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« L’art de la guerre »

Sous le masque « anti-Daesh »

L’Occident civilisé lutte contre le terrorisme et la barbarie. C’est du moins ce que nous répètent à longueur de colonnes les médias officiels. La réalité est toute autre : l’Otan et le Conseil de coopération du Golfe sponsorisent depuis des décennies les pires organisations criminelles, dont Daesh.

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Réunion du groupe ministériel de la Coalition anti-Daesh à la Farnesina (2 février 2016) sous la présidence de John Kerry et Paolo Gentiloni.

Cette année le carnaval s’ouvre le 2 février, avec la mise en scène à la Farnesina (ministère italien des Affaires étrangères) du « small group », le petit groupe ministériel (23 pays plus l’UE) de la « Coalition globale anti-Daesh », co-présidé par le secrétaire d’État US John Kerry et par le ministre des Affaires étrangères italien Paolo Gentiloni. En font partie, déguisés en anti-terroristes, les plus grands sponsors du terrorisme de « marque islamiste », utilisé depuis des décennies pour miner et démolir les États qui font obstacle à la stratégie de l’empire.

À la tête du défilé masqué les États-Unis et l’Arabie Saoudite. Ceux qui —documente une enquête du New York Times [1]— arment et entraînent les « rebelles » à infiltrer en Syrie pour l’opération Bois de sycomore (Timber Sycamore), autorisée secrètement par le président Obama en 2013, conduite par la CIA et financée par Riyad à coups de millions de dollars. Confirmée par les images vidéo du sénateur états-unien John McCain qui, en mission en Syrie pour le compte de la Maison-Blanche, rencontre en mai 2013 Al-Baghdadi, le « calife » qui est à la tête de Daesh [2].

C’est la dernière des opérations secrètes US-saoudiennes, commencées dans les années soixante-dix et quatre-vingt : pour déstabiliser l’Angola et d’autres pays africains, pour armer et entraîner les moudjahidines en Afghanistan, pour soutenir les contras au Nicaragua. Cela explique pourquoi les États-Unis ne critiquent pas l’Arabie saoudite pour sa violation des droits de l’homme et la soutiennent activement dans la guerre qui massacre les civils au Yémen.

Font aussi partie du groupe masqué la Jordanie et le Qatar où, rapporte le New York Times, la CIA a constitué les bases d’entraînement des « rebelles », y compris « groupes radicaux comme Al-Qaïda », à infiltrer la Syrie et d’autres États [3].

Le Qatar fournit pour ces opérations même des commandos, comme il fit quand en 2011 il envoya en Libye au moins 5 000 hommes des forces spéciales. « Nous Qataris étions parmi les rebelles libyens sur le terrain, par centaines dans chaque région », déclara ensuite le chef d’état-major Hamad al-Atiya [4].

Parmi les « anti-terroristes » qui s’exhibent à la Farnesina se trouvent aussi les Émirats arabes unis, qui ont formé depuis 2011 par l’intermédiaire de Blackwater-Academi une armée d’environ 2 000 mercenaires, dont 450 (Colombiens et autres Latino-américains) sont maintenant engagés dans l’agression contre le Yémen. Il y a le Bahreïn qui, après avoir écrasé dans le sang son opposition démocratique intérieure avec l’aide des troupes saoudiennes, à présent renvoie l’ascenseur en prêtant main forte à l’Arabie saoudite dans le massacre des Yéménites, entreprise à laquelle participe le Koweït, lui aussi membre du groupe « anti-terroriste ». Dont fait partie la Turquie, avant-poste de l’Otan dans la guerre contre la Syrie et l’Irak, qui a soutenu en lui envoyant tous les jours des centaines de TIR chargés d’armes et autres matériaux. Pour avoir publié les preuves, y compris vidéo, de la fourniture d’armes à Daesh par les services secrets d’Ankara, les journalistes turcs Can Dündar et Erden Gül ont été arrêtés et risquent la peine de mort [5].

Parmi les présences occidentales dans le groupe masqué ressortent la France et le Royaume-uni, qui utilisent des forces spéciales et des services secrets pour des opérations secrètes en Libye, en Syrie et dans d’autres pays.

Les honneurs de la maison sont assurés par l’Italie, qui a contribué à mettre le feu à l’Afrique du Nord et au Proche-Orient en participant à la démolition de la Libye. Où elle se prépare maintenant à retourner, avec, même, le rôle de « guide », pour une autre guerre sous commandement US/Otan, qui, masquée en « opération de maintien de la paix » (sic), a pour objectif le contrôle des zones stratégiques et des ressources énergétiques libyennes [6].

Dans les salons de la Farnesina s’égrainent les notes de « Tripoli, bel suol d’amore », la chanson qui en 1911 célébrait la guerre coloniale en Libye.

Traduction
Marie-Ange Patrizio

Source
Il Manifesto (Italie)

[1] “U.S. Relies Heavily on Saudi Money to Support Syrian Rebels”, Mark Mazzetti & Matt Apuzzojan, The New York Times, January 23, 2016.

[2] « John McCain, le chef d’orchestre du "printemps arabe", et le Calife », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 18 août 2014.

[3] Voir aussi : “Blowback ! U.S. trained Islamists who joined ISIS”, Aaron Klein, WND, July 17, 2014.

[4] “Qatar admits sending hundreds of troops to support Libya rebels”, Ian Black, The Guardian, October 26, 2011.

[5] “Turkey arrests editors over reports Ankara supplied weapons to Syrian fighters”, Raziye Akkoc, The Telegraph, November 26, 2015.

[6] « Italia, missione Libia con un ruolo guida », Lettera 43, 26 Gennaio 2016.

Manlio Dinucci

Manlio Dinucci Géographe et géopolitologue. Derniers ouvrages publiés : Laboratorio di geografia, Zanichelli 2014 ; Geocommunity (en trois tomes) Ed. Zanichelli 2013 ; Escalation. Anatomia della guerra infinita, Ed. DeriveApprodi 2005.

 
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