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Tribunes et décryptages - 23 juin 2006
Indépendance de l’Amérique du Sud : la presse dominante durcit le ton

Décryptage

L’élection du « cocalero » Evo Morales à la présidence de la Bolivie, le 18 décembre 2005, avait suscité dans la presse dominante internationale des réactions ambivalentes, ainsi que nous l’avions présenté dans cette rubrique. Progressivement, la majorité des tribunes publiées s’accordaient sur une position qui faisait d’Evo Morales une figure trop proche du président vénézuélien Hugo Chavez pour être appréciée mais à la tête d’un pays trop pauvre et trop faible pour mener vraiment la politique promise durant sa campagne. Avec un rien de condescendance et de paternalisme, on pariait sur le président brésilien, Lula, pour remettre Morales dans le droit chemin. Cette opinion, qui traduisait soit une méconnaissance des problématiques latino-américaines soit l’expression d’une méthode Coué des experts médiatiques, a été démentie par les faits quand Evo Morales a annoncé la nationalisation des hydrocarbures dans son pays. Contrairement aux prévisions, le président Morales ne s’était pas converti au « réalisme » avec son élection.

Constatant l’erreur commise, les pages opinion de la presse dominante ont, dès lors, adopté une tonalité bien plus dure empruntant, signe des temps, de nombreuses expressions en vogue dans la « guerre au terrorisme ».

Dans Le Monde, l’ancien président uruguayen Julio Maria Sanguinetti reste fidèle à la rhétorique opposant gauche « réaliste » à gauche « populiste » en Amérique latine, courante chez les détracteurs des politiques d’indépendance latino-américaine. Il assure qu’aujourd’hui le « coup de barre à gauche » de l’Amérique latine n’est qu’un mythe qui s’est effondré et que la gauche est divisée entre un pôle réaliste et pôle bolivarien arque bouté à Hugo Chavez. Il affirme qu’Evo Morales n’est que la marionnette du président vénézuélien et voit donc dans la nationalisation du gaz bolivien une manœuvre de ce dernier contre les gouvernements « réalistes » du Chili et du Brésil. L’auteur se réjouit cependant qu’en réaction, les « réalistes » multiplient les accords de libre-échange avec les États-Unis.
L’ex ministre mexicain des Affaires étrangères, Jorge Castañeda développe une grille d’analyse assez proche. Bénéficiant de l’appui du cabine de relations publiques Project Syndicate, la tribune de M. Castañeda est publiée par Los Tiempos (Bolivie), le Jordan Times (Jordanie), le Korea Herald (Corée du Sud), El Nuevo Diario (Nicaragua), La Opinion (États-Unis) et une quantité impressionnante de blogs plus ou moins spontanés ou de sites d’information. L’auteur reprend lui aussi la rhétorique des deux gauches, mais, contrairement à Julio Maria Sanguinetti, il ne résume pas le courant qu’il abhorre à Morales et Chavez, y incluant le président argentin Nestor Kirchner, le président cubain Fidel Castro et son propre adversaire politique mexicain Andrés Manuel Lopez Obrador. Il dénonce lui aussi la nationalisation des hydrocarbures boliviens et se désole du mal qu’elle a fait aux économies chilienne et brésilienne, deux pays vantés pour le pragmatisme de leurs dirigeants.
Ce point de vue faisant de la nationalisation des hydrocarbures boliviens une offensive contre le Chili et le Brésil fomentée par un axe Morales-Castro-Chavez n’est pas propre aux deux hommes politiques latino-américains. A titre d’exemple, en France, cette analyse est partagée par l’éditorialiste néoconservateur Alexandre Adler, et par l’éditorialiste de gauche Philippe Val [1].

