulation de défaites militaires provoque une crise économique interne et l’instauration d’un régime policier aux États-unis mêmes ; simultanément les forces visant à l’hégémonie économique tentent d’infléchir la stratégie de Washington et entrent en collision avec les prétentions israéliennes.

Réseau Voltaire | New York (États-Unis)
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« Washington en est réduit à regarder d’autres puissances modifier le réel »
Financial Times, 25 août 2008

Où que l’on porte son regard, la politique impériale des Etats-Unis subit des défaites militaires et diplomatiques de grande ampleur. Avec le soutien du Congrès démocrate des Etats-Unis, la poursuite par une Maison-Blanche républicaine d’une approche militaire du meccano de l’Empire a conduit à un déclin d’ampleur mondiale de l’influence de Washington, au réalignement d’anciens régimes-clients sur des adversaires de l’Empire, à l’émergence d’hégémons concurrents et à la perte de sources vitales de matières premières stratégiques. Les défaites et les pertes n’ont (pourtant) en rien douché l’enthousiasme des stratèges, ni mis un terme à une frénésie d’édification d’un empire.

Au contraire : tant la Maison-Blanche que les membres actuels du Congrès ont adopté un durcissement des positions militaires, réitéré un style agressif de politique et une dépendance accrue vis-à-vis de l’Outre-mer, ainsi qu’une posture belliqueuse visant à distraire le peuple états-unien de la dégradation de ses conditions de vie. Tandis que le coût économique et politique d’entretien de l’Empire ne fait que s’accroître ; tandis que le gouvernement fédéral alloue des centaines de milliards de dollars à un secteur financier mité par les crises et opère des coupes de plusieurs dizaines de milliards dans les taxes sur les profits des entreprises, afin d’essayer d’éviter les faillites et la récession ; c’est l’ensemble du fardeau économique qui est supporté par les salariés, sous la forme d’un niveau de vie déclinant, alors que douze millions d’ouvriers immigrés sont en butte à une sauvage répression de l’Etat.

Les échecs outre-mer et les crises à l’intérieur, toutefois, n’ont abouti à l’apparition d’aucune alternative progressiste : les bénéficiaires en sont les concurrents des Etats-Unis, outre-océan, et l’élite états-unienne. Dans une large mesure, là où des majorités de l’opinion publique ont exprimé un désir (voire, ont réclamé à cor et à cris) des alternatives progressistes, elles ont été rembarrées par des représentants politiques liés à des idéologues militaristes et aux élites entrepreneuriales.

Paradoxalement, les défaites et le déclin du meccano d’empire US sous emprise militaire se sont accompagnés du reflux des mouvements anti-guerre en Amérique du Nord et en Europe occidentale, ainsi que du déclin vertigineux des partis et des régimes politiques opposés à l’impérialisme US dans les capitales de tous les pays capitalistes avancés. Autrement dit, les défaites subies par l’Empire US n’ont pas été produites par la gauche occidentale, et elles n’ont par conséquent produit aucun « dividende de la paix », ni même des conditions de vie améliorées, pour les classes laborieuses ou pour les paysans. Pour autant qu’elles aient bénéficié à quelqu’un, c’est essentiellement à des pays aspirant depuis peu à l’impérialisme économique, comme la Chine, la Russie ou l’Inde, ou encore à de riches pays pétroliers du Moyen-Orient, mais surtout parmi à un vaste ensemble de pays exportateurs de ressources agro-minérales, comme le Brésil, l’Afrique du Sud et l’Iran, qui se sont taillé de confortables « niches » économiques dans leurs régions respectives.

La croissance et l’expansion outre-mer des nouveaux pays bâtisseurs d’empire(s) économique(s), ainsi que leurs classes dirigeantes agro-minéralo-financières (à la possible exception du Venezuela) ont grandement bénéficié à une minuscule élite ne comprenant jamais plus d’un cinquième de leur population générale. Le déclin relatif de l’impérialisme militaire US et l’ascension de nouvelles puissances impérialistes économiques ont redistribué la richesse et les parts de marché entre pays, mais non pas entre classes, au sein des puissances montantes. Si ce sont les spéculateurs militaristes-sionistes-financiers qui dirigent l’Empire US, c’est, en revanche, les industriels nouveaux milliardaires, les spéculateurs de l’immobilier et les exportateurs de matières premières agro-minérales qui dirigent les nouveaux empires économiques en cours d’émergence.

Relevons un deuxième paradoxe dans le fait que les forces politiques qui sont en train de dézinguer l’empire US militaro-centré ne sont pas les mêmes que celles qui bénéficient de la guerre…

Si les résistances irakienne et afghane ayant imposé un coût s’élevant au minimum à trois milliards de dollars au Trésor états-unien et cloué au sol plus de deux millions de GI’s en rotation dans ces contrées durant les six années écoulées, ce sont les Chinois, les Indiens, les Russes, les Européens, les classes dirigeantes et financières du pétrole du Golfe qui ont récolté les bénéfices d’énormes dépenses états-uniennes improductives. Si les nouveaux bénéficiaires sur le plan économique sont, dans une large mesure, laïques, impérialistes et élitistes, les forces politico-militaires qui sont en train de saper et de battre l’Empire militaire US sont des forces religieuses (islamiques), nationalistes et fondées sur l’adhésion des masses.

Les défaites actuelles du meccano de l’Empire militaire US ne sont pas le produit de mouvements occidentaux, laïques, de gauche, de masse. Elles ne se traduisent pas non plus dans une société progressiste ou égalitaire.

