Voltairenet.org
 Réseau de presse non-alignée

Tribunes et décryptages - 24 février 2005
« Il n’y a toujours pas de preuves mais… »

Décryptage

Dans l’exercice consistant à faire accepter à l’opinion publique la culpabilité syrienne dans l’assassinat de Rafic Hariri, la première phase était de mobiliser des éditorialistes et journalistes de la presse conformiste, accompagnée de commentaires ambigus de responsables politiques se montrant agressifs avec la Syrie sans l’associer formellement à l’assassinat de Rafic Hariri. Aujourd’hui, il est temps de passer à la deuxième phase et de mobiliser des analystes « indépendants », des dirigeants de think tank et des personnalités politiques proche-orientales ou des dirigeants de groupes exilés, prélude prévisible à des accusations explicites par les dirigeants atlantistes qui pourront se passer de preuves face à une opinion où la culpabilité syrienne fait consensus. Il s’agit des méthodes qui ont déjà été employées sur la question des armes de destruction massive irakiennes et les accusations de corruption dans le programme pétrole contre nourriture, deux opérations que nous avons étudiées dans nos colonnes.
Aujourd’hui, le deuxième étage de la fusée médiatique anti-syrienne est mis à feu tout en profitant de la poussée du premier étage. Ainsi, le travail des éditorialistes ayant été bien fait, la question de l’identité des coupables n’est même plus posée par ceux qui veulent en découdre avec Damas et qui prennent aujourd’hui la parole.
Le directeur du Middle East Forum, Daniel Pipes, estime dans le New York Sun et le Jerusalem Post que la Syrie a commis ce crime en raison de l’absence d’inspiration tactique de Bachar El Assad, qui, contrairement à son frère mort « accidentellement » en voiture en 1994 et qui devait succéder à Hafez El Assad, n’a jamais été formé pour tenir cette fonction. Par ses erreurs, le dirigeant syrien se serait mis à dos la communauté internationale et il est aujourd’hui temps de faire évacuer le Liban. Dans le Wall Street Journal et le Daily Star, l’éternel alibi arabe des think tanks néo-conservateurs Fouad Ajami, affirme pour sa part que la communauté internationale a laissé faire, par calcul, Hafez El Assad dans son entreprise d’annexion du Liban et qu’aujourd’hui, après la mort d’Hariri, elle doit contribuer à « libérer » le pays, une « libération » qui entrerait dans le cadre de la « guerre à la tyrannie », la nouvelle justification du remodelage du Proche-Orient.
L’exilé syrien Farid N. Ghadry, président d’un parti associé à la NED/CIA, le Parti de la réforme en Syrie, appelle dans le Washington Times les États-Unis à organiser la déstabilisation de la Syrie en soutenant son parti et en organisant une insurrection sur place. Il en profite pour ajouter à l’assassinat de Rafic Hariri un autre motif d’intervention : la Syrie envoie des troupes en Irak pour combattre la coalition. Si les États-Unis veulent stabiliser l’Irak, il faut donc renverser Bachar El Assad. Cette tribune paraît alors que la chaîne de télévision irakienne financée par la Coalition al-Iraqiya TV a diffusé les « confessions » d’une personne se présentant comme un résistant irakien et prétendant que les camps d’entraînement des résistants irakiens sont en Syrie. Cette prise de position fait également écho à celle d’Iyad Allaoui, qui réclamait depuis longtemps des frappes contre les « camps de terroristes » de l’autre côté de la frontière.
Dans une interview au Monde, le leader druze Walid Joumblatt appelle à des pressions internationales contre la Syrie et affirme que des négociations avec Damas ne serviraient à rien. Se refusant à demander une intervention militaire, il appelle donc par défaut au même type d’opération que Farid N. Ghadry.

