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Chrétiens d’Orient

Le Patriarche, les catacombes et la « révolution »

Après avoir contraint à la démission l’ancien patriarche maronite, le Saint-Siège a favorisé l’élection de Mgr Boutros Béchara Raï, avec pour mission de défendre l’ensemble des chrétiens d’Orient aussi bien face à l’extrémisme musulman que face aux projets états-uniens qui l’alimentent. Lors de sa première visite officielle en France, le nouveau patriarche, rompant avec la langue de bois ecclésiastique, a clairement reproché au président Sarkozy de participer à une action de déstabilisation de la Syrie dont les chrétiens d’Orient seront les premiers à faire les frais. Sœur Agnès-Mariam de la Croix souligne l’espoir que ce revirement politique a fait naître dans sa communauté.

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En octobre 2010, le Saint-Siège a organisé au Vatican un synode spécial pour les Églises d’Orient. Celui-ci a fixé une nouvelle ligne politique d’ancrage du catholicisme dans la culture arabe, de soutien à la cause palestinienne, et de refus du « remodelage [états-unien] du Moyen-Orient élargi ». Il existe sept Églises orientales reconnaissant l’autorité papale : le Patriarcat latin de Jérusalem, l’Église catholique syriaque, l’Église maronite, l’Église catholique chaldéenne, l’Église grecque-catholique melkite, l’Église catholique arménienne, l’Église catholique copte. Les maronites sont les plus nombreux avec 3 millions de fidèles.

Les chrétiens du Moyen-Orient ont suivi avec le plus grand intérêt la visite protocolaire du Patriarche maronite Mgr Boutros Béchara Raï en France [1]. On n’en revenait pas d’entendre de la bouche du Pasteur ce que chacun d’entre nous aurait souhaité dire au monde. Pour quelques jours les chrétiens se sont sentis dignes et libres, loin de toute récupération du langage et de toute sophistication des idées qui les obligeaient à se contenter de vivre dans les catacombes de l’actualité.

Il faut avoir vécu la guerre du Liban, celle de l’Irak ou le génocide arménien, pour savoir ce que c’est que d’être court-circuité par les moyens de (dés) information et de ne plus faire partie du consensus mondial, de sorte à subir l’injustice tout en étant vilipendé. En ces temps-là, les chefs religieux devaient, par égard pour leurs ouailles, relativiser les sévices commis contre elles. Ultime humiliation : il fallait ne jamais transgresser le politiquement correct même pour stigmatiser une injustice, une répression ou un génocide.

Que les régions chrétiennes soient bombardées jour et nuit par une armée arabe venue pour instaurer la paix, au Nom de Dieu on réclamait le silence et la patience ; que les chrétiens soient chassés hors de leur région, massacre aidant, dans le cadre d’une redistribution démographique programmée, on insistait sur la nécessité de pardonner ; qu’ils soient persécutés au point de prendre le chemin de l’exil laissant à d’autres leurs biens meubles et immeubles, on leur disait qu’il était inutile de réclamer. En ces temps-là, leurs pasteurs ne se permettaient pas l’imprudence de contrarier les bourreaux et moins encore les commanditaires internationaux de ces derniers.

Qu’ils soient dissidents ou sympathisants du régime, les chrétiens ont toujours tort. Au Liban ou jadis en Arménie, ils avaient tort de réclamer leur indépendance. En Irak ou en Syrie, ils ont tort de ne pas trahir leur pays. Ils ont tort de ne pas se plier aux diktats des grandes puissances qui un jour répriment la dissidence et un autre l’imposent.

C’est ainsi que les chrétiens des pays arabes payent la dette d’être en trop sur l’échiquier de la région. C’est sans doute pour leur épargner de plus grandes souffrances que leurs pasteurs ont préféré vivre dans les catacombes du silence, les entraînant à y résider avec eux. Il faudrait avoir été obligé, manu militari et in nomen Dei (par la force des armes et au Nom de Dieu) à rentrer dans ces catacombes-là pour comprendre la libération que sentent aujourd’hui beaucoup de chrétiens grâce aux prises de position courageuses de ce Patriarche à qui « la Gloire du Liban a été donnée ». Oui, ils constatent que les temps ont changé puisque leur Pasteur ose dire simplement ce qu’ils pensent dans le secret : leurs peurs, leurs désirs, leur vérité.

Les chrétiens sont tellement reconnaissants que « leur » Patriarche ne craigne pas d’affronter le tollé d’une opinion publique massivement ralliée à des thèses préfabriquées. Oh comme ils apprécient que cet homme de Dieu n’ait pas peur des voix dissidentes qui se sont élevées à l’intérieur même de son troupeau. Ils reconnaissent en ce Patriarche le Bon Pasteur qui donne sa vie pour ses brebis.

