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Tribunes et décryptages - 6 juin 2005
Le prétexte terroriste

Décryptage

Le 11 septembre 2001 a été l’acte fondateur de la nouvelle politique de l’administration Bush et du changement de régime aux États-Unis. Capitalisant sur le choc provoqué dans les opinions internationales par les attentats, la lutte contre le terrorisme a permis de justifier la plupart des actions menées par Washington. Cela s’est appuyé sur une définition « du » terrorisme construite par les propagandistes de l’administration Bush qui fait aujourd’hui consensus dans la presse occidentale. D’une méthode d’action de groupes isolés et parfois sans moyens, on en a fait, médiatiquement, une organisation quasi-unique, assimilable à l’islamisme, voire à l’islam, ayant de vastes ramifications partout dans le monde et se renforçant grâce au désespoir qu’engendrent les dictatures. Cette définition permet de justifier la « démocratisation » du « Grand Moyen-Orient » ou l’installation de bases militaires partout où « le » terrorisme peut se développer. Sur le plan intérieur, la menace terroriste, permet d’installer des législations liberticides et de renforcer les structures de contrôle de la population. Et ce d’autant plus que la menace semble importante.
La chercheuse de la Rand Corporation, Rollie Lal, participe à cette présentation d’une menace terroriste sans limite dans l’International Herald Tribune. Elle affirme que les réseaux terroristes sont de plus en plus liés aux réseaux criminels internationaux. Progressivement, via une idéologisation croissante des activités criminelles et l’emploi de méthodes criminelles classiques pour financer les actions terroristes, ces groupes pourraient même ne faire plus qu’un. Dans ces conditions, il faut coupler la lutte anti-terroriste à la lutte contre la criminalité et associer les structures luttant aujourd’hui séparément contre ces phénomènes. Comme la plupart des États ont déjà mis en place des lois d’exception pour lutter contre le terrorisme, ce qui est demandé implicitement, c’est l’extension de ces lois d’exception à tous les domaines judiciaires.

Cette vision d’un terrorisme tentaculaire et mortel permet, dans le Washington Times, à Louis René Beres, professeur de droit international et président du Project Daniel, de conseiller à Israël de radicaliser encore davantage sa lutte anti-terroriste. Il recommande au gouvernement Sharon de multiplier les assassinats de « terroristes » et même de placer les responsables des exécutions au centre du gouvernement israélien. Bref, de fonder le fonctionnement de l’État sur le meurtre, au nom de la légitime défense bien sûr.
L’ancien conseiller pour la lutte anti-terroriste des administrations Bush et Clinton, Richard A. Clarke, ne va pas aussi loin dans le New York Times et El Periodico concernant la réforme des services de renseignement états-uniens. Dans une lettre ouverte à John Negroponte, directeur du renseignement états-unien, il lui conseille de diviser la CIA en un service d’analyse et un service d’espionnage et de s’affranchir de la tutelle de Donald Rumsfeld dans le domaine du renseignement militaire. Le poste occupé par John Negroponte est une création récente qui offre à l’ancien organisateur des escadrons de la mort en Amérique centrale des pouvoirs d’exception et exceptionnellement étendus, sans équivalent dans l’Histoire des États-Unis. Homme de confiance de Donald Rumsfeld, il devrait faciliter l’extension de son autorité sur les services civils. C’est ce que redoute Clarke.
De son côté, le juge Richard A. Posner estime dans le Los Angeles Times que la réforme du renseignement ne peut être que graduelle. Ce qu’on reproche aujourd’hui aux services de renseignement ce sont des défauts qui leur sont inhérents. En croyant pouvoir les changer, on risque de détraquer l’outil.

Dans une interview au journal Le Monde, le directeur de la DST (le service de contre-espionnage français), Pierre de Bousquet, donne son point de vue sur le « jihadisme » en France. Selon lui, il s’agit de groupes disparates ayant été formés à l’étranger ou non. Il affirme ne pas craindre une attaque bio-terroriste massive. On est donc loin de l’image du réseau islamiste unifié, structurée et suréquipé de type Al Qaïda véhiculé par les États-Unis. Par ailleurs, il réfute également l’hypothèse selon laquelle l’option militaire serait une bonne chose pour combattre un phénomène terroriste qui reste du domaine de la justice. En revanche, il se réjouit que les Français ne s’offusquent pas des lois d’exception utilisées dans la lutte anti-terroriste et donc de la marge de manœuvre que ces lois donnent à son service. En outre, bientôt la DST sera installée dans les mêmes locaux que les Renseignements généraux. On assiste donc également en France à un phénomène de concentration à l’états-unienne même si la justification diffère.

