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Tribunes et décryptages - 22 avril 2005
Pas de moratoire sur les attaques contre T. Ramadan
Décryptage
Les atlantistes français poursuivent leur campagne contre Tariq Ramadan. Il est toujours plus facile de critiquer un penseur que de penser soi-même. Le Monde publie ainsi une tribune d’Antoine Sfeir, qui accusa le théologien musulman de pratiquer un double langage, et de Caroline Fourest, qui publia un pamphlet contre lui. Les deux auteurs, qui travaillent désormais ensemble, lui reprochent d’avoir demandé un moratoire des lapidations de femmes. Selon eux, M. Ramadan se refuserait à condamner cette pratique barbare et chercherait juste à rendre acceptable une forme intégriste de l’islam en suspendant temporairement sa manifestation la plus cruelle. Il poursuivrait ainsi l’œuvre de son grand-père, Hassan Al-Banna, fondateur des Frères musulmans.
Sur Oumma.Com, le juriste Karim Kettani leur répond. En premier lieu, il s’interroge sur les motivations de cette campagne, dans la mesure où ces auteurs dénoncent un moratoire sur la lapidation, mais se taisent face aux dirigeants politiques qui autorisent ces mises à mort. En second lieu, il observe que la proposition de M. Ramadan est la seule qui permette d’avancer. Elle est équivalente à la demande de moratoire de la Coalition mondiale contre la peine de mort, que personne n’accuse de compromission avec la barbarie.
À y réfléchir de plus près, le moratoire est la seule position tenable par un théologien. Selon Les Évangiles, c’était aussi la solution choisie par Jésus lorsqu’on lui demanda de lapider une femme adultère. A contrario, la pauvreté de l’argument montre que le vrai débat est ailleurs. Loin d’être un prédicateur arriéré, M. Ramadan est un intellectuel brillant qui trouve un écho dans les populations européennes musulmanes et ambitionne de jouer un rôle de leader révolutionnaire à la manière de Malcolm X aux États-Unis. Sa personnalité contredit les stéréotypes coloniaux de l’infériorité ontologique des musulmans. C’est la raison pour laquelle ses détracteurs rouvrent en permanence le procès de sa filiation. Ils lui reprochent de perpétuer le combat anticolonialiste de son grand-père et de le faire avec un éclat dont aucun théologien musulman n’avait su faire preuve jusque-là. Leur véhémence et le soutien que leur apporte le quotidien de référence de la classe dirigeante illustrent la peur d’une partie de la société française devant l’émancipation des populations issues de la colonisation. Cette attitude hostile interdit tout débat constructif sur les thèses de M. Ramadan que chacun est prié d’accepter ou de refuser en bloc.
Die Welt reproduit les propos d’un officier anonyme du ministère de l’Intérieur afghan, recueillis par Aschot Manutscharjan. Ce témoin confirme que l’État afghan n’est qu’une fiction masquant la domination pakistanaise. Le vrai pouvoir est exercé par l’ISI, c’est-à-dire les services secrets militaires pakistanais, qui jadis ont créé les talibans, construit les camps de Ben Laden, tué Massoud, etc. Tandis que l’économie du pays se résume à la culture du pavot à opium pour le plus grand profit de la famille du président Karzaï. Par mesure de précaution le quotidien allemand a ajouté un point d’interrogation au titre de ce texte : « La famille Karzaï impliquée dans le trafic de drogues ? », mais il n’a pas éprouvé le besoin de nuancer ces propos (voir notre enquête : « Le Pakistan exploite le pavot afghan »).
Enfin, George Perkovich et Revati Prasad, deux chercheurs de la Carnegie Endowment, déplorent dans le New York Times et l’International Herald Tribune l’obstination de l’administration Bush à décourager l’Inde de se fournir en gaz naturel iranien. Pour empêcher l’Iran de construire une bombe atomique, la Maison-Blanche tente de l’isoler économiquement. Elle est prête pour cela à dédommager l’Inde de son manque à gagner. Cependant, tout cela est absurde : l’Inde est déjà une puissance nucléaire et refuse de signer le Traité de non-prolifération, tandis que l’Iran n’est pas une puissance nucléaire et a déjà signé ce Traité. À moins bien sûr que la pression états-unienne sur l’Iran n’ait rien à voir avec la bombe, mais avec le pétrole et le gaz.
Réseau Voltaire
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22 avril 2005
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Auteurs et sources des Tribunes et décryptages
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« Pour un "moratoire" sur Ramadan »
Auteurs
Antoine Sfeir , Caroline Fourest

