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Aide-mémoire russe sur la situation réelle dans l’« affaire Skripal »

| Moscou (Russie)
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1. Le 12 mars 2018, la première ministre britannique Theresa May a déclaré pendant les audiences à la Chambre des représentants que la Fédération de Russie était "très probablement" responsable de l’empoisonnement, le 4 mars 2018 dans la ville de Salisbury, de l’ancien colonel de GRU et agent double Sergueï Skripal, ainsi que de sa fille Ioulia Skripal, par une substance neuro-paralytique selon la classification britannique A-234.

Le Royaume-Uni a publiquement soulevé la question de la "dissimulation", par la Russie, d’une partie de son arsenal chimique et de son "usage". Londres a immédiatement évoqué une "violation", par la Russie, de ses engagements dans le cadre de la Convention sur l’interdiction de la mise au point, de la fabrication, du stockage et de l’usage des armes chimiques et sur leur destruction (CIAC) – l’un des traités multilatéraux les plus efficaces dans le domaine du désarmement et de la non-prolifération, à l’origine duquel se trouvait notre pays.

Ainsi, le Royaume-Uni s’est exprimé non seulement contre la Russie mais également contre l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC) et tout le travail grandiose réalisé dans son cadre, y compris avec la participation du Royaume-Uni, depuis vingt ans.

Conformément à l’Article III de la CIAC, la Fédération de Russie a présenté une liste exhaustive de ses réserves d’armes chimiques. Ces données ont été minutieusement vérifiées et confirmées par les groupes d’inspection du Secrétariat technique de l’OIAC. La suppression totale de l’arsenal chimique russe a été officiellement confirmée par une structure internationale compétente : l’OIAC.

2. Compte tenu de la gravité des accusations proférées contre notre pays, l’Ambassade de Russie à Londres a envoyé le 12 mars 2018 une note au Foreign Office pour demander d’accorder un accès aux données de l’enquête, notamment aux échantillons de la substance chimique à laquelle se réfère l’enquête britannique, pour qu’ils soient analysés par les spécialistes dans le cadre d’une enquête conjointe.

Nous avons proposé d’agir dans le cadre du paragraphe 2 de l’Article IX de la CIAC, qui préconise aux États membres de la Convention de régler toutes les questions qui suscitent des doutes concernant le respect de ce traité international en échangeant les informations et en organisant des consultations au niveau bilatéral. En s’appuyant sur les termes de cet Article, la Russie serait prête à répondre à la requête britannique sous 10 jours.

Malheureusement, les autorités britanniques ont renoncé à cette option et, au lieu de s’appuyer sur les normes juridiques internationales, ont décidé de politiser cette question de manière malpropre.

3. La première ministre britannique Theresa May a suggéré de convoquer, le 14 mars 2018, une réunion spéciale du Conseil de sécurité des Nations unies pour évoquer ce problème. Présageant un jeu malhonnête de la part de Londres, la Russie a insisté pour que la réunion du Conseil de sécurité soit ouverte.

On ignore ce que cherchaient à faire les autorités britanniques en soumettant ce thème à l’examen du Conseil de sécurité des Nations unies. Cette question ne relève pas du mandat du Conseil de sécurité des Nations unies. Il est évident qu’avant d’obtenir une conclusion de la part de l’OIAC, avec un avis sur l’incident de Salisbury (il est important de savoir si une substance neuro-paralytique a été réellement utilisée ; si oui, comment ils ont déterminé l’éventuelle origine des produits chimiques ; quelles actions ont été entreprises à l’égard des victimes et pour quelle raison, etc.), toute discussion à ce sujet est tout simplement insensée.

4. Le 14 mars 2018, la première ministre britannique Theresa May, après avoir visiblement repris ses esprits, a tout de même envoyé une lettre adressée au Directeur général du Secrétariat technique de l’OIAC Ahmet Üzümcü (transmise à tous les membres du Conseil exécutif de l’OIAC le 15 mars 2018) pour proposer au Secrétariat technique de l’OIAC d’effectuer une "analyse indépendante des résultats de l’enquête britannique" sur l’incident de Salisbury.

D’après le communiqué de presse du Foreign Office du 18 mars 2018, suite à la lettre de Theresa May le représentant spécial du Royaume-Uni auprès de l’OIAC a invité les experts du Secrétariat technique à se rendre au Royaume-Uni pour effectuer une analyse indépendante des conclusions faites par le laboratoire britannique de Porton Down concernant l’incident de Salisbury. Le 19 mars 2018, des spécialistes de l’OIAC sont arrivés au Royaume-Uni.

La Russie attend de l’OIAC un rapport officiel détaillé sur tout ce qui se passe concernant l’"affaire Skripal". Nous partons du fait que le Secrétariat technique de l’OIAC mènera une enquête indépendante et complète en respectant tous les termes de la CIAC.

5. La Russie se pose de plus en plus de questions aussi bien sur le plan juridique que pratique. Nous avons l’intention de les éclaircir instamment via l’OIAC.