Dans l’extrême droite états-unienne, on n’avait pas attendu longtemps avant de présenter Evo Morales comme un « gangster », un « communiste » ou un « ennemi de l’Amérique », expression amusante pour désigner… un Bolivien.
L’éditorialiste néo-conservateur canadien, Mark Steyn, partage ce point de vue dans le Jerusalem Post. S’appuyant sur des extraits du dernier livre du coordinateur des faucons états-unien, Frank Gaffney, il assure que sous l’impulsion d’Hugo Chavez, on assiste à un développement du « totalitarisme » en Amérique latine et parle même de « Jihad latino » et d’« islamo-chavisme ». Bigre !
Ces deux expressions dénotent surtout l’univers mental étriqué dans lequel les propagandistes US restent coincés. Toutefois, le fait que Franck Gaffney consacre maintenant une partie de son attention à l’Amérique du Sud démontre que désormais les néo-conservateurs retrouvent de l’intérêt pour les allant-de-soi de la doctrine Monroe et s’inquiètent désormais publiquement de l’indépendance que prétendent acquérir les nouveaux gouvernements latino-américains. Le fait qu’ils utilisent des termes empruntés à la « guerre au terrorisme » et qu’ils se montrent aussi belliqueux n’est pas rassurant.

Il existe chez les éditorialistes de la presse dominante une certitude mainte fois martelée concernant l’Amérique latine : l’ère des coups d’État préparés par Washington est révolue. Ce leitmotiv maintes fois répété ne se fonde sur aucun argument concret, mais est sans cesse affirmé avec un rare aplomb. Cette assurance fait fi de la responsabilité états-unienne dans le coup d’État de 2002 contre le président Chavez ou de la tentative avortée de « révolution » colorée lors du référendum révocatoire au Venezuela. En outre, on note aujourd’hui une rhétorique martiale des néo-conservateurs qui n’a rien de rassurant ; et ce d’autant plus qu’elle s’accompagne d’actions menaçantes de l’administration Bush. Ainsi, citons pêle-mêle et sans prétention exhaustive, l’envoi de paramilitaires colombiens au Venezuela, la confiscation des missiles de l’armée bolivienne par Washington ou le déploiement de la marine états-unienne dans les Caraïbes. Toutes ces actions visent soit à affaiblir un ennemi potentiel, soit à organiser une attaque ou au minimum à intimider militairement .
Malgré ces signes, la presse dominante refuse de prendre en compte l’agressivité états-unienne et les dispositifs militaires de l’ingérence de Washington.

La tribune du politologue argentin Juan Gabriel Tokatlian, diffusée par Project Syndicate et publiée par le Taipei Times, El Tiempo, le Daily Times et le Japan Times, illustre cet aveuglement. L’auteur y analyse le projet d’extension du « Plan Colombie » à l’intégralité des pays andins. Selon lui, le Plan Colombie n’a pas permis une diminution nette de la production de drogue, pas plus qu’une diminution du « terrorisme » (c’est à dire, pour l’auteur, des guérillas), il demande donc qu’il soit remis en cause et réévalué. Il s’agit là d’une critique classique du Plan Colombie. L’autre critique classique, émanant plus souvent des mouvements écologistes ou altermondialistes, se focalise sur les déprédations écologiques que causent la fumigation des cultures prohibées et sur la misère qu’entraîne pour les cultivateurs de coca la destruction des récoltes. Pourtant, ces analyses perdent de vue que, par le biais du Plan Colombie, les États-Unis contrôlent des pans entiers de la politique intérieure colombienne et régionale. Aussi, le développement de ce plan est moins une volonté de lutter contre le « terrorisme » ou les narcotraficants que de conserver le contrôle des pays d’Amérique latine et de s’y déployer militairement.

Mais comme « l’ère des coups d’États » est révolue, à quoi bon s’en inquiéter ?

La Bolivie ou le Venezuela ne sont pas les seuls pays à être dans la ligne de mire des auteurs américanistes.

