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Les missiles reviennent à Comiso ?

Manlio Dinucci attire notre attention sur des déclarations de responsables du Pentagone laissant entendre que Washington envisage de redéployer son système nucléaire. Tout ceci se fait dans le contexte d’une rhétorique anti-Russe contredite par l’accord survenu entre John Kerry et Vladimir Poutine à Sotchi, le 12 mai. Il semble donc que le Pentagone instrumente le conflit ukrainien pour justifier de nouveaux investissements nucléaires, mais on ne peut écarter que Washington n’ait pas l’intention de respecter ses engagements de Sotchi.

| Rome (Italie)
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Le président Obama et la chancelière Merkel, dans une rencontre en tête à tête avant le G7, ont réaffirmé qu’ils maintiendront les sanctions contre la Russie. Et Obama, à peine arrivé en Bavière, avait déclaré qu’il « faut contrecarrer avec fermeté l’agression contre l’Ukraine », laissant entendre que contre la Russie il ne fallait pas prendre que des mesures économiques. Existe-t-il donc un agenda secret qu’Obama a apporté au G7, notamment aux plus grands alliés de l’Otan (Allemagne, France, Grande-Bretagne et Italie) qui en font partie ? Ce que pourrait être cet agenda se déduit des déclarations faites à Washington le 5 juin, deux jours avant le G7, par des fonctionnaires du Pentagone, rapportées par l’Agence France-Presse.

Ils ont déclaré que « les États-Unis sont en train de considérer une série d’actions, pour s’opposer à la violation par la Russie du Traité sur les armes nucléaires, parmi lesquelles la potentialisation des défenses de missiles ou même le déploiement en Europe de missiles avec bases à terre ». C’est-à-dire de missiles nucléaires comme ceux placés par les USA en Europe pendant la guerre froide : les Pershing 2 balistiques, en Allemagne, et les Tomahawk (missiles de croisière) lancés depuis la terre, à Comiso en Italie. Missiles qui ont été éliminés, avec les SS-20 balistiques en URSS, par le Traité sur les forces nucléaires intermédiaires signé par Washington et Moscou en 1987. Il interdit le déploiement de missiles à portée comprise entre 500 et 5 500 km.

Washington accuse Moscou d’avoir expérimenté un missile de croisière de cette catégorie. Moscou, à son tour, accuse Washington d’installer en Pologne et en Roumanie des rampes de lancement de missiles intercepteurs (ceux du « bouclier »), qui peuvent être utilisées pour lancer des missiles Tomahawk à tête nucléaire. Il faut en outre considérer que les États-Unis conservent en Allemagne, Italie, Belgique, Hollande et Turquie environ 200 bombes nucléaires B-61, qui s’ajoutent aux plus de 500 têtes françaises et britanniques prêtes au lancement. En Italie, violant le Traité de non-prolifération, il y en a 70-90 à Aviano et Ghedi Torre. Mais il pourrait y en avoir plus, y compris dans d’autres sites et à bord des navires états-uniens. Les B-61 seront transformées, sous peu, de bombes à chute libre en bombes « intelligentes » B61-12 qui pourront être larguées à grande distance de l’objectif. En Italie, en 2013 et 2014, s’est déroulée la Steadfast Noon (Midi résolu), la manœuvre Otan de guerre nucléaire, à laquelle l’an dernier ont aussi participé des F-16 polonais. Washington réaffirme que « l’Otan restera une alliance nucléaire » et que, « même si l’Otan s’accordait avec la Russie pour une réduction des armes nucléaires en Europe, nous aurions toujours l’exigence de compléter le programme de la B61-12 ».

La possibilité que soient à présent déployés à nouveau en Italie des missiles nucléaires états-uniens avec bases à terre, n’est donc pas lointaine. Le colonel Sowers, porte-parole du Pentagone, a déclaré que « l’Administration Obama est en train de considérer une gamme de potentielles ripostes militaires à la Russie, toutes destinées à s’assurer que celle-ci n’acquière aucun avantage militaire significatif ». De telles « options », y compris celle de l’ « installation de missiles avec bases à terre en Europe », ont été « discutées à une réunion d’officiers supérieurs et diplomates convoquée le 5 juin à Stuttgart, en Allemagne, par le secrétaire à la Défense Ashton Carter ».

Nous voudrions savoir du Premier ministre Renzi, tout juste rentré d’Allemagne, s’il sait quelque chose de la réunion convoquée à Stuttgart par le chef du Pentagone, à laquelle ont participé probablement aussi des officiers supérieurs et des diplomates italiens.

Ou si nous devons attendre le communiqué par lequel le Pentagone annonce l’installation de missiles nucléaires en Italie.

Traduction
Marie-Ange Patrizio

Source
Il Manifesto (Italie)

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