Non : en lieu et place, nous assistons à des inégalités économiques criantes se développant à très grande vitesse, dictées par des classes dirigeantes qui font la promo de leurs propres versions « nationales » des stratégies néolibérales à base de liberté des marchés et de stratégies maximisant les profits, à travers l’exploitation économique du travail, de l’extraction jusqu’à l’épuisement des ressources naturelles et du pillage de l’environnement. Tant que les mouvements de masses, les intellectuels et les militants de l’Occident ne se départiront pas de leur passivité et de leur allégeance aveugle vis-à-vis des plus grands partis politiques existants, la défaite du militarisme états-unien restera un fardeau coûteux, assumé par les masses du Tiers-Monde, tandis que les bénéfices afflueront vers les nouveaux impérialistes économiques nouveaux milliardaires, en pleine expansion.

Géographie des défaites et de la Berezina de l’empire

Le Moyen-Orient : l’Irak et l’Iran

L’ascension du meccano d’Empire à direction militaire aux Etats-Unis a, une fois de plus, mis en évidence son incapacité absolue d’imposer un nouvel ordre impérial. Après six ans et demi de guerre et d’occupation en Irak, les Etats-Unis ont subi des pertes militaires effroyables et des pertes économiques s’élevant à plus d’un demi-milliard de dollars sans avoir pu, pour autant, s’assurer un quelconque gain, ni en matière politique, ni en matière militaire, ni prosaïquement en termes de ressources naturelles. Les pertes entraînées par la guerre ont généré une opposition domestique à l’intervention militaire états-unienne qui ne cesse de saper la capacité militaire actuelle et future de l’Empire. Il n’est pas jusqu’au chef de pacotille installé par les Etats-Unis à la tête de l’Irak, Al-Maliki qui n’ait osé exiger une date ferme pour le retrait des Etats-Unis. L’autre client des Etats-Unis, en Afghanistan, cette fois, le président Kharzai, a réclamé un droit de regard accru sur les opérations militaires états-uniennes, qui ont tué des dizaines de non-combattants et de civils, ne faisant, de ce fait, qu’approfondir et étendre le soutien de la population afghane à la résistance nationale, qui opère désormais absolument partout en Afghanistan.

Pour ceux, aux Etats-Unis (et en particulier à « gauche ») qui arguaient erronément du fait que l’invasion de l’Irak aurait été « une guerre pour le pétrole » (et non ce qu’elle était en réalité, à savoir une guerre visant à soutenir les ambitions hégémoniques d’Israël), la signature par l’Irak d’un contrat de fourniture de pétrole, pour un montant de 3 milliards de dollars avec la China National Petroleum Corporation, fin août [1], démontre le contraire, à moins que les tenants du « Pas de sang pour du pétrole ! » soient prêts à revoir leur slogan, pour en faire : « Non à une guerre états-unienne pour le pétrole chinois ! »… Tout au long des six années consécutives à l’invasion de l’Irak par les Etats-Unis, les compagnies pétrolières états-uniennes n’ont jusqu’ici jamais réussi à obtenir le moindre marché pétrolier qui fût digne d’être mentionné.

Les 4 et 5 octobre, la Shell, une des plus grandes multinationales pétrolières du monde, et OMV, une firme énergétique australienne vont parrainer une conférence, à Téhéran, sous les auspices de la National Iranian Gaz Export Company, afin de promouvoir « les opportunités d’exportations de gaz et les potentialités gazières de la République Islamique d’Iran ». Cette conférence n’est qu’un exemple de plus du rôle joué par les majors du pétrole, qui s’efforcent, par des moyens pacifiques, de bâtir leurs holdings transocéaniques (l’ « empire économique »). La plus importante opposition à cette initiative « pétrole contre la paix » de la Shell Oil est venue du principal promoteur judéo-sioniste de l’engagement états-unien dans les guerres moyen-orientales pour les beaux yeux d’Israël, j’ai nommé l’Anti-Defamation League, qui a fustigé « Big Oil », les « grossiums du pétrole »…

Selon ses deux principaux dirigeants, Glen Lewy et Abraham Foxman, « … ces deux firmes sont en train de sponsoriser une conférence avec la compagnie d’Etat du principal pays encourageant le terrorisme et grand violateur des droits humains devant l’Eternel. Mais en sponsorisant comme elles le font une des industries stratégiques de l’Iran – le gaz naturel -, OMV et Shell portent atteinte aux efforts déployés par les Etats responsables (sic) et par de nombreuses entreprises, afin d’isoler l’Iran ».

Le conflit entre Shell/OMV et la principale organisation sioniste états-unienne met en évidence le conflit fondamental opposant le meccano de l’Empire économique et celui de l’Empire militaire. Le fait que Shell et OMV aient poursuivi leur préparation de la conférence en Iran démontre que certains secteurs, tout au moins, de l’industrie pétrolière, commencent, enfin, à défier la mainmise des siono-militaristes sur la politique moyen-orientale des Etats-Unis. Après avoir perdu des dizaines de milliards de dollars en contrats pétroliers lucratifs, « grâce » aux politiques dictées par les sionistes, les compagnies pétrolières sont tout juste en train (enfin !) d’ébaucher de premiers pas en direction de la formulation d’une nouvelle politique.

En poursuivant l’agenda israélo/siono-US de guerres séquentielles et de sanctions contre de riches pays pétroliers musulmans, Washington a perdu l’accès, le contrôle et les profits qui en découlent, à l’avantage de concurrents économiques de taille mondiale, d’une une région particulièrement stratégique.

