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Tribunes et décryptages - 16 mai 2005
Faut-il accepter n’importe quelle « constitution » ?

Décryptage

Le référendum français sur le projet de traité constitutionnel européen est le premier scrutin qui pourrait entraîner un rejet de ce texte. Il focalise donc l’attention de l’Europe, aussi bien chez ses partisans que chez ses adversaires. Le journal autrichien Der Standard donne la parole à deux opposants au texte qui livrent leur point de vue sur la campagne française et sa vision dans le monde germanophone.
L’écrivain Burkhard Müller-Ullrich s’imagine Français le temps de rédiger son texte et demande aux intellectuels allemands signataires d’un appel alarmiste en faveur du « oui » dans le journal Le Monde de changer de ton. De quel droit viennent-ils dire que voter « non » est un réflexe de peur alors que leur pays a nié à sa population le droit de s’exprimer par référendum ? Par ailleurs, en quoi le rejet de ce texte serait une telle catastrophe ? Dans un style différent, l’analyste autrichien, Manfred Rotter, s’agace de la campagne d’affolement orchestré par les militants du « oui » et dénonce le choix autrichien de la ratification par la voie parlementaire. Pour l’auteur, ce texte est inepte et les Français qui ont une occasion, eux, de le rejeter doivent la saisir.
L’intellectuel allemand Jürgen Habermas s’adresse pour sa part directement aux électeurs français, et plus précisément aux électeurs de gauche hostiles au texte dans le Nouvel Observateur. Son raisonnement est simple : le libéralisme vise à priver les États de leur influence sur l’économie. Si on veut réguler cette économie, il faut donc retrouver une entité politique capable de peser sur elle. Or, l’Europe peut être une telle entité si elle est mieux intégrée politiquement. Puisque le traité constitutionnel a comme objectif déclaré de pousser cette intégration politique, il faut le soutenir. Selon lui, les néo-libéraux se réjouiraient d’un rejet du texte qui nuirait à l’Europe politique. À aucun moment, il ne cite de passage du texte qui vienne confirmer ses dires et qui démontre que l’Union européenne pourra désormais peser sur les courants économiques mondiaux. Il se livre par la suite au même raisonnement en politique étrangère, les néo-conservateurs remplaçant les néo-libéraux dans sa démonstration.

La question du lien entre ce texte et la philosophie libérale est le point central de la campagne référendaire à gauche. Pour les partisans du texte, comme pour Habermas, le texte est, en soi, un frein aux excès du libéralisme. Une approche que contestent les adversaires du texte. S’exprimant dans Le Monde, le Prix Nobel d’économie 1988, Maurice Allais, dénie aux partisans du « oui » le droit d’utiliser cet argument. Citant l’article III-314 du Traité, il affirme que le texte détruit explicitement toute possibilité pour les États de se protéger contre les méfaits d’un libre-échangisme trop poussé. Dans le même quotidien, un groupe de personnalités sociales-démocrates européennes (Jean-Maurice Dehousse, Oskar Lafontaine, Pierre Larrouturou et Cesare Salvi) affirme même que ce texte est dangereux pour l’Union européenne à long terme. Le traité constitutionnel ouvre la voie à la concurrence entre États en matière fiscale à un moment où l’Europe a besoin de forts investissements publics dans la recherche, notamment en direction des énergies de substitution au pétrole. Pour les auteurs, la crise énergétique à venir va plonger l’économie mondiale dans la dépression et il faudra alors une Europe forte ayant les moyens de peser sur l’économie, pas une Europe adepte du laissez-faire.

Certains partisans du « non », dans la droite française, et notamment Philippe de Villiers, ont exprimé l’idée selon laquelle un rejet du traité constitutionnel européen entraînerait un rejet de l’adhésion turque, bien que ces deux point n’aient rien à voir. Certaine figures de l’UMP favorables au texte ont affirmé que les deux éléments n’avaient pas de liens, mais cela n’empêche pas un collectif de parlementaires du même parti d’utiliser l’argument en le retournant : en votant oui, on rejette l’adhésion turque ! En acceptant le traité constitutionnel, l’Europe construirait un projet politique fondé sur les Droits de l’homme qui serait donc définitivement incompatible avec l’adhésion turque. Cette réflexion se fonde sur le présupposé qu’islam et démocratie sont incompatibles et qu’un pays laïque dont la population est majoritairement musulmane est avant tout un pays musulman, et donc soupçonnable d’islamisme rampant.