La représentation médiatique du terrorisme s’associe à une présentation idéologique des populations arabes vivant au Proche-Orient, mais aussi en Europe.
Dans Der Spiegel, Ayaan Hirsi Ali, la député libérale néerlandaise d’origine somalienne ayant travaillé avec Théo Van Gogh, livre un portrait sans nuance des musulmans locaux. Pour elle, l’islamisme est une menace importante pour les valeurs occidentales et se propage dans les populations immigrées. Elle donne par ailleurs une vision essentialiste de ces populations : mal intégrées, ne parlant pas le Néerlandais, ne voulant pas se mêler aux autres, ne supportant pas de critiques de l’islam... Elle plaide donc pour une intégration forcée des immigrés aux Pays-Bas.

Enfin, l’oncle du roi Abdallah de Jordanie, El Hassan bin Talal, prend le contre-pieds de son très états-unophile neveu dans Vremya Novostyey. Il dénonce les conséquences des politiques de l’administration Bush dans cette entité régionale artificielle qualifiée de « Grand Moyen-Orient ». Les États profitent du blanc-seing US de la lutte contre le terrorisme pour combattre leurs opposants tout en acceptant les mesures de « démocratisation » exigée par Washington. En affirmant soutenir la démocratie de l’extérieur, on empêche donc la constitution d’un vrai mouvement démocratique indigène. Par ailleurs, la présence des États-Unis dans la région est désastreuse car elle interdit toute unité régionale porteuse de développements économiques, pour lui substituer une succession de relations bilatérales avec Washington

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6 juin 2005

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Thèmes
 Guerre globale au « terrorisme »
 CentCom : Contrôle du « Grand Moyen-Orient »

Auteurs et sources des Tribunes et décryptages

« Les terroristes et le crime organisé joignent leurs forces »

Auteur Rollie Lal

Rollie Lal est chercheuse à la Rand Corporation, spécialisée dans la question des liens entre terrorisme et organisations criminelles.

Source International Herald Tribune (France)
Référence

« Terrorists and organized crime join forces », par Rollie Lal, International Herald Tribune, 24 mai 2005.

Résumé

Les groupes terroristes et le crime organisé travaillent de plus en plus ensemble, renforçant leur capacité de nuisance avec des armes conventionnelles aujourd’hui, peut-être des armes nucléaires ou d’autres armes de destruction massive demain. Longtemps séparés, les réseaux criminels et terroristes sont aujourd’hui liés.
L’argent des rançons des kidnappings commis à Dubaï par Aftab Ansari a aidé à financer le 11 septembre et des parrains comme le criminel indien Dawood Ibrahim ont la double étiquette. Dans certaines régions, il est impossible de détruire une des infrastructures sans s’attaquer aussi à l’autre. En Asie du Sud-Est et au Moyen-Orient, ces liens sont particulièrement inquiétants. Les réseaux criminels ont ainsi été utilisés pour le marché noir nucléaire du Dr. Khan. Sans les réseaux criminels, il n’y aurait pas eu de transferts nucléaires du Pakistan, vers la Corée du Nord, la Libye et l’Iran.
Même si les États s’accordent ensemble dans la non-prolifération, la diffusion nucléaire peut se poursuivre via les réseaux criminels. De leur côté, les groupes criminels bénéficiaient du soutien des terroristes pour exploiter certains territoires ou se former à l’usage des explosifs. En outre, des organisations criminelles peuvent devenir idéologiques tandis que les groupes terroristes peuvent se lancer dans des actions criminelles pour financer leur activité.
Il faut accroître la coopération internationale contre les réseaux terroristes.


« L’exécuteur du terrorisme »

Auteur Louis Rene Beres

Louis Rene Beres est professeur de droit international à l’université Purdue et conseiller pour les questions de défense de l’Ariel Center for Policy Research. Il est président du Project Daniel, un groupe d’analystes réclamant une politique de défense israélienne agressive vis-à-vis de ses voisins.

Source Washington Times (États-Unis)
Référence

« Terrorism’s executioner », par Louis Rene Beres, Washington Times, 31 mai 2005.