De leur côté, les analystes ne croyant pas à la thèse de la culpabilité syrienne sont obligés de déconstruire ce qui a été martelé dans la presse et ils continuent, à juste titre, à s’interroger sur l’identité des responsables de la mort de Rafic Hariri. Tandis que les partisans d’une ligne dure contre Damas en sont déjà à préparer l’opinion à une action directe ou à une déstabilisation de la Syrie, ceux qui les critiquent sont contraints de s’attaquer aux postulats de départ de leurs adversaires, mais avec un temps de retard et donc avec un décalage par rapport aux problématiques développées dans les médias, ce qui nuit à l’impact de leurs interventions.
Dans une courte oraison funèbre à son ami Rafic Hariri publiée parGulf News, le lobbyiste arabo-états-unien James Zogby demande à ce que toute la lumière soit faite sur la mort de l’ancien Premier ministre libanais et se garde bien de porter une accusation contre qui que ce soit.
L’analyste allemand Carsten Wieland met en doute, dans une interview accordée à la Deutschland Radio, la responsabilité du pouvoir syrien dans l’assassinat d’Hariri. Cela entrerait selon lui en contradiction avec toute la stratégie de conciliation mise au point par Bachar El Assad. Il n’exclut pas cependant que des éléments des services de renseignement syriens aient pu y être mêlés. De son côté, l’analyste Patrick Seale juge dans le Guardian que la responsabilité syrienne dans la mort d’Hariri est fort peu probable, car cela reviendrait à un suicide politique pour un pays qui se sait surveillé depuis l’adoption de la résolution 1559. Il estime que le coupable est plutôt à aller chercher chez les ennemis de Damas : extrême droite chrétienne libanaise, fondamentalistes musulmans ou Israël, un pays qui cherche à mobiliser le maximum d’alliés avec les États-Unis contre le bloc formé par la Syrie, l’Iran et le Hezbollah. Il affirme également que contrairement à ce que l’opposition libanaise martèle, Rafic Hariri ne l’avait pas rejoint, mais voulait se placer comme l’intermédiaire indispensable aux discussions entre la Syrie et l’opposition.
Dans une interview à Izvestia, Vladimir Issaïev, directeur adjoint de l’Institut d’études orientales de l’Académie des sciences de Russie, développe un point de vue proche : Hariri ne s’est prononcé en faveur d’un retrait syrien que parce qu’il pensait ainsi séduire les Européens. Pour l’auteur, la Syrie et le Liban sont une même entité, divisée par le colonialisme, et le Liban n’existe pas en tant que nation ; sans la présence syrienne, le pays éclaterait vraisemblablement. Sans se prononcer sur les responsabilités dans la mort d’Hariri, il estime que, contrairement à ce qu’affirme l’opposition libanaise, les prochaines élections parlementaires devraient être gagnées par les partis pro-syriens.

Réseau Voltaire




24 février 2005

Outils

 Imprimer
 Envoyer

Auteurs et sources des Tribunes et décryptages

« La libération du Liban approche »

Auteur Daniel Pipes

 Ancien administrateur de l’US Institute of Peace (2003-2005), Daniel Pipes est le fondateur du Middle East Forum et l’auteur de Militant Islam Reaches America. Il est collaborateur de Benador Associates. Pour une biographie détaillée, voir l’enquête que le Réseau Voltaire lui a consacrée.

Sources Jerusalem Post (Israël), New York Sun (États-Unis)
Référence
« Lebanon’s Liberation Approaches », par Daniel Pipes, New York Sun, 22 février 2005.
« The myopic eye doctor », Jerusalem Post, 23 février 2005.
Le texte en Français peut être trouvé ici sur le site de l’auteur.

Résumé Le sort de la Syrie a été grandement déterminé par la mort accidentelle en voiture de Basil El Assad qui devait prendre la succession de son père Hafez El Assad. Il fut remplacé au pied levé par Bachar El Assad, qui devint ainsi le deuxième dictateur dynastique après Kim Jong Il et avant Faure Gnassingbé. D’autres fils attendent leur tour en Égypte, en Libye et au Yémen.
On crut d’abord que le fils allait rompre avec les méthodes du père et c’est ce qu’il fit au début avant de revenir aux méthodes autocratiques, soit par choix personnel, soit par soumission aux alliés de son père. Toutefois, s’il emploie les méthodes paternelles, il n’a pas le génie tactique d’Hafez El Hassad. Il a ainsi multiplié les erreurs en soutenant Saddam Hussein puis en violant une promesse qu’il venait de faire à Colin Powell. Ces erreurs ont entraîné l’adoption du Syria Accountability Act puis de la résolution 1559. Ces deux textes encouragèrent des dirigeants libanais comme Walid Jumblatt ou Rafic Hariri à demander le départ des Syriens. Bachar El Assad a alors à nouveau fait la preuve de son incompétence en tuant le second, ouvrant ainsi la voie à l’accroissement des pressions sur son pays et à l’indépendance du Liban.
Voilà comment un accident de la route influence l’Histoire.