Enfin, l’intellectuel médiatique français Bernard Henri Lévy s’indigne dans un de ses éditoriaux du Point, repris par le Los Angeles Times, de la mascarade qu’est la guerre au terrorisme. Comment croire aux arrestations de dignitaires d’Al Qaïda au moment politique le plus opportun ? Toutefois, pour l’auteur, loin d’être un indice permettant de remettre en cause la guerre au terrorisme telle qu’elle est présentée par l’administration Bush ou de la réalité de l’existence d’une grande conspiration islamiste mondiale, cette farce est l’occasion de rappeler sa thèse du lien Ben Laden-Musharraf. S’il ne doute à aucun moment de la bonne foi de Washington, il appelle ses lecteurs à la méfiance vis-à-vis du Pakistan, prêt, selon lui, à donner la bombe nucléaire à Al Qaïda.

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16 mai 2005

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 EuCom : Contrôle de l’Europe

Auteurs et sources des Tribunes et décryptages

« Du malaise provoqué par l’appel allemand »

Auteur Burkhard Müller-Ullrich

Burkhard Müller-Ullrich est écrivain allemand, membre de la société d’auteurs « l’axe du bien ».

Source Der Standard (Autriche)
Référence

« Vom Unbehagen am deutschen Mahnwesen « , par Burkhard Müller-Ullrich, Der Standard, 12 mai 2005.

Résumé

Chers amis en Allemagne qui avez essayé d’agiter les Français par une lettre dans le journal Le Monde,
C’est à la mode de lancer des appels transfrontaliers, par presse interposée, dès qu’il y a des élections. Les Allemands sont dans leur élément quand il s’agit de donner des leçons politiques aux gens du monde entier. Ils auraient déjà voulu élire le président américain, nous aimerions cependant nous décider par nous-même sur cette constitution lors du référendum. Merci beaucoup pour votre intérêt et votre ingérence pénétrante dans nos affaires nationales. Vous, les Allemands, voulez une grande Europe pour expier l’histoire horrible que porte le nom Allemagne. Nous les Français sommes fiers de notre nation et c’est ce qui vous est désagréable. Vous parlez de renoncement à la raison dans le cas où nous ne dirions pas Amen à ce long paragraphe de 500 pages qui porte le nom de Constitution. C’est nous qui avons les premiers expérimenté le règne de la raison politique, cela s’appelait la terreur et a fait couler beaucoup de sang il y a 200 ans. Nous sommes encore assez déraisonnables pour exprimer de temps en temps notre colère à nos politiciens. Vous devriez essayer, cela ferait du bien à votre culture démocratique.
À propos de démocratie, vous ne semblez pas avoir confiance en la maturité politique du peuple, sinon le référendum aurait lieu aussi chez vous. Vous avez peur que le peuple décide autrement que le parlement et vous nous lancez crânement que « la peur est un signe de faiblesse » ! Quelle est après tout votre conception de la valeur et de la fonction de la Constitution ? Nous avons le souvenir du temps où les facteurs et les conducteurs de trains ne pouvaient pas exercer si l’on avait le moindre doute quant à leur foi en la Constitution. Cela nous paraît d’autant plus inquiétant que ce monstrueux texte est technocratique et que personne ne le connaît et personne n’en veut. L’Europe commerciale fonctionne déjà et l’Europe culturelle ne concernera pas la représentation centrale à Bruxelles.
Encore une chose, veuillez arrêter de vous moquer de notre « non » à la fin du mois. Si nous disons non, alors quelques politiciens se seront échauffés pour rien mais l’ordre du monde ne sera pas bouleversé. Nous bloquons de temps en temps le pays avec des camions mais la vie reprend son cours par la suite. Prendre un peu de plaisir au sabotage fait partie de notre culture. Vous les Allemands ne devriez pas toujours tout prendre au sérieux. Votez simplement contre cette Constitution imbécile au parlement !


« Contre les cavaliers de l’apocalypse de la Constitution européenne »

Auteur Manfred Rotter

Manfred Rotter est expert en droit des peuples, en droit européen et en relations internationales à l’université Johannes-Kepler de Linz.

Source Der Standard (Autriche)
Référence

« Wider die apokalyptischen Reiter der EU-Verfassung « , par Manfred Rotter, Der Standard, 10 mai 2005.

