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Préparatifs de guerre contre l’Iran : action imminente ou moyen de pression ?

L’échéance présidentielle libanaise reste au centre de l’intérêt des médias locaux et régionaux, surtout après que le Conseil de sécurité ait publié un communiqué présidentiel exigeant l’organisation de cette élection dans les délais et sans intervention étrangère. Une attitude qui a contrarié le président du Parlement, Nabih Berri, qui a demandé au Conseil de sécurité de ne pas s’ingérer dans une question qui est du ressort du Parlement libanais.

| Beyrouth (Liban)
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Tendances et événements au Proche-Orient

On apprend de source politique arabe que l’administration Bush a exercé des pressions directes sur certains gouvernements arabes pour leur interdire de développer leurs contacts avec l’Iran pendant les trois mois à venir. Washington veut ainsi se donner le temps nécessaire pour dresser la carte définitive des alliances régionales, dans laquelle les pays arabes proches de l’Occident seront dans la même tranchée qu’Israël, face à l’Iran et à la Syrie. C’est l’application concrète de la théorie des « modérés » et « des extrémistes » élaborée par la secrétaire d’État, Condoleezza Rice, pendant la guerre de l’été 2006 au Liban.
La conférence internationale sur le Moyen-Orient convoquée par Georges Bush en novembre devrait couronner tout ce montage. Le timing de cette réunion coïncide avec des préparatifs états-uniens intensifs pour une vaste agression contre l’Iran en coordination avec Israël. Des sources bien informées à Paris expliquent que c’est dans ce contexte qu’il fallait placer les déclarations du ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, sur une probable guerre contre l’Iran. Ces propos reflètent le vrai contenu des concertations entre Paris et Washington malgré les déclarations apaisantes de Kouchner qui ont suivi ses menaces.
Des sources françaises citant un ancien officier de la CIA assurent que la décision d’attaquer l’Iran a été prise. le Pentagone est en train de mettre les dernières touches aux plans militaires. Il a loué tous les avions de transport disponibles sur le marché international, notamment les avions cargo géants de type Antonov. Un pont aérien a été mis en place entre les usines et les dépôts d’armements aux États-Unis et les bases états-uniennes situées dans le Golfe et les pays arabes. Selon ces mêmes sources, la violation de l’espace aérien syrien par deux appareils israéliens, le 6 septembre, s’inscrit dans le cadre de ces préparatifs. L’objectif étant d’explorer les meilleurs couloirs aériens vers l’Iran. Le brouillage des lignes téléphoniques et des câbles satellitaires, observé dans des pays dans l’est de la Méditerranée, fait aussi partie de ces préparatifs.
Certains observateurs tournent en dérision ces scénarios dont le but est d’exercer des pressions politiques et psychologiques sur l’Iran et la Syrie, alors que parallèlement les canaux de négociations entre les Etats-Unis et ces pays sont ouverts.

Presse et agences internationales

WASHINGTON POST (QUOTIDIEN ÉTATS-UNIEN)
• La bonne nouvelle de la diplomatie US au Moyen-Orient c’est d’avoir réuni, pour la première foi depuis l’an 2000 autour d’une même table, Israéliens et Palestiniens pour discuter des questions fondamentales concernant l’édification d’un État palestinien. En dépit de l’absence de certaines conditions nécessaires à la paix au Moyen-Orient, la présence du président Mahmoud Abbas et du Premier ministre Ehud Olmert, qui croient tous deux à la solution des deux États vivant côte à côte, est importante. Mais après son retour de sa tournée moyen-orientale, la secrétaire d’État Condoleezza Rice fait face à une situation décourageante et pleine de danger. Le problème réside dans la « déclaration commune ». Mme Rice espère qu’Israéliens et Palestiniens l’accepteront avant la réunion de Washington, en novembre. La situation est décourageante car les deux parties n’arriveront pas, en quelques semaines, à un accord sur des questions fondamentales qui font du surplace depuis des décennies. Le danger, lui, provient du fait que le Hamas et la Syrie tenteront de miner cette conférence. Et tout échec viendra s’ajouter aux multiples revers des États-Unis dans le monde arabe et provoquera une nouvelle guerre entre les Israéliens et les Palestiniens.
• Josh White et Joshua Walter ont dévoilé des documents militaires révélant qu’un groupe au Pentagone avait encouragé certains snipers de l’armée états-unienne à prendre pour cible les « individus suspectés de rébellion » en Irak à travers des « appâts », comme des explosifs et des armes. Les personnes qui s’empressent de ramasser ces « appâts » sont immédiatement abattues. Les documents en question font état de trois snipers US qui ont placés ces pièges pour justifier le meurtre d’Irakiens. Mathiew Dyder, un des principaux accusés, a reconnu les faits devant un tribunal militaire.