À l’occasion de la réunion des ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne, le 12 juin 2006, sur la position commune à adopter face à Cuba, des personnalités atlantistes co-signent un texte rédigé par l’ancien président tchèque Vaclav Havel. On compte dans ce groupe l’ex-secrétaire d’État Madeleine Albright, le publiciste français André Glucksmann, l’ancien président hongrois Arpád Göncz, l’ancien président lituanien Vytautas Landsbergis et le directeur du quotidien polonais Gazeta Wyborcza Adam Michnik. Comme toujours avec les textes de M. Havel, la tribune est diffusée par Project Syndicate. Elle est publiée par El Tiempo (Colombie), Die Welt (Allemagne), Le Matin (Maroc), Los Tiempos (Bolivie) et un grand nombre de blogs et sites consacrés à la dénonciation du régime castriste.
Les signataires adoptent un texte cédant lui aussi à la mode de la « guerre-au-terrorismation » du discours politique et dénoncent donc le « terrorisme » du gouvernement cubain. Ils appellent à ce que la réunion de l’Union européenne sur Cuba marque un retour à la politique agressive alignée sur celle des États-Unis. Au nom de la lutte antitotalitaire et faisant jouer les amalgames entre les ex-régimes d’Europe de l’Est et le Cuba de Fidel Castro, les auteurs affirment que les dissidents cubains sont victimes d’une police politique omniprésente qui les oppresse et qu’il est urgent de les soutenir.

Le député travailliste britannique Ian Gibson, prend l’exact contre-pied de cet appel dans The Guardian. Il estime que rien ne justifie que Cuba soit ostracisé. Il rappelle les réalisations sociales du gouvernement castriste et note que les violations des Droits de l’homme dont est accusé La Havane ne sont rien comparée aux crimes de la Coalition en Irak. Il propose donc que malgré les demandes de Washington et l’insistance des gouvernements atlantistes de Pologne et de République tchèque, l’Union européenne ne relance pas une politique de sanctions contre Cuba.
Derrière cette polémique, se cache une autre réalité : ce dont on disticute sans jamais l’expliquer, c’est d’un embargo qui vise à étouffer la population cubaine pour la contraindre à renoncer au castrisme et accepter le retour de l’ancien régime. Les accusations de violation des Droits de l’homme sont postérieures et non pas antérieures à cet embargo. Elles sont des tentatives maladroites de justifier l’injustifiable, c’est-à-dire un chantage à la faim exercé sur un peuple pour lui arracher sa souveraineté ; un chantage condamné année après année par l’Assemblée générale des Nations Unies. Au demeurant, les Cubains résistant avec insolence, le capitalisme états-unien se trouve privé d’un marché à sa porte. Voilà donc longtemps que des exemptions diverses et discrètes ont été accordées qui permettent à l’industrie agro-alimentaire états-unienne d’exporter à Cuba. L’embargo réel est désormais limité. En changeant de forme, il a changé de nature. Il ne s’agit plus d’affamer les Cubains, mais d’empêcher les Européens de commercer avec eux. Washington exige que Bruxelles respecte une interdiction qu’il a édicté en violation du droit international mais qu’il ne respecte pas lui-même.
En définitive, les ministres des Affaires étrangères de l’Union en ont eu assez d’être les dindons de la farce. N’accordant aucune crédibilité aux allégations de Reporters sans frontières et de ses bailleurs de fonds, ils ont suspendu pour un an supplémentaire leur participation à un embargo illégal.

Réseau Voltaire

[1] cf. « Un « complot » fomenté par Philippe Val et Alexandre Adler ? », par Mathias Reymond et Henri Maler, Acrimed, 19 mai 2006.




23 juin 2006

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Thèmes
 Contrôle de l’Amérique latine
 Chili
 Lutte pour l’indépendance et l’unité de l’Amérique latine

Auteurs et sources des Tribunes et décryptages

« Immature Amérique latine »

Auteur Julio Maria Sanguinetti

 Julio Maria Sanguinetti est ancien président de l’Uruguay (1985-1990 et 1995-2000).

Source Le Monde (France)
Référence « Immature Amérique latine », par Julio Maria Sanguinetti, Le Monde, 20 juin 2006.