Résumé

L’agitation au sujet de la Constitution européenne se limite de manière significative à la classe politique de l’Union. La Constitution a été élaborée à grands frais et signée le 9 octobre 2004 après de nombreuses modifications de dernière minute. Depuis, les gouvernements des États membres et les grands à Bruxelles souffrent d’attaques-panique et de visions lugubres au sujet de la disparition de l’Union européenne. Les électeurs appelés à se prononcer ne se laissent pas impressionner, comme si la vie pouvait continuer sans la Constitution. Ils ont raison, personne n’en a besoin.
Elle ne change pas grand-chose par rapport au traité de Nice. L’Union européenne peut très bien continuer à fonctionner sur la base de ce traité, si la direction politique des États membres le souhaite. Cette Constitution est aussi un statut quo sur le plan socio-politique. Est-ce parce qu’il ne change rien que ce texte donne le droit à l’Autriche de le faire approuver au parlement uniquement ? Avec un référendum populaire, on se placerait du côté de la constitutionalité. C’est aussi une question d’honnêteté. C’est une re-fondation de l’union qui va avoir lieu. Les fondations précédentes et les contrats d’adhésion perdent leur validité, ils ne seront pas seulement rénovés mais remplacés. En d’autres termes, l’Union européenne et sa collectivité, à laquelle nous avions adhéré par décision du peuple, n’existera plus. La bienséance démocratique exigeait un référendum. La question est de savoir si une Constitution aussi peu indispensable, mais dans le même temps pas vraiment dommageable, va compenser l’évidente augmentation de la frustration des citoyens, alors qu’elle va être instituée partout au-dessus de leur tête.


« Le non illusoire de la gauche »

Auteur Jürgen Habermas

Philosophe et sociologue allemand, Jürgen Habermas est directeur du Max-Planck-Institut. Tout comme Marx, il s’intéresse à la tendance du capitalisme à s’orienter vers la crise, il est le théoricien du Patriotisme constitutionnel, patriotisme déconnecté de l’État-nation.

Source Nouvel Observateur (France)
Référence

« Le non illusoire de la gauche », par Jürgen Habermas, Nouvel Observateur, 5 mai 2005. Ce texte est disponible en allemand, ici.

Résumé

L’unification de l’Europe n’a longtemps été l’affaire que des élites politiques et tant que les citoyens y trouvaient leurs intérêts, ils n’ont rien trouvé à y redire. Dans l’Europe des 25, tous les pays ne peuvent plus disposer de postes et les citoyens refusent d’être dirigés de façon bureaucratique. Même dans les États les plus europhiles, la population se montre de moins en moins encline à tout accepter.
Le gouvernement français a eu le courage de soumettre la ratification de la Constitution à référendum. En tant qu’Allemand, j’admire cette décision. Les Allemands sont dépendants du vote français comme les Français sont dépendants du vote des Britanniques, des Polonais, des Tchèques et de tous les autres. La Constitution européenne ne pourra naître que du vote d’adhésion de vingt-cinq peuples et non de la volonté formée en commun par l’ensemble des citoyens européens. Le risque est que les électeurs se prononcent sur des bases nationales et non en faveur d’un texte débattu au sein d’un espace public européen. Il faudrait au moins que les pour et les contre des autres nations aient également accès à chacun de nos espaces publics nationaux. C’est aussi en ce sens que je comprends l’invitation qui m’est faite de prendre position dans le débat électoral français.
Je pense que la gauche française ferait un mauvais choix en voulant « dompter » le capitalisme en se prononçant contre la Constitution européenne. Il existe naturellement de bonnes raisons de critiquer le chemin pris par l’unification européenne, mais une gauche digne de ce nom ne doit pas se replier en réaction sur l’État nation. La capacité de régulation de l’État nation ne suffit plus depuis longtemps à faire pièce aux conséquences ambivalentes de la mondialisation économique. Ce n’est qu’au niveau européen que l’on parviendra à retrouver une partie de la capacité de régulation économique perdue de l’État. Une gauche active et lucide dans sa politique européenne aurait déjà depuis longtemps incité à une harmonisation beaucoup plus poussée. Il faut que l’Union européenne retrouve sa capacité d’action après l’élargissement et c’est ce à quoi s’emploie la Constitution. Si ce texte était rejeté, l’Union replongerait dans l’impuissance, ce qui réjouirait les néo-libéraux.
Grâce à ce texte, l’Union européenne pourra également développer un « soft power » suffisant pour contrer les ambitions des néo-conservateurs. George W. Bush ne pourrait que se réjouir, dans ces conditions, d’un rejet de la Constitution européenne. Nous ne pourrons faire face de manière offensive aux défis et aux risques liés à un monde en rupture que si nous renforçons l’Europe plutôt que de chercher à exploiter, au prix d’un vieux populisme, les angoisses, par ailleurs bien compréhensibles, de la population. On ne peut pas se permettre d’attendre d’hypothétiques re-négociations, il faut un outil capable de peser sur le monde.
Si la France rejette le traité, une dépression s’emparera de l’Europe. Si les Britanniques disent non, ce pays serait mis face à ses responsabilités par l’Union européenne, mais la France est l’un des fondateurs de l’Europe et c’est l’intégralité de l’édifice qui serait ébranlé. En outre, il faut se surestimer de manière grotesque pour imaginer, comme le font les partisans du non de gauche, que la Constitution serait renégociée au seul prétexte qu’au sein de la coalition perverse du non français se trouvent également quelques europhiles pour qui l’intégration politique ne va pas assez loin.


