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Tribunes et décryptages - 8 mai 2005
Double langage des partisans du « oui »
Décryptage
Dans le débat français, à l’occasion du référendum de ratification du projet de traité constitutionnel européen, il n’est pas rare d’entendre des partisans des deux camps affirmer que voter avec eux est un moyen de combattre George W. Bush. L’administration Bush est devenue un tel repoussoir pour les Européens qu’elle sert de contre-argument mobilisable aussi bien par les uns que par les autres. Pour les partisans du « non », soutenir ce texte, c’est offrir à Washington une Europe libérale, fondée sur le droit anglo-saxon et inféodée à l’OTAN, pour les partisans du « oui », le refuser, c’est casser l’édification d’une Europe suffisamment forte pour faire contrepoids à la puissance états-unienne.
Sun un ton alarmiste, l’analyste atlantiste Dominique Moïsi dénonce la tentation française du « non » en invoquant l’équilibre des forces à Washington, dans l’International Herald Tribune. Si la France dit « non », alors elle favorisera les néo-conservateurs qui veulent démontrer que l’Europe est insignifiante et que la France est « le moteur de l’autodestruction » européenne. Au contraire, si elle accepte ce traité, elle favorisera les « réalistes » autour de Rice qui comptent sur l’Europe pour « démocratiser » le Proche-Orient et l’Asie. Il est douteux que les opposants à l’empire soient davantage enthousiasmés par un projet que par l’autre. Ce texte est en tout cas éclairant sur la perception qu’ont les cercles atlantistes du projet européen : l’Europe doit être unie pour assister la politique impérialiste états-unienne en poussant à ce qu’elle soit la moins brutale possible. Condoleezza Rice a remplacé Colin Powell dans le rôle du moindre mal. Non pas que Mlle Rice ait changé en passant du Conseil national de sécurité au département d’État, mais par ce que la politique des États-Unis est arrangée sur le principe du « gentil flic » (le secrétaire d’État) et des « méchants flics » (le secrétaire à la Défense, le conseiller national de sécurité et le président).
Le discours ambiguë des autorités françaises selon qu’elles s’adressent à leur population ou à l’étranger ne facilite ni la compréhension de son point de vue, ni l’analyse du traité. Ainsi, le ministre français des Affaires étrangères Michel Barnier, vend le texte aux États-Unis dans le Washington Post. Au cours d’une conférence de presse où il s’exprimait, entre autres, sur les négociations avec l’Iran, la situation au Darfour ou les ventes d’armes à la Chine, il s’est longuement apesanti sur la défense du traité constitutionnel. Or, pour soutenir ce traité aux yeux des États-Uniens, il annonce qu’il permettra surtout de développer la coopération européenne dans le domaine de la coopération judiciaire, de la lutte contre le terrorisme et en politique étrangère, ce qui donnera à Washington un partenaire unique lui permettant de gagner la guerre au terrorisme. Un argumentaire qui contredit totalement les propos du même Michel Barnier en France, présentant le traité comme un outil nécessaire à l’indépendance de la politique étrangère européenne.
Dans les cercles néo-conservateurs on a une tout autre image d’un possible « non » français. Dans le Korea Herald et le Taipei Times, Melvyn Krauss de la Hoover Institution affirme que les Français ne rejettent ni l’Union européenne, ni le Traité constitutionnel, ils rejettent Jacques Chirac, son soutien à l’Irak et son projet politique. Or, de cela, les États-Unis doivent se réjouir. L’élargissement affaiblit la France en Europe et le « non » au référendum va détourner l’Allemagne de la France au profit des Britanniques, isolant Paris.
Dans Die Welt, le philosophe allemand Jürgen Habermas renvoie dos à dos atlantistes et indépendantistes européens. Pour lui, ce clivage, qui a conduit Donald Rumsfeld à parler de vieille et nouvelle Europe, est le symptome d’un manque de confiance entre populations membres et, plus profondément, d’une absence d’identité collective. Sur un ton apodictique, le philosphe poursuit en posant un axiome : pour former un peuple, les Européens doivent d’abord assumer leur double héritage, celui de leur histoire chrétienne et celui de la neutralité des institutions politiques. Un point de vue qu’il déclare partager avec Benoît XVI.
