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Un petit groupe de citoyens tessinois remporte un grand succès en faveur des droits démocratiques et de la liberté

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Le 30 septembre 2007, la petite commune tessinoise de Cadro, a été le théâtre d’une votation de dimension historique. Les citoyennes et citoyens ont renoncé aux avantages financiers liés à la fusion avec la ville de Lugano en faveur de valeurs communautaires, d’un renouveau de l’esprit de solidarité, de la liberté et de l’autonomie.

Antécédents

La ville de Lugano, après avoir intégré à son territoire entre 2002 et 2004 huit ­communes de banlieue, avait commencé, le 30 septembre, sa prochaine série de fusions. Il était prévu que quatre communes de plus sacrifient leur autonomie aux ambitions de croissance de la ville. Quant à la commune de Muzzano, située à l’ouest de Lugano, elle avait su écarter le danger d’être dissoute, au moins pour le moment, par une plainte déposée auprès du Tribunal administratif de Bellinzone.
L’arrogance avec laquelle la ville de Lugano et l’administration cantonale ont essayé d’imposer cette nouvelle vague de fusions a alerté de nombreux citoyens vigilants. Dans toutes les communes concernées, des comités de citoyens se sont créés : « Barbengo 2008 e oltre », « Gruppo per Villa Luganese autonoma », « Gruppo di Lavoro Interpartitico di Cadro GLIC », « Carabbia independente ». Avec peu de moyens et beaucoup de courage civique, ces comités ont informé la population sur les conséquences d’une fusion de leurs communes qui seraient ­réduites à de simples quartiers de ville. Ces citoyens ont attribué moins d’importance aux supposés avantages financiers d’une fusion qu’au désir de continuer à décider eux-mêmes du sort de leurs communes qui ont une longue tradition.

Le rôle de Cadro

Dans ce combat inégal, la commune de Cadro a joué un rôle directeur. Après qu’un comité favorable à la fusion eut déposé 338 signatures, la ville de Lugano a demandé à l’administration cantonale d’engager le processus de fusion mais sans avertir la commune de Cadro et contre la volonté explicite du Conseil communal et de la population. Cette dernière a donc récolté en toute hâte 577 signatures contre la fusion, les a fait authentifier et les a expédiées aussitôt aux autorités. Le procédé avait suffisamment montré aux citoyens de Cadro que Lugano était résolue à leur imposer l’annexion de leur commune et qu’il ne s’agissait aucunement d’élaborer, face aux questions pendantes, des solutions communes issues de délibérations. Le 22 mai, la commune de Cadro fut officiellement sommée par le canton d’organiser, fin septembre, une votation consultative sur l’éventuelle fusion avec Lugano. Les comités des adversaires de la fusion, l’« Attic », association récemment fondée en vue de la collaboration entre les communes qui prépare une réforme législative, et l’Association tessinoise pour l’autonomie des communes, « Atac », ont fait alliance. Puisque la « votation consultative » était dépourvue de tout caractère décisionnel et que c’est le Conseil d’Etat qui tranchait en dernière instance, de nombreuses fusions étaient passées au forceps, sans véritable débat et, quatre fois déjà, à l’encontre de la volonté de la population : à Sala Capriasca, à Dongio, à Aquila et à Bignasco.
Mais les « Cadresi », ont résisté. D’abord, ils ont recouru auprès du Tribunal administratif contre l’ordre de Bellinzone d’organiser une votation, recours qui a été rejeté. Ensuite ils ont porté plainte auprès du Tribunal fédéral contre la décision du Conseil d’Etat et contre la Loi sur les fusions. Le 9 août, Lausanne rendit son verdict : Le recours en matière de droit public a été rejeté et le recours constitutionnel déclaré irrecevable. Les médias tessinois, presque sans exception, n’ont parlé que d’un échec auprès du Tribunal fédéral. Apparemment, aucun journaliste n’a pris la peine de lire les attendus du Tribunal. Or, ils précisent notamment que le résultat de la votation consultative doit être validé. Ainsi, les citoyens de Cadro ont obtenu que le Conseil d’Etat, dans sa brochure d’informations, envoyée à tous les ménages avant la consultation, assure qu’en cas de « non » il n’y aurait pas de fusion forcée. C’était un grand succès.

La votation

La campagne a été menée à armes inégales. L’administration cantonale tessinoise a publié une brochure qui ne donnait ni la parole aux adversaires ni ne faisait état des arguments militant en faveur d’un non à la fusion. L’exécutif de la ville de Lugano s’est rendu dans toutes les communes concernées et a essayé, grâce à de nombreuses promesses, notamment celle d’un taux d’imposition plus bas, d’amadouer les citoyens afin qu’ils s’expriment en faveur de la fusion. L’« Università della Svizzera italiana » a consacré une importante manifestation à ce sujet et, dans les semaines qui précédaient la votation, la ville de Lugano a essayé de redorer son blason par une campagne de communication politique. Quant aux adversaires, ils ont été appelés à compenser leurs moyens réduits par leur engagement personnel pour informer leurs concitoyens des conséquences négatives d’une fusion.
L’issue de la consultation étant très incertaine, elle était attendue avec impatience par tous les partis. La commune de Cadro a remporté une grande victoire.
En dépit de circonstances défavorables et de promesses financières, sécuritaire et autres, les citoyens de Cadro se sont pourtant prononcés en faveur de la liberté et de l’autonomie de leur commune. La commune de Villa Luganese s’étant décidée en faveur de Lugano, le Conseil d’Etat, contrairement à ce qu’on attendait, a déclaré deux jours après la votation qu’il proposerait au Grand Conseil de renoncer à la fusion avec Cadro et Villa Luganese. Cela parce que Villa Luganese est séparée de la ville de Lugano par le territoire de Cadro. Le choix de la commune de Barbengo en faveur de la fusion ne s’est effectué, à la surprise générale, qu’à une faible majorité de 25 voix. Le maire de Lugano, Giorgio Giudici, a commenté le résultat du scrutin ainsi : « Qu’on le veuille ou non, l’avenir montrera que la solution des fusions est la seule valable. Je n’ai rien à regretter, à la différence de ceux, éventuellement, qui n’ont pas su profiter de l’occasion. »

Conclusion

Pour la première fois dans le canton du Tessin, grâce à la décision du Tribunal fédéral le résultat d’une votation consultative a été déclaré contraignant. Ce succès est dû à un petit groupe de citoyens qui se sont battus pour les droits démocratiques et la liberté. Nous les remercions de leur engagement et les félicitons de leur action qui est un modèle et qui profite à tous. •

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