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L’Art de la guerre

Voici comment les USA « rassurent » l’Europe

C’est bien connu, c’est par pur altruiste que les États-Unis financent le déploiement de leurs forces en Europe de l’Ouest et centrale afin de protéger celle-ci d’une invasion russe. Pourtant ce danger imminent est infirmé par l’Histoire : les troupes russes n’ont jamais envahi l’Europe, alors que l’inverse fut malheureusement successivement entrepris par l’empereur Napoléon Ier, puis par le führer Adolf Hitler. En réalité cette sollicitude vise uniquement à protéger le sol états-unien en déplaçant le théâtre potentiel d’affrontement vers l’Europe, donc au détriment des populations qu’elle prétend soutenir.

| Rome (Italie)
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Durant l’année fiscale 2018 (qui commence le 1er octobre 2017) l’administration Trump augmentera de plus de 40 % les crédits pour l’« Initiative de réassurance de l’Europe » (Eri), lancée par l’administration Obama après « l’invasion russe illégale de l’Ukraine en 2014 » : c’est ce qu’annonce le général Curtis Scaparrotti, chef du Commandement européen des États-Unis et donc, de droit, Commandant suprême allié en Europe (Otan).

Parti de 985 millions de dollars dépensés en 2015, le financement de l’Eri est monté à 3,4 milliards en 2017 et devrait arriver (selon la demande de budget) à 4,8 milliards en 2018. En quatre ans, 10 milliards de dollars dépensés par les États-Unis pour « accroître notre capacité de défendre l’Europe contre l’agression russe ». Presque la moitié de la dépense de 2018 —soit 2,2 milliards de dollars— sert à potentialiser le « pré-positionnement stratégique » US en Europe, c’est-à-dire les arsenaux qui, placés en position avancée, permettent « le déploiement rapide de forces sur des théâtres de guerre ». Un autre gros pourcentage —1,7 milliards de dollars— est destiné à « augmenter la présence rotatoire de forces états-uniennes dans toute l’Europe ». Les pourcentages restants, chacun de l’ordre de centaines de millions de dollars, servent au développement des infrastructures des bases en Europe pour « augmenter la rapidité des actions US », à la potentialisation des exercices militaires et à l’entraînement pour « accroître la rapidité et inter-opérabilité des forces de l’Otan ».

Les fonds de l’Eri —spécifie le Commandement européen des États-Unis— ne sont qu’une partie de ceux destinés à l’« Opération Atlantic Resolve, qui démontre la capacité US de répondre aux menaces contre les alliés ». Dans le cadre de cette opération, a été transférée en Pologne de Fort Carson (Colorado), en janvier dernier, la 3ème Brigade blindée, composée de 3 500 hommes, 87 chars d’assaut, 18 obusiers automoteurs, 144 véhicules de combat Bradley, plus de 400 Humvees et 2 000 véhicules de transport. La 3ème Brigade blindée sera remplacée dans l’année par une autre unité, afin que des forces blindées états-uniennes soient en permanence déployées en territoire polonais. De là, leurs unités sont transférées, pour entraînement et exercices, dans d’autres pays de l’Est, principalement l’Estonie, la Lettonie, la Lituanie, la Bulgarie, la Roumanie et probablement aussi l’Ukraine : c’est-à-dire qu’ils sont continuellement déployés aux marches de la Russie.

Toujours dans le cadre de cette opération, a été transférée dans la base de Illesheim (Allemagne) depuis Fort Drum (New York), en février dernier, la 10ème Brigade aérienne de combat, avec plus de 2 000 hommes et une centaine d’hélicoptères de guerre. D’Illesheim, ses forces d’intervention sont envoyées « en positions avancées » en Pologne, en Roumanie et en Lettonie. Dans les bases de Ämari (Estonie) et de Graf Ignatievo (Bulgarie), sont positionnés des chasseurs bombardiers des USA et de l’Otan, y compris des Eurofighter italiens, pour la « surveillance aérienne » de la Baltique. L’opération prévoit en outre « une présence persistante en Mer Noire », avec la base aérienne de Kogalniceanu (Roumanie) et la base d’entraînement de Novo Selo (Bulgarie).

Le plan est clair. Après avoir provoqué avec le putsch de Place Maïdan une nouvelle confrontation avec la Russie, Washington (malgré le changement d’administration) poursuit la même stratégie : transformer l’Europe en première ligne d’une nouvelle Guerre froide, à l’avantage des intérêts des États-Unis et de leurs rapports de force avec les plus grandes puissances européennes. Les 10 milliards de dollars investis par les États-Unis pour « rassurer » l’Europe, servent en réalité à la rendre encore moins sûre.

Traduction
Marie-Ange Patrizio

Source
Il Manifesto (Italie)

Manlio Dinucci

Manlio Dinucci Géographe et géopolitologue. Derniers ouvrages publiés : Laboratorio di geografia, Zanichelli 2014 ; Diario di viaggio (en trois tomes), Zanichelli 2017 ; L’arte della guerra / Annali della strategia Usa/Nato 1990-2016, Zambon 2016.

 
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