Résumé

Notre monde est « normalement » silencieux face au mal. Israël, pour sa part, ne doit pas choisir entre le silence et la complicité tacite face au terrorisme politique, mais entre être une victime ou employer la force. L’usage de la force n’est pas un mal en soi, il est même indispensable face au terrorisme.
Israël fait face à un terrorisme unique pour sa couardise, son caractère barbare et sa volonté génocidaire. Chaque État a le droit de se défendre et face à une menace de terrorisme biologique et même nucléaire ; Israël a le droit de refuser d’être une victime et de devenir un exécuteur. Albert Camus nous appelait à n’être ni victime, ni exécuteur et comptait sur le principe de réciprocité pour apaiser les esprits et limiter le nombre d’exécuteurs. Mais nous ne vivons pas dans le monde d’Albert Camus et si on adopte ses principes, Israël prépare son autodestruction. Quels que soient les accomplissements d’Israël, cela n’impressionnera pas les islamistes qui veulent tuer les juifs. Il n’y a pas de solution arabe des deux États, il n’y a qu’une solution finale.
Il faut que les exécuteurs trouvent une place particulière dans le gouvernement israélien car, malheureusement, tuer est parfois un devoir sacré face au mal.


« Construire un meilleur espion »

Auteur Richard Clarke

Ancien fonctionnaire du Pentagone, Richard Clarke a été Coordinateur national contre le terrorisme sous Bill Clinton et George W. Bush. Démissionnaire, il est l’auteur de Against All Enemies, livre dans lequel il dénonce le laxisme de l’administration Bush contre le terrorisme avant le 11 septembre 2001. Il a répété ses accusations devant la Commission d’enquête états-unienne sur le 11 septembre 2001.

Source New York Times (États-Unis)
Référence

« Building a Better Spy », par Richard A. Clarke, New York Times, 22 mai 2005.
« Carta a John Negroponte », El Periodico, 23 mai 2005.

Résumé

Cher John,
Vous êtes devenus le premier directeur du renseignement national. Malheureusement, la loi qui a créé ce poste est ambiguë car elle vise à satisfaire Donald Rumsfeld et votre contrôle des services de renseignement du département de la Défense est donc trouble. Mais pour que la nation soit protégée, vous allez devoir aller au combat, ce qui n’est pas dans votre tempérament, pour contrôler ces services.
Vous allez devoir secouer la CIA, un service démobilisé et ayant une double identité, moitié service d’analyse, moitié service d’espionnage. Il faut faire éclater cette structure, raccrocher les analystes à l’Office of National Assessment et créer avec le reste un service national clandestin à la tête duquel il faudra mettre quelqu’un qui a une expérience récente de l’espionnage ; cela ne peut être Porter Goss. Il faut appliquer la proposition de la commission Silberman-Robb et créer un service spécial de contre-terrorisme à l’intérieur du FBI. Il faut aller plus loin que les demi réformes de Bob Mueller.
Au sein du département de la défense cohabitent plusieurs services chargés de la collecte du renseignement. Ces services font double emploi et sont un héritage de la Guerre froide. Il faut unifier les services et les placer sous votre contrôle. Si Rumsfeld se plaint, ce sera au président George W. Bush de trancher. Dans les services d’analyses, vous devrez recruter de vrais experts et encourager les voix dissidentes.
Si vous n’aimez pas ces propositions, trouvez les vôtres, mais s’il vous plait, imposez vous.


« Le danger de « réparer » la CIA »

Auteur Richard A. Posner

Richard A. Posner est juge de la 7ème cour d’appel. Il est professeur de droit à l’université de Chicago et auteur de Preventing Surprise Attacks : Intelligence Reform in the Wake of 9/11 publié par la Hoover Institution.

Source Los Angeles Times (États-Unis)
Référence

« Danger in ’Fixing’ CIA », par Richard A. Posner, Los Angeles Times, 24 mai 2005.

Résumé

L’échec de nos services de renseignement dans la détection du complot terroriste du 11 septembre et dans la découverte que Saddam Hussein n’avait pas d’armes de destruction massive a incité à la critique de ces services et a mené à une réorganisation du système de renseignement. Toutefois, il ne faut pas aller trop loin et ne pas mettre en danger notre pays en croyant bien faire.
Deux clichés concernant nos services de renseignement sont devenus des dogmes. Le premier est que nos services de renseignement sont « cassés ». En multipliant l’emploi de ce terme on laisse à penser qu’ils peuvent être réparés alors que les causes de l’échec sont inhérents à la nature du renseignement. Le renseignement nécessite des informations sur des personnes avec des mentalités étrangères et il nécessite du secret, ce que l’échange de données compromettrait. En outre, les renseignements sont toujours analysés dans un contexte politique. Depuis la fin de la Guerre froide, l’ennemi majeur a changé pour prendre une forme plus disparate et l’on demande aux services de renseignement de tout savoir. Ce qui est impossible. Croire qu’on peut « réparer » le renseignement pour en faire un outil ne faisant pas d’erreurs est une dangereuse illusion.
Le second cliché est que les services de renseignement auraient peur de prendre des risques, mais il ne s’agit pas d’un jeu en bourse. On ne peut pas se permettre d’en prendre car l’erreur a des conséquences terribles.
En réalité, les améliorations ne peuvent être que marginales et graduelles.


