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 Réseau de presse non-alignée

Tribunes et décryptages - 1er décembre 2005
En France, on peut le dire !

Décryptage

Les émeutes qui ont touché certaines banlieues françaises sont terminées, mais leur échos médiatique résonne encore.

Les violences ont « seulement » causé la destruction de commerces et de plusieurs milliers de véhicules, sans faire de morts, mais elles ont eu un retentissement mondial. Les experts médiatiques ou responsables politiques se sont répandus sur ce sujet, lui donnant une importance qu’il n’avait pas, et osant les comparaisons les plus saugrenues (le rapprochement des violences avec l’ouragan Katrina fut particulièrement populaire malgré son incongruité) ou les plus nauséabondes (le principe d’une guerre religieuse fut régulièrement énoncé dans une partie de la presse).
Le cabinet Project Syndicate n’a pas ménagé ses efforts dans ce domaine. Ainsi, nous avons retrouvé l’article sur les violences françaises de l’ancien Premier ministre français Michel Rocard dans le Daily Times (Pakistan), ABC (Espagne), le Taipei Times (Taïwan) et le Jordan Times. La tribune des analystes Alfred Stepan et Ezra Suleiman a pour sa part eu droits aux honneurs du Korea Herald (Corée du Sud), du Daily Times (Pakistan), du Taipei Times (Taïwan), de L’Orient Le Jour (Liban) et de La Vanguardia (Espagne). Comme toujours, nous ne pouvons pas garantir que ces articles n’ont pas eu une diffusion encore plus large, il est probable que certaines publications nous ont échappé. Ces textes appellent la France à repenser son système social, mais n’apportent pas grand chose à l’analyse. Cependant, ils contribuent à dramatiser les faits et influencent la lecture internationale d’un événement qui, à l’échelle mondiale, n’est qu’un épiphénomène.
L’écrivain et journaliste bahreïni Saïd Al Shihabi n’est pas insensible à cette médiatisation. Bien qu’il veuille à tout prix distinguer ces évènements du rapport de « l’Occident » à l’islam, il ne peut s’empêcher, dans un texte publié par Alquds al-Arabi, de succomber à la dramatisation généralisée des évènements, comparant, comme Bernard Cassen avant lui, les violences en banlieues au passage de l’ouragan Katrina. Pourtant, qu’y a-t-il de comparable entre la destruction complète d’une ville causant des centaines de morts et la destruction de quelques milliers de voitures ? Tout cela l’amène à demander une remise en cause du modèle social français. Ainsi, reprenant à son compte l’analyse des médias internationaux, il en vient à formuler la même réponse : la nécessaire adaptation du système social français, l’un des thèmes de campagne du candidat Nicolas Sarkozy, personnage incontournable de la plupart des tribunes sur le sujet.

Pour l’extrême droite états-unienne, ce n’est pas le modèle social français qui est en cause, c’est la présence musulmane en Europe et, plus précisément, en France. On assiste donc à un déferlement de commentaires racistes dans la presse néo-conservatrice. Nous nous devions de rendre compte de ces propos à nos lecteurs malgré la répugnance qu’ils nous inspirent. La présente rubrique a en effet pour vocation de relever, de replacer dans leur contexte et d’analyser les principaux argumentaires parus dans la presse internationale.
Dans Frontpage Magazine, l’auteur de best-sellers anti-musulmans et directeur de Jihad Watch, Robert Spencer, commente et loue les propos de sa collègue Oriana Fallaci. Il n’hésite pas à affirmer que les « immigrés » musulmans sont comparables à une nouvelle armée musulmane souhaitant la conquête de l’Europe par la démographie et voulant imposer la charia en Europe. Il assure que l’islam est un totalitarisme comparable au nazisme (comme Bernard Lewis, auquel il se réfère également) et que le Coran est comparable à Mein Kampf. Cette présentation d’émeutes limitées comme une bataille urbaine opposant « l’Occident » à l’islam est très populaire outre-Atlantique. Au début des violences, l’analyste néo-conservateur Edward Morrissey avait ainsi titré son article traitant des incendies de voitures Falluja-Sur-Seine ?. Rappelons que pour le Weekly Standard, Fallouja n’évoque pas le massacre de populations civiles par une armée d’occupation, mais une insurrection « jihadiste » liée à Al Qaïda que l’armée états-unienne a dû réprimer.
Nous avons déjà expliqué dans nos colonnes comment la presse anglo-saxonne qui avait soutenu l’invasion de l’Irak avait multiplié les comparaisons entre la France de 2005 et celle de 1945, en surexploitant le titre « Paris Brûle-t-il ? ». L’ancien conseiller de Ronald Reagan, Jack Wheeler, utilise lui aussi ce procédé dans une tribune qu’il publie dans To The Point et qui est largement commentée, et applaudie, dans la presse néo-conservatrice. L’auteur, qui par le passé avait déjà détaillé par le menu les techniques de torture qu’il recommandait pour faire parler les suspects dans la « guerre au terrorisme », fait à nouveau preuve d’un racisme débridé. Pour lui, les émeutiers sont des musulmans illettrés, criminels, ne s’intégrant pas et voulant, grâce à leur démographie, transformer l’identité française (chrétienne et européenne) en une identité musulmane. Il estime que le seul capable de faire encore quelque chose pour sauver la situation est Nicolas Sarkozy.