Recep Tayyip Erdogan s’est rendu en début de semaine en Israël et a proposé une médiation turque entre Israéliens et Palestiniens. Cette visite intervient alors que la Turquie s’éloigne d’Israël pour se rapprocher des pays arabes, au grand dam de Washington. L’axe Washington-Ankara-Tel-Aviv a été grandement affaibli par la politique de l’administration Bush dans la région qui a suscité une forte opposition chez les Turcs. Le soutien de plusieurs dirigeants israéliens à un État kurde indépendant en Irak n’a pas amélioré les choses. Soner Cagaptay du Washington Institute for Near East Policy et Asaf Romirowsky du Middle East Forum tentent de rassurer les lecteurs du Jerusalem Post sur l’état de cette relation. Ignorant tous les désaccords politiques entre Ankara et Tel-Aviv, les deux auteurs préfèrent invoquer une douteuse communauté de destin entre les deux pays pour appeler au rapprochement israélo-turc.
Le même artifice avait déjà été utilisé concernant la Russie, l’histoire commune ou le parallélisme de ces histoires devraient suffire à masquer des désaccords politiques profonds. Les liens entre la Russie et Israël seraient également la résultante d’une lutte commune contre le terrorisme islamiste. Or, la question de la guerre au terrorisme n’est plus du tout abordée par la Russie qui a abandonné cette rhétorique. Dans une interview accordée au journal gouvernemental égyptien Al-Ahram, le président russe, Vladimir V. Poutine, loue au contraire les Arabes pour avoir compris que la Russie n’était pas anti-musulmane comme on essaye trop souvent de le faire croire. Il affirme que le Kremlin cherche actuellement une solution pacifique en Tchétchénie et rappelle que le vote de la constitution tchètchène qui doit servir à la pacification de la région a été validé par l’Organisation de la conférence islamique et la Ligue arabe. Par ailleurs, il estime que la Russie et les pays arabes ont à souffrir des mêmes problèmes : leur développement et leur démocratisation sont contrariés par des influences étrangères qui instrumentalisent l’aspiration démocratique au lieu d’aider à y répondre.
Pour comprendre ce qui va se passer en Palestine au moment où le gouvernement Sharon va redéployer Tsahal en évacuant Gaza, Vremya Novostyey a interrogé deux personnalités impliquées dans le processus, un Palestinien et un Israélien.
Pour le secrétaire général de l’Autorité palestinienne, Taïeb Abdel-Rahim, l’application de la feuille de route dépend du maintien du Quartet. Or, Condoleezza Rice remet en cause la présence russe. Quoi qu’il en soit, les Palestiniens attendent beaucoup de Moscou, qui fait un retour remarqué dans la région, à la fois pour veiller à l’application des engagements internationaux de soutien à la Palestine, et pour armer les forces de sécurité.
De son côté, le patron des services israéliens de contre-espionnage, Ilan Zohar, souligne qu’il ne faut pas minimiser le risque que des extrémistes juifs font courir au processus actuel. Tel Aviv ne cherche pas d’échappatoire en évoquant de possibles actions violentes intérieures, les organisations juives extrémistes sont une réalité.
Réseau Voltaire
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8 mai 2005
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Thèmes
EuCom : Contrôle de l’Europe
Auteurs et sources des Tribunes et décryptages
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« Pourquoi le vote français compte pour Washington »
Auteur
Dominique Moïsi
Source
International Herald Tribune (France)
Référence « Why the French vote matters to Washington », par Dominique Moïsi, International Herald Tribune, 4 mai 2005.