La Russie déclare qu’elle n’a pas utilisé l’arme chimique contre le Royaume-Uni. Nous pensons que l’"attaque" contre les Skripal avec l’usage de substances chimiques toxiques doit être considérée comme un attentat terroriste. Étant donné que la citoyenne russe Ioulia Skripal a été touchée dans l’incident, nous préconisons de coopérer avec les autorités britanniques dans le cadre de l’Article 9 de la CIAC.

Nous voudrions éclaircir les aspects suivants.

Où, qui et comment a prélevé les échantillons sur Sergueï et Ioulia Skripal ? Comment tout cela a été fixé ? Qui peut certifier la véracité des informations obtenues ? A-t-on respecté toutes les exigences de l’OIAC concernant la succession des actions pour prélever les preuves (ce qu’on appelle la "chain of custody") ?

A l’aide de quelles méthodes (analyse spectrale et autres) les autorités britanniques ont-elles réussi à déterminer aussi rapidement la substance chimique prétendument utilisée ("Novitchok" selon la classification occidentale) ? Si nous comprenons bien, pour cela il faut posséder un échantillon standard d’une telle substance.

Comment une telle hâte cadre-t-elle avec les déclarations officielles de Scotland Yard qui affirme que "pour tirer les conclusions appropriées, des semaines voire des mois de travail seront nécessaires" ?

A partir de quelles données et signes d’infection a-t-il été décidé d’injecter des antidotes aux Skripal et au policier britannique, et cette rapidité n’a-t-elle pas entraîné de graves complications de leur état de santé et une détérioration ?

Quels antidotes ont été précisément injectés ? A partir de quelles analyses a-t-il été décidé d’utiliser ces substances ?

Comment peut-on expliquer l’action ralentie de la substance neuro-paralytique alors que par nature elle agit instantanément ? On affirme que les victimes auraient été empoisonnées dans une pizzeria (selon d’autres informations, dans une voiture, à l’aéroport, dans un appartement, etc.) Que s’est-il produit en réalité ? Comment se fait-il qu’ils ont été découverts plus tard sur un banc dans la rue ?

Il faut des explications pour savoir pourquoi dans l’"affaire Skripal" c’est la Russie qui a été accusée de manière complètement infondée tandis que des élaborations sous le nom de code occidental "Novitchok" ont été menées au Royaume-Uni, aux USA, en Suède et en République tchèque. Les résultats obtenus par ces pays dans la création de nouvelles substances chimiques de ce type sont reflétés dans plus de 200 sources ouvertes des pays de l’Otan.

6. Même du point de vue purement humanitaire, les agissements de Londres paraissent tout simplement barbares. Le 4 mars 2018, sur le territoire britannique (selon la version des autorités britanniques elles-mêmes) a été commise une attaque avec l’usage de substances chimiques contre la citoyenne russe Ioulia Skripal.

La Fédération de Russie exige de fournir des informations exhaustives sur le déroulement de l’enquête liée à l’incident de Salisbury concernant la citoyenne russe (une note à ce sujet a été envoyée par l’Ambassade de Russie à Londres le 12 mars 2018).

Le Royaume-Uni enfreint les règles élémentaires de la communication interétatique et refuse, sans en expliquer la raison, d’accorder aux représentants officiels russes un accès consulaire à Ioulia Skripal conformément à la Convention de Vienne de 1963 sur les relations consulaires. Depuis plus de deux semaines, nous ne parvenons pas à déterminer avec précision ce qui est arrivé à notre citoyenne et quel est son état.

La direction principale des enquêtes sur les affaires spéciales du Comité d’enquête russe a ouvert le 16 mars 2018 une enquête pénale pour tentative d’assassinat avec préméditation visant la citoyenne russe Ioulia Skripal commis par un moyen dangereux sur le territoire britannique.

L’enquête sera menée conformément à la législation russe et aux normes du droit international. Des experts hautement qualifiés participeront à l’investigation.

Les enquêteurs sont prêts à mener un travail conjoint avec les autorités britanniques compétentes. Nous comptons sur la coopération des autorités britanniques.

7. Au Conseil de sécurité des Nations unies, à l’OIAC et sur toutes les autres plateformes internationales, la Fédération de Russie prône continuellement et instamment que tous les crimes commis avec l’usage de substances chimiques fassent l’objet d’une enquête minutieuse, globale et professionnelle, et que les coupables soient traduits en justice.

Nous sommes prêts à établir une coopération à part entière et ouverte avec le Royaume-Uni pour remédier à toutes les préoccupations au format bilatéral, dans le cadre de l’OIAC et d’autres documents internationaux, à agir dans le champ juridique international.

En tant que membre responsable de la communauté international et membre consciencieux de la CIAC, la Russie ne parlera jamais le langage des ultimatums et ne répondra pas aux questions orales non officielles.

Les agissements des pays occidentaux autour de l’"affaire Skripal" qu’ils ont fabriquée vont à l’encontre non seulement des normes du droit international et de la pratique universelle des relations interétatiques, mais aussi tout simplement du bon sens. Bien évidemment, nous l’enregistrons de manière détaillée et avec le temps, les responsables seront inévitablement sanctionnés.

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