« Le jihadiste français est plus fruste, plus jeune, plus radicalisé »

Auteur Pierre de Bousquet de Florian

Ancien préfet de la Mayenne, Pierre de Bousquet de Florian est patron de la direction de la surveillance du territoire (DST).

Source Le Monde (France)
Référence

« Le jihadiste français est plus fruste, plus jeune, plus radicalisé », par Pierre de Bousquet, Le Monde, 25 mai 2005. Ce texte est adapté d’une interview.

Résumé

La France a été touchée par des attentats islamistes en 1986 et 1995 et cela nous a amenés à mettre en place une réponse policière et judiciaire, qui est regardée avec intérêt à l’étranger. Notre spécificité est triple : l’option stratégique, d’abord, que constitue la neutralisation judiciaire préventive des groupes terroristes ; la spécialisation des magistrats, ensuite, tant du siège que du parquet, qui peuvent incriminer des suspects d’association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste et, enfin, la double nature de la DST, service de renseignement appartenant à la police nationale et doté de capacités judiciaires.
La DST a interpellé 58 personnes en 2002, 41 en 2003, 76 en 2004 et déjà 55 cette année. L’intensification de nos actions ces derniers mois traduit la mutation du jihad international. Les périls s’additionnent : les filières bosniaques, afghanes ou tchétchènes ont été rejointes par les activistes du Groupe islamiste combattant marocain ou ceux des filières irakiennes. Plusieurs catégories d’individus représentent un danger : les jihadistes formés, ou qui ont combattu en Bosnie, en Afghanistan ou en Tchétchénie et garçons sans expérience du combat ni repères, mais radicalisés et prêts à participer au jihad. Dans le 19ième arrondissement, nous avons observé des jeunes très résolus à partir en Irak pour s’y battre. Cinq Français y sont déjà morts dont un dans un attentat suicide. Par rapport aux Saoudiens du 11 septembre, le jihadiste français est plus fruste, plus jeune, mais plus radicalisé et engagé qu’il y a quelques années. La facilité d’endoctrinement de ces jeunes est inquiétante. Je ne pense pas en revanche que les groupes terroristes aient la possibilité d’employer des techniques bio-terroristes à une échelle de destruction massive. Mais une utilisation simplement artisanale serait suffisante pour provoquer l’effroi.
Nous gardons en prison les détenus français de Guantanamo car ils étaient suffisamment déterminés pour représenter un danger. Nous avons jugé que leur incarcération préventive était nécessaire. Si les Français ne s’en offusquent pas, c’est parce qu’ils nous font confiance. Nous sommes obligés de prendre ces mesures face à une menace mouvante avec des ramifications internationales. Mais notre système est profondément démocratique et les libertés y sont garanties. Notre réponse est judiciaire, et non militaire. Assimiler la lutte antiterroriste à une guerre accroît les risques, car c’est donner aux terroristes une reconnaissance et un écho supplémentaires. De même, il ne faut pas céder aux tentations de l’instant et autoriser la torture.
Au niveau européen, nous avons mis en place des outils améliorant les procédures : mandat d’arrêt européen, gel des avoirs, etc. Mais ce système peut encore être amélioré. C’est un des objectifs du Livre blanc lancé par le ministre de l’Intérieur, qui fixera des orientations stratégiques à la lutte antiterroriste.


« Nous devons déclarer la guerre à la propagande islamiste »

Auteur Ayaan Hirsi Alí

Originaire de Somalie, pays qu’elle a fuit pour éviter un mariage forcé, Ayaan Hirsi Ali est députée libérale néerlandaise. Elle est responsable de l’intégration des immigrés non-Occidentaux au ministère de la Justice.

Source Der Spiegel (Allemagne)
Référence

« We Must Declare War on Islamist Propaganda « , par Ayaan Hirsi Ali, Der Spiegel, 14 mai 2005. Ce texte est adapté d’une interview.