Résumé Washington attend le résultat du vote français du 29 mai avec bien plus d’intérêt et de préoccupation que beaucoup en France ne le croient. Cette question est devenue primordiale d’une part avec l’annonce d’une possible victorie du « non » et, d’autre part en raison de la division fondamentale au cœur de l’administration Bush entre néo-conservateurs et réalistes.
Le « non » est espéré et attendu avec impatience par les néo-conservateurs qui espèrent prouver ainsi que l’Europe est négligeable et que la France est le moteur de son autodestruction. Pour les réalistes, autour de Condoleezza Rice, le « non » serait mal perçu au moment où ils souhaitent un rapprochement avec l’Europe et sa participation à la démocratisation du Proche-Orient. L’Union européenne va-t-elle succomber au nihilisme au moment précis où on voit des signes d’ouverture de la part de Washington. Cet aspect transatlantique du référendum français n’est qu’un aspect d’une bien plus grande réalité. Si la France dit « non » le 29 mai, l’Europe sera affaiblie dans le monde et la France en Europe.
Comment réagiront les pays qui voient dans l’Union européenne le modèle de leur propre intégration régionale ? Un « non » nuirait à la crédibilité internationale de l’Europe et de l’euro. En outre, un « non » français, après un « oui » allemand, causerait un divorce franco-allemand dommageable pour l’Union européenne. Dans le monde globalisé où l’histoire s’écrit devant nous en Asie et au Proche-Orient, la France peut-elle s’offrir le luxe d’une crise ? La France risque de se suicider le 29 mai.

« Vous ne pouvez pas gagner les guerres seuls »
Auteur
Michel Barnier
Source
Washington Post (États-Unis)
Référence « ’You Can’t Win Wars Alone’ », par Michel Barnier, Washington Post, 4 mai 2005. Ce texte est adapté d’extraits d’une conférence de presse.
Résumé Nous négocions actuellement avec l’Iran, mais nos yeux sont grand ouverts. C’est une négociation difficile, mais nous sommes convaincus que l’option politique et diplomatique est la meilleure. Notre principal but est d’obtenir des garanties que le programme nucléaire iranien sera exclusivement civil. Pour l’instant nous ne les avons pas encore, mais nous avançons.
Je ne crois pas que le « non » à la constitution l’emportera en France. Il va falloir obtenir 25 ratifications sans quoi il n’y aura pas de constitution, il s’agit donc d’une d’un processus délicat. Nous allons progresser en termes de coopération judiciaire, de lutte contre le terrorisme, de politique étrangère et de recherche où nous avons besoin de nouvelles règles. Il n’y a pas d’alternative à ce texte. Il y a eu deux principes de base en Europe les derniers 50 ans : une grande zone de libre-échange et la formation d’une entité politique pouvant compter sur la scène internationale. nous voulons avoir le même poids que les États-Unis ou la Chine. Il est dans l’intérêt des États-Unis d’avoir des partenaires car vous ne pouvez pas gagner la paix seuls. La guerre au terrorisme ne peut être remportée que par un travail commun.
Concernant le Darfour, nous sommes prêts à aider l’Union africaine, mais nous ne savons pas encore si ce sera via l’Union européenne ou l’OTAN. Nous verrons quelle est la meilleure option.
Au sujet des ventes d’arme à la Chine, nous savons qu’il s’agit d’un sujet sensible pour vous. Nous serons attentifs à ce que les échanges soient contrôlés. Ce que nous voulions, c’était mettre fin à un anachronisme.

« La France dit "non" à Chirac, pas à l’Europe »
Auteur
Melvyn Krauss
Sources
Taipei Times (Taïwan), Korea Herald (Corée du Sud)
Référence « France says ’No’ to Chirac, not to Europe », par Melvyn Krauss, Korea Herald, 3 mai 2005.
« No to Chirac, Yes to Europe », Taipei Times, 3 mai 2005.
Résumé Voter « non » à la constitution européenne pour la France ne signifierait pas dire « non » à l’Europe, mais dire « non » à Jacques Chirac. Or, tout ce qui affaiblit Chirac est une bonne nouvelle pour l’Europe et l’intégration européenne. Ceux qui veulent une Europe plus intégrée devraient se réjouir.