Comme on le voit, qu’il s’agisse de souhaiter une adaptation du modèle socio-économique français à la globalisation économique anglo-saxonne ou de demander une reprise en main musclée des populations « musulmanes », les milieux atlantistes (néo-conservateurs ou non) en appellent au ministre français de l’Intérieur.

Ce dernier s’exprime dans Le Figaro.
Après avoir soufflé sur les braises pendant les émeutes en multipliant les provocations, le ministre de l’Intérieur, président de l’UMP, président du Conseil général des Hauts de Seine et candidat à la présidentielle française de 2007, joue désormais l’apaisement, imitant ainsi la stratégie qui fut la sienne lors du débat à propos du voile islamique. Après avoir joué un rôle important dans le déclenchement des violences, il se pose en élément modérateur. Il affirme ainsi son désir de voir la France se doter d’un système de « discrimination positive » fondée sur le lieu de résidence afin d’aider les habitants des zones urbaines sensibles et fait certaines propositions en faveur notamment de l’intégration des jeunes issus de ces quartiers.
Ces paroles apaisantes sont aujourd’hui contredites par les rumeurs secouant les chancelleries selon lesquelles des reconduites massives d’immigrés d’origines africaines sont en cours d’organisation dans toute la zone Schengen pour la fin de l’année 2005.

Mais qu’importe, aujourd’hui, Nicolas Sarkozy peut jouer les modérés et continuer à souffler le chaud et le froid. Il a déjà réussi à libérer en France une parole ouvertement raciste qui ne demandait qu’à s’exprimer et qui le fait désormais de façon décomplexée.

La longue interview que le « philosophe » français Alain Finkielkraut a accordé au quotidien israélien Ha’aretz est devenue le symbole de ce discours raciste décomplexé. Ainsi, d’après lui, pèle mêle, les émeutes sont le fruit des musulmans qui rejettent la République, instrumentalisent les enfants pour parvenir à leurs fins, sont en guerre contre « l’Occident » et s’appuient sur un message de haine fondé sur le mythe d’une colonisation-exploitation alors que la France a fait beaucoup de bien en Afrique. Il loue les objectifs d’éducation de la colonisation et fustige les organisations et personnalités qui souhaitent que la France regarde enfin ses crimes passés en face. Il affirme ainsi que l’humoriste Dieudonné, militant antiraciste, est le grand ordonnateur de la diffusion d’un « racisme anti-blanc » et le « patron de l’antisémitisme en France ».
Cette interview a suscité des dépôts de plainte de la part de Dieudonné, et d’organisations antiracistes mais l’auteur a bénéficié de l’indulgence des grands médias [1]. A l’opposée, ses détracteurs n’ont eu essentiellement qu’internet pour s’exprimer. Ainsi, la lettre ouverte de l’humoriste Dieudonné condamnant ces déclarations n’a été reprise que par le site Les Ogres et l’annonce du dépôt de plainte des autres organisations a été tout aussi discrète médiatiquement.
Ainsi, même si M. Finkielkraut affirme souvent dans l’interview qu’il ne peut s’exprimer comme il le fait qu’en Israël et qu’il serait censuré en France, il semble qu’il ait minimisé la complaisance des médias français à son égard et à ce type de propos quand ils ne viennent pas de l’extrême droite patentