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L’attentat contre le procureur général du Venezuela

La CIA derrière l’assassinat de Danilo Anderson ?

Le procureur général du Venezuela, Danilo Anderson, a été assassiné le 19 novembre 2004 à Caracas. Il instruisait le coup d’État manqué d’avril 2002 et venait de mettre à jour les responsabilités des États-Unis, de l’Espagne et de plusieurs États étrangers. Quelles que soient les personnes qui l’ont éliminées, il est peu probable qu’elles aient agi sans l’aval, sinon les ordres, de la CIA. Pour l’opinion publique latino-américaine, ce crime marque le retour aux assassinats politiques que la CIA avait abandonnés depuis la présidence Carter. Marcello Larrea lui rend hommage.

| Quito (Équateur)
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Danilo Anderson

Dans une rue de Caracas, ça aurait pu être n’importe laquelle, une automobile a subitement explosé et a rapidement pris feu. Le véhicule a littéralement été dévoré par les flammes. La scène, digne de l’esthétique de la violence hollywoodienne, ne se déroulait pas dans un studio de la Warner, spécialisée dans la fiction cinématographique. C’était la réalité. L’horreur a envahi l’avenue. La commotion était générale. La stupeur touchait et blessait le Venezuela dans son ensemble. Une tragédie. À l’intérieur de cette voiture calcinée, est mort Danilo Anderson [1]. Il s’agissait du procureur en charge des poursuites relatives au coup d’État qui, en avril le 2002, a temporairement renversé le président Chávez et pris d’assaut l’Ambassade de Cuba dans le plus pur style d’une « fête » terroriste.

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Carcasse carbonisée de la voirure de Danilo Anderson

À la différence du Tribunal Suprême de Justice qui a conclu à l’absence de coup d’État ce 11 avril -comme si ses sentences pouvaient se substituer à la réalité d’événements qui sont connus du public, et qui appartiennent non seulement à la vie du Venezuela, mais également à l’Histoire contemporaine-, ce jeune procureur, ne faisait que son travail, afin d’établir devant la loi les faits et les responsabilités de leurs auteurs. Il n’a jamais imaginé que son travail de magistrat pouvait lui coûter la vie. Ses actions étaient guidées par l’éthique, la transparence, et le refus d’altérer ou de manipuler la vérité dans le but de nuire. C’est pourquoi il n’éprouvait aucune crainte pour sa sécurité personnelle. Bien qu’a la faveur de la progression de l’enquête, il en connaissait chaque jour un peu plus sur la nature terroriste des méthodes des instigateurs et de ceux qui ont exécuté le coup. D’ailleurs, le film Puente Llaguno, Claves de una masacre de Angel Palacios révèle incontestablement, et sans détours à l’aide de témoignages directs, la psychologie criminelle sophistiquée et perverse des auteurs. Danilo est mort sans prendre aucune mesure préventive. Mais aussi et surtout en courageux, sans craindre ses bourreaux. Pour ses assassins, sa confiance et son manque de protection ont été leur meilleure arme Pendant qu’il assistait à des cours dans la cadre de sa formation professionnelle, ont-ils piégé l’essence ? Ont-ils placé une bombe de grande puissance dans sa voiture ? À l’heure ou j’écris cet article, les investigations n’ont pas répondu à cette question. Il a démarré le véhicule comme tous les jours, sans pressentir que peu de temps après il prendrait feu.

Quel est le mobile du crime ?

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Le président Hugo Chavez
lors des obsèques de Danilo
Anderson

Les commanditaires de ce crime ont défié la justice et prétendront qu’il s’agit-là d’une leçon sanglante que les juges et procureurs se doivent d’apprendre. Le message qu’ils prétendent délivrer est clair. Qui cherche à établir les responsabilités du coup d’État de 2002 [2] et la prise d’assaut de l’Ambassade cubaine met sa vie en danger, ainsi que ceux qui veulent que justice soit rendue. Ces tentatives d’intimidation révèlent le vrai visage des commanditaires. Après l’échec réitéré des diverses tentatives d’anéantissement de la révolution bolivarienne, qu’il s’agisse du coup d’État d’avril 2002, du sabotage pétrolier, des tentatives criminelles d’Altamira, dans l’agitation violente, de la conspiration de paramilitaires colombiens ayant pour projet d’assassiner le Président Chávez [3], du referendum révocatoire et des élections régionales, les auteurs de ce crime ont systématiquement travaillé sur tous les volets de cette offensive, ont dévoilé leur peur, leur crainte, leur panique. Peur de quoi ? De la justice. C’est dans ce contexte de victoires successives du chavisme, que ses adversaires et en particulier les cerveaux multimillionnaires de cette entreprise criminelle à l’origine de toutes ces aventures, se considèrent eux-mêmes plus vulnérables. L’attentat contre Danilo Anderson, n’est pas une preuve de leur force, mais plutôt de leur faiblesse dangereuse.