Avant même le référendum de Mai, il y a des indicateurs démontrant que la capacité de la France à modeler l’Union européenne s’affaiblit. Récemment, le président roumain, Traian Basescu a signé le traité d’adhésion de son pays à l’Union européenne. Toutefois, auparavant, Michel Barnier, lui avait reproché de ne pas avoir le « réflexe européen » car le président roumain veut un partenariat privilégié avec le Royaume-Uni et les États-Unis. La Roumanie n’a pas écouté la France. Les Pays-Bas pourraient aussi rejeter le traité car ils ne veulent plus de l’Europe franco-allemande.
Les Français ne rejettent pas l’Europe, ils rejettent le projet français. Le « non » français va saper le couple franco-allemand. Si Tony Blair gagne les prochaines élections britanniques et que le « non » l’emporte en France, on verra alors une alliance germano-anglo-saxonne et ce serait un progrès.

« L’Europe est aujourd’hui dans un état misérable »
Auteur
Jürgen Habermas
Source
Die Welt (Allemagne)
Référence « Europa ist heute in einem miserablen Zustand », par Jürgen Habermas, Die Welt, 4 mai 2005.
Ce texte est adapté d’une interview.
Résumé D’après moi, les conséquences douteuses de l’invasion de l’Irak, qui est contraire aux droits des peuples, ont fait réfléchir les anciens partisans de la guerre eux-mêmes. Bien sûr, j’espère qu’un début de régime libéral va être institué, mais les points positifs ne sont pas suffisants pour l’instant. Si nous mettons de côté le droit des peuples, alors nous devons au moins avoir des scrupules moraux en tant qu’intellectuels et nous demander si le cas de l’Irak doit faire jurisprudence. Pourquoi l’Irak et pas l’Ouzbékistan, un pays qui au contraire fait partie de la Coalition ?
Il n’y a aucun pays de l’Union européenne dont une majorité de la population ait soutenu cette guerre à aucun moment que ce soit. On a assisté aux plus grandes manifestations depuis 1945, sans effet sur les démocrates. La brouille entre les dirigeants, non entre les peuples d’Europe, est calmée, mais elle a laissé dans l’ensemble de l’Europe un climat de gueule de bois. Je pense que le comportement du gouvernement berlinois envers la Chine et la Russie peut être qualifié d’opportunisme économique. Cette politique est critiquée par les libéraux de gauche en Allemagne comme en Pologne. Il est bon que le débat se focalise sur les mêmes thèmes pour tous les membres de l’Union.
L’Europe est dans un état misérable, le fait que Rumsfeld puisse parler d’une « vieille » et d’une « nouvelle » Europe nous a fait prendre conscience de ce que nous appréhendons tous le présent politique à travers les perspectives réduites et quelquefois déformées de nos expériences et traumas historiques nationaux. Les mythes sont un filet de sécurité en cas de peur et de perte du jugement.
Il ne s’agit pas de savoir si un patriotisme européen est possible, mais d’établir une confiance entre les membres d’une communauté. Pour certains, l’OTAN est plus crédible que l’UE. Pour d’autres, l’État providence européen est plus digne de confiance que le libéralisme hégémonique qui établit le marché et les élections libres, si besoin par la force militaire.
Les Européens ont du mal à se construire une vision de l’histoire commune. Chaque nation doit affronter sa propre histoire, pour qu’après un échange de perspectives l’histoire européenne se dessine. Dans cet horizon, les expulsions et les migrations forcées, le génocide arménien, les bombardements de civils dans les villes allemandes, tous ces évènements historiques pour lesquels la Cour pénale de La Haye est compétente, doivent être examinés.