Afrique 

En Somalie, Washington a opté pour l’intervention militaire via le régime éthiopien dictatorial comparse de Meles Zenawi, afin de soutenir le régime fantoche failli et pro-états-unien d’Abdullah Yusuf. Après près de deux ans, l’Ethiopie et le régime fantoche ne contrôlent qu’à grand-peine que deux pâtés de maisons de la capitale Mogadishu, tandis que le reste du pays est aux mains de la résistance somalie. D’après le Financial Times [2], le régime éthiopien a « exprimé un désir de réduire, voire de cesser, son engagement militaire en Somalie ». Le vassal des Etats-Unis a été défait tant militairement que politiquement, les Etats-Unis ont échoué à garantir un soutien de l’Union Africaine à son occupation par délégation. Dans l’ensemble de l’Afrique, la Chine, l’Union européenne, le Japon, la Russie, ainsi (dans une moindre mesure) que l’Inde et le Brésil ont, tous, réalisé de grandes percées vers la certitude d’obtenir des joint ventures dans le pétrole, les matières premières, les marchés d’exportation et des investissements de grande ampleur (et de très long-terme, dans les infrastructures), tandis que les Etats-Unis soutenaient des commandos séparatistes au Soudan et finançaient le régime corrompu de Moubarak en Egypte, pour un montant annuel de plus d’un milliard de dollars. Non seulement l’empire US a cédé le terrain, sur le plan économique, à ses concurrents mondiaux, mais il a subi une défaite militaro-diplomatique majeure en Somalie et il a très gravement affaibli son vassal éthiopien, tant politiquement que financièrement.

Asie du Sud

En Asie du Sud, le gouvernant fantoche stratégique des Etats-Unis, le dictateur pakistanais Musharraf a été contraint à la démission – et la coalition électorale, faible et divisée, qui le remplace, n’a pas été capable d’être au niveau de soutien militaire, diplomatique et informationnel qu’assurait Musharraf à la guerre états-unienne en Afghanistan. La frontière pakistano-afghane est virtuellement un territoire ouvert pour des attaques transfrontalières, pour le recrutement et pour la fourniture en armes des organisations résistantes afghanes. La perte de Musharraf par l’Empire US ne fait que saper davantage les efforts des Etats-Unis visant à imposer leur avant-poste en Afghanistan.

A travers de fréquentes attaques terrestres et aériennes contre des régions pakistanaises frontalières de l’Afghanistan, la « coalition » Etats-Unis-Otan a multiplié, approfondi et rendue massive l’opposition civile, politique, et aussi l’opposition armée et ce, dans l’ensemble du pays. La soi-disant « élection » du vassal des Etats-Unis, ci-devant seigneur de la guerre et malfrat Asif Ali Zadari, au poste de président du Pakistan, ne contribuera pas, quoi qu’il en soit, à la récupération par les Etats-Unis de leur influence, au-delà d’une élite politique extrêmement restreinte et de cercles militaires extrêmement limités. La recherche et l’extension de leur impérialisme militaire de l’Afghanistan vers le Pakistan par les Etats-Unis les a conduits à une défaite politique d’autant plus sévère dans la population de la quasi-totalité de l’Asie du Sud.

Des généraux et des officiers supérieurs de l’Otan ont reconnu que les ainsi dits « Taliban » ont réorganisé et étendu leur influence dans l’ensemble de l’Afghanistan, qu’ils contrôlent désormais la plupart des voies d’accès aux grandes villes et qu’ils opèrent y compris autour et à l’intérieur de la capitale Kaboul. Des bombardements et des frappes par missiles américains répétés ont généré une opposition quasi-unanime envers le gouverneur de pacotille Karzai. Les engagements de l’un comme de l’autre candidat à la présidence américaine de renforcer considérablement les forces d’occupation en Afghanistan dès qu’il se sera installé aux manettes du pouvoir ne font que prolonger la guerre et approfondir l’affaiblissement de l’empire et économique, ainsi que ses fondations internes.

Le Caucase

La tentative de Washington d’étendre sa sphère d’influence au Caucase, au moyen d’un larcin territorial par son vassal géorgien autoritaire, le président Mikheil Saakashvili, a abouti, en lieu et place, à une profonde défaite des ambitions régionales de ce satrape régional. La sécession politique et l’intégration à la Russie de l’Ossétie du Sud et de l’Abkhazie représentent la fin de l’expansion illimitée des Etats-Unis et de l’Union européenne dans cette région du monde – ainsi qu’un recul considérable de ce terrain contesté. L’aventurisme dément de Saakashvili et la destruction de l’économie géorgienne qui en a découlé ont provoqué un désordre interne généralisé (en Géorgie).

Pire encore : la Géorgie, les Etats-Unis et ses clients est-européens en appellent à des « sanctions » contre la Russie, menacent de saper les pipelines stratégiques approvisionnant en énergie l’Europe de l’Ouest, et de mettre un terme à la collaboration de Moscou à la politique militaire des Etats-Unis en Afghanistan, en Iran et au Moyen-Orient. Si Washington poursuit son escalade dans ses menaces militaires et économiques contre la Russie, celle-ci pourrait fournir à l’Iran, à la Syrie et à d’autres ennemis des Etats-Unis de puissants missiles anti-aériens ultramodernes de moyenne portée. Tout aussi grave : la Russie peut très rapidement se débarrasser de 200 milliards de dollars qu’elle détient sous la forme de bons du Trésor américain, affaiblissant d’autant le dollar et initiant ainsi une débandade mondiale de cette devise.