C’est un miracle qu’un Patriarche parle à l’encontre de la majorité bien pensante du Nouvel Ordre Mondial. C’est une révolution que les chrétiens des catacombes du mutisme et de la répression retrouvent un chef qui dise leur vérité nue sans additifs ni édulcorants. Le monde en a été suffoqué, les médias abasourdis, les chancelleries, la française en premier, n’en reviennent pas que de l’Église d’Orient puisse sortir un chef tellement ancré dans la véracité qu’il n’a pas froid aux yeux pour dire simplement ce qu’il pense.

La gêne qui l’accueille montre à quel point, sans le savoir, nous avons tous glissé dans un totalitarisme d’un genre nouveau, aussi dangereux que larvé.

Depuis des mois nous pouvons constater, en zappant entre les diverses chaînes satellitaires d’information, que partout c’est le même son de cloche, la même version. On se croirait dans les pires moments de la PropagandaStaffel à cette nuance près que chaque chaîne déploie différemment les artifices du tridimensionnel multicolore pour enjoliver la ration pour dupes qu’elle propose à ses téléspectateurs. Cette information « unifiée » et monopartite administrée sous forme d’intérêt militant pour la démocratie et la liberté des peuples opprimés, est ingurgitée pieusement et massivement par les téléspectateurs qui ont peur de se départir des scénarios qui leur sont inlassablement évoqués et présentés. Aussi, c’est avec soulagement et gratitude que les chrétiens non gagnés aux thèses fallacieuses des maîtres du monde, accueillent les courageuses et franches assertions du Patriarche concernant la situation dramatique liée au « printemps arabe ». Face à ce printemps qui a déjà fait plus de 60 000 morts en Libye, Béchara Raï reste dubitatif quant à sa portée réelle sur le présent et l’avenir de la démocratie au Moyen-Orient en général et au sort des chrétiens en particulier. Il le dit en toutes lettres : « Il est nécessaire pour tous les régimes de la région de respecter leurs peuples mais la théorie du soulèvement romantique des opprimés contre les régimes dictatoriaux est caricaturale. L’action de la communauté internationale, que ce soit au niveau des États ou du Conseil de sécurité, devrait tenir compte de ce paramètre. » Pour la Syrie il le dit haut et fort : «  Nous redoutons une guerre civile ou l’avènement d’un régime radical, ainsi que le démembrement du monde arabe en mini-États confessionnels qui ne conviendraient qu’à Israël. » [2]

Et de préciser : « Que se passe-t-il en Syrie ? Y aura-t-il une guerre sunnito-alaouite dans ce pays ? Ce serait non pas une démocratie mais un génocide. Lorsque des sociétés sont victimes de guerres, de crises économiques et de privation des droits élémentaires de l’homme, nous ne pouvons que nous inquiéter pour les chrétiens, parce que nous ne voulons pas qu’ils soient traités en tant qu’étrangers. Lorsque les régimes dans certains États sont religieux (...), nous vivons en danger permanent ».

Aussi, fidèle aux orientations générales de l’Église Catholique, le Patriarche favorise l’option d’un état civil avec la séparation du politique et du religieux, seule garantie contre les « déviations » du confessionnalisme.

Auprès des officiels français, le Patriarche n’a pas craint d’évoquer le sort des chrétiens dans les pays dont les régimes ont été renversés, ou dans les pays en proie à des soulèvements populaires. « Il est nécessaire d’aider les chrétiens du monde arabe aux plans matériel, humain et spirituel, pour leur permettre de tenir bon dans leurs pays respectifs ».

Je cite en son entier le rapport de presse de Louis Denghien du site InfoSyrie paru le 9 septembre 2011 :

« Au cours d’une conférence de presse tenue à Paris le 8 septembre, le nouveau patriarche maronite Mgr Bechara Raï a mis l’Occident et la France en garde contre la percée de mouvements islamistes radicaux dans le monde arabe, à la faveur des révoltes et révolutions en cours. Et le 77e patriarche de l’Église chrétienne maronite a clairement dit que la Syrie n’était pas totalement à l’abri d’une sanglante subversion de type islamiste. Il a du reste invité les occidentaux à donner "plus de chance à Bachar al-Assad" pour mettre en application les réformes politiques et sociales annoncées en juillet. "En Syrie, le président n’est pas comme quelqu’un qui, à lui seul, peut décider des choses. Il a un grand parti Baas qui gouverne. (Assad) lui, en tant que personne, est ouvert" a notamment déclaré le patriarche d’Antioche qui a encore précisé : "Nous ne sommes pas avec le régime, mais nous craignons la transition".

