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Tribunes et décryptages - 21 avril 2006
Berlusconi a perdu, le Gladio ne s’avoue pas vaincu
Décryptage
Les élections italiennes du 10 et 11 avril 2006 ont enfin rendu leur verdict définitif le 19 avril lorsque la Cour de cassation italienne a rejeté les plaintes de la coalition de Silvio Berlusconi sur la validité du scrutin. La coalition de centre-gauche de Romano Prodi obtient une majorité de 63 sièges à la Chambre des députés et de seulement deux sièges au Sénat. La décision de la Cour de cassation vient, théoriquement, mettre un terme définitif aux actions de la majorité sortante pour contester le résultat des élections, au grand soulagement d’une presse internationale qui avait pris fait et cause pour l’ancien président de la Commission européenne Romano Prodi contre le Premier ministre sortant.
Avant les élections, le cabinet de diffusion de tribunes Project Syndicate, proche de George Soros, s’était employé à donner la parole à des experts économiques italiens très critiques à l’égard de Silvio Berlusconi.
C’est Fernando Targetti, ex-membre du comité des Finances du parlement italien et député des démocrates de gauche italiens, qui a disposé de la plus large diffusion. Il est en effet publié dans Der Standard (Autriche), L’Orient le jour (Liban), Korea Herald (Corée du Sud), El Tiempo (Colombie), Daily Times (Pakistan), Taipei Times (Taïwan), La Libre Belgique (Belgique) et sans doute d’autres titres nous ayant échappé. L’auteur dénonce la politique économique du Cavaliere, sa corruption, son affairisme, sa domination des médias et les manipulations préélectorales que la coalition « de centre-droit » de Silvio Berlusconi a orchestrées. Ce faisant, l’auteur est à l’unisson avec la plupart des éditorialistes de la presse dominante qui, par une belle unanimité, critiquent l’ancien président du conseil italien sur ces points précis.
Luigi Spaventa, ancien ministre italien du Trésor et du Budget, voit lui aussi sa tribune diffusée par Project Syndicate mais n’a droit qu’à une publication dans le Daily Times et le Korea Herald. L’auteur s’y montre critique des politiques économiques suivies par l’Italie depuis 10 ans, soit à peu près depuis qu’il n’est plus ministre. Il estime que le gouvernement Berlusconi a, avant tout, pour premier tort de ne pas avoir suffisamment dérégulé l’économie italienne et qu’il ne l’a pas assez privatisée. Par conséquent, il engage implicitement le gouvernement Prodi à pratiquer ces politiques.
Les milieux atlantistes européens font preuves d’une belle unanimité pour dénoncer Silvio Berlusconi, sans doute parce qu’il était devenu de façon bien trop évidente la caricature d’un système politique. En outre, M. Prodi est un homme apprécié dans ces milieux.
Ancien président de la Commission européenne entre 1999 et 2004, n’était-il pas en poste quand les accords de coopération entre l’Union européenne et Washington sur la « guerre au terrorisme » ont été négociés et signés ? N’est-ce pas lui encore qui présidait la Commission qui rédigea et accepta la « directive Bolkestein » ?
M. Prodi ne peut pas apparaître comme un obstacle à la réforme du fonctionnement de l’économie européenne et son adaptation au modèle anglo-saxon souhaité par les élites médiatiques européennes, pas plus qu’il n’est un adversaire des liens transatlantiques. Toutefois, aujourd’hui, pour la gauche atlantiste, cette dimension doit être masquée au nom de la célébration de la défaite de Silvio Berlusconi, associé dans une même exécration à la figure de George W. Bush par une large part de la population européenne.