En Géorgie, comme ailleurs, le meccano de l’empire économique US accorde la priorité à des larcins faillis d’avance de territoires par un pays vassal de troisième catégorie, au détriment de relations stratégiques, économiques et militaires fructueuses avec la principale puissance énergétique mondiale, qui est aussi son collaborateur crucial dans ses opérations en cours au Moyen-Orient. Tandis que les relations économiques des Etats-Unis avec la Russie s’effritent, en conséquence de leur politique militaire agressive d’encerclement de Moscou – avec des bases militaires étatsuniennes en République tchèque, en Pologne, en Géorgie, en Bulgarie, en Roumanie – les bâtisseurs de l’Empire ouest-européen s’abstiennent de proférer des menaces militaires, s’en tenant à une rhétorique virile et au « dialogue », en vue de renforcer leurs relations énergétiques stratégiques avec la Russie…

Moyen-Orient / monde arabe

Au Moyen-Orient, le soutien inconditionnel des Etats-Unis à l’agression militaire israélienne au Liban, en Palestine et en Syrie, ainsi que le soutien états-unien apporté à des vassaux arabes faibles et ineptes, ont entraîné un déclin vertical de l’influence US. Au Liban, depuis la défaite de l’invasion israélienne de 2006, le Hezbollah gouverne littéralement la moitié Sud du pays – et il détient un véto sur le gouvernement libanais, ce qui revient à dire qu’il est en mesure de renverser le gouvernement libanais actuel, vassal des Etats-uniens. 

A Gaza, les tentatives états-uniennes et israéliennes de s’emparer du pouvoir et d’évincer le Hamas, via leur féal Abbas et leur marionnette Dahlan, ont été déjouées et elles ont fait long-feu, tandis que le mouvement indépendantiste nationaliste palestinien, sous la direction du Hamas, a renforcé son pouvoir.

La velléité de Washington de recouvrer son influence et d’améliorer son image de marque auprès des gouvernants conservateurs et modérés en assurant la « médiation » d’un accord de paix entre Israël et la ‘Palestine’, à Annapolis, en novembre 2007, a été totalement foutue en l’air par la répudiation effrontée et totale par Tel-Aviv de toutes les conditions fondamentales mises en avant par l’administration Bush. Washington n’a strictement aucune influence sur l’expansion coloniale sioniste. Au contraire, la politique moyen-orientale des Etats-Unis est totalement soumise à l’Etat israélien, à travers la configuration du pouvoir sioniste et son contrôle sur le Congrès, sur le choix des candidats à la présidence, sur les mass médias et sur les principaux ‘think tanks’ de la propagande.

Les sionistes ont apporté la démonstration du pouvoir qui est le leur en édictant qui pouvait, et qui ne pouvait pas, ne serait-ce que prendre la parole à la Convention nationale démocrate, qui a connu – cerise sur le gâteau – une censure sans aucun précédent à l’encontre du président James Carter en raison de ses critiques humanitaires contre la politique israélienne à l’encontre des Palestiniens. L’usurpation siono-israélienne de la politique moyen-orientale des Etats-Unis a entraîné la perte d’investissements, de marchés, de profits potentiels et de partenariats stratégiques pour l’ensemble de l’industrie multinationale du pétrole et du gaz. La fusion politique entre militaristes impérialistes confrontés à la Russie, au prix de relations économiques stratégiques et la poursuite par les militaristes sionistes de l’hégémonie régionale israélienne ont conduit à de multiples aventures militaires pitoyables et, ce, au prix de pertes économiques mondiales terrifiantes.

Le monde occidental

La mise en œuvre de cette stratégie militariste, ainsi que le déclin relatif de l’hégémonie économique ont conduit à des défaites stratégiques et à des échecs, dans le monde occidental. A la fin 2001, Washington défia et menaça de représailles le président vénézuélien Chavez qui refusait de se soumettre à la guerre de Bush contre « la terreur ». Chavez, à l’époque, fit savoir à un représentant particulièrement hargneux des Etats-Unis (Grossman) ceci : « Nous ne combattrons pas la terreur au moyen de la terreur ! ». Moins de six mois après, en avril 2003, Washington soutenait un coup d’Etat militaire foireux contre Chavez et, entre décembre 2002 et février 2003, un lockout économique (qui fit un flop total), à l’initiative des patrons vénézuéliens.

L’échec de la stratégie militariste états-unienne a dévasté l’armée et les clients de Washington au sein de la classe dirigeante vénézuélienne, et il n’a fait que radicaliser davantage le gouvernement Chavez. En conséquence, le dirigeant du Venezuela a nationalisé le pétrole et le gaz, et il a développé des relations stratégiques avec des pays en compétition, voire totalement opposés à l’Empire US, tels que Cuba, l’Iran, la Chine et la Russie. En Amérique latine, le Venezuela a conclu des accords économiques stratégiques avec l’Argentine, la Bolivie, l’Equateur, Cuba et le Nicaragua. Tandis que Washington déversait plus de 6 milliards de dollars d’aide militaire sur la Colombie, le Venezuela signait des investissements pétroliers et gaziers, ainsi que des accords commerciaux, avec la plupart des pays d’Amérique centrale et de la Caraïbe, remettant sérieusement en question l’influence de Washington dans ces régions du monde.

Des prix des matières premières exorbitants, des marchés asiatiques en plein boom, des taxes et des subventions états-uniennes inacceptables ont conduit à une relative indépendance des régimes « capitalistes nationaux » de l’Amérique latine, qui ont adopté le « néolibéralisme » sans les contraintes du FMI et sans les diktats de Washington. Dans ces circonstances, les Etats-Unis ont perdu le plus gros de leur influence – mis à part les menaces militaires du régime colombien – dont ils auraient besoin pour inciter l’Amérique latine à isoler Chavez – voire même Cuba. C’est la stratégie militaire adoptée par Washington qui est la cause de son propre auto-isolement.