Mgr Raï, qui est libanais, s’est également étonné que les pays occidentaux s’opposent à l’armement de l’armée libanaise, ou refusent de faire appliquer les résolutions du Conseil de sécurité des Nations-Unies relatives au retour des Palestiniens dans leur pays.

À dire vrai, Mgr Raï n’est pas si naïf : il a mis les pieds dans le plat géopolitique en remarquant, au cours de sa conférence de presse, que les pays occidentaux n’étaient soucieux que des intérêts d’Israël. "Tout ce qui se passe dans les pays arabes, émiettant leur unité, va dans l’intérêt d’Israël" a précisé le patriarche qui s’est encore "interrogé" sur le type de démocratie que les États-uniens avaient installée en Irak. Le patriarche, qui se trouvait à Paris pour participer à la Conférence des évêques de France, devait se rendre à Lourdes jeudi soir.

Mgr Bechara Raï n’est certes pas le premier dignitaire chrétien à s’inquiéter ouvertement de la montée en puissance, notamment militaire, des groupes islamistes radicaux en Syrie [3]. Recevant les lettres de créances du nouvel ambassadeur syrien auprès du Saint-Siège, le 9 juin dernier, le Pape, tout en appelant en substance le gouvernement de Damas à privilégier le dialogue par rapport à la répression avait eu ces mots : "Pour faire progresser la paix dans la région, une solution globale doit être trouvée. Celle-ci ne doit léser les intérêts d’aucune des parties en cause et être le fruit d’un compromis et non de choix unilatéraux imposés par la force. Celle-ci ne résout rien, pas plus que les solutions partielles ou unilatérales qui sont insuffisantes". Une ou deux pierres symboliques dans le jardin des puissances occidentales, très pressées de faire de la Syrie un nouvel Irak, au risque de contraindre à leur tour les chrétiens syriens à choisir entre la valise et le cercueil ! Fin de citation [4].

Dans ses prises de position, le Patriarche Raï était en harmonie avec celles du Patriarche grec orthodoxe Ignace IV Hazim et du Patriarche grec-catholique Grégoire III Laham. Il s’est interrogé sur le genre de démocratie que les puissances occidentales privilégient en Orient. « De quelle démocratie s’agit-il en Irak, à la lumière de l’exode massif des chrétiens de ce pays ? ». Le chef de l’Église maronite a manifesté sa crainte que le processus entamé pour renverser le régime syrien —dont il n’a pas caché les vices— ne mène à un exode massif des chrétiens et à une guerre civile aux conséquences désastreuses pour toute la région.

Sans craindre de prendre une position contraire à celle de la France, le Patriarche Raï a parlé avec respect du Président Bachar El Assad —de qui le Président Sarkozy affirme qu’il est « fini » [5]— et a demandé qu’une chance soit donnée à son plan de réforme. Il soulignait indirectement son désaveu de toute ingérence extérieure et de toute escalade para militaire dans le processus de démocratisation de la Syrie.

Le Patriarche n’a pas eu peur de contrecarrer les médias de la désinformation. Il a exprimé sa sollicitude et son inquiétude pour l’avenir des minorités chrétiennes du Moyen-Orient, plus précisément en Syrie où, affirmait-il, l’instauration d’un régime religieux d’obédience sunnite allait mener à une alliance entre sunnites syriens et sunnites libanais ce qui exaspérerait les tensions entre Sunnites et Chiites dans la région.

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Mgr Béchara Raï, 77e patriarche de l’Eglise maronite, lors de sa visite à Paris.

Revenir aux catacombes pour concilier l’avenir ?

Les positions pastorales du Patriarche maronite ont été reçues disgracieusement par les chrétiens de la nouvelle opposition libanaise qui ont essayé de jeter de la poudre aux yeux de l’opinion publique en dénonçant « des propos confessionnels discriminatoires » de la part de leur chef religieux.

Ces positions politiques veulent, par précaution, ménager la sensibilité de l’opposition syrienne qui, jouissant de l’appui international, est sûre de renverser le régime. Les chrétiens ne devraient donc pas prendre trop clairement position contre l’opposition syrienne. Ils prônent en définitive encore et toujours les catacombes pour les chrétiens du Moyen-Orient. Mais, pour toute personne non engagée politiquement, comment justifier l’injustifiable devant les crimes confessionnels de Qusayr, de Homs ou de Kafarbohom, perpétrés par des sunnites contre des chrétiens ou des alaouites ? Ces actes barbares cherchent à fomenter la guerre civile en comptant sur les actes de vengeance de la part des familles des victimes.