L’Église catholique a fait la paix avec le « libéralisme » depuis Vatican II. C’est pour cela que sur la question des « fondements pré-politiques de la démocratie » il n’y a pas de grosse différence entre Ratzinger et moi. L’Union a cependant un devoir de neutralité envers le nombre grandissant de citoyens séculiers ou non-chrétiens. Le souci d’impartialité envers les communautés religieuses n’a pas encore imposé de politique cléricale laïque, celle-là même qui est critiquée en France. Aujourd’hui selon le dogme néo-libéral, le politique se retire de secteurs vitaux comme l’éducation, l’énergie, la culture et abandonne les perdants de la modernisation à leur sort. Cette tendance à assécher toutes les normes de la sensibilité morale, en soumettant tous les domaines de la vie aux impératifs économiques, modifie aussi la constellation politique entre Lumières et religion. Il est possible que la christianisation de l’Europe se poursuive au même rythme, mais il y a des explications sociologiques conventionnelles à cela, indépendamment du nouveau pape. La référence à saint Benoît de Nurcie associée au choix du nom Benoît II peut laisser croire que ce pape envisage déjà que les Chrétiens vont devenir minoritaires et qu’il veut préparer l’Église à résister dans cette situation.

« Ce qui lie Ankara et Jérusalem »
Auteurs
Asaf Romirowsky, Soner Cagaptay
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Asaf Romirowsky est ancien officier de liaison international dans l’armée israélienne et ancien officier de liaison réserviste avec la Jordanie. Il est chercheur au Middle East Forum de Daniel Pipes.
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Source
Jerusalem Post (Israël)
Référence « What binds Ankara and Jerusalem », par Soner Cagaptay et Asaf Romirowsky, Jerusalem Post, 2 mai 2005.
Résumé Israël est petit, juif et post-industriel, tandis que la Turquie est grande, musulmane et industrielle. Pourtant, les deux pays ont beaucoup en commun. Leurs populations ont des origines ethniques proches et la religion est le pivot de leur identité nationale. Dans les deux sociétés, les persécutions religieuses ont rassemblé des populations différentes. Les juifs se sont rassemblés en Israël pour combattre le mandat britannique, puis pour survivre contre les Arabes palestiniens. En Turquie, la moitié de la population descend de personnes ayant fuit les persécutions religieuses d’Europe qui se sont rassemblées dans une identité islamo-turque. Elles ont par la suite rejoint Mustafa Kemal contre l’occupation étrangère de leur pays. Dans les deux pays, le rôle de la religion est tempérée par une tradition séculière.
Les sociétés des deux pays sont également marquées par de fortes divisions internes. Israël se divise entre population séfarade et ashkénaze et les Turcs sont séparés entre Anatoliens et immigrants musulmans. Les deux pays ont une relation complexe à l’Europe et voient des tensions entre sécularisme et religion.
Dans une région si fragmentée, il est intéressant de se découvrir tant de points communs.

« Renouer des liens anciens »
Auteur
Vladimir V. Poutine
Source
Al-Ahram (Égypte)
Référence « Renewing old ties », par Vladimir Poutine, Al Ahram, 28 avril-4 mai 2005. Ce texte est adapté d’une interview réalisée par Ibrahim Nafie.
Résumé Je n’avais pas encore visité de pays arabe. Moi et mes collègues voulions développer des liens directs avec ces pays et j’ai commencé ma visite par l’Égypte à l’invitation du président Moubarak avec qui j’ai développé une relation forte. La Russie a toujours eu des liens étroits avec les pays arabes, parfois avec des hauts et des bas, mais toujours chaleureux et cordiaux. Plus de 300 millions de personnes vivent dans le monde arabe et il est clair que les problème du monde contemporain ne peuvent être résolus sans les prendre en compte. La première priorité de notre politique vis-à-vis des Arabes est de développer un climat de stabilité qui permettrait de mettre fin aux conflits régionaux et de développer les liens économiques. Aujourd’hui, la Russie connaît une croissance forte. Notre problème réside dans les conséquences de la détérioration des services étatiques que nous sommes en train de remettre en place.
