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La Syrie interroge le rapport du Secrétaire général

| New York (États-Unis)
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D’ordre de mon gouvernement, je souhaite vous faire part des observations qu’inspire à la République arabe syrienne le cinquante et unième rapport du Secrétaire général sur l’application des résolutions 2139 (2014), 2165 (2014), 2191 (2014), 2258 (2015), 2332 (2016), 2393 (2017) et 2401 (2018) du Conseil de sécurité (S/2018/484).

Le Gouvernement syrien regrette que les auteurs du rapport du Secrétaire général et le Bureau de la coordination des affaires humanitaires continuent de suivre une démarche négative, politisée et hostile à l’égard du pays et de ses institutions et ne tiennent toujours pas compte, dans ce rapport, comme dans les précédents, des préoccupations dont il a fait état.

Le Gouvernement syrien juge inadmissible que le personnel du Bureau continue de chercher, dans les rapports du Secrétariat relatifs à la situation humanitaire en Syrie, à servir les intérêts de certains États occidentaux hostiles au pays et à négliger la situation humanitaire des civils et les mesures à prendre pour soutenir ces derniers et atténuer les effets de la crise. Une telle démarche constitue une violation des principes de l’action humanitaire, entraîne une dilapidation des efforts et des fonds de l’Organisation et remet clairement en cause la crédibilité et l’objectivité des rapports de celle-ci.

À la lecture du cinquante et unième rapport du Secrétariat, le Gouvernement syrien a de multiples interrogations et il n’est pas le seul concerné. Tous les Syriens et quiconque s’intéresse à la situation humanitaire en Syrie doivent également se poser notamment les questions suivantes :

1. Les 51 rapports présentés jusque-là n’ont-ils pas montré au Secrétariat que les hauts fonctionnaires du Bureau de la coordination des affaires humanitaires violaient les principes les plus fondamentaux de l’action humanitaire, en particulier celui de non-discrimination ? Ils portent principalement sur la fourniture de l’aide à certaines catégories de Syriens seulement, selon les instructions données par des États occidentaux et les régimes extrémistes de la région. Ces pays et leurs agents sont impliqués dans des activités prohibées, à savoir la collecte illégale de renseignements.

2. Pour quelle raison le Secrétariat et les auteurs du rapport passent-ils constamment sous silence les dégâts considérables causés à Raqqa par les États-Unis d’Amérique et leurs partenaires, la France et le Royaume en particulier, ainsi que la politique de la terre brulée qu’ils ont menée dans cette ville ? La destruction de toutes les installations (écoles, hôpitaux et autres infrastructures), le déplacement de centaines de milliers d’habitants et le meurtre de milliers d’autres par l’aviation de ces États, leurs alliés et les forces militaires qui leur sont rattachées ne constituent-ils pas des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité ?

3. Le Secrétariat et notamment le Bureau des affaires juridiques ne sont-ils pas en mesure de demander aux auteurs du rapport de s’abstenir d’évoquer des questions ne relevant pas de leur mandat et de cesser de commettre des erreurs juridiques flagrantes ? Les auteurs qualifient par exemple les terroristes membres du Front el Nosra et de Daech déployés dans le camp de Yarmouk, dans les quartiers est d’Alep, à Edleb, à Deïr el-Zor et dans d’autres zones « d’opposition armée non étatique ».

4. Pourquoi les auteurs du rapport n’osent-ils pas appeler les choses par leur nom ? Pourquoi ne qualifient-ils pas les exactions commises par le régime turc contre les civils à Afrin et dans d’autres régions de la Syrie d’agression caractérisée et n’indiquent-ils pas qu’il s’agit d’une violation du droit international et de la Charte des Nations Unies ? Pourquoi ne prennent-ils pas le risque de décrire dans les faits dans le rapport l’intervention militaire tripartite menée par les États-Unis, la France et le Royaume-Uni, en la qualifiant d’acte d’agression ? Pourquoi n’indiquent-ils pas que l’intervention illégale de la « coalition internationale » en Syrie est un acte d’agression et que les actes qu’elle commet constituent des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité ?

5. Qui a donné pour instruction aux auteurs du rapport de passer sous silence les effets qu’ont les mesures économiques coercitives imposées depuis des années à la Syrie sur la capacité de secteurs vitaux de répondre aux besoins des civils et à leurs demandes essentielles ainsi que sur l’efficacité de l’intervention humanitaire dans le pays ?

6. Quel objectif les auteurs entendent-ils accomplir en ne mentionnant pas que l’attaque turque contre Afrin est la cause principale du déplacement et des souffrances des civils dans cette ville et en accusant à tort le Gouvernement syrien de ne pas répondre comme il se doit aux besoins des habitants ? Ils savent pourtant que c’est lui qui a fourni une aide, un soutien et des dispensaires mobiles aux civils victimes de l’agression turque et facilité l’évacuation médicale d’un grand nombre d’entre eux.