Il faut venir en Syrie et, notamment, à Homs ces jours-ci pour voir de ses propres yeux l’incroyable réalité des groupuscules terroristes qui, protégés par le silence international, dévastent la ville et, plus précisément, les vieux quartiers chrétiens du centre. Une amie syro-arménienne, était avec son mari et son fils, médecins de profession, dans leur clinique privée dans le quartier Bab Sbah lorsque les « révolutionnaires » entourèrent le quartier et empêchèrent les habitants de sortir de chez soi, les prenant pour des boucliers humains contre l’offensive de l’armée. Arminée me raconte : « Nous avons essayé de sortir de l’immeuble par la porte de derrière pour regagner notre appartement. Mais les rebelles nous ont surpris avec des jets de flamme pour nous dissuader de partir. Mon mari a essayé de les convaincre : en effet je suis cancéreuse, et rester la nuit à même le sol dans la clinique, était impensable pour moi. Mon mari a risqué sa vie pour demander à parler aux rebelles. À sa grande surprise il a noté qu’ils étaient sous stupéfiants, et n’avaient aucun sens de la réalité. Ils ne sont pas syriens, leur accent les trahit. Malgré nos supplications ils ont refusé de nous entendre et ont repoussé mon mari à l’intérieur. De loin, leur chef, tirait en l’air et leur faisait signe de fermer la porte de l’immeuble. Nous avons passé à même le sol une nuit d’enfer. Ce n’est que le lendemain, lorsque l’armée est entrée, que nous avons pu rejoindre notre appartement, faire nos valises et…partir vers le littoral en attendant la pacification de la ville ».

Cette présence d’une cellule terroriste multinationale avait été corroborée par divers témoins. Homs est une ville importante qui commande la route internationale entre Damas et Alep et Damas et le littoral. Par là transitent les marchandises en provenance des ports de Lattaquieh ou de Tartous. Par là passent les caravanes en provenance d’Alep ou d’Idleb. Si Hama avait une signification culturelle essentiellement sunnite, Homs est une ville stratégique et est appelée à être la Benghazi de Syrie.

Nous ne pouvons que regretter la position timorée ou hostile de clercs ou de laïcs chrétiens « bien pensants » qui continuent à être influencés tout simplement par la campagne de désinformation médiatique et qui s’indignent des descriptions en temps réel de ceux qui vivent les évènements en Syrie avec le souci d’informer, sans parti pris politique. Il n’y a qu’à suivre l’évolution des évènements et lire entre les lignes des médias pour se rendre compte que cette version « vécue » est la bonne. Depuis le début nous témoignons d’une situation qui n’est pas uniquement celle d’une opposition pacifique et populaire contre un régime sanglant. Un agenda international récupère ce schème pour déstabiliser impunément la région et redessiner ses contours au profit de nouveaux gouvernements marionnettes d’obédience religieuse sunnite pour qui la démocratie est le droit d’imposer la sharia islamique à tous les citoyens d’une manière autrement obligatoire que les régimes laïcs en voie de disparition forcée.

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Comme en Libye, il existe deux oppositions en Syrie : l’une —nationaliste—, souhaite une alternance politique la plus pacifique possible, l’autre —fabriquée par les puissances occidentales et du Golfe— organise un guérilla pour justifier une intervention militaire étrangère et un changement de régime.

La nouvelle phase de la révolution syrienne

Revenons à Homs : depuis le début des manifestations décrites unanimement par les médias de la désinformation comme étant « pacifiques » les rangs étaient infiltrés par des activistes qui avaient pour mission de semer le désordre et inciter les forces de l’ordre à la riposte. Très vite, comme durant le fameux dimanche des Rameaux, les terroristes hirsutes, ont envahi certaines rues de Homs pour tout casser et provoquer un état de siège.

La majorité des habitants de la ville attendait depuis des mois l’intervention décisive de l’armée. Ils ont vécu des exactions, des exécutions sommaires, un état de siège et une loi martiale de la part des insurgés. La pression internationale a ralenti le pouvoir décisionnaire de l’État. Aujourd’hui c’est fait. L’armée encercle Homs et somme les insurgés de se rendre. Ces derniers ont enfin fait surface avec leur armement léger et lourd et leurs formations jihadistes implacables. Nous sommes entrés dans une nouvelle phase de l’insurrection syrienne : celle de la guerre de rues grâce à la présence de cellules sunnites combattantes, auparavant dormantes et aujourd’hui bien alertes.

Ce saut d’une insurrection armée larvée, occultée par les médias, à une insurrection armée publique, justifiée par les médias, a été préparé par une reformulation de la stratégie de la révolution syrienne.