Nous ne cessons de développer nos relations commerciales avec l’Égypte. Sans démocratie, la Russie n’a pas d’avenir et nous travaillons donc à la démocratisation de la société russe en nous nourrissant des analyses et critiques des autres. Toutefois, nous n’acceptons pas ceux qui utilisent les slogans de la démocratisation pour interférer dans les affaires russes.
Les pays musulmans ont condamné la prise d’otage de Beslan et nous leur sommes reconnaissants d’avoir compris la vraie nature de la situation dans le pays, en Tchétchénie comme dans le reste de la Russie. Peu savent que des douzaines de mosquées ont été construites en Russie ces dernières années. Peu de gens tiennent compte de nos appels en faveur de la stabilité en Tchétchénie, de nos propositions d’amnistie pour tout ceux qui ne veulent pas imposer leurs idées par la force. Nous dialoguons avec les Tchétchènes et ils ont accepté une constitution dont le principe de base est l’appartenance à la Fédération de Russie tout en bénéficiant d’une forte autonomie. Les États membres de l’Organisation de la conférence islamique et de la Ligue arabe ont reconnu la validité de ce scrutin.
La Russie et les États-Unis se sont opposés sur l’Irak, mais ils ont des partenaires naturels sur les questions de stabilité internationale, de non-prolifération des armes de destruction massive, de combat contre le terrorisme. Nous avions avancé sur ce sujets avec George W. Bush et nous n’avions pas envie de revenir en arrière. Nous nous sommes opposés à la guerre d’Irak et nous voyons que nous avons eu raison. La situation dans ce pays ne s’améliorera pas si le nouveau gouvernement ne discute pas avec tous les Irakiens.
Nous estimons qu’il n’est pas possible de construire un système démocratique sans respect pour la loi. De même, on ne peut pas construire un ordre international démocratique sans respecter la loi internationale. Toutefois, aujourd’hui, il faut réformer l’ONU pour éviter que cette organisation ne connaisse le sort de la SDN.
Actuellement, nous travaillons avec l’Iran sur la question nucléaire. Nous pensons que la confrontation n’est pas une solution, mais nous sommes opposés à la prolifération nucléaire. Nous avons passé avec l’Iran une série d’accords allant dans ce sens.
La Russie participe à la résolution du conflit israélo-palestinien via sa participation au Quartet, mais elle n’entend pas remplacer les parties en présence. Nous avons de bons rapports avec Israël et nous soutenons la création d’un État palestinien viable. Je pense que Mahmoud Abbas fait tout pour que la paix revienne et l’Égypte a un rôle à jouer.

« Israël a autorisé uniquement la fourniture d’hélicoptères à la Palestine »
Auteur
Taïeb Abdel-Rahim
Source
Vremya Novostyey (Fédération de Russie)
Référence « _______ ________ _________ _________ ______ _________ », par Taïeb Abdel-Rahim, Vremya Novostyey, 4 mai 2005.
Ce texte est adapté d’une interview.
Résumé La chaîne de télévision américaine CNN a qualifié le rôle de la Russie au sein du Quartet de négociation de « formel ». Si c’était le cas, je ne vois pas pourquoi les États-Unis en feraient partie. Quand les États-uniens parlent de mettre en œuvre la « feuille de route », ils répètent que ce plan doit être effectué par le Quartet, à la tête duquel James D. Wolfensohn vient d’être nommé. Le nom de quartet signifie bien que la résolution du conflit doit être trouvée par les 4 membres, la Russie, les USA, l’UE et l’ONU. L’influence de la Russie est grandissante, elle est presque sortie de la crise économique et nous comptons beaucoup sur elle. Nous soutenons cette idée de sommet sur le Proche-Orient, ce serait une bonne chose, bien que les Israéliens soient contre, c’est leur position traditionnelle. Ils étaient contre la conférence de Londres de mars 2005. Ils ont peur que la communauté internationale les oblige à remplir leurs obligations vis-à-vis des Palestiniens.