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Journaliste libanais, Antoine Sfeir est directeur de la revue Les Cahiers de l’Orient. Il est l’auteur du Dictionnaire mondial de l’islamisme.
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Source
Le Monde (France)
Référence « Pour un "moratoire" sur Ramadan », par Caroline Fourest, Le Monde, 19 avril 2005.
Résumé Comme en novembre 2003, Tariq Ramadan propose de nouveau un "moratoire" sur les châtiments corporels dans les pays musulmans. La première fois, cet appel avait fait naître une polémique et avait permis une médiatisation qui lui fait aujourd’hui défaut. Il le relance donc. Moralité : gardons-nous de polémiquer et tâchons de décrypter.
Cet appel contribue-t-il à stopper les châtiments corporels ou bien donne-t-il aux musulmans de France l’impression qu’il s’agit d’un sujet dont on peut débattre sans pour autant troubler ceux qui les pratiquent ? Observons que ce texte n’a qu’un seul signataire et qu’il n’est paru que dans deux journaux en arabe. Ne faut-il pas se réjouir qu’un prédicateur aussi écouté des musulmans européens lance un appel en faveur d’un moratoire sur la lapidation ? Si, bien sûr. Mais peut-on croire qu’un militant islamiste suisse, fût-il le petit-fils d’Hassan Al-Banna (fondateur des Frères musulmans) et l’ambassadeur européen de l’islam de ce mouvement, a le pouvoir de faire cesser les châtiments corporels et la lapidation au Nigeria, en Malaisie, au Soudan ? Certes, il s’y rend souvent, mais ces visites n’ont jamais réussi à y convaincre les islamistes ultra-radicaux de renoncer à ces pratiques bien qu’elles soient condamnés par le Coran. D’ailleurs, si ces traditions étaient effectivement islamiques, Tariq Ramadan ne les combattrait pas ! En fait, en bon réformateur-fondamentaliste, Ramadan propose de mettre ces pratiques entre parenthèse. La proposition de moratoire est une demande entrant dans la rhétorique classique des Frères musulmans : donner de faux airs de modernité à ce qui demeure une proposition conservatrice coupant l’herbe sous le pied des musulmans modernistes, lesquels exigent l’abandon immédiat de pratiques indignes. Ce que veut Ramadan, c’est une délibération entre savants musulmans pour débattre du caractère islamique de la lapidation ou du fait de battre sa femme, or la majorité de ces savants y sont favorables. Au lieu d’appeler à un moratoire, pourquoi ne pas essayer de convaincre les théologiens qui soutiennent ces pratiques et qu’il côtoie ?
En réalité, le « moratoire » de Tariq Ramadan n’a que deux effets, plus nocifs que positifs : d’abord de relancer le débat public ; ensuite de contribuer à donner le sentiment aux musulmans européens (les seuls sur qui il a une emprise) qu’on peut tergiverser pour savoir s’il faut, ou non, lapider des adultères et battre sa femme.

« Pour Caroline Fourest et Antoine Sfeïr, un moratoire sur Tariq Ramadan est plus important qu’un moratoire sur la lapidation »
Auteur
Karim Kettani
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Juriste et militant des Droits de l’homme, Karim Kettani est l’animateur du site Minorités.Org.
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Source
Oumma.com (France)
Référence « Pour Caroline Fourest et Antoine Sfeïr, un moratoire sur Tariq Ramadan est plus important qu’un moratoire sur la lapidation, par Karim Kettani, Oumma.Com, 20 avril 2005.
Résumé Le régent saoudien est passé à Paris et a rencontré Jacques Chirac. Le président français s’est prononcé à plusieurs reprises en faveur d’un moratoire universel sur l’usage de la peine de mort, mais il n’y a eu aucun écho des remontrances qu’aurait pu faire Chirac à son hôte saoudien en dépit de la pratique de la crucifixion pour les condamnés pour terrorisme et des lapidations de femmes. Jacques Chirac s’est tu, mais il n’est pas le seul.
Dans le même temps, Caroline Fourest et Antoine Sfeïr s’attaquent à Tariq Ramadan parce qu’il a demandé un moratoire sur les châtiments corporels. : proposer un moratoire au lieu d’une abolition pure et simple était à leur yeux une scandaleuse compromission avec l’intégrisme le plus barbare. L’initiative de Tariq Ramadan sur le moratoire sur la lapidation l’a depuis immensément desservi auprès des médias mainstream. La Coalition mondiale contre la peine de mort ne demande pourtant pas autre chose que lui, mais nos courageux contradicteurs préfèrent s’en prendre à Ramadan qu’au gouvernement français.
Leur piètre tribune dans Le Monde finit de les discréditer. Ils reprochent à l’initiative de Ramadan de n’avoir aucune chance de fonctionner. Ils lui reprochent de ne pas être écouté par les salafistes, mais on lui reprocherait l’inverse si c’était le cas. Ils lui reprochent de vouloir discuter avec les savants musulmans… auraient-ils voulu que Tariq Ramadan prenne le commandement de la 82eme division aéroportée étatsunienne en vue de sauter sur Riyad, Peshawar et la mosquée Al Azhar ?
Je vais arrêter là, j’ai mal aux côtes. Notons une dernière chose, nos experts devraient cesser de parler de la Malaisie comme d’un pays où on pratique la lapidation, la sanction là-bas est la pendaison. On peut tout écrire, mais on ne peut pas tout savoir...