7. N’est-il pas honteux que les auteurs du rapport se félicitent de la tenue de la deuxième Conférence de Bruxelles sur l’aide à apporter pour l’avenir de la Syrie et des pays de la région, au cours de laquelle les participants ont débattu de la situation du pays au nom de son peuple, alors que les organisateurs n’avaient pas invité le Gouvernement syrien à y assister et ne s’étaient pas concertés avec lui, qui est concerné au premier chef par la situation actuelle et l’avenir des habitants et cherche à satisfaire à leurs besoins ? Comment les auteurs peuvent-ils passer sous silence les conditions inadmissibles imposées par les donateurs à cette conférence, dont ils ont fait dépendre leur financement des opérations humanitaires et de la remise en état des établissements de services clefs en Syrie, en contradiction totale avec les principes de l’action humanitaire et les résolutions pertinentes des organes de l’ONU ? Comment les hauts fonctionnaires de l’Organisation peuvent-ils violer la Charte des Nations Unies et les résolutions en coorganisant et en coprésidant la Conférence de Bruxelles, qui a eu lieu sans consultation ou coordination préalables avec l’État syrien, qui n’était pas invité ? Le Gouvernement souligne que la Conférence de Bruxelles et les décisions qui y ont été prises n’ont aucune légitimité en raison de l’absence de la partie concernée au premier chef, à savoir la République arabe syrienne.

8. Pourquoi les auteurs du rapport s’obstinent-ils à faire abstraction du travail de facilitation entrepris par l’État syrien et des mesures importants qu’il prend, y compris les lourdes charges qu’il supporte pour veiller à ce que les opérations humanitaires soient plus efficaces et que l’assistance humanitaire parvienne aux civils qui en ont besoin ? Le Gouvernement apporte une aide généreuse et fournit des services essentiels aux Syriens, sans distinction, et facilite pleinement le travail des partenaires humanitaires.

9. Le comportement des responsables du Bureau de la coordination des affaires humanitaires n’est-t-il pas clair ? Ceux-ci réduisent systématiquement l’aide fournie par l’ONU pour répondre aux besoins des Syriens dans les zones libérées du terrorisme. Pourtant, ils considéraient ces mêmes zones, avant qu’elles ne soient libérées, comme une priorité et avaient lancé des campagnes et des appels afin qu’une aide humanitaire y soit acheminée, comme cela a été le cas dans les quartiers est d’Alep et dans d’autres zones.

10. Le Secrétariat et son personnel ne doivent-ils pas s’abstenir de s’aligner sur les campagnes de propagande menées par les États-Unis, le Royaume-Uni et la France concernant l’emploi supposé d’armes chimiques à Douma ?

11. Le Secrétariat demandera-t-il que les dirigeants américains, britanniques, français, saoudiens, qatariens, turcs et israéliens, dont l’appui au terrorisme en Syrie ainsi que le rôle dans la guerre livrée contre ce pays et dans les souffrances causées aux Syriens sont avérés, soient déférés devant la Cour pénale internationale et répondent de leurs actes conformément au droit international ?

12. Le Secrétariat n’a-t-il pas constaté que les auteurs du rapport se fiaient, de manière sélective et politisée, à des sources précises fournies par les groupes terroristes armés et certains fonctionnaires des Nations Unies qui adoptent une démarche à caractère politique ? Dans le même temps, les auteurs taisent ou mettent en doute toute information émanant de sources gouvernementales syriennes, et même des rapports établis de manière objective par des fonctionnaires des Nations Unies résidant en Syrie !

La République arabe syrienne adresse ces questions au Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires et Coordonnateur des secours d’urgence et espère obtenir des réponses claires et détaillées dans les meilleurs délais.

Le Gouvernement tient à affirmer au Secrétariat que la dégradation ou l’affaiblissement des capacités de l’ONU d’œuvrer dans le pays ne sont pas dus à un accès limité ou à toute autre allégation avancée par les auteurs des rapports du Secrétariat et du Bureau de la coordination des affaires humanitaires mais à la démarche à caractère politique que les auteurs et le Bureau ont adoptée afin que des intérêts hostiles priment sur les principes humanitaires et les principes du droit sur lesquels doivent s’appuyer leur travail concernant la situation humanitaire en Syrie.

Le Gouvernement syrien tient également à faire savoir au Secrétariat qu’après avoir été libérée du terrorisme, la Ghouta orientale connaîtra hélas le même sort que celui que l’ONU a réservé aux quartiers est d’Alep, à Homs, à Zabadani et à d’autres zones, à savoir une diminution de l’aide humanitaire, qui a atteint des niveaux si faibles qu’il n’est plus possible de répondre aux besoins fondamentaux. Le Secrétariat ne doit pas s’en accommoder ni accepter que le Bureau continue d’agir de la sorte en Syrie.

Une évaluation professionnelle et objective de la situation humanitaire en Syrie dépend du fait de savoir dans quelle mesure le Secrétariat s’appuie sur les spécialistes d’une véritable action humanitaire, non politisée, qui ne subissent pas de pression de la part de l’Occident. C’est la démarche qui doit être suivie en ce qui concerne tous les aspects de la situation en Syrie, y compris le règlement politique.

Enfin, nous considérons qu’il est inacceptable, sur les plans politique et professionnel, que ce rapport continue d’être remis à la partie syrienne peu avant l’examen prévu au Conseil de sécurité, à moins que le véritable objectif soit d’empêcher la Syrie de réagir et d’exprimer son avis de manière totalement démocratique et responsable. Les membres du Conseil de sécurité sont tenus de mettre fin à de telles pratiques.

Je vous serais reconnaissant de bien vouloir faire distribuer le texte de la présente lettre comme document du Conseil de sécurité.

Source : Onu S/2018/507

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