« Mort d’un homme d’affaire »

Auteur Fouad Ajami

 Fouad Ajami est professeur d’études moyen-orientales à la Johns Hopkins University. Contributeur régulier du magazine Foreign Affairs il est l’auteur de Dream Palace of the Arabs : A Generation’s Odyssey.

Sources Daily Star (Liban), Wall Street Journal (États-Unis)
Référence « Death of a Businessman », par Fouad Ajami, Wall Street Journal, 17 février 2005.
« Hariri sought the dignity of a businessman’s peace », Daily Star, 23 février 2005.

Résumé Rafic Hariri, qui vient d’être tué dans un attentat, était pourtant le moins probable des martyrs de la cause de l’indépendance libanaise. Il était passé de la pauvreté à la richesse grâce au patronage des Séoud et il n’avait pas grande foi dans les opinions politiques, il croyait à l’importance de la richesse et du pragmatisme. Il estimait que la place du Liban était dans la lignée de son héritage phénicien : faire du commerce, des activités bancaires et du tourisme. Il a toujours tout fait pour rester du bon côté face aux Syriens. Il connaissait les risques d’affronter Damas et les assassinats commis par la Syrie contre les nationalistes libanais.
Hafez El Assad avait toujours considéré que le Liban était à lui ; la guerre lui a permis de s’en emparer et de faire de ce pays à la culture riche une base pour son armée et une base lucrative pour les trafics qui enrichissaient sa kleptocratie. Cette prise du Liban a été rendue possible par le silence du reste du monde qui a vu la Syrie comme le pompier d’un Liban volatile. Les États-Unis ne soutinrent pas Michel Aoun, quand celui-ci se rebella contre les Syriens en échange de l’engagement de Damas contre l’Irak lors de la première Guerre du Golfe. On sacrifia donc à la souveraineté du Koweït, qui avait du pétrole, la souveraineté du Liban, qui n’avait que des cèdres.
Hariri s’était éloigné de Damas en se croyant protégé par ses liens avec Jacques Chirac et les Séoud. Il s’était associé aux chrétiens et aux druzes et la Syrie a riposté. Il faut désormais que la Syrie quitte le Liban. Le Liban, mon lieu de naissance, n’aura plus jamais sa splendeur passée mais il peut redevenir un phare de la modernité arabe. Ce serait un pas dans le sens du développement de la liberté dans le monde arabe.

« La stratégie de survie syrienne »

Auteur Farid N. Ghadry

 Citoyen états-unien d’origine syrienne et ancien employé de l’entreprise d’armement états-unienne EG&G, Farid N. Ghadry est président du Reform Party of Syria (RPS), un parti formé peu de temps après le 11 septembre et dont une délégation était présente lors de la célébration des 20 ans de la National Endowment for Democracy.

Source Washington Times (États-Unis)
Référence « Syrian survival strategy », par Farid N. Ghadry, Washington Times, 23 février 2005.

Résumé L’assassinat de l’ancien Premier ministre libanais Rafic Hariri n’ouvre pas une nouvelle crise au Proche-Orient, c’est le point culminant des tensions entre les États-Unis et la Syrie, qui ont commencé en avril 2003 quand les troupes états-uniennes se sont installées à bagdad. Pendant deux ans, les États-Unis ont utilisé des moyens diplomatiques pour traiter avec Damas, mais les problèmes ont émergé quand la dernière bataille conventionnelle pour sauver le régime irakien, en avril 2003, a été menée par des " volontaires " syrien et non pas par des Irakiens. Ensuite, la Syrie a accueilli les ba’asistes irakiens qui ont pu s’y regrouper, s’organiser et contre-attaquer via la frontière irako-syrienne.
En mai 2003, Colin Powell s’est rendu à Damas et il a reçu les habituelles promesses creuses. En décembre 2003, le Congrès a adopté le Syria Accountability Act, puis les États-Unis et la France ont fait adopter la résolution 1559 le 2 septembre. La Syrie a répondu en assassinant Hariri. Il est significatif que l’ancien allié des Syriens, Walid Joumblatt, a dénoncé le rôle de Damas dans ce crime.
Nous assistons à la stratégie habituelle des Syriens : semer le trouble à l’étranger (Liban et Irak) pour se protéger. Face à cette vieille stratégie, les États-Unis doivent eux en adopter une nouvelle et soutenir une offensive populaire syrienne contre Damas. Il faut mobiliser les Syriens et aider le Reform Party of Syria (RPS).