L’ancien ministre socialiste français de la Santé et ancien administrateur de l’ONU au Kosovo, Bernard Kouchner, perçoit la victoire de Romano Prodi comme un motif d’espérance. Se voyant en grand rassembleur de la gauche française, il appelle à l’adoption du modèle italien pour construire le programme de gauche et désigner ce qui pourrait être un candidat unique à l’élection présidentielle de 2007. Par ce biais, il écarte tout élément de programme concret et masque les éléments les plus gênants au passif de Romano Prodi aux yeux de ses électeurs potentiels. Étrangement, ce grand appel au peuple de gauche français pour recourir au modèle italien se fait dans Le Figaro, quotidien conservateur français.
Romano Prodi n’a a priori rien de très inquiétant pour Washington. Toutefois, cela ne veut pas dire que la défaite de l’allié Silvio Berlusconi est une bonne nouvelle pour les faucons aux États-Unis. En effet, de par son action passée, rien ne laisse augurer une quelconque volonté réelle d’indépendance du nouveau Premier ministre italien. Mais M. Prodi a aussi défendu son idée de relancer le projet européen grâce à la constitution d’un noyau dur rassemblant l’Italie, l’Allemagne, la France, la Belgique, le Luxembourg et l’Espagne. M. Prodi a également exprimé son souhait de voir ces pays développer une politique de défense. Ce faisant, M. Prodi cherche sans doute un ré-équlibrage des positions italiennes, devenues pro-états-uniennes jusqu’à la caricature sous la direction de son prédécesseur. En outre, du fait de l’étroitesse de sa victoire Romano Prodi dépend de mouvements tels que Refondation communiste, très désireux de s’éloigner de Washington.
C’est dans ce contexte que le journaliste néo-conservateur et chercheur à l’American Entreprise Institute, Michael A. Ledeen, revient sur les élections italiennes dans le Wall Street Journal dans un texte implicitement chargé de menaces. M. Ledeen se réjouit de la faible marge de manœuvre dont dispose M. Prodi du fait de sa courte victoire. Il rappelle que dans la coalition de M. Prodi, il existe des partis qui soutiennent une politique néo-conservatrice, il désigne les Verts et les radicaux italiens, et d’autres qui ne la soutiennent pas. L’auteur insiste sur le fait que M. Prodi pourrait perdre sa majorité facilement et exige dès lors que le ministre italien des Affaires étrangères soit une personnalité appréciée aux États-Unis. Il exige par ailleurs que la nomination de cet « ami de l’Amérique » soit immédiate et anticipe même la désignation du reste du gouvernement. En un mot, M. Ledeen exige des gages de la part du gouvernement Prodi. Enfin, il conclut sur le fait qu’un recompte des bulletins litigieux de l’élection italienne pourrait permettre une victoire inattendue de Silvio Berlusconi, une hypothèse désormais exclue par la Cour de cassation italienne mais qui au moment de la publication pouvait apparaître comme crédible.
Le ton menaçant de M. Ledeen ou ses exigences peuvent sembler dérisoires. Après tout, quel est le poids d’un journaliste états-unien dans les décisions entourant les nominations dans un gouvernement issu d’une majorité nouvellement élu ? Cet éditorial ne doit cependant pas être pris à la légère. En effet, Michael Ledeen fut, lors des « années de plomb » en Italie, un homme clé du réseau occulte de l’Alliance atlantique en Europe. Dans les années 70, il était consultant auprès des services secrets italiens et du commandeur suprême de l’OTAN. En lien avec les uns et les autres, il était membre de la loge maçonnique Propagande Due, plus connue sous son acronyme de loge P2, qui fomenta divers attentats faussement imputés à l’extrême gauche et hésita à perpétrer un coup d’État pour empêcher les communistes de participer au gouvernement. Dans cette loge, à la même époque, on trouvait un certain Silvio Berlusconi ainsi que plusieurs responsables des services de renseignements italiens. A la fin des années 70, il retourna aux États-Unis pour diriger le Jewish Institute for National Security Affairs (JINSA) organisation servant de lien entre Tsahal et le Pentagone et au Conseil d’administration duquel on a trouvé Dick Cheney ou Richard Perle. L’article de Michael Ledeen émane donc d’un individu proche des clans au pouvoir aux États-Unis et ayant déjà, par le passé, participé à l’organisation d’une déstabilisation terroriste de l’Italie. Il ne faut donc pas le prendre à la légère. La nomination à venir du ministre des Affaires étrangères italien devra être suivie avec la plus grande attention.