Les Israéliens prévoient d’évacuer le secteur de Gaza. Il est important pour nous que ce ne soit qu’un premier pas vers la réalisation de la « feuille de route ». Nous allons discuter le 8 mars à Moscou de l’aide matérielle qui nous a été promise à Londres. Sharon a essayé de nous écarter du processus, mais tout est revenu dans l’ordre. Les partenaires nous ont promis plus d’un milliard de dollars, mais le mécanisme d’attribution n’est pas défini. Pour l’instant Wolfensohn n’a même pas de bureau dans la région, c’est pourtant indispensable, à Ramallah ou à Jérusalem-Est. Je ne suis pas sûr qu’il soit autorisé à ouvrir un bureau à Gaza, les États-Unis eux-mêmes n’autorisent pas leurs diplomates à y vivre depuis que trois d’entre eux aient été tués il y a deux ans.
La Russie n’apporte pas d’argent, mais elle aide par d’autres moyens. Elle instruit nos cadres, dont ceux des services spéciaux. Nous attendons aussi des voitures blindées pour notre police et des hélicoptères pour le président. Yasser Arafat avait deux hélicoptères russes et un équipage russe. Ils ont été détruits par des missiles israéliens au début de l’Intifada. Les Israéliens ne nous ont pas communiqué officiellement d’interdiction concernant les voitures blindées, ils le peuvent, mais ce serait étrange car un pouvoir palestinien fort est dans leur intérêt.

« Les mouvements extrémistes juifs clandestins ne sont pas un mythe »
Auteur
Ilan Zohar
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Ilan Zohar est un des dirigeants du Shin Bet, le contre-espionnage israélien.
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Source
Vremya Novostyey (Fédération de Russie)
Référence « _________ ______________ ________ - __ ___ », par Ilan Zohar, Vremya Novostyey, 4 mai 2005.
Ce texte est adapté d’une interview.
Résumé Bien que l’ampleur de leurs actions ne soient rien à côté de celles du Hamas ou du « Djihad Islamique », l’existence d’organisations extrémistes en Israël n’est pas un mythe et il ne faut pas sous-estimer ce danger, d’autant plus que l’on a déjà enregistré des cas de tirs non-motivés sur des Palestiniens par des radicaux juifs. Le Mont du Temple est la pomme de discorde entre juifs et musulmans. Notre agence a infiltré tous les groupes extrémistes connus et un attentat en ce lieu est presque exclu. Il y a peu de temps, Amnon Danker, le rédacteur en chef du journal israélien Maariv a affirmé : « on trouve des anciens commandos et des experts en explosifs dans les groupuscules juifs dits clandestins ». Les professionnels, nous les connaissons par leur nom, c’est au cas par cas. C’est plus difficile avec les dilettantes exaltés, par exemple le groupe « Naarei ha-givot » (Jeunesse des collines). Il s’agit d’un millier d’habitants de Judée Samarie, de Gaza qui sont très agressifs. De jeunes membres de sociétés ultra-religieuses, qui ont fui leurs familles à cause de la drogue se retrouvent aux avants-postes, dans les zones qui vont être transférées aux Palestiniens. Ils parlent de leurs voisins arabes comme d’envahisseurs, ils considèrent nos militaires comme des étrangers et pour eux les membres du Shabak sont pires que les Palestiniens. Ils peuvent très bien se décider à assassiner Sharon. La colère est dirigée contre lui car les autres ministres ne décident pas de la politique du gouvernement. Leur départ ne changera rien. Le but des extrémistes est d’envenimer la situation politique le plus possible. C’est leur seul moyen d’empêcher la réconciliation israélo-palestinienne. La plupart des colons acceptent de partir car ils touchent de fortes compensations. L’armée et les services spéciaux sont parés pour une situation de force majeure. Des éléments incontrôlés ont déjà essayé d’agir. Nous savons que certains mettent des armes de côté et des explosifs. Beaucoup sont en prison et nous allons entreprendre des mesures prophylactiques comme des arrestations à domicile.

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