« La famille Karzaï impliquée dans le trafic de drogue ? »
Auteur
Aschot Manutscharjan

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Aschot Manutscharjan est spécialiste de Sciences politiques et publiciste, spécialiste de la Russie et de l’Asie centrale.
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Source
Die Welt (Allemagne)
Référence « Karsais Familie in Drogenhandel verwickelt ? », par Aschot Manutscharjan, Die Welt, 19 avril 2005. Ce texte est une retranscription par l’auteur des paroles d’un gradé afghan anonyme du ministère de l’Intérieur
Résumé Même après les élections, la situation n’est pas stable dans l’Hindu kuch. D’après un officier de haut rang du ministère de la Défense à Kaboul, c’est une guerre civile silencieuse qui a lieu. Pour la majorité des Afghans, le président Karzaï est une marionnette des États-uniens. Pour nous, c’est une honte que notre président ne fasse même pas confiance à son propre peuple pour assurer sa sécurité. Il n’y a pas d’armée nationale et elle est sous-équipée. Il est haï même dans sa propre ethnie, les deux principaux groupes pachtounes ne veulent pas de modernisation de leur code de vie traditionnel, le Pachtouwali qui avait déjà servi aux Talibans pour tyranniser le pays.
Karzaï aurait du faire enfermer Hekmatyar quand il est rentré d’Iran, c’était un tigre de papier. Le président a préféré l’utiliser contre les opposants au sein de l’Alliance du nord. Depuis 3 ans, Hekmatyar a réussi à recréer un réseau de résistance avec des restes d’Al Qaida, des Talibans et de ses anciens fidèles. Sur injonction des États-Unis, Karzaï doit désormais négocier avec lui.
Oussama Ben Laden s’est longtemps caché du côté de Suat au Pakistan près de la frontière du Cachemire, ensuite il s’est déplacé le long de la frontière pakistano-afghane. D’après les services secrets de Kaboul, il a été blessé lors des bombardements de Tora Bora et hospitalisé à Karachi. L’ISI sait probablement où se cache le roi de la terreur. Ce sont eux qui avaient créée les 35 bases dans lesquelles il a formé des terroristes pendant des années. Ils ont soutenu logistiquement les Talibans et Al Qaida. Ce sont eux qui ont organisé l’assassinat de Massoud. On a l’impression que rien ne se fait en Afghanistan sans l’aval d’Islamabad. En retour, le Pakistan reçoit l’appui et l’argent de la communauté internationale. S’ils arrêtaient Ben Laden, les États-uniens n’auraient plus aucune raison de rester. Les soldats européens sont acceptés par le peuple car ils respectent notre culture et notre religion et ils aident à la reconstruction. Je respecte beaucoup les vrais soldats états-uniens, mais j’exècre les différents groupes paramilitaires qui combattent sous l’étendard US.
Des membres de la famille proche de Karzaï sont fortement impliqués dans le commerce de la drogue, certains de ses ministres et des commandants influents aussi. Certains hommes d’affaires, déjà actifs sous les Talibans ont conservé leur situation, ils sont couverts depuis des années.

« Un pipeline pour la paix »
Auteurs
George Perkovich, Revati Prasad
Sources
International Herald Tribune (France), New York Times (États-Unis)
Référence « A Pipeline to Peace par George Perkovich et Revati Prasad, New York Times, 18 avril 2005.
Where U.S.’s Iran fixation is out of place, International Herald Tribune, 19 avril 2005.
Résumé Le ministre indien des Affaires étrangères s’est rendu le week-end dernier à Washington pour rencontrer George W. Bush et Condoleezza Rice pour discuter de la Chine, de la croissance économique et des tensions entre l’Inde et le Pakistan. Malheureusement, l’obsession de l’administration Bush pour l’Iran risque de bloquer une initiative majeure en faveur de ces objectifs.
L’Inde et le Pakistan essayent aujourd’hui de dépasser des décennies de méfiance réciproque en coopérant sur un pipeline qui apporterait le gaz iranien en Inde en passant par le Pakistan. C’est un projet qui devrait réjouir Washington, mais la Maison-Blanche et le Congrès pourraient le faire échouer en continuant de faire pression sur l’Iran. Ce pipeline de 1625 miles de long coûterait quatre milliards de dollars et serait le moyen le plus économique d’alimenter en gaz l’Inde occidentale qui a désespérément besoin d’énergie. En échange, le Pakistan engrangerait 600 à 700 millions de dollars annuels en droit de passage en plus des investissements iraniens. Le pipeline est également une grande chance d’améliorer les relations entre New Delhi et Islamabad.
Malheureusement, l’administration Bush ne veut pas de ce projet car elle pense que les sanctions économiques sont le meilleur moyen d’empêcher l’Iran de développer son programme nucléaire bien que ces sanctions échouent à changer quoi que ce soit depuis 26 ans. En réalité, l’Iran a changé sa ferveur religieuse révolutionnaire en nationalisme et les sanctions de Washington ne font que l’alimenter. S’ils veulent empêcher l’Iran de développer un programme nucléaire, les États-Unis doivent au contraire faire comprendre à Téhéran qu’ils sont prêts à soutenir ces programmes de développements économiques pacifiques.
Combattre ce programme de développement en proposant à l’Inde de l’aider à développer ses installations nucléaires alors que New Delhi n’est pas signataire du Traité de Non-prolifération n’est pas la bonne solution.

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