« Il n’est pas question de discuter avec un pouvoir fantoche »

Auteur Walid Joumblatt

 Fils de Kamal Joumblatt, Walid Joumblatt est un homme politique libanais, figure de la communauté druze et de l’actuelle mouvement anti-syrien au Liban. Il préside le Parti socialiste progressiste.

Source Le Monde (France)
Référence « Il n’est pas question de discuter avec un pouvoir fantoche », par Walid Joumblatt, Le Monde, 23 février 2005. Ce texte est adapté d’une interview.

Résumé M. Amr Moussa, de la Ligue arabe, a déclaré en sortant de chez le président syrien que ce dernier était disposé à appliquer les accords de Taëf, mais cette histoire traîne depuis 15 ans. Il faut immédiatement constituer un gouvernement d’union nationale au Liban et démanteler l’appareil sécuritaire syrien conjoint avec les Libanais. Les garanties fournies par M. Moussa sont totalement insuffisantes. La Syrie est quelque part responsable de la mort d’Hariri et elle couvre un gouvernement libanais fantoche. Quand on parle de gouvernement libanais, c’est d’un gouvernement simplement géré par le Gauleiter syrien, dans la Bekaa. On ne peut pas négocier avec la bande de criminels de Damas, il nous faut des assurances quant au retrait syrien.
Il faut d’abord des élections libres, ensuite le départ d’Émile Lahoud et Omar Kamaré, puis établir un calendrier précis concernant le retrait syrien. Les discussions sur le retrait syrien dans le parlement libanais ne mèneront à rien car, hormis l’opposition, ce parlement est à la solde des Syriens. Il faut également une enquête internationale sur la mort de Rafic Hariri et la commission internationale d’enquête désignée par Kofi Annan est une excellente chose, mais il faut que le commissaire irlandais Fitzgerald puisse interpeller les plus hauts responsables syriens et libanais, et les hommes politiques.
Le point de rupture avec les Syriens a été la tentative d’assassinat contre Marouane Hamadé, en octobre 2004, juste après que l’on a pacifiquement osé dire non à la décision de Bachar Al-Assad de prolonger le mandat présidentiel de M. Lahoud. Ils, c’est-à-dire Syriens et Libanais, ont essayé de tuer Marouane. Puis, quand on a demandé l’application de Taëf, ils ont assassiné Hariri. Nous ne réclamons pas une intervention militaire de la France ou des États-Unis : nous ne sommes pas des traîtres. Nous demandons, en tant que citoyens libres et libanais, le respect des Droits de l’homme. Nous voulons un Liban indépendant et libre, ni plus ni moins. Il faut que le président syrien comprenne que le mur de Berlin est tombé, que l’empire soviétique est tombé. Je sais que je prends un risque en demandant cela, mais je me souviens de mon père et que le sacrifice doit être accepté pour l’indépendance de ce pays.

« Hariri, un visionnaire pour le Liban »

Auteur James J. Zogby

 James J. Zogby est président et fondateur de l’Arab American Institute, lobbyiste politique démocrate et membre du Council on Foreign Relations. Il présente le programme de radio et de télévision « A Capital View » sur l’Arab Network of America qui est également retransmis au Proche-Orient, et est éditorialiste hebdomadaire de Gulf News. Il est le frère de John Zogby, le PDG de Zogby International.

Source Gulf News (Émirats arabes unis)
Référence « Hariri : a visionary for Lebanon », par James J. Zogby, Gulf News, 24 février 2005.

Résumé Rafic Hariri était un géant politique et un visionnaire dont les accomplissements reflètent les qualités. Il possédait une grande volonté et une volonté de concentrer sa richesse et ses nombreux talents à la poursuite des buts qu’il s’était fixé pour lui et son pays. Il avait des ennemis bien sûr : les grands hommes en ont toujours. Les terroristes qui l’ont tué ont fait plus que cela, il ont poignardé le fragile Liban.
J’ai souvent été au Liban, pays dont je suis originaire, dans les années 70 mais je n’ai plus pu m’y rendre durant la guerre. Cela ne m’avait pas empêché de constituer une association humanitaire d’aide aux enfants libanais et de rester attaché à ce pays. Quand j’y suis retourné en 1990, j’ai rencontré Rafic Hariri et il m’a impressionné par son caractère visionnaire et sa capacité à faire ce qui semblait impossible. Au fur et à mesure de mes voyages, j’ai vu Beyrouth reprendre vie progressivement grâce à lui. Il faut être résolu à trouver et punir les meurtriers d’Hariri et également les priver de leurs rêves de voir s’effondrer le rêve d’Hariri : un Liban restauré, revitalisé et unifié. Le rêveur est mort mais le rêve vit.