Les conséquences, outre-mer, de stratégies militaires condamnées à l’échec

L’isolement états-unien en Amérique latine ne saurait être solutionné, car la poursuite de l’Empire par Washington, via son agression militaire incessante – dans le reste du monde, et en particulier en Amérique latine – ne saurait rivaliser avec les profits, la richesse, les opportunités d’investir et de faire du commerce offerts aux classes dirigeantes d’Amérique latine par les nouveaux marchés en Russie, au Moyen-Orient, en Asie, ainsi que par le Venezuela, un pays riche, grâce à son pétrole.

La stratégie impériale militariste de Washington apparaît très clairement dans sa politique duplice : mise en priorité de la dépense de 6 milliards de dollars en aide à la répression colombienne, tout en sacrifiant pour plus de 10 milliards de dollars en échanges commerciaux, en investissements et profits avec le riche pays pétrolier qu’est le Venezuela. Washington a gaspillé plus de 500 milliards de dollars dans ses agressions contre l’Afghanistan et l’Irak ; des milliards de dollars sont consacrés aux préparatifs d’agression contre l’Iran ; plus de 3 milliards de dollars sont gaspillés annuellement au profit de la soldatesque israélienne ; le tout, sans cesser un seul instant de perdre des centaines de milliards de dollars de commerce et d’investissements croisés avec l’Amérique latine.

L’aspect le plus frappant de cette contradiction historique réside dans le fait que les dépenses militaires inhérentes à un meccano d’empire centré sur l’armée ont échoué, y compris dans leur objectif minimaliste d’acquisition de contrôle politique, d’avant-postes militaires et de matières premières stratégiques du point de vue militaire. Par contraste, les concurrents des Etats-Unis sur le marché globalisé se sont assurés de l’accès à (suivi du contrôle sur) les ressources naturelles stratégiques, et ils ont signés de lucratifs accords de coopération politique sans aucun engagement militaire coûteux…

Les conséquences intérieures d’un meccano d’empire à dominante militaire

Le coût du meccano d’empire sous la houlette siono-militaire, pour l’économie états-uniene, a été dévastateur : la compétitivité a décliné, l’inflation ronge le niveau de vie, l’emploi en contrepartie de salaires stables et décents est en train de disparaître, le chômage et les licenciements suivent une courbe asymptotique, le système financier est totalement déconnecté de l’économie réelle, et il est sur le point de s’effondrer, les saisies de maisons atteignent des niveaux catastrophiques et les contribuables sont saignés à blanc afin de combler la dette des spéculateurs gagée sur les prêts immobiliers, qui atteint le millier de milliards de dollars. Le malaise politique est général. Au milieu d’une crise d’ampleur mondiale, un Etat policier a étendu son emprise : des milliers de travailleurs migrants, légaux et sans papiers ont été arrêtés sur leurs chantiers et dans leurs usines et détenus dans des camps militaires, loin de leurs enfants. Des associations musulmanes et des associations arabes font l’objet de perquisitions violentes ; elles sont poursuivies en justice sur le témoignage d’informateurs stipendiés, dont des « témoins » israéliens dûment cagoulés.

La police fédérale (étatique, sur l’ensemble des Etats-Unis) et la police locale (particulière à chaque Etat) pratiquent la « détention préventive » de militants et de journalistes avant les conventions en vue du choix des candidats à l’élection présidentielle, arrêtant des protestataires avant qu’ils aient pu exercer leurs droits constitutionnels et détruisant systématiquement les caméras, les appareils photo et les films réalisés par des citoyens essayant d’enregistrer les passages à tabac. L’impérialisme militaire failli amène lentement mais sûrement un Etat policier pléthorique – soutenu tant par les démocrates que par les républicains – afin de tenter de faire face à des crises économiques qui menacent les fondations politiques et sociales d’un empire aux pieds d’argile.

Conclusion

La crise économique, à quelques semaines des élections états-uniennes, n’a pas abouti à l’émergence d’un candidat alternatif progressiste qui fût susceptible de s’appuyer sur les masses. Les compétiteurs, tant démocrate que républicain, promettent de prolonger et d’étendre les guerres impérialistes, et ils se soumettent à un dictat militaire israélo-sioniste sans aucun précédent, en ce qui concerne le contentieux avec l’Iran.

Les crises gigognes et les multiples défaites militaires n’ont entraîné aucune reprise en considération des engagements globaux des Etats-Unis, tant économiques que militaires. En lieu et place, nous assistons à une radicalisation de la droite états-unienne, qui cherche à aggraver les confrontations avec la Chine, avec la Russie et avec l’Iran. Les Etats-Unis entraînent derrière eux les régimes qui leur sont liges en Europe orientale, au Caucase et dans les pays baltes afin de contrer l’accent mis par l’Europe occidentale sur la dominante « économique » de son propre meccano d’empire.