L’analyste italien du Center For Strategic & International Studies Raffaello Pantucci, lui aussi partisan d’une alliance italo-états-unienne étroite, se montre bien moins menaçant dans le Boston Globe. Il est sûr de son fait, l’Italie restera proche des États-Unis. Il affirme ainsi, sans se montrer très précis sur ce qu’il entend, que Silvio Berlusconi n’était pas un allié stable et que cela faisait longtemps que, des deux côtés de l’Atlantique, on avait préparé l’éventualité de sa défaite. Ainsi, il semble acquis pour le chercheur que le gouvernement Prodi restera lié aux États-Unis… du moins si Romano Prodi tient sa majorité. L’auteur affirme que le gouvernement Prodi retirera bien ses troupes d’Irak mais en compensation, il déploiera dans le pays des services civils collaborant avec les troupes d’occupation.
Rappelons que M. Prodi ne brilla pas par son courage lorsque Michael Ledeen et ses amis déstabilisèrent l’Italie. Il prit l’initiative d’informer la police du lieu de détention de son prédécesseur Aldo Moro, mais refusa de révéler la source de son information, prétendant qu’elle provenait des songes d’une voyante. Cette information n’étant pas sourcée de manière crédible ne fut pas vérifiée par la police. Elle était pourtant exacte et Aldo Moro fut assassiné par ses ravisseurs.
La presse arabe tente pour sa part de comprendre le vote italien et semble se passionner pour le principe des grandes coalitions.
Ainsi Alhayat reproduit un article du journaliste italien Massimo Giannini, déjà publié dans La Repubblica, sur l’option d’une coalition associant Forza Italia aux partis de centre gauche. Pour l’auteur, cette proposition n’a pas de sens et n’est que la dernière manœuvre berlusconienne pour trahir le sens du scrutin et conserver une influence sur le pouvoir.
La possibilité d’une grande coalition est exclue aujourd’hui. Pourtant, dans un éditorial publié au lendemain du scrutin, c’était l’hypothèse que privilégiait la rédaction du journal Asharq Al Awsat. Le quotidien arabophone s’interroge sur ces Européens qui ne semblent plus pouvoir choisir entre les partis, comme si aucun ne leur convenait. Comparant les cas italiens et allemands, pourtant peu comparables en terme de participation, ils prédisaient, à tort, la constitution d’une grande coalition.
Réseau Voltaire
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21 avril 2006
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Paris (France)
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Pays
États-Unis
Italie
Thèmes
Contrôle de l’Europe
Auteurs et sources des Tribunes et décryptages
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« L’Italie va-t-elle survivre à Berlusconi ? »
Auteur
Fernando Targetti
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Ex-membre du comité des finances du parlement italien et député des démocrates de gauche italien, Fernando Targetti est professeur d’économie à l’université de Trente.
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Sources
L’Orient Le Jour (Liban), Taipei Times (Taïwan), La Libre Belgique (Belgique), Korea Herald (Corée du Sud), Daily Times (Pakistan), Der Standard (Autriche), El Tiempo (Colombie)
Référence « Kann Italien Berlusconi überstehen ? », par Ferdinando Targetti, Der Standard, 31 mars 2006.
« L’Italie va-t-elle survivre à Berlusconi ? », L’Orient Le jour, 1er avril 2006.
« Can Italy survive Berlusconi ? », Korea Herald, 3 avril 2006.
« ¿Puede Italia sobrevivir a Berlusconi ? », El Tiempo, 3 avril 2006.
« Can Italy survive Berlusconi ? », Daily Times, 4 avril 2006.