« Aveuglement »

Auteur Maurice Allais

Maurice Allais est Prix Nobel d’économie 1988.

Source Le Monde (France)
Référence

« Aveuglement », par Maurice Allais, Le Monde, 15 mai 2005.

Résumé

Suivant les avis les plus autorisés, à gauche comme à droite, le projet de Constitution, s’il était adopté, représenterait un rempart majeur contre « les excès du libéralisme ». Le terme « libéralisme » n’est pas approprié car par ce terme, ce qu’on désigne en fait c’est la « chienlit laisser-fairiste ».
Pourtant, l’article III-314 stipule clairement : « Par l’établissement d’une union douanière, conformément à l’article III-151, l’Union contribue, dans l’intérêt commun, au développement harmonieux du commerce mondial, à la suppression progressive des restrictions et aux investissements étrangers directs, ainsi qu’à la réduction des barrières douanières et autres ». Par conséquent, cette constitution ne protège en rien des « excès du libéralisme ». Au contraire, ce texte institutionnalise la suppression de toute protection des économies nationales de l’Union européenne. Cet article reprend l’article 131 du Traité de Rome en y ajoutant « "la suppression progressive des restrictions aux investissements étrangers directs ». Comme je l’ai démontré dans mon livre La Mondialisation. La destruction des emplois et de la croissance. L’évidence empirique, l’application inconsidérée, à partir de 1974, de cet article 110 du Traité de Rome a conduit à un chômage massif sans aucun précédent et à la destruction progressive de l’industrie et de l’agriculture.
Pour être justifié, l’article III-314 du projet de Constitution devrait être remplacé par l’article suivant : « Pour préserver le développement harmonieux du commerce mondial, une protection communautaire raisonnable doit être assurée à l’encontre des importations des pays tiers dont les niveaux des salaires au cours des changes s’établissent à des niveaux incompatibles avec une suppression de toute protection douanière. ».


« Renégocier le traité, sinon l’Europe va dans le mur »

Auteurs Jean-Maurice Dehousse, Oskar Lafontaine, Pierre Larrouturou, Cesare Salvi

Ancien ministre-président socialiste de la Wallonie et ancien maire de Liège, Jean-Maurice Dehousse est député européen.

Oskar Lafontaine est ancien ministre des Finances social-démocrate allemand, ancien ministre-président du Land de Sarre et ancien président du SPD.

Pierre Larrouturou est porte-parole de l’Union pour l’Europe sociale.

Cesare Salvi est vice-président démocrate de gauche du Sénat italien.

Source Le Monde (France)
Référence

« Renégocier le traité, sinon l’Europe va dans le mur », par Jean-Maurice Dehousse, Oskar Lafontaine, Pierre Larrouturou et Cesare Salvi, Le Monde, 13 mai 2005.

