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Lettre ouverte à Christophe Guilloteau

Un incident a opposé plusieurs députés lors d’un débat sur le budget de la Défense à l’Assemblée nationale. Il portait sur la force nucléaire de dissuasion. Le président de l’Association de soutien à l’Armée française y répond.

| Paris (France)
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Monsieur le député,

Lors de la session du 30 octobre de l’Assemblée nationale [1], dans le cadre de la discussion sur le budget de la Défense, vous répondiez à la proposition d’amendement de Denis Baupin sur l’armement nucléaire, qui s’appuyait sur des prises de position de personnalités politiques et militaires, en déclarant : « Vous faites référence à certains militaires, ce qu’a relevé Mme la présidente Adam, mais s’ils avaient été de bons militaires, cela se saurait. Je rappelle que ceux dont vous faites mention ont vu leur carrière stoppée, et c’est une très bonne chose. »
Et vous poursuiviez : « Ces mentors de la défense se croient autorisés aujourd’hui à donner des leçons de bons sentiments, mais on aurait bien voulu qu’ils le fassent à l’époque. »

Je note d’abord que, dans votre réponse, vous n’avez évoqué que des militaires et que vous vous êtes bien gardé de citer messieurs Juppé et Rocard à qui monsieur Baupin faisait pourtant référence...

Mais ce qui marque vos propos, c’est à la fois leur bêtise et le mépris que vous manifestez envers l’institution militaire à travers deux de ses membres. Bêtise d’abord parce que le général d’armée aérienne Bernard Norlain et le général de division Vincent Desportes, auxquels vous faites allusion, ont occupé des postes de haute responsabilité et comptent parmi les plus brillants militaires de l’institution.

Ils ont une connaissance et une réflexion sur ces questions infiniment plus riches que les vôtres d’autant que, concernant celle du général Desportes, il n’a jamais envisagé la suppression de l’armement nucléaire stratégique comme vos propos pourraient le laisser croire. Il estime en revanche qu’il serait judicieux de réfléchir sur le format de notre force de dissuasion nucléaire compte tenu des contraintes financières actuelles.

Car enfin, monsieur le député, le but recherché n’est-il pas que notre pays soit capable, demain, de dissuader tous ses ennemis ? Or cette dissuasion, peut-être ne le savez-vous pas, n’existe que par une combinaison intelligente et équilibrée des capacités nucléaires et conventionnelles.

Croyez-vous vraiment que nos armements atomiques dissuadent les djihadistes qui opèrent dans le Sahel et s’en prennent à nos compatriotes ? L’actualité nous rappelle chaque jour que notre pays doit disposer de forces conventionnelles robustes et suffisamment nombreuses.

Il est très regrettable qu’un tel raisonnement ait pu vous échapper ainsi qu’à d’autres responsables de la Défense nationale présents. C’est inquiétant pour notre pays. Quand on assure de telles responsabilités, notamment dans la Défense qui est le premier devoir de l’État, on se doit d’être à la fois compétent, ouvert d’esprit et capable de réflexion. Bref d’être intelligent.

Mais au-delà de la bêtise, c’est la médiocrité pour ne pas dire la bassesse de vos paroles, qui révèlent en fait votre mépris, que les militaires, retiendront. Soyez assurés qu’il en sera de même pour l’immense majorité des Français qui ne supportent plus ces propos insultants et mensongers qui discréditent chaque jour un peu plus une classe politique incapable de fixer un cap et de coordonner l’action pour relever les grands défis auxquels est confronté notre pays.

Monsieur le député, ces propos inacceptables auraient dû vous conduire à présenter des excuses. Peut-être l’avez-vous fait et nous nous ferons le devoir d’en informer nos lecteurs. Si ce n’était pas le cas, vous aurez perdu toute crédibilité aux yeux de la communauté militaire et des Français, chaque jour plus nombreux, qui s’intéressent aux questions de Défense. Par ailleurs, je ne doute pas que vos électeurs sauront tirer de votre attitude, toutes les conséquences sur la crédibilité et la confiance à vous accorder.

Monsieur le député, vous devriez pourtant savoir qu’il n’y a pas d’action durable, y compris politique, sans respect des gens et de leurs idées, fussent-elles différentes des vôtres.

La morgue que vous manifestez contribuera à discréditer encore un peu plus une classe politique en qui les Français ne croient plus puisque seuls 15% d’entre eux lui font confiance à ce jour.

Inversement plus de 80 % des Français ont confiance dans leur armée. Elle montre au quotidien son efficacité malgré les contraintes considérables qui ne cessent de peser sur elle. Elle donne l’image d’une institution au service des intérêts supérieurs de la Nation. Elle place la réflexion et l’action avant la communication et les effets d’annonce.

Je vous invite à méditer ces chiffres, reflets de réalités qui semblent vous échapper notamment quand vous vous exprimez à l’Assemblée nationale.

Dans l’attente de vos excuses, veuillez agréer, monsieur le député, l’expression des sentiments de dégoût que vos récents propos m’inspirent.

[1] Voir « Mission B », en fin de séance, 30 octobre 2013, Assemblée nationale.

Général Henri Pinard Legry

Général Henri Pinard Legry Délégué général de l’Union des associations de l’Institut des hautes études de la Défense nationale (Union IHEDN). Président de l’Association de soutien à l’Armée française.

 
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