NEWSWEEK (HEBDOMADAIRE ÉTATS-UNIEN)
Le vice-président Dick Cheney a envisagé de provoquer des frappes réciproques entre Israël et l’Iran pour donner un prétexte aux États-Unis d’attaquer Téhéran. Les départs successifs de responsables néo-conservateurs de l’administration Bush ces deux dernières années ont permis d’éviter une guerre contre l’Iran. C’est ainsi que David Warmzer, le conseiller de Cheney pour le Moyen-Orient depuis 2003, a quitté ses fonctions il y a quelques mois pour passer plus de temps avec sa famille. Cet ancien responsable a révélé devant un petit groupe de personnes que Dick Cheney avait encouragé l’État hébreu, il y a quelques mois, à tirer des missiles contre un site nucléaire iranien, et peut-être contre une autre installation, pour provoquer une riposte iranienne et fournir aux États-Unis un prétexte pour lancer de vastes attaques contre l’Iran.

CHRISTIAN SCIENCE MONITOR (QUOTIDIEN ETATS-UNIEN)
Le président français est un des meilleurs amis des États-Unis depuis des décennies. C’est un ami loyal et c’est à ce titre qu’il prodigue des conseils à l’Amérique. La nouvelle relation de la France avec Washington est différente de celle qui existait à l’époque du président Jacques Chirac, caractérisée par des divergences et une tension. Pendant des décennies, Paris se vantait de son indépendance vis-à-vis des États-Unis, qui s’est illustrée par la rupture entre les deux pays à cause de la guerre d’Irak. Mais après l’accession de Sarkozy à la présidence, de grands changements sont intervenus dans le paysage politique interne et externe de la France. Certains de ces changements ont provoqué la satisfaction de Washington, notamment pour ce qui concerne le Moyen-Orient. Sarkozy a mis un terme à la traditionnelle partialité de la France pour les causes arabes et s’est résolument aligné sur les intérêts d’Israël. Ce changement s’illustre parfaitement dans une de ses déclarations le mois dernier : « Je ne lésinerais pas sur les questions concernant la sécurité d’Israël ».
À travers cette politique, la France se trouve dans la même tranchée que les États-Unis pour ce qui a trait du dossier du nucléaire iranien. Mais Sarkozy a souligné que l’Amérique aussi doit savoir procéder à des changements. Dans le cadre de cette nouvelle relation, les amis devraient pouvoir se parler avec clarté et transparence.

AL-KHALEEJ (QUOTIDIEN EMIRATI)
Israël n’a pas cessé une seule seconde les mesures de nettoyage ethnique aussi bien pendant les périodes de négociations que de confrontation avec les Palestiniens. Et voilà qu’aujourd’hui l’occupant trouve quelqu’un pour l’aider à poursuivre ses exactions. Il trouve dans le conflit inter-palestinien la couverture idéale pour confisquer et annexer des terres supplémentaires.

Audiovisuel international

AL-ALAM (CHAINE IRANIENNE ARABOPHONE)
- Émission : Déclaration exclusive
- Invité : Sami Abou Zahra, porte-parole du Hamas
La Résistance palestinienne s’apprête à faire face à une vaste agression israélienne. Elle va faire payer à Israël un prix très lourd.
Le Hamas dénonce avec vigueur l’attitude de l’Autorité palestinienne à l’égard des agressions israéliennes contre la Bande de Gaza. C’est une attitude de complicité avec l’occupant israélien.

Tendances et événements au Liban

Le communiqué publié jeudi par la présidence (française) du Conseil de sécurité prouve que les États-Unis et leurs alliés internationaux et régionaux sont déterminés à interférer dans l’élection présidentielle libanaise. La fonction de ce communiqué est de servir de tête de pont à l’internationalisation de l’échéance présidentielle. Le Conseil de sécurité avait exigé l’organisation de l’élection présidentielle dans les délais constitutionnels, refuant toute intervention étrangère (!) dans cette échéance qui doit se tenir loin du climat de « terreur ».
Le président du Parlement, Nabih Berri, a rejeté l’ingérence du Conseil de sécurité dans une question qui est du ressort du Parlement libanais. Dans le même temps, il a poursuivi ses démarches pour tenter d’aboutir à une entente avec la coalition au pouvoir. À cette heure, les informations sur les résultats de ces démarches sont contradictoires, en dépit du climat d’optimisme que tente de répandre M. Berri.
Les faucons du 14-mars poursuivent leur escalade verbale en menaçant d’élire un président issu de leurs rangs à la majorité simple. C’est en tout cas ce qu’a laissé encore une foi entendre, jeudi, le chef de l’ancienne milice des Forces libanaises, Samir Geagea. Mais le plus inquiétant c’est que les extrémistes du 14-mars et l’ambassadeur US à Beyrouth, Jeffrey Feltman, s’attendent à de nouveaux assassinats politiques. Certains analystes estiment que ces propos visent à préparer l’internationalisation de la présidentielle et rappellent que tous les assassinats commis depuis l’attentat contre l’ancien Premier ministre Rafic Hariri ont été suivis de résolution du Conseil de sécurité.
L’opposition, qui soutient les démarches de bons offices de Nabih Berri, craint un complot sanglant destiné à enterrer définitivement la possibilité d’une entente, après que l’assassinat du député Antoine Ghanem, le 19 septembre, n’ait pas réussi à torpiller l’initiative du président du Parlement. Ce plan devrait permettre à Washington de prendre en main toutes les ficelles de l’élection présidentielle et d’élire un de ses hommes chargé d’exécuter les desseins des États-Unis au Liban. Des milieux dirigeants de l’opposition accusent les faucons du 14-mars d’être directement mêlés à ce complot US. Ils font assumer aux alliés des États-Unis, notamment la France et l’Arabie saoudite, la responsabilité de ce qui pourrait se passer au Liban dans les semaines à venir. _ Une personnalité politique libanaise qui a été dernièrement reçue par le chef d’un État arabe allié de Washington s’est entendu dire : « Nous ne pouvons refuser aucune demande états-unienne concernant le Liban ».
C’est donc une course contre la montre entre les possibilités d’entente et l’explosion généralisée. Les milieux de l’opposition affirment à cet égard que toute intervention étrangère au Liban, sous n’importe quelle forme, sera considérée comme une invasion ennemie et une atteinte à la souveraineté nationale et à l’indépendance.