La réalité, qui est celle d’un monde économique multipolaire, toutefois, sape les efforts états-uniens visant à imposer une confrontation militaire bipolaire. La Chine détient 1,2 milliers de milliards de dollars de la dette extérieure états-unienne. L’Europe occidentale, de manière générale, dépend de la Russie pour plus d’un tiers de son énergie, pour ses foyers, ses bureaux et ses usines. L’Allemagne en dépend pour près de 60 % en matière de gaz naturel. Les économies asiatiques : Japon, Inde, Chine, Vietnam et Corée du Sud dépendent, toutes, du pétrole du Moyen-Orient et en aucun cas elles ne dépendent des projets guerriers des militaristes israélo-US au Moyen-Orient… Le Brésil, la Russie, l’Inde, la Chine, l’Afrique du Sud, le Venezuela et l’Iran sont des pays absolument essentiels pour le fonctionnement de l’économie mondiale. Au moins autant que l’axe Etats-Unis-Israël-Royaume-Uni est tout-à-fait incapable de maintenir son empire sur les bases de stratégies militaires foireuses à l’extérieur et d’un désastre économique accompagné d’un état policier chez eux.

Traduction
Marcel Charbonnier

[1] Financial Times, 28 août 2008.

[2] Ibid.

James Petras

James Petras Professeur émérite de sociologie à l’université Binghamton de New York. Dernier ouvrage publié en français : La Face cachée de la mondialisation : L’Impérialisme au XXIe siècle, (Parangon, 2002). Dernier ouvrage publié en anglais : The Arab Revolt and the Imperialist Counter Attack, (Clarity Press, 2011).

 
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Cependant les déboires annoncés en Irak tournent à la catastrophe militaire. La rhétorique de la croisade et le recours revendiqué à la torture participent également de la détérioration de l’image des États-Unis dans le monde, de la baise d’attractivité de leurs produits, et du déclin de leur leadership. Fin 2006, ses généraux entrent en révolte ouverte. La Commission Baker-Hamilton sur l’Irak parvient à créer un consensus politique pour stopper l’aventurisme de George W. Bush, qui menace alors d’étendre la guerre en Iran. Le président perd les élections de mi-term. Il est contraint de limoger le secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld et de le remplacer par Robert Gates (le fils spirituel de Scowcroft et membre de la Commission Baker-Hamilton). Durant ses deux dernières années à la Maison-Blanche, il n’exerce plus la réalité du pouvoir.
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Moscow and the formation of The New World System Moscow and the formation of The New World System
by Imad Fawzi Shueibi, Voltaire Network, 11 February 2012
 
Assassinats anonymes
« L’art de la guerre »
Assassinats anonymes
par Manlio Dinucci , Réseau Voltaire, 11 février 2012
 
Sergei Lavrov von Damaskus als Held empfangen Sergei Lavrov von Damaskus als Held empfangen
Voltaire Netzwerk, 11. Februar 2012
 
Al-Qaeda refashioned by the UK Al-Qaeda refashioned by the UK
Voltaire Network, 11 February 2012
 
الإرهاب في سورية
إغلاق السفارات والارهاب في حلب
بقلم مازن بلال, Partners, 11 شباط (فبراير) 2012
 
حلب تستفيق على الإرهاب...
وتصعيد دبلوماسي إعلامي وإرهابي
بقلم سورية الغد, Partners, 11 شباط (فبراير) 2012
 
الإرهاب في سورية
أغفو في وطني
بقلم نضال الخضري, Partners, 11 شباط (فبراير) 2012
 
الإرهاب في سورية
التحرك الخليجي إلى أين...
بقلم مازن بلال, Partners, 11 شباط (فبراير) 2012
 
Páginas Libres
¿Sófero retroceso post marcha por el agua?
por Guillermo Olivera Díaz, Socios, 11 de febrero de 2012
 
Face à la concurrence de l'OCS, l'OTAN choisira t-elle la diplomatie ou les armes ?
« Revue de presse Syrie » #49
Face à la concurrence de l’OCS, l’OTAN choisira t-elle la diplomatie ou les armes ?
Partenaires, 10 février 2012
 
U.S. Prepares Georgia for New Wars in Caucasus and Iran
"NATO’s favorite despot"
U.S. Prepares Georgia for New Wars in Caucasus and Iran
by Rick Rozoff, Voltaire Network, 10 February 2012
 
La Grande-Bretagne « reconditionne » Al-Qaïda La Grande-Bretagne « reconditionne » Al-Qaïda
Réseau Voltaire, 10 février 2012
 
Faced with competition from the SCO, will NATO choose diplomacy or arms?
« SYRIA PRESS REVIEW » #49
Faced with competition from the SCO, will NATO choose diplomacy or arms?
Partners, 10 February 2012
 
Señal de Alerta
Risas inexplicables en la radio
por Herbert Mujica Rojas, Socios, 10 de febrero de 2012
 
Vladimir Putin emerges as protector of Eastern Christians Vladimir Putin emerges as protector of Eastern Christians
Voltaire Network, 9 February 2012
 
Censura británica: cómo seguir viendo Press TV Censura británica: cómo seguir viendo Press TV
Red Voltaire, 9 de febrero de 2012
 
El CCG y la OTAN pierden su liderazgo
El doble veto prohíbe la guerra imperial contra Siria
El CCG y la OTAN pierden su liderazgo
por Thierry Meyssan, Red Voltaire, 9 de febrero de 2012
 
Westerners looking for a "Plan B"
« SYRIA PRESS REVIEW » #48
Westerners looking for a "Plan B"
Partners, 9 February 2012
 
Páginas Libres
¡Yo voto por el agua, el oro ni me va ni me viene!
por Guillermo Olivera Díaz, Socios, 9 de febrero de 2012
 
Les Occidentaux à la recherche d'un “Plan B”
« Revue de presse Syrie » #48
Les Occidentaux à la recherche d’un “Plan B”
Partenaires, 9 février 2012
 