Résumé

Le procès du meurtrier de Théo van Gogh va bientôt commencer. Je lui avais demandé d’accepter une protection, mais il m’avait dit qu’il ne voulait pas de la police néerlandaise chez lui. C’était son intention d’être provocateur dans le film Submission, auquel j’ai participé. Il a sous-estimé le radicalisme de ses opposants. J’avais des gardes du corps depuis longtemps, lui continuait à vivre normalement. Son meurtrier a laissé une lettre de menace à mon encontre, depuis ma vie a été bouleversée, la police me protège 24 heures sur 24. J’ai compris que cette fatwa est dirigée contre moi mais aussi contre la Hollande et l’ensemble du monde occidental. Aux yeux d’un musulman radical, tout pays dans lequel on peut critiquer ouvertement les musulmans est un ennemi de l’islam. Si j’avais su que quelqu’un allait mourir, je n’aurais probablement pas écrit ce scénario. Par la suite j’ai pensé, pour me réfugier, à deux pays qui connaissent bien la menace islamiste : Israël et les États-Unis. J’ai choisi les États-Unis. J’ai rencontré Salman Rushdie un peu plus tard et il m’a expliqué comment continuer à vivre sous le coup d’une fatwa. J’étais partiellement remise après deux mois en Californie et j’ai décidé de rentrer à La Haye pour le début de la session parlementaire.
C’est grotesque de se battre pour la libération de la femme musulmane et de se retrouver avec deux gardes du corps en guise de tchador. L’islam radical est trop dangereux pour notre société, peut-être même pour le monde entier. Nous devons nous battre contre cette menace et certains perdront la vie dans ce combat. Si nous restons silencieux, il y aura plus qu’un ou deux morts. La scène islamique est très agressive, il y a de la richesse, des sponsors et des gens désespérés qui choisissent la violence. Nous devons nous battre pour conserver nos valeurs occidentales ; le prix à payer, c’est d’être menacé. Si je continue à dire que l’islam est rétrograde dans mon livre, si j’appelle à des mesures forçant les immigrants à s’intégrer, si je prépare une suite au film Submission, c’est que j’ai déjà été condamnée à la peine maximale, je peux désormais agir librement. Si certaines personnes dans mon parti, le VVD (droite), sont irritées par mes travaux, c’est que c’est un parti libéral qui s’intéresse avant tout au marché libre. Les travaillistes et les verts sont trop politiquement corrects à mon goût, ils croient en une société multiculturelle. A cause de mes critiques de l’islam, j’aurais pu provoquer des scissions dans ces partis ou beaucoup d’électeurs sont musulmans. Les services néerlandais ne sont devenus attentifs qu’après le meurtre. Après le 11 septembre, ils avaient réuni les leaders musulmans, leur avaient donné de l’argent et leur avaient demandé de tenir leurs jeunes fidèles, c’était risible. Ensuite ils ont essayé d’unifier les différents groupes, cela a formé le camp des musulmans libéraux et le camp des musulmans orthodoxes. Les jeunes radicaux appellent les « leaders » qui veulent négocier avec le gouvernement des « prostitués bénévoles », ils les considèrent comme des collaborateurs, des traîtres, des idiots.
Nous devons pénétrer leur monde. Lors d’une enquête dans le quartier marocain d’Amsterdam, la journaliste Magalith Kleijwegt (auteur du livre Invisibles parents) a découvert que les parents ne sont pas à même d’apporter à leurs enfants l’éducation nécessaire pour vivre dans une société occidentale moderne. Ils ne parlent pas le Hollandais, n’écrivent pas, ne lisent pas, regardent la télévision arabe et sont nourris de théories conspirationistes à propos de l’Occident. Nous ne savons pas se qui se passe dans ces mondes parallèles. Nous devons adopter une politique d’intégration forcée. Nous devons interdire les écoles basées uniquement sur la foi et nous devons considérer ces enfants comme les nôtres, ne pas laisser leur éducation aux défenseurs d’un dogme étranger qui les endoctrinent à l’anti-libéralisme. Respecter aveuglément leur culture est une mauvaise approche. Au lieu d’étudier les philosophes européens, beaucoup étudient les textes du XIème siècle d’Ibn Abu Taymiya qui prônent la guerre sainte comme mode de vie. La réalité est grotesque, nous avons toutes sortes d’ONG qui envoient des gens jusqu’en Afrique pour convaincre les gens d’utiliser des préservatifs, mais on ne s’occupe pas des problèmes chez nous. La démocratie inclut aussi l’intolérance légitime. L’intolérable ne peut pas être toléré. Nous devons déclarer la guerre à la propagande islamiste. Pourquoi devrions-nous ignorer que des femmes sont supprimées, battues, réduites à l’esclavage ? Pourquoi devrions-nous ignorer que des gens prêchent la haine et qu’ils projettent de nous détruire ?