Résumé Contrairement à ce qu’on lit beaucoup, je ne crois pas que l’Amérique latine connaisse un raz-de-marée à gauche. Notre région est plus divisée que jamais entre des acteurs dont les affinités idéologiques pouvaient laisser penser qu’on verrait se former de véritables axes d’intégration, voire de résistance à Washington. Or, au contraire, la communauté andine et le Mercosur sont plus affaiblis que jamais.
Le Venezuela s’est mis en retrait de la communauté andine, reprochant au Pérou, à la Colombie et à l’Équateur leurs accords de libre échange avec les États-Unis. Le Mercosur voit l’Argentine, le Brésil et l’Uruguay s’affronter autour de l’installation de deux usines de cellulose sur les rives du Rio Uruguay. L’Uruguay et le Paraguay revendiquent leur volonté de signer des accords unilatéraux en dehors de l’organisation. Le Brésil est remonté contre la Bolivie (pays associé au Mercosur) depuis la nationalisation du gaz bolivien. La réunion de Vienne entre l’Union européenne et l’Amérique latine a une fois de plus montré les divisions de ces pays. Il faut constater qu’il n’y a pas d’identité « sud-américaine ».
La vague de gauche semble aujourd’hui en bien mauvaise posture. Comment comparer le gouvernement modéré d’un Chili moderne et ouvert au commerce avec le populisme logorrhéique du Venezuela ? La gauche chilienne est social-démocrate, la gauche brésilienne est associée aux parti de droite et du centre. Aujourd’hui, l’ « Axe bolivarien », ne concerne que Caracas et La Paz. Le président vénézuélien ayant usé de son influence sur Evo Morales pour favoriser une nationalisation des hydrocarbures qui lui attire les foudres du Brésil et de l’Argentine. M. Chavez s’est aussi mis à dos Buenos Aires en apportant son soutien à la construction d’un utopique gazoduc entre la Bolivie et l’Uruguay, prévu pour passer par le Paraguay et le Brésil tout en contournant soigneusement l’Argentine. Dans le même temps, les accords bilatéraux de libre-échange entre les États-Unis et les pays d’Amérique du Sud, dont l’Uruguay, se multiplient.
La diplomatie de Washington n’a eu qu’à piocher dans ce que nos gouvernements lui ont servi sur un plateau, avec leurs agissements immatures. Quiconque s’est imaginé le sous-continent rassemblé autour d’une pensée de gauche a aujourd’hui tout le loisir de mesurer son erreur. Reste que le populisme vénézuélien, dopé aux pétrodollars, est devenu un facteur de très grande instabilité.

« La vieille gauche contre la nouvelle gauche en Amérique latine »

Auteur Jorge Castañeda

 Proche du président mexicain et ex-potentiel candidat à sa succession, Jorge Castañeda est ancien ministre des Affaires étrangères (2000-2003) de Vicente Fox. Il est professeur de relations internationales à l’Université nationale autonome de Mexico.

Sources Jordan Times (Jordanie), Korea Herald (Corée du Sud), El Nuevo Diario (Nicaragua), Los Tiempos (Bolivie), La Opinion (États-Unis)
Référence « La vieja izquierda frente a la nueva izquierda en América Latina », par Jorge Castañeda, Los Tiempos, 6 juin 2006.
« Old left vs. new left in Latin America », Jordan Times, 9 juin 2006.
« Old left vs. new left in Latin America », Korea Herald, 9 juin 2006.
« La vieja izquierda frente a la nueva izquierda en América Latina », El Nuevo Diario, 9 juin 2006.
« Vieja izquierda frente a la nueva izquierda », La Opinion, 11 juin 2006.

Résumé Il y a deux façon d’interpréter les dernières élections en Amérique latine. La première est de considérer que le supposé virage à gauche s’essouffle. dans les dernières semaines, on a en effet vu l’hyper-nationaliste Ollanta Humala, un clone d’Hugo Chavez, perdre les élections péruviennes. En Colombie, dans le même temps, Alvaro Uribe a été réélu avec plus de 62 % des voix.
Mais il y a aussi une autre façon de voir les choses. En Colombie, Uribe a été concurrencé non par l’opposition traditionnelle mais par un mouvement de gauche, le Polo Democratico, qui est devenu le deuxième parti du pays. Au Pérou, le vainqueur de l’élection, Alan Garcia, reste à la tête d’un parti de gauche archaïque et populiste. Chavez, Kirchner, Morales ou Lopez Obrador (au Mexique) sont les héritiers d’une tradition populiste. En fait, le principal développement de l’Amérique latine est la différence croissante entre la gauche moderne et la gauche archaïque.
Quand Morales a nationalisé le gaz bolivien, il a grandement mis à mal l’industrie de Sao Paulo, s’aliénant Lula au Brésil. De même, son attitude ne favorise pas un rapprochement avec le Chili dont la présidente voulait pourtant régler le problème de l’accès de la Bolivie au Pacifique.
Les écarts ne cessent de se creuser car certains gouvernements préfèrent l’intérêt national à la rhétorique et à l’idéologie.

« Et maintenant, le jihad latino »

Auteur Mark Steyn

 Éditorialiste canadien néo-conservateur, Mark Steyn est correspondant en Amérique du Nord pour le Daily Telegraph.

Source Jerusalem Post (Israël)
Référence « And now, the Latino Jihad », par Mark Steyn, Jerusalem Post, 29 mai 2006.

Résumé Depuis le 11 septembre, l’Amérique latine est sortie de l’image radar. Avant ces attentats, George W. Bush pouvait se réjouir de voir que dans cette partie du monde, l’ère des generalissimos dans les palaces présidentiels était révolue. Il y avait des républiques, et elles n’étaient même plus bananières.
Mais quand arriva le 11 septembre, George W. Bush a pu constaté que nos amigos ne nous furent d’aucune aide et d’aucun soutien. Les États-Unis ne purent, à nouveau, compter que sur l’Anglosphère. Mais pendant que tout le monde ne discutait que de charia, de wahhabites, de Kurdes ou de Pachtounes, l’Amérique latine voyait réapparaître ses vieux démons.
Frank Gaffney consacre une partie de son dernier livre, War footing, à « la réémergence du totalitarisme en Amérique latine » . Il assure qu’Hugo Chavez mène un « jihad latino », contre les États-Unis. Chavez utilise les fonds pétroliers pour alimenter le « chavisme » dans toute l’Amérique latine. Il trouve des fans bien au delà de son hémisphère, séduisant les eurogauchistes comme Kien Livingstone

« Militariser les Andes n’est pas une bonne nouvelle pour la démocratie régionale »

Auteur Juan Gabriel Tokatlian

 Juan Tokatlian dirige le département des Sciences politiques et des Relations internationales à l’Université San Andrés de Buenos Aires, en Argentine. Résident colombien entre 1981 et 1988, il a été professeur de l’Universidad Nacional, (1995-1998), et à l’Universidad de los Andes, (1982-1994). Il fut éditorialiste d u quotidien colombien El Tiempo.

Sources Taipei Times (Taïwan), Japan Times (Japon), Daily Times (Pakistan), El Tiempo (Colombie)
Référence « Militarizing the Andes is not good news for regional democracy », par Juan Gabriel Tokatlian, Taipei Times, 12 mai 2006.
« La militarización de los Andes », El Tiempo, 16 mai 2006.
« Militarizing the Andes », Daily Times, 16 mai 2006.
« What’s next, militarization of the Andes ? », Japan Times, 18 mai 2006.