Sergey Lavrov accueilli en héros à Damas Sergey Lavrov accueilli en héros à Damas
Réseau Voltaire, 8 février 2012
 
Russia's popularity in Syria confounds the West
« SYRIA PRESS REVIEW » #47
Russia’s popularity in Syria confounds the West
Partners, 8 February 2012
 
255. Il faut à nouveau faire jouer l'« orchestre européen »
« Horizons et débats », 12e année, n° 5, 6 février 2012
Il faut à nouveau faire jouer l’« orchestre européen »
Partenaires, 8 février 2012
 
China becomes German's first trading partner China becomes German’s first trading partner
Voltaire Network, 8 February 2012
 
Syrie : Le double véto russo-chinois inaugure un nouvel ordre mondial Syrie : Le double véto russo-chinois inaugure un nouvel ordre mondial
par Pierre Khalaf, Partenaires, 8 février 2012
 
China wird erster Wirtschaftspartner von Deutschland China wird erster Wirtschaftspartner von Deutschland
Voltaire Netzwerk, 8. Februar 2012
 
Señal de Alerta
Etica bananera
por Herbert Mujica Rojas, Socios, 8 de febrero de 2012
 
Un avion cargo suspect saisi par la sécurité libanaise Un avion cargo suspect saisi par la sécurité libanaise
Réseau Voltaire, 8 février 2012
 
فرنسوا هولند يفاوض أمير قطر فرنسوا هولند يفاوض أمير قطر
Shabakat Voltaire, 8 شباط (فبراير) 2012
 
 الدبلوماسيات الغاضبة وسيناريوهات الحلول الدبلوماسيات الغاضبة وسيناريوهات الحلول
بقلم عيسى الأيوبي, Shabakat Voltaire, 8 شباط (فبراير) 2012
 
أبعد من انتصار نيويورك..اللعبة انتهت أبعد من انتصار نيويورك..اللعبة انتهت
بقلم عيسى الأيوبي, Shabakat Voltaire, 8 شباط (فبراير) 2012
 
جلسة الكذب المفتوح جلسة الكذب المفتوح
بقلم عيسى الأيوبي, Shabakat Voltaire, 8 شباط (فبراير) 2012
 
Egypt and Syria
Orient Tendencies
Egypt and Syria
by Wassim Raad, Partners, 8 February 2012
 
Les Occidentaux choqués par la popularité russe en Syrie
« Revue de presse Syrie » #47
Les Occidentaux choqués par la popularité russe en Syrie
Partenaires, 8 février 2012
 
كسر إرادات
عروبة ((الشاطئ)) الآخر
بقلم نضال الخضري, Partners, 8 شباط (فبراير) 2012
 
كسر إرادات
زيارة لافروف ... ودول الخليج تضغط
بقلم سورية الغد, Partners, 8 شباط (فبراير) 2012
 
كسر إرادات
مواقف في لحظات الترقب
بقلم سورية الغد, Partners, 8 شباط (فبراير) 2012
 
كسر إرادات
التكتيك الخليجي
بقلم مازن بلال, Partners, 8 شباط (فبراير) 2012
 
 Der Westen über die russische Beliebtheit in Syrien schockiert
« Presseschau Syrien » #47
Der Westen über die russische Beliebtheit in Syrien schockiert
Partner, 8. Februar 2012
 
Moscou et Pékin ont surtout voulu protéger Téhéran
« Revue de presse Syrie » #46
Moscou et Pékin ont surtout voulu protéger Téhéran
Partenaires, 7 février 2012
 
Páginas Libres
MOVADEF y SL: reflexiones estudiantiles
Socios, 7 de febrero de 2012
 
Páginas Libres
Gran Marcha por el Agua: viernes 10, 2 pm
por Guillermo Olivera Díaz, Socios, 7 de febrero de 2012
 
Moscow and Beijing acted primarily to shield Tehran
« SYRIA PRESS REVIEW » #46
Moscow and Beijing acted primarily to shield Tehran
Partners, 7 February 2012
 
 Der GCC und die NATO verlieren ihre Vorherrschaft
Doppeltes Veto um den imperialen Krieg gegen Syrien zu verbieten
Der GCC und die NATO verlieren ihre Vorherrschaft
von Thierry Meyssan, Voltaire Netzwerk, 7. Februar 2012
 
Páginas Libres
¡Luz roja al solmáforo!
Socios, 7 de febrero de 2012
 
Más que todo, Moscú y Pekín quisieron proteger a Teherán
« Revista de prensa sobre Siria » #46
Más que todo, Moscú y Pekín quisieron proteger a Teherán
Socios, 7 de febrero de 2012
 
 Moskau und Beijing wollten hauptsächlich Teheran schützen
« Presseschau Syrien » #46
Moskau und Beijing wollten hauptsächlich Teheran schützen
Partner, 7. Februar 2012
 
Páginas Libres
Alan y Ollanta ocultaron tratos de indulto ilícito a Fujimori
por Guillermo Olivera Díaz, Socios, 6 de febrero de 2012
 
روسيا وتشكيل المنظومة الدولية
الثابت والمتغير في المواقف
روسيا وتشكيل المنظومة الدولية
بقلم Imad Fawzi Shueibi, Shabakat Voltaire, 6 شباط (فبراير) 2012
 
رسالة أوباما إلى طهران، الحرب على إيران على نارٍ هادئة... في الوقت الحالي؟ رسالة أوباما إلى طهران، الحرب على إيران على نارٍ هادئة... في الوقت الحالي؟
بقلم Mahdi Darius Nazemroaya, Shabakat Voltaire, 6 شباط (فبراير) 2012
 
Páginas Libres
Iglesia católica en conflicto peruano-chileno
Socios, 6 de febrero de 2012
 
 Il GCC e la NATO stanno perdendo la loro leadership
Il doppio veto che impedisce la guerra imperiale contro la Siria
Il GCC e la NATO stanno perdendo la loro leadership
di Thierry Meyssan, Rete Voltaire, 6 febbraio 2012
 
الأوروبيون... أول ضحايا العقوبات على إيران الأوروبيون... أول ضحايا العقوبات على إيران
Shabakat Voltaire, 6 شباط (فبراير) 2012
 
ثرثرة
لـ((أغلبية صامتة))!!
بقلم نضال الخضري, Partners, 6 شباط (فبراير) 2012
 
سورية
الحدث من حمص
بقلم سورية الغد, Partners, 6 شباط (فبراير) 2012
 
التحرك الروسي
وذروة الأزمة
بقلم مازن بلال, Partners, 6 شباط (فبراير) 2012
 
قبل وصول لافروف...
ما الذي ستحمله موسكو؟!
بقلم سورية الغد, Partners, 6 شباط (فبراير) 2012
 
على أوباما خيارات صعبة في وقت حرج
التقرير الأسبوعي لمراكز الأبحاث الأميركية
على أوباما خيارات صعبة في وقت حرج
Shabakat Voltaire, 6 شباط (فبراير) 2012
 
التهديد باغلاق المضيق و تداعياته
التقرير الأسبوعي لمراكز الدراسات الأميركية
التهديد باغلاق المضيق و تداعياته
Shabakat Voltaire, 6 شباط (فبراير) 2012
 
Les pressions morales sur la Russie
« Revue de presse Syrie » #44
Les pressions morales sur la Russie
Partenaires, 5 février 2012
 
The GCC and NATO lose their leadership
DOUBLE VETO BANS IMPERIAL WAR AGAINST SYRIA
The GCC and NATO lose their leadership
by Thierry Meyssan, Voltaire Network, 5 February 2012
 
Señal de Alerta
Poder Judicial: ¡otra controvertida licitación!
por Herbert Mujica Rojas, Socios, 5 de febrero de 2012
 
Le CCG et l'OTAN perdent leur leadership
Le double veto pour interdire la guerre impériale contre la Syrie
Le CCG et l’OTAN perdent leur leadership
par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 5 février 2012
 
UN shenanigans on Syria UN shenanigans on Syria
by Aisling Byrne, Voltaire Network, 5 February 2012
 
بهد الفيتو
الحل الروسي..؟
بقلم مازن بلال, Partners, 5 شباط (فبراير) 2012
 
سورية..
كل الأدوات في المواجهة
بقلم سورية الغد, Partners, 5 شباط (فبراير) 2012
 
طرفة عين..
في سورية
بقلم نضال الخضري, Partners, 5 شباط (فبراير) 2012
 
بعد الفيتو..
تحركات سياسية متوازية
بقلم مازن بلال, Partners, 5 شباط (فبراير) 2012
 
Moral pressure heaped on Russia
« SYRIA PRESS REVIEW » #44
Moral pressure heaped on Russia
Partners, 5 February 2012
 
Presiones morales sobre Rusia
« Revista de prensa sobre Siria » #44
Presiones morales sobre Rusia
Socios, 5 de febrero de 2012
 
François Hollande verhandelt mit dem Emir des Qatar François Hollande verhandelt mit dem Emir des Qatar
Voltaire Netzwerk, 5. Februar 2012
 
 Moralischer Druck auf Russland
« Presseschau Syrien » #44
Moralischer Druck auf Russland
Partner, 5. Februar 2012
 
El «Proyecto Juicio Final» y los eventos profundos: el asesinato de JFK, el Watergate, el Irangate y el 11 de septiembre
Historia del Estado profundo en Estado Unidos (Segunda parte)
El «Proyecto Juicio Final» y los eventos profundos: el asesinato de JFK, el Watergate, el Irangate y el 11 de septiembre
por Peter Dale Scott, Red Voltaire, 4 de febrero de 2012
 
Páginas Libres
Confunden Detención con Extradición
por Guillermo Olivera Díaz, Socios, 4 de febrero de 2012
 
Meeting of the Security Council on Syria (double veto) Meeting of the Security Council on Syria (double veto)
Voltaire Network, 4 February 2012
 
طبول الحرب في المعسكر الغربي تارة تقرع و تارة تخفت
التقرير الأسبوعي لمراكز الأبحاث الاميركية
طبول الحرب في المعسكر الغربي تارة تقرع و تارة تخفت
Shabakat Voltaire, 4 شباط (فبراير) 2012
 
 سياسة الجزرة و العصا الأمريكية
التقرير الأسبوعي لمراكز الأبحاث الأميركية
سياسة الجزرة و العصا الأمريكية
Shabakat Voltaire, 4 شباط (فبراير) 2012
 
Il est urgent d'attendre
« Revue de presse Syrie » #43
Il est urgent d’attendre
Partenaires, 4 février 2012
 
"In Lybia now the truth is coming out"
New York Times interview with Lizzie Phelan
"In Lybia now the truth is coming out"
by Lizzie Phelan, Voltaire Network, 4 February 2012
 
Europe in the US "rotation"
The art of war
Europe in the US "rotation"
by Manlio Dinucci , Voltaire Network, 3 February 2012
 
Páginas Libres
Espionaje chileno no se amedrenta ni ante catástrofes
por Guillermo Olivera Díaz, Socios, 3 de febrero de 2012