Pour Rami Khouri, analyste basé à Beyrouth, la chute de Kadhafi « montre qu’il y a différents moyens de faire tomber les régimes arabes (…) Une fois que le mouvement est lancé et que la bonne combinaison est là —volonté populaire de changement et soutien régional et international—, aucun régime ne peut résister. En Syrie cette combinaison entre un soulèvement populaire et un soutien régional et international existe. Ces régimes autoritaires, aussi forts soient-ils, finissent par chuter », prédit-il. Pour lui, la révolte de la majorité chiite à Bahreïn, petit royaume dirigé par une dynastie sunnite, n’a pas abouti car elle n’était pas soutenue à l’étranger… « Louaï Hussein, une figure de l’opposition syrienne, craint que la victoire des rebelles libyens ne renforce ceux qui, en Syrie, appellent le mouvement jusqu’ici largement pacifique à prendre les armes. "J’ai peur que certains opposants pressés de faire tomber le régime, que nous avons toujours mis en garde contre une réplique du modèle libyen, aient maintenant recours aux armes", dit l’écrivain. » [6]

C’est chose faite. Sur son blog, Ignace Leverrier introduit avec une emphase pathétique ce qui « justifie » le recours aux armes de l’opposition :

« Ce qu’il est malheureusement en voie de gagner (le régime syrien), c’est le défi cynique d’entraîner certains de ses concitoyens, uniquement avides de liberté et de dignité mais trop longtemps exposés dans l’indifférence internationale aux balles des militaires, aux tortures des moukhabarat et aux exactions des shabbiha, à céder à la tentation de recourir aux armes. Faut-il rappeler que "cynique", qui en grec renvoie au chien, signifie la perte de tout sens moral ? » [7].

Ce développement stratégique ne se heurte à aucune prévention (?) car l’opinion publique a été préparée à une diabolisation du régime face à une canonisation de l’opposition. Cela est dû en majeure partie aux rapports fallacieux de Rami Abdel Rahman, directeur de l’Observatoire syrien des droits de l’homme sis à Londres, dont la mission est de faire un décompte quotidien des « morts » et « blessés » parmi les opposants, jamais du côté adverse. Ce décompte morbide falsifie la réalité au gré des besoins médiatiques et est reçu sans plus de vérification par la presse internationale.

Présentées comme étant des quêtes démocratiques populaires, les manifestations sont le trompe-l’œil trouvé pour faire exploser la situation en Syrie et justifier, au cas où le besoin se présenterait, une intervention militaire à la manière libyenne. Avec les prises de position des chefs religieux chrétiens, et, en particulier, les assertions sans équivoques du Patriarche maronite, puis la déclaration du Secrétaire de la Ligue Arabe Nabil Arabi, en conclusion de sa visite à Damas, la recolonisation de la Syrie semble être encore relativement éloignée de la portée « humanitaire » des stratèges de l’Otan. Rendons grâces à Dieu et espérons que les réformes que nous souhaitons tous deviennent une réalité patente pour éviter le pire où tous nous retournerions aux catacombes.

[1] C’est de tradition que la première visite d’un nouveau patriarche maronite soit en France où il est reçu par le chef de l’État en signe de la permanence des relations cordiales historiques entre la France et les maronites qui remontent à Saint Louis.

[2] « Le message de Mgr Raï à Paris : les chrétiens d’Orient sont en danger », par Julien Abi Ramia, Magazine du 9 septembre 2011. Repris sur le site du Rassemblement pour le Liban.

[3] « Au crible des informations tendancieuses, la situation en Syrie », par Mère Agnès-Mariam de la Croix, Réseau Voltaire, 1er mai 2011.

[4] « Le patriarche de l’Eglise chrétienne maronite : "L’Occident doit donner du temps à Bachar" », par Louis Denghien, InfoSyrie, 9 septembre 2011.

[5] Voir l’éditorial de Samir Tuéini, dans An-Nahar (Liban) du 10 septembre 2011.

[6] « Le printemps arabe ne s’arrêtera pas à Tripoli », Tahalil (Mauritanie), 23 août 2011.

[7] « La révolution pacifique en danger en Syrie », par Ignace Leverrier, Un Oeil sur la Syrie/LeMonde.fr, 7 septembre 2011

Mère Agnès-Mariam de la Croix

Mère Agnès-Mariam de la Croix Religieuse carmélite. En 1993, elle restaure les ruines du monastère de Saint Jacques le Mutilé à Qâra en Syrie, dont elle devient l’higoumène, et fonde « l’Ordre de l’Unité d’Antioche ».

 
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