« Can Italy survive Berlusconi ? », Taipei Times, 4 avril 2006.
« L’Italie va-t-elle survivre à Berlusconi ? », La Libre Belgique, 5 avril 2006.
Résumé Si l’Histoire semble ranger Silvio Berlusconi dans la catégorie des Premiers ministres italiens de deuxième ordre, il laissera malgré tout le souvenir d’un Premier ministre hors de l’ordinaire et des plus bizarres. Son principe de gouvernement a semblé être fondé sur le principe de faire une promesse et d’en tenir une autre. En raison de son caractère imprévisible, l’union de centre gauche a remporté toutes les élections en Italie depuis celle qui a porté Berlusconi au pouvoir. Toutefois, son destin dans l’élection législative à venir n’est pas scellé.
Pourtant compte tenu de ses maigres résultats économiques (une croissance annuelle moyenne de 0,3 % contre 1,5 pour le reste de l’Union européenne, développement de la dette italienne) on pourrait penser que l’Italie est mûre pour le changement. Même le syndicat patronal Cofindustria, soutien de Berlusconi en 2001, critique aujourd’hui le gouvernement. Il faut ajouter à cela la confusion des genres entre Berlusconi-Premier ministre et Berlusconi-magnat de la presse qui, à coup de lois le favorisant, a multiplié par trois sa fortune personnelle durant son mandat. Il a utilisé sa position pour résoudre nombre de ses problèmes juridiques, mais il a quand même été accusé de corruption et fraude fiscale début mars. Ses ministres ne se sont guère mieux conduits.
Et pourtant, les sondages ne donnent pas une domination écrasante à l’Unione, la coalition de gauche. Cela est dû en grande partie à l’usage que Berlusconi fait de ses chaînes de télévision qui ne cessent de louer ses soi-disant grandes réalisations. Il ajoute à cela un anticommunisme qui n’avait jamais été aussi virulent dans une campagne depuis 1948 et une défense des valeurs traditionnelles. Ce dernier aspect ne lui a pas permis cependant de recevoir le soutien explicite de l’Église catholique. Berlusconi bénéficie également de l’apparente fragilité de la coalition de gauche. En outre, il est difficile de faire des pronostics puisque le mode de scrutin a changé et que les comparaisons sont impossibles. Ce mode de scrutin ressemble à une politique de la terre brûlée par l’armée qui perd le combat et qui dénie au vainqueur une chance d’asseoir son pouvoir. Le plus grave est qu’on pourrait observer une chambre des députés d’un bord et un Sénat d’un autre bord avec ce mode de scrutin.
Le casse-tête de la survie politique de Berlusconi reflète un problème plus large au niveau européen. Beaucoup d’Européens, et pas seulement les Italiens, sont inquiets et ne savent pas vers où le continent se dirige. Il n’est donc pas étonnant qu’un opportuniste et un charlatan comme Berlusconi continue à avoir de l’audience. Les Italiens doivent décider pour l’avenir de leur pays s’ils veulent d’un dirigeant qui a la stature nécessaire.

« Une Italie à bout de souffle »
Auteur
Luigi Spaventa
Sources
Korea Herald (Corée du Sud), Daily Times (Pakistan)
Référence « Exhausted Italy », par Luigi Spaventa, Daily Times, 5 avril 2006.
« Italy’s Berlusconi fatigue », Korea Herald, 7 avril 2006.
Résumé Les élections législatives du 9 et 10 avril 2006 sont peut-être les plus importantes pour l’Italie depuis 1948. Elles opposent la coalition de centre-droit de Silvio Berlusconi à celle de centre-gauche de Romano Prodi. Mais aucun des deux hommes ne paraît avoir la trempe nécessaire pour redresser l’économie italienne. L’économie italienne est dans l’impasse, la croissance stagne, le PIB par habitants est tombé en dessous de la moyenne de la zone euro, la productivité italienne diminue et l’Italie n’est plus compétitive. Le seul secteur en pleine croissance, c’est celui des livres sur le déclin de l’Italie !
