Ce qu’il faut voir, dans les élections irakiennes, ce n’est pas les difficultés qui les entourent, mais tout simplement le fait qu’elles aient lieu ; et que la plupart des Irakiens d’aujourd’hui, qui n’ont jamais pris part à un scrutin démocratique, aient l’intention de se rendre aux urnes. Les élections ne sont pas ne chose courante au Proche-Orient, mais celles qui en Palestine ont porté au pouvoir Abu Mazen ont envoyé un message positif. L’Irak peut à son tour envoyer un nouveau message d’espoir, faisant écho à celui qu’a envoyé l’élection présidentielle en Afghanistan, qui s’est pourtant tenue dans des conditions tout sauf idéales.
La violence en Irak montre la détermination des forces opposées à la démocratie en Irak. L’un des leaders de la prétendue insurrection a déjà bien fait savoir que ce à quoi il s’oppose est le principe même de la démocratie. Malgré les menaces de mort en direction des électeurs, les sondages indiquent que 80 % des Irakiens veulent voter et prendre en main leur destin. Plus de 8 000 candidats sont en lice, 11 000 autres candidats se présentent aux élections locales, ainsi qu’aux élections régionales de la province kurde. Un tiers sont des femmes. 5 300 bureaux de vote ont été mis en place, et les campagnes d’information destinées aux électeurs touchent à leur fin. Près de 200 000 Irakiens participeront à l’organisation du scrutin sous la supervision des Nations unies. Le rôle de la Coalition se bornera à assurer la sécurité. Dans la majeure partie du pays, on s’attend à un taux de participation honorable et à des conditions de vote plutôt régulières. Le calme règne dans 14 des 18 provinces du pays. Les choses seront donc effectivement plus difficiles dans certaines régions et le principal problème est de déterminer dans quelle mesure toutes les communautés irakiennes participeront. Il reste cependant sur les listes de nombreux candidats sunnites prêts à braver la menace, à commencer par le président Ghazi Al-Yaouar. Quoi qu’il en soit, le gouvernement qui sortira des urnes devra prendre en compte les vues et les aspirations de tous les Irakiens, notamment quand il s’agira d’élaborer et d’adopter la Constitution définitive de l’Irak.
Je passe beaucoup de temps à expliquer en France la position de la Grande-Bretagne sur l’Irak, et mes interlocuteurs ne sont pas avares de conseils quant à la manière dont il faudrait procéder. Nous tombons tous d’accord, en revanche, sur le fait que c’est aux Irakiens de prendre leur pays en main. L’élections du 30 janvier sera centrale dans ce processus. Le Royaume-Uni a un grand rôle dans la stabilisation de l’Irak, mais nous gardons à l’esprit que c’est aux Irakiens de décider et que nous ne resterions pas si notre présence n’était plus souhaitée. Nous nous attachons à former les forces de sécurité irakiennes dans les plus brefs délais pour leur permettre de prendre la haute main sur la sécurité intérieure et extérieure du pays. Il est indispensable, d’ici là, que les graves défis auxquels nous sommes confrontés n’entament pas la volonté de la communauté internationale de reconstruire l’Irak.

Source
Le Monde (France)

« Ne pas mesurer le soutien au peuple irakien », par John Holmes, Le Monde, 28 janvier 2005.