« L’assassinat de Hariri va à l’encontre des intérêts Syriens »

Auteur Carsten Wieland

 Carsten Wieland est spécialiste du Moyen-Orient au Goethe-Institut du Caire.

Source Deutschland Radio (Allemagne)
Référence « Mord an Hariri läuft syrischen Interessen entgegen », par Carsten Wieland, Deutschland Radio, 18 Février 2005. Ce texte est adapté d’une interview.

Résumé Les menaces contre la Syrie ne sont pas nouvelles, elles sont de plus en plus fréquentes depuis le début de la guerre en Irak. La mort de Rafic Hariri est en tous cas contraire aux intérêts syriens ; je suis persuadé que cela n’a pas été planifié au sommet de l’État. La Syrie fait profil bas depuis le début de la guerre. Elle est prête à mener des négociations avec Israël, elle a essayé de rendre la frontière avec l’Irak la plus étanche possible ; même les Etats-unis sont incapables de contrôler totalement les frontières irakiennes. Cet attentat contre Hariri est contraire à la stratégie de Damas.
Depuis le 11 Septembre, la Syrie figure parmi les partenaires les plus sûrs dans la lutte contre Al Qaïda, qui a d’ailleurs conseillé à ses membres de ne pas faire confiance à la Syrie. Le régime syrien a combattu depuis longtemps contre les Frères Musulmans et les radicaux islamistes dans la région. Cette image a été renversée juste avant la guerre en Irak. Le bureau de Damas, qui sert de vitrine politique à l’OLP, est loin de signifier que la Syrie est la cellule dirigeant les attentats suicides en Israël. Il est clair que la Syrie entretient des liens avec le Hezbollah mais c’était jusqu’à présent dans l’intérêt des Américains et des Israéliens.
L’arrivée au pouvoir de Bachar El Assad a suscité des espoirs de libéralisation et il n’a pas entamé son crédit aux yeux de la population la plus jeune, qui est aussi la plus nombreuse en Syrie. Le pouvoir n’est plus unique, concentré à Damas, et certains pensent que Bachar n’a plus un contrôle absolu sur le pays. Je n’exclue pas à cent pour cent la possibilité que certains sous-groupes des services secrets syriens, ayant pris leur indépendance, associés à des ennemis personnels de Hariri, aient quelque chose à voir avec l’attentat. L’enjeu est grand, la Syrie n’est pas seulement sous pression américaine mais aussi sous pression islamiste.

« Qui a tué Rafic Hariri ? »

Auteur Patrick Seale

 Patrick Seale est un analyste et auteur réputé sur le Proche-Orient. Contributeur régulier à Gulf News. Il a notamment publié des ouvrages sur l’histoire contemporaine de la Syrie et une biographie d’Abu Nidal.

Source The Guardian (Royaume-Uni)
Référence « Who killed Rafik Hariri ? », par Patrick Seale, The Guardian, 23 février 2005.

Résumé Si la Syrie a tué Hariri, cela peut-être considéré comme un acte de suicide politique, compte tenu de sa situation internationale. Aussi, la responsabilité syrienne dans ce meurtre est hautement improbable ; le crime est plus probablement le fait des nombreux ennemis de la Syrie.
On ne peut nier les nombreuses erreurs commises par la Syrie au Liban et l’appareil du renseignement militaire syrien a bien trop souvent fait preuve d’ingérence dans les affaires libanaises, notamment en exigeant la prolongation du mandat d’Émile Lahoud. La Syrie a toutefois semble-t-il reconnu ses erreurs puisque Bachar El Assad a limogé la semaine dernière son chef du renseignement militaire pour le remplacer par son beau-frère. Une purge de l’appareil du renseignement syrien au Liban est attendue.
Hariri n’était pas à proprement parlé un ennemi de Damas. Pendant dix des douze dernières années, il a été Premier ministre malgré l’influence syrienne. Quelques jours avant sa mort, il discutait d’une possible visite à Damas avec le vice-ministre des Affaires étrangères syriennes et il n’avait pas vraiment rejoint l’opposition, il se voyait davantage comme le médiateur entre l’opposition et Damas.
Dans ce cas, qui l’a tué ? Les candidats ne manquent pas, de l’extrême droite chrétienne aux fondamentalistes musulmans, en passant par Israël. Ce dernier pays s’est fait une spécialité des assassinats ciblés dans tout le Proche-Orient et avec les États-Unis, il cherche à rallier la communauté internationale contre l’Iran, la Syrie et le Hezbollah, une organisation qu’Israël veut pousser l’Europe à déclarer comme terroriste, ce que la France refuse de faire malgré sa querelle avec la Syrie.
Il y a bien plus en jeu qu’une lutte entre clans rivaux au Liban.