Berlusconi rejette ces statistiques, les prétendant peu fiables et les membres de son gouvernement les acceptent, mais les imputent à des facteurs extérieurs (la Chine, le ralentissement de la croissance européenne, l’euro…etc.). Pourtant ces excuses ne tiennent pas : la France ou l’Allemagne sont soumis aux mêmes contraintes et pourtant leurs exportations se portent mieux que celles de l’Italie. Et si l’euro a bien empêché l’Italie de pratiquer des dévaluations compétitives, il a aussi permis de diminuer énormément les intérêts à payer sur l’énorme dette du pays. Mais il serait injuste de mettre ces problèmes au passif du seul gouvernement Berlusconi. Le vrai problème est que le pays n’était pas prêt à s’adapter à la révolution mondiale des technologies de l’information et à la transformation du commerce international. Ses infrastructures, tant matérielles qu’intellectuelles, et sa structure économique ne lui permettaient pas de relever les nouveaux défis.
Néanmoins, le gouvernement Berlusconi n’a rien fait pour résoudre ces problèmes. Rien n’a été entrepris en faveur de la déréglementation des marchés ou pour favoriser les restructurations, tandis que les privatisations se sont arrêtées. À la place, le gouvernement s’en est remis à la vieille recette keynésienne : des diminutions d’impôt modérées pour augmenter le revenu disponible et une augmentation des dépenses courantes. Les difficultés budgétaires limiteront étroitement la marge de manœuvre du prochain gouvernement, quel qu’il soit. Les promesses des deux camps comprennent des mesures fiscales irréalisables.
Les Italiens sont frustrés par Berlusconi et ses promesses non tenues ou ses lois le favorisant. Mais cela a entraîné une défiance vis-à-vis de tous les politiciens. La campagne électorale a été lamentable, elle a fait beaucoup de bruit mais n’a guère apporté de clarification. Quel que soit le vainqueur, il reste à espérer qu’il va consacrer toute l’énergie voulue pour redonner souffle à l’Italie.

« Les leçons de Romano Prodi à la gauche française »
Auteur
Bernard Kouchner
Source
Le Figaro (France)
Référence « Les leçons de Romano Prodi à la gauche française », par Bernard Kouchner, Le Figaro, 18 avril 2006.
Résumé Carbonisée au lendemain de sa défaite face à Silvio Berlusconi en 2001, la gauche italienne a remporté les dernières élections en faisant le choix de la remise en question. Celle-ci a été rendue possible par trois partis pris forts : le débat, les primaires, le choix de l’unité.
La gauche a, avant tout, réussi à remporter les élections parce qu’elle s’est mise à l’écoute des citoyens et qu’elle a su, sans tabou, édifier son programme avec eux, en dehors des sentiers battus par les partis politiques. Romano Prodi a inauguré une nouvelle façon de faire de la politique dont chacun à gauche serait avisé de s’inspirer face à une droite tentée, on vient de le voir, de réformer la société sans la consulter. Il faut s’inspirer de cette créativité et de cette énergie et c’est pourquoi j’ai lancé une tournée d’écoute et de débat à travers la France.
La seconde innovation majeure qui a permis cette victoire de la gauche italienne a été l’organisation de primaires. Les citoyens, ici aussi, en ont assez des obscures tractations et des accords indéchiffrables qui déterminent au quotidien la stratégie des partis politiques. Organiser de telles primaires ne serait pas lus compliqué en France qu’en Italie. Quant aux difficultés d’organisation qui nous sont régulièrement opposées, elles m’apparaissent ridicules au regard des élections que j’ai organisées en trois mois dans le Kosovo en guerre !
La troisième force de la gauche italienne a enfin été de maintenir son unité, malgré les inévitables forces centrifuges et malgré les manœuvres de Berlusconi. La gauche française ne pourrait-elle, pour éviter un nouveau 21 avril, se plier au même souci de l’intérêt général ?