Résumé La focalisation du monde entier sur l’Irak fait oublier le possible développement du Plan Colombie, conçu par les États-Unis pour lutter contre le narcotrafic et les guérillas de gauche en Colombie, à toute l’Amérique latine. Lorsqu’il a été présenté en 2000, le Plan Colombie avait deux raisons d’être : s’attaquer à la production et à l’exportation de stupéfiants, et renforcer la campagne de lutte contre les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC). À l’époque, les États-Unis considéraient que ces deux menaces de plus en plus liées risquaient, sans réaction militaire appropriée, d’entraîner la faillite de l’État colombien et s’agaçaient du manque de résultat de la Colombie malgré la conséquente aide financière qu’elle recevait.
Suite aux attentats du 11 septembre, la « guerre au terrorisme » a touché la Colombie. Entre 2000 et 2005, Washington a versé près de 4 milliards de dollars au pays, dont environ 75 % pour l’armée et la police, et a augmenté sa présence sur le terrain de 800 soldats et 600 agents de sécurité privés. La politique américaine était (et est encore) axée sur une « guerre contre la drogue », qui doit être livrée avant tout par les Colombiens eux-mêmes. Mais en tant que stratégie de lutte contre le narcotrafic, le Plan Colombie est un échec manifeste. Les grands cartels ont disparus, mais pas la production de cocaïne qui s’est « démocratisée ».
Les résultats du volet anti-terroriste du Plan Colombie sont tout aussi mitigés. Certes, les enlèvements diminues et l’ELN a été vaincue stratégiquement. Toutefois, ce n’est pas le cas des FARC. Bien au contraire, depuis 2005, elles multiplient les attaques.
Malgré ces résultats médiocres, les responsables n’ont pas pour autant remis leur tactique en question. Bien au contraire, les États-Unis et le gouvernement Uribe considèrent l’expérience colombienne comme un « modèle » à reproduire partout dans les Andes. En Équateur, ils sont implantés militairement par le biais de la rénovation de la base aérienne et navale de Manta. Au Pérou, ils continuent de faire pression sur le gouvernement pour abattre des avions soupçonnés de liens avec le narcotrafic. En Bolivie, ils essayent de convaincre le nouveau gouvernement d’Evo Morales de poursuivre une offensive contre la drogue vouée à l’échec. Pourtant, comme en Colombie, la militarisation de la « guerre contre la drogue » et de la « guerre contre le terrorisme » ne semble pouvoir apporter que des problèmes supplémentaires.

« Terreur tranquille chez Fidel Castro »

Auteurs Madeleine K. Albright, André Glucksmann, Vaclav Havel, Vytautas Landsbergis, Arpád Göncz, Adam Michnik

 Madeleine K. Albright est ancienne secrétaire d’État états-unienne sous l’administration Clinton (1997-2001) et ancienne ambassadrice à l’ONU (1993-1997). Elle préside le National Democratic Institute, un organisme satellite de la National Endowment for Democracy.

 André Glucksmann est philosophe et essayiste. Ancien collaborateur de l’agence de presse de la Freedom House, il est l’auteur de Ouest Contre Ouest. Il est l’un des signataires de l’appel des 115 atlantistes contre la Russie.

 Vaclav Havel est l’ancien président de la République tchèque. Il est membre fondateur de la New Atlantic Initiative, co-présent de l’International Committee for Democracy in Cuba, administrateur du Committee on Present Danger. Il est l’un des signataires de l’appel des 115 atlantistes contre la Russie.

 Musicologue de formation, Vytautas Landsbergis est ancien président de Lituanie. Il est député européen lituanien, membre de la Fondation de service politique (Paris) et fut administrateur du Committee for the Liberation of Iraq. Il est signataire de l’appel des 115 atlantistes contre Vladimir Poutine.

 Arpád Göncz est ancien président de Hongrie (1990-2000).

 Ancien conseiller de Sàlidarnosc et député polonais (1989-1991), Adam Michnik est rédacteur en chef du quotidien polonais Gazeta Wyborcza.

Sources Die Welt (Allemagne), Le Matin (Maroc), El Tiempo (Colombie), Los Tiempos (Bolivie)
Référence « El discreto terror de Fidel Castro », par Václav Havel, Madeleine Albright, André Glucksmann, Arpád Göncz, Vytautas Landsbergis et Adam Michnik, El Tiempo, 23 mai 2006.
« Der diskrete Terror Castros », Die Welt, 24 mai 2006.
« Terreur tranquille chez Fidel Castro », Le Matin, 31 mai 2006.
« El discreto terror de Fidel Castro », Los Tiempos, 5 juin 2006.