« Al Hariri a payé pour son projet de Suisse arabe »

Auteur Vladimir Issaïev

 Vladimir Issaïev est directeur adjoint de l’institut d’ études orientales de l’académie des sciences de Russie.

Source Gazeta (Fédération de Russie)
Référence « Аль-Харири поплатился за проект арабской Швейцарии », par Vladimir Issaëv, Gazeta.ru, 16 Février 2005. Ce texte est adapté d’une interview.

Résumé Le Liban comme pays unifié n’existe pas, on a ce que j’appellerais les " Emirats libanais unis ", le pouvoir central contrôle Beyrouth et ses environs et a quelques liens avec les Émirats. La situation est proche aussi de celle de l’Afghanistan, les soldats syriens qui sont 14 000 au lieu de 35 000 au début, contrôlent Beyrouth et les routes principales. Dans certaines régions comme les régions druzes, ils sont totalement absents, en revanche ils contrôlent l’appareil d’État. Le gouvernement libanais actuel sympathise avec les Syriens, il ne prend aucune initiative sans leur aval. De nombreux Syriens travaillent au Liban et de nombreux Libanais en Syrie, des représentants officiels de leurs gouvernements respectifs parlent d’un peuple qui a été injustement séparé par les colonialistes. Il a même été question d’un gouvernement unique, la libre circulation du capital, des biens et des personnes est un fait et l’influence conséquente de la Syrie a empêché l’éclatement du Liban.
Rafic Hariri était l’un des piliers de l’économie libanaise. Parmi les 100 personnes les plus riches de la planète au sortir de la guerre civile, il a injecté 15 milliards de dollars dans la reconstruction du pays. Les gens en place actuellement, avec le soutien de la Syrie, l’ont écarté du pouvoir pour se partager le gâteau. Son retour signifiait bien sûr leur éviction. Ce n’est un secret pour personne, presque tous les hôtels de Syrie sont contrôlés par des Libanais et presque tous les restaurants du Liban par des Syriens. De nombreux groupes religieux n’avaient aucun intérêt dans le maintien du statu quo au Liban, le Hezbollah financé par l’Iran entre autres. L’assassinat de Hariri pourrait ébranler sérieusement cette construction fragile, mais la psychologie orientale pourrait être un rempart contre ce scénario, l’héritier remplaçant le représentant au pouvoir d’une famille quand celui-ci disparaît.
D’après moi, il ne faut en aucun cas retirer les troupes syriennes, Hariri s’était déclaré en faveur de ce retrait uniquement pour attirer les Européens au Liban. Si l’on voulait faire des élections normales il faudrait soit passer outre le principe confessionnel qui est inscrit dans la constitution et sur lequel s’est construit le Liban, soit faire un recensement pour conserver le système actuel : il n’existe que des estimations du nombre de votants. Si le situation reste inchangée, la majorité du gouvernement sera pro-syrienne à l’issue des élections.

 



Thèmes
11 septembre 2001
11 septembre 2001
- « Tueur à l’anthrax » : le mystère reste entier

- 115 mensonges sur les attentats du 11 septembre

- Les étranges propos d’un « spécialiste » du terrorisme de l’AFP...

- Manifestation pour la vérité sur le 11-Septembre à Bruxelles

- Les liens financiers occultes des Bush et des Ben Laden

- + + +


« Omission et manipulation de la Commission d'enquête sur le 11/9 » par David Ray Griffin


Skull & Bones
Lire notre article
Commander le livre



« Les dessous du terrorisme », par Gerhard Wisnewski


 

À propos du Réseau Voltaire - Contacts - RSS

  

Top