Par son invention, par son ouverture et par sa détermination, la gauche italienne a su proposer aux électeurs italiens le chemin d’un succès plein de promesses malgré les circonstances, et qui ne s’appuie pas sur les mensonges ou les combinaisons, mais ouvre la voie à une réforme honnête et moderne du pays. Il est aujourd’hui de notre devoir, à nous tous militants de la gauche française, de retenir et d’appliquer les leçons de cette élection.

« Vincero ! »
Auteur
Michael Ledeen
Source
Wall Street Journal (États-Unis)
Référence « Vincero ! », par Michael A. Ledeen, Wall Street Journal, 13 avril 2006.
Résumé A 15 H 00, lundi, les sondages sortis des urnes annonçaient la victoire de la coalition de Romano Prodi avec une marge de 5 %. Cela faisait de M. Prodi le Premier ministre élu par la plus grande marge dans l’Histoire de l’Italie. Il arrivait au pouvoir avec des Verts et des radicaux (à la politique étrangère néoconservatrice) et trois version de communistes : des anciens communistes qui ne le sont plus, des anciens communistes qui affirment l’être encore mais qui ne le sont plus non plus, et de vrais communistes qui eux ne sont pas du tout néo-conservateurs.
Mais les rêves de Prodi se sont écroulés bien vite et l’incertitude concernant les résultats a duré 24 heures. Finalement, Prodi a gagné par une faible marge qui, ironiquement, le fait presque passer pour le vaincu, tandis que Berlusconi, que tout le monde annonçait comme laminé, apparaît presque comme un vainqueur. Il reste d’ailleurs à la tête de la première formation du pays. Son lien avec George W. Bush n’a pas été le handicap que les gauchistes américains prédisaient.
Du fait de sa faible avance, M. Prodi devra être très prudent. Chaque loi qu’il voudra faire adopter pourrait le mettre en minorité. Ses amis gauchistes, qui haïssent le capitalisme, l’Amérique et George W. Bush, vont le pousser à adopter une ligne à la Jacques Chirac ou à la José Luis R. Zapatero. Mais ce n’est pas ce que veulent les Italiens. M. Prodi devra choisir un ministre des Affaires étrangères connu et apprécié aux États-Unis. Cette nomination devra être la première décision de M. Prodi, avant toute autre nomination dans le gouvernement.
Aujourd’hui, il reste des bulletins litigieux dans cette élection, et on pourrait tout compte fait se retrouver avec une majorité de centre-droit.

« Sauvegarder le lien États-Unis-Italie »
Auteur
Raffaello Pantucci
Source
The Boston Globe (États-Unis)
Référence « Keeping US, Italy link afloat », par Raffaello Pantucci, Boston Globe, 14 avril 2006.
Résumé Peu d’Américains ont noté ce week-end qu’ils avaient perdu un nouvel allié. Ceux qui ont noté la victoire de Romano Prodi craignent que ce résultat n’ait une conséquence identique à l’élection espagnole. Toutefois, cela fait longtemps que les politiciens des deux côtés de l’Atlantique avaient noté que la position de Berlusconi était intenable. Le milliardaire ne cessait de vanter son action dans les médias alors que l’économie déclinait. Le Premier ministre avait également participé à la Guerre d’Irak, contre l’avis de 70 % de sa population. Si l’on ajoute à cela les enquêtes pour corruption concernant Berlusconi ou ses gaffes dans la campagne, on constatait qu’il était un allié peu fiable.
Vu de Washington, Berlusconi était un vibrant partisan de George W. Bush tandis que Romano Prodi appelle au retrait des troupes d’Irak. Toutefois, cet événement ne viendra pas nuire aux relations italo-états-uniennes ni aux relations transatlantiques qui ne cessent de se réchauffer depuis l’accession de Angela Merkel au pouvoir en Allemagne.