À qui profite le crime ?

Les commanditaires pensent bien évidemment en tirer profit, que les procureurs, juges et avocats, vont trembler de peur ; que la justice vénézuélienne soumise à ce chantage, vacillera devant ses ordres ; que les auteurs et complices du coup d’État de 2002 et de l’assaut de l’ambassade de Cuba, et de la longue liste de crimes commis contre la détermination du Venezuela d’exercer sa souveraineté, pourront jouir de l’impunité.

Ils veulent masquer le fait que cette impunité implique que les crimes se répéteront, dans de successifs bains de sang, menaçant ainsi la société dans son ensemble. Mais ils ignorent qu’il y a une réponse claire à leur volonté d’inspirer la crainte. À savoir une enquête rigoureuse, l’identification de ses auteurs matériels et intellectuels, de ses complices et protecteurs et l’application inexorable de la Justice. Ils négligent aussi le fait que le peuple vénézuélien ne pardonnera jamais les assassins de Danilo.

Qui a conçu et exécuté le crime ?

Les pistes laissées par les auteurs sont très précises. Ils ont soigneusement et délibérément choisi la victime. Ils l’ont choisie pour que leurs demandes d’impunité, relatives au coup d’État et à l’assaut de l’ambassade de Cuba, aient le plus grand écho possible, pour que personne ne puisse les ignorer. Ils ont patiemment suivi Danilo pour connaître ses habitudes, ses coutumes, ses routines, son dispositif de sécurité, ses horaires. Ils ont choisi l’arme du crime. La mise en œuvre a été montée en laboratoire, pour avoir une garantie de résultat.

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Ils ont attendu le moment opportun, pour assassiner Danilo Anderson, en frappant ainsi simultanément le président Chávez. Ce n’est pas par hasard que l’attentat aie eu lieu la veille du Sommet des présidents latino-américains, et de sa tournée en Espagne, Iran et Russie, c’est pour empêcher qu’il se présente en gagnant absolu du referendum et des élections régionales. Ce n’est pas non plus par hasard, que l’attentat aie eu lieu peu après que le général García Carneiro, ministre de la Défense, eut exposé la nouvelle politique de défense souveraine du Venezuela. Ceci dans le contexte du sommet de ministres de défense des Amériques à Quito, auquel Donald Rumsfeld a assisté pour promouvoir sa « guerre au terrorisme » en Amérique latine sous le contrôle du Pentagone, comme un instrument d’intervention ouverte des États-Unis à l’intérieur des Forces Armées nationales. Il est plausible que la date choisie été par conséquent de un à trois jours avant ces évènements Les auteurs opèrent avec les méthodes de la guerre secrète. Avec une perspective politique qui lie l’évolution du Venezuela, à la région, au continent et au monde. L’opération a été suffisamment précise pour qu’elle permette de supposer une participation de la « chienlit » qui sévit à Miami laquelle participe à des opérations terroristes avec les fascistes vénézuéliens. Indépendamment du fait qu’ils aient pris part ou non au crime, le meurtre de Danilo Anderson, réunit les caractéristiques d’une conspiration secrète conçue et orchestrée directement par la CIA.

[1] « El terrorisme se hace presente en Venezuela » par Miguel Guaglianone, Red Voltaire, 20 novembre 2004.

[2] « Opération manquée au Venezuela » par Thierry Meyssan, Voltaire, 18 mai 2002. Version espagnole : « Implicación de las redes secretas de la CIA para derribar a Chávez ».

[3] « De la guerre médiatique à la lutte armée » par Aram Aharonian, Voltaire, 27 mai 2004. Version originelle espagnole : « De la guerra mediática a la lucha armada ».

Marcelo Larrea

Marcelo Larrea Marcelo Larrea est directeur de la revue équatorienne El Sucre.

 
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