Résumé

La Roumanie va adhérer à l’Union et, pour fêter cela, elle a décidé de baisser son impôt sur le bénéfice des sociétés. Comme les voisins baissent leur impôt sur les bénéfices, l’Allemagne fait pareil : l’impôt va passer de 38,3 % à 32 %. En quinze ans, le taux moyen d’impôt sur les bénéfices a déjà baissé d’un tiers en Europe. Pour la France, en 2005, c’est un manque à gagner de 17 milliards (l’équivalent du déficit de la Sécurité sociale). Jamais les bénéfices n’ont été aussi importants et jamais on a autant baissé les taux d’imposition. Comment va-t-on financer la recherche, l’éducation, les retraites ou la santé, si l’on continue ce moins-disant fiscal ? La seule fois où l’on a assisté à cette course entre États voisins, c’était aux États-Unis entre États fédérés dans les années 20 et cela a participé à la crise de 1929. Pour éviter cela, désormais, 60 % des taxes et impôts sont prélevés par l’État fédéral.
Hélas, la Constitution européenne nous interdit de créer un impôt européen et empêche tout mouvement d’harmonisation. La concurrence de tous contre tous devient la règle. Dans son dernier livre, Jean-Paul Fitoussi stigmatise cette constitution qui ferait de l’Europe le seul ensemble de la planète dans lequel les instruments macro-économiques traditionnels sont inexistants ou empêchés. Alors que beaucoup d’économistes pensent que nous nous dirigeons vers une crise très grave, l’Europe se prive de moyens de réagir en cas de chocs externes. La dette états-unienne pourrait entraîner une fin de la croissance mondiale. Il faut donc vérifier que tous les instruments de régulation sont disponibles et bien coordonnés, convoquer un nouveau Bretton Woods, créer un impôt européen ou des écotaxes pour financer la recherche (en matière énergétique en particulier) et finançant un plan d’action pour diviser par deux notre consommation d’énergie d’ici 2010. Il faudrait donner à la Banque centrale européenne un objectif de croissance (comme la Réserve fédérale). Construire, au niveau européen, un nouveau contrat social qui assure un partage de la valeur ajoutée plus juste et plus favorable à la consommation et à la croissance.
Au lieu de cela, on endort le citoyen en lui disant que la Partie III du texte n’est qu’une reprise de textes existants. C’est bien ça le problème ; ces textes ont 20 ans ou plus. L’Histoire sera sans doute sévère avec ceux qui ont rédigé ce traité. Le libéralisme des uns et la paresse intellectuelle des autres nous amènent dans le mur. L’Europe reste notre avenir mais il faut renégocier ce texte. Cela passe par un non français. Les dégâts du libéralisme sont tels que partout les esprits évoluent. Plutôt que de constitutionnaliser des règles du jeu qui nous mènent dans le mur, il faut d’urgence ouvrir une nouvelle négociation avec ceux qui le veulent.


« Voter oui pour mieux dire non »

Auteur Le président et les membres du groupe de travail
« le Oui pour le Non »

Les députés français Richard Mallie, Marc Bernier, Gabriel Biancheri, Jean-Marie Binetruy, Ghislain Bray, Roland Chassain, Charles Cova, Bernard Depierre, Jean-Jacques Descamps, Georges Fenech, Bruno Gilles, Maurice Giro, Claude Goasguen, François Grosdidier, Dominique Le Mener, Dominique Paille, Christian Philip, Michel Raison, Eric Raoult, Jacques Remiller, François Rochebloine, André Santini, Guy Teissier, Léon Vachet, Philippe Vitel.

Source Le Figaro (France)
Référence

« Voter oui pour mieux dire non », par Le président et les membres du groupe de travail « le Oui pour le Non », Le Figaro, 11 mai 2005.

Résumé

Le 17 décembre 2004, les chefs d’État de l’Union européenne ont décidé de l’ouverture des négociations d’adhésion de la Turquie à l’Union européenne. Malgré la longueur annoncée de ces négociations et leur issue incertaine, nous sommes nombreux à être exaspérés à l’idée même de l’ouverture de ces négociations. Ce sentiment est renforcé par l’attitude de M. Recep Tayyip Erdogan qui a exclu toute autre issue que l’adhésion au terme des négociations et qui s’est montré menaçant.
Le traité constitutionnel européen et sa charte des droits fondamentaux construisent un projet politique qui est aujourd’hui incompatible avec l’adhésion turque. Comment pourrions-nous intégrer dans notre projet politique européen un État turc dont le Premier ministre actuel a déclaré : “Les minarets sont nos baïonnettes, les coupoles nos casques, les mosquées nos casernes et les croyants nos soldats » ? La Constitution définit également un projet politique et construit une entité avec une sécurité et une défense commune. Intégrer la Turquie créerait un choc budgétaire qui mettrait en péril cette nouvelle Europe. En effet, cette intégration coûterait l’équivalent du quart du budget de l’Union européenne. Cette situation fera perdre le « droit à subside » à une dizaine de régions des nouveaux États membres.
La Constitution est le meilleur des remparts contre l’hypothèse de l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne. De plus, la révision de la Constitution française va rendre obligatoire l’organisation d’un référendum pour tout élargissement de l’Union européenne à des États pour lesquels l’ouverture des négociations d’adhésion aura été décidée après le 1er juillet 2004. Donc, les Français auront le dernier mot sur la Turquie.
Toutefois, refuser l’adhésion turque ne signifie pas lui tourner le dos. Nous pensons que la Turquie peut devenir le pôle fédérateur des peuples turcophones de l’Asie, de ceux du Caucase et de ceux du Moyen-Orient. Là encore, le projet de Constitution européenne (article 57) nous apporte une solution en créant un statut spécial destiné aux pays qui jouxtent l’Europe, mais qui sont au-delà de ses frontières : le statut de partenaire privilégié. Ainsi, rejeter le projet de Constitution nous priverait de nos meilleurs atouts pour refuser l’adhésion de la Turquie à l’Union. A contrario, en votant oui, nous nous dotons d’un projet politique incompatible avec l’adhésion de la Turquie.