Presse libanaise

AN-NAHAR (PROCHE DU 14-MARS)
La majorité (14-mars, ndlr) propose officiellement les noms des candidats Boutros Harb et Nassib Lahoud dans les négociations avec l’opposition autour de l’élection présidentielle. L’intérêt international pour le Liban a atteint son plus haut niveau depuis la prorogation du mandat d’Emile Lahoud, il y a trois ans, lorsque le Conseil de sécurité a voté la résolution 1559. La publication du communiqué de la présidence du Conseil, jeudi, illustre l’inquiétude de la communauté internationale de voir l’échéance présidentielle se dérouler à la lumière de l’assassinat du député Antoine Ghanem. Le président Nabih Berri a rejeté le communiqué en question.

AL-AKHBAR (PROCHE DE L’OPPOSITION)
Les concertations autour de la présidentielle sont désormais tributaires des concessions réciproques entre les deux parties. Pendant ce temps, les Arabes et la communauté internationale accordent une grande attention à la sécurité des députés libanais. Nabih Berri rejette l’ingérence du Conseil de sécurité et de l’administration américaine dans son action.

AS-SAFIR (INDEPENDANT., SENSIBLE AUX THESES DE L’OPPOSITION)
Nabih Berri a formé des comités composés de membres de son bloc parlementaire pour entrer en contact avec toutes les parties politiques. Samir Geagea ne voit en Berri que le chef du mouvement Amal et non pas le président du Parlement. Le député Saad Hariri obtient la bénédiction du patriarche maronite Nasrallah Sfeir, qu’il a visité jeudi, pour les efforts de compromis qu’il mène avec Nabih Berri. Saad Hariri doit se rendre à Washington dans les prochains jours pour rencontrer les hauts responsables américains quelques jours avant la séance présidentielle du 23 octobre.

AD-DIYAR (PROCHE DE L’OPPOSITION)
Les noms de candidats consensuels pressentis pour accéder à la présidence de la République se limitent à quatre : le commandant en chef de l’armée, le général Michel Sleimane, le gouverneur de la Banque centrale Riyad Salamé, l’ancien ministre Jean Obeid et l’ancien ministre Michel Eddé. Le patriarche Nasrallah Sfeir refuse de nommer un candidat, tandis que Nabih Berri rappelle au Conseil de sécurité ses prérogatives.

Audiovisuel libanais

LBC (FORCES LIBANAISES, 14-MARS)
Émission : Avec courage
- Invité : Marwan Hamadé, ministre des Télécoms (14-Mars)
Walid Joumblatt et Samir Geagea n’ont pas recours à l’escalade. Joumblatt soutient sans réserves les démarches de Saad Hariri.
Nous réagissons d’une manière positive à la démarche inconditionnelle lancée par le général Michel Aoun.
Nous invitons le Hezbollah, Michel Aoun et toutes les forces politiques à construire ensemble le nouveau Liban. Nous ne voulons pas que le Liban soit une carte dans le dossier du nucléaire iranien.
Nous œuvrons rapidement afin d’éviter le vide à la tête de l’État. Nous ne laisserons pas le Liban sans président. L’élection du président à la majorité simple reste la moins pire des solutions. Mais nous donnerons à l’entente toutes les chances avant de procéder à cette élection.

Tendances est un bulletin quotidien de veille politique sur le Proche-Orient, réalisé par l’agence New Orient News à Beyrouth. Retrouvez-le sur Voltairenet.org, en versions arabe, anglaise et française. Consultez également Indicators, le bulletin quotidien de veille économique sur le Proche-Orient, disponible en versions anglaise et arabe.

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