« Le Proche-Orient souffre beaucoup de ses relations avec les États-Unis »

Auteur El Hassan bin Talal

Le prince El Hassan bin Talal est le frère de l’ancien roi de Jordanie, Hussein. Il est modérateur de la Conférence mondiale sur la religion et la paix, président du Club de Rome et de l’Arab Thought Forum.

Source Vremya Novostyey (Fédération de Russie)
Référence

« Ближний Восток сильно страдает от отношений с США », par El Hassan bin Talal, Vremya Novostyey, 25 mai 2005. Ce texte est adapté d’une interview.

Résumé

Cela peut paraître paradoxal, mais je suis un prince favorable au renforcement de la société civile. Je ne crois pas au relations paternalistes. Toutes les sociétés passent par cette phase qui n’est qu’une étape de leur développement. Je crois au progrès, à la révolution du sens, mais il n’est pas indispensable de changer la structure de l’État. Un État démocratique peut être construit avec l’aide du gouvernement, je ne parle pas d’un gouvernement laïc, les conservateurs ne l’accepteraient pas dans notre région. La religion chez nous n’est pas séparable de l’État, les croyants pratiquants et les valeurs religieuses jouent un grand rôle. Bien sûr, il ne faut pas dissimuler des intérêts politiques derrière la religion. Les Libanais ont un dicton qui me plaît : la religion à Dieu, la patrie pour tous.
Je crois en la puissance de l’intellect. Les grandes idées sont absentes du monde arabe ces derniers temps, les situations révolutionnaires sont toujours apparues quand l’idée d’unité arabe était en chute. Le conflit israélo-arabe a précipité les choses. Dans les années 50, le monde arabe a été secoué par des révolutions en Égypte, en Irak. Les idées nationalistes de Nasser ont dominé dans les années 60. Actuellement la situation révolutionnaire émane de la lutte contre le terrorisme, malheureusement beaucoup de gouvernements ont pris ce combat comme une licence pour restreindre les libertés plutôt que de les stimuler.
Le Proche-Orient dans son ensemble souffre terriblement de ses relations bilatérales avec les États-Unis. Les Américains ont commencé à appeler « Grand Moyen-Orient » l’immense région qui va du Maroc au Bangladesh, c’est une des régions les plus peuplées, pauvres et dangereuses du monde. Il n’y a dans cette aire aucun institut de sécurité régionale parce que chaque capitale s’adresse à son voisin par l’intermédiaire de Washington. Il n’y a pas de programme concret d’aide au développement régional. Les États-Unis poussent à la démocratie mais individuellement, par pays et cette démocratie n’est pas la même pour l’Egypte ou la Syrie, sans parler d’Israël qui est au bord de la guerre civile. La région doit être préservée du nucléaire militaire. Pourquoi Israël ne fait pas ce qu’il exige des autres ?
J’appelle à la création d’une assemblée du Proche-Orient pour le dialogue entre les peuples de la région. Appelons-la par exemple MECA (Middle East Citizens Assembly). Je pense que la déclaration de George W. Bush sur le « Grand Moyen-Orient » est belle, mais vide. La démocratie ne viendra pas de l’extérieur. L’un des problèmes de la politique actuelle, ce sont les missionnaires extrémistes. Il s’agit de certains chrétiens américains et de sionistes israéliens. Étrangement, on assiste même à des alliances entre eux. Nous avons d’un côté des appels aux croisades, de l’autre des appels au jihad.
Ce sont les gens qui sont les vecteurs de la démocratie, ils doivent la construire et en profiter. Au lieu de cela, les riches s’enrichissent grâce à l’influence étrangère et cela provoque l’extrémisme. Nous devons prendre l’Union européenne pour modèle et appliquer une anthropo-politique, faite pour l’homme, au lieu d’appliquer une pétro-politique.


 



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« Le nouveau Pearl Harbor » par David Ray Griffin


« Le dossier Robert Ménard », par Jean-Guy Allard


« La terreur fabriquée Made in USA », par Webster G. Tarpley


 

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