Résumé Ce printemps marque le troisième anniversaire de la vague de répression au cours de laquelle le régime de Fidel Castro a arrêté et infligé de longues peines d’emprisonnement à 75 dissidents cubains. Peu après était fondé le Comité international pour la démocratie à Cuba. Le souvenir de ceux qui se sont courageusement dressés contre le communisme reste vivace dans ma mémoire et c’est pourquoi, il y a trois ans, je me suis décidé à mobiliser la communauté internationale sur cette question et à soutenir les opposants.
Alors, l’Union européenne avait décidé de mettre en place des sanctions contre Cuba. Mais depuis, elles ont été suspendues et les dissidents se sont même clairement vu signifier qu’ils n’étaient pas les bienvenus dans les ambassades de plusieurs pays démocratiques. En retour, le régime cubain a fait un soi-disant geste en libérant quelques-uns des prisonniers politiques, torturés et gravement malades pour la plupart, dont le régime craignait qu’ils ne meurent dans ses célèbres prisons. Pour ceux qui vivent dans les nouvelles démocraties post-communistes, ces tergiversations ne rappellent que trop les stratégies en vigueur à l’époque du rideau de fer.
Des organisations respectées comme Reporters sans frontières ou Amnesty international ont rassemblés de nombreux dossiers sur les violences et intimidations que subissent les libre-penseurs cubains, souvent sous couvert de violences de rue.
Qui mieux que les Européens, qui ont donné naissance au communisme, l’ont exporté dans le monde entier et en ont ensuite chèrement payé le prix pendant des décennies, peut connaître les tourments endurés par le peuple cubain ? L’humanité paiera le prix du communisme jusqu’à ce que nous apprenions à lui faire face avec toute la responsabilité et la fermeté politique nécessaire. Les représentants des États-membres de l’UE se réuniront à Bruxelles à la mi-juin pour décider d’une politique commune vis-à-vis de Cuba. Les diplomates européens devraient mesurer les conséquences d’une adaptation au régime de Castro.

« Résister à la réaction états-unienne »

Auteur Ian Gibson

 Ian Gibson est député travailliste britannique. Il préside le groupe parlementaire sur Cuba de la Chambre des communes.

Source The Guardian (Royaume-Uni)
Référence « Resist this US backlash », par Ian Gibson, The Guardian, 6 juin 2006.

Résumé Faisant face à une perte d’influence en Amérique latine du fait d’un virage à gauche de cette région, les États-Unis font pression sur les États européens pour qu’ils leurs donnent des moyens de pression politique. Le premier test pour cette stratégie viendra la semaine prochaine quand les pays européens se rencontreront pour définir une approche unie dans leurs relations avec Cuba.
Ceux qui ont observé le système social cubain ne peuvent qu’être frappés par la différence entre l’enthousiasme que montre l’Union européenne pour le slogan « faire de la pauvreté de l’histoire ancienne » et le silence désapprobateur qui accompagne la mise en application de ce principe. Cela a été vérifié à Cuba, au Venezuela, en Bolivie et même en Argentine.
Cuba est le seul pays d’Amérique latine qui ne reçoit pas d’aide des institutions financières internationales ni de fonds européens. Et pourtant, le progrès social y est constant. L’Organisation mondiale de la santé assure que Cuba est le seul pays latino-américain à ne pas souffrir de malnutrition. Le ratio médecin/patient y est de 1/170 contre 1/188 aux États-Unis. De plus, Cuba a un niveau d’alphabétisation supérieur et un taux de mortalité infantile inférieur à celui de Washington. Cuba participa à 68 missions humanitaires en 2005.
Pourtant, beaucoup de gouvernements refusent de reconnaître ces réussites et se focalisent sur les droits de l’homme. Amnesty international assure qu’il y a 72 prisonniers de conscience à Cuba, le gouvernement cubain répond qu’ils sont détenus uniquement en raison des liens qu’ils ont avec un pays ennemi. On pourrait noter que la Coalition détient 40 000 personnes sans charges dans ses prisons.
Il faut développer nos relations avec Cuba et autonomiser notre position de celle des États-Unis sur ce dossier. Ce ne sera pas facile car il y aura des pressions de la Pologne et de la République tchèque pour que nous nous associons à Washington.

 



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