Il suffit que Prodi compense le départ des troupes italiennes par des forces civiles qui aideront à la reconstruction, que les États-Unis mesurent leur langage lors du retrait des troupes et que Prodi tienne sa coalition pour que tout se passe bien.

« Berlusconi et le mirage des « grandes coalitions » »
Auteur
Massimo Giannini
Source
Dar Al-Hayat (Royaume-Uni)
Référence « بيرلوسكوني وسراب « الائتلافات العريضة » », par Massimo Giannini, Alhayat, 19 avril 2006. Cet article a d’abord été publié dans La Repubblica.
Résumé Le Cavaliere, Silvio Berlusconi, ne semble pas prêt à accepter sa défaite dans le dernier scrutin. Ayant rassemblé ses sympathisants devant son domicile à Rome, il a déclaré publiquement sa « résistance » contre tous ceux qu’ils l’ont donné perdant dans ces élections. Sa défaite démocratique ne l’empêche pas de donner l’impression qu’il est le gagnant.
Dans le même cadre, Massimo D’Alema- le président du parti de la gauche démocratique- a appelé l’ex Premier ministre à reconnaître, d’abord, sa défaite et la légitimité de Romano Prodi pour former un nouveau gouvernement et pour mener les négociations entre les deux coalitions qui aboutiront, peut être, à un accord sur la nomination du nouveau Président de la république. Le Cavaliere a alors proposé un « arrangement historique Berlusconien » : une grande coalition. Un arrangement qui ressemble beaucoup à celui qui a eu lieu à la fin des années 70 entre les communistes et les chrétiens démocrates. Ainsi propose-t-il de former un gouvernement basé sur « un accord limité temporellement, et capable de faire face aux engagements constitutionnels et économiques internes, et aux engagements internationaux que le pays doit assumer ».
Une « grande coalition » n’est qu’un fruit d’une flagrante falsification de la vérité. Berlusconi le légitime en affirmant : « Nous sommes dans un état de stagnation et devant une situation dont le vote populaire, s’il est pris pour critère, ne définit ni gagnant ni perdant ». C’est son point de départ pour mettre en œuvre sa propre définition du principe des « grandes coalitions ». Une définition dont la date de validité est courte, comme l’expérience allemande nous l’a déjà prouvé.

« Après la victoire de la gauche…Où va l’Italie ? »
Auteur
Rédaction du journal Asharq Al Awsat
Source
Asharq Al Awsat
Référence « بعد فوز اليسار... إيطاليا إلى أين؟ », par Rédaction du journal, Asharq Al Awsat, 12 avril 2006.
Résumé

La non-reconnaissance de sa défaite par la coalition menée par Silvio Berlusconi risque de produire une crise constitutionnelle en Italie.
Ce qui est étonnant dans le dernier scrutin, c’est qu’il confirme la grande ressemblance entre les comportements des Italiens et les Allemands. Les deux peuples ont refusé de soutenir pleinement l’une des coalitions rivales. Cela donne l’impression que les Allemands et les Italiens commencent à en avoir assez des modes de gouvernance et de leurs gouvernements eux-mêmes, aspirant à une plus grande liberté loin des deux axes, gauche ou droite. C’est bien le cas pour leurs confrères français qui se sont rebellés récemment, à leur manière, en refusant de se soumettre à leur gouvernement. Il apparaît que les peuples du « vieux continent « deviennent de plus en plus durs à gouverner.
La situation est devenue très compliquée après la victoire de la gauche centriste. Surtout qu’avant les élections, Romano Prodi avait exprimé son refus de former une « grande coalition « à l’allemande. Insistant sur le fait que « Au cas où l’écart est faible, il va falloir refaire le scrutin « .
Certes, Prodi a montré qu’il est capable de former un gouvernement, mais les analystes politiques italiens et étrangers pensent qu’il est très probable que Prodi renonce à son entêtement, et accepte la « grande coalition « avec ses rivaux de la droite.

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