« Où l’on voit revenir - de plus belle - la question pakistanaise... »

Auteur Bernard-Henri Lévy

Bernard-Henri Lévy, chef de file des « nouveaux philosophes », est chroniqueur à l’hebdomadaire Le Point, éditeur chez Grasset et membre du conseil de surveillance de la chaîne de télévision franco-allemande Arte. Il est l’auteur de Qui a tué Daniel Pearl ?.

Sources Los Angeles Times (États-Unis), Le Point (France)
Référence

« Où l’on voit revenir - De plus belle - La question pakistanaise... », par Bernard Henry Lévy, Le Point, 12 mai 2005
« Pakistan’s Chips in a Shady Game », Los Angeles Times, 13 mai 2005.

Résumé

Quelques heures avant que le Pakistan annonce aux États-Unis qu’il ne voterait pas leur résolution en faveur de la guerre en Irak, les forces spéciales pakistanaises arrêtaient Khaled Cheikh Mohammed, numéro trois d’Al Qaïda. Quatre mois plus tard, Naeem Noor Khan, autre cerveau de l’organisation, est arrêté à la veille d’une visite de Pervez Musharraf à Camp David. Le Pakistan y recevra trois milliards de dollars d’aide. Abou Zoubeida, responsable des opérations extérieures d’Al Qaïda, sera arrêté au moment du débat parlementaire sur le montant de cette aide. Le 11 septembre, date anniversaire, ils arrêtent Ramzi ben al-Shaiba, l’homme de la cellule de Hambourg. Abou Faraj Farj al-Libbi est arrêté aujourd’hui alors que Washington veut conditionner la livraison des F16 au droit d’interroger Abdul Qader Khan, père de la bombe islamiste et parrain de tout le réseau de trafics impliquant, on s’en souvient, l’Iran, la Corée du Nord et, peut-être, des laboratoires d’Al Qaïda à Kandahar.
On pourra parler de coïncidences, mais on ne m’enlèvera pas de l’idée qu’il y a là ce qui ressemble à un bras de fer. Tout se passe comme si le pouvoir pakistanais savait où les trouver et les livrait au compte-goutte en fonction de ses besoins. Les optimistes se réjouiront d’apprendre qu’il y a un pays, sur cette planète, où l’on en sait un peu plus long sur les caches des lieutenants de Ben Laden ainsi que, peut-être, de Ben Laden lui-même. Les pessimistes s’inquiéteront plutôt, eux, de cette indication nouvelle du double jeu pakistanais. Pour ce qui me concerne, mon siège est fait. Ayant pu observer lors de mon enquête sur Daniel Pearl les liens troubles entre le Pakistan et le jihad international, je n’ai guère d’illusions quant à la sincérité des dirigeants d’Islamabad lorsqu’ils se présentent comme les meilleurs élèves de la classe antiterroriste.
J’espère que Condoleezza Rice n’a pas plus de doutes que moi et qu’elle sait ce qu’elle fait, et pourquoi elle le fait, quand elle félicite le Pakistan.


 



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« La filière terroriste du FBI », par Jean-Guy Allard

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« Guerre biologique et terrorisme », par Francis A. Boyle


« Omission et manipulation de la Commission d'enquête sur le 11/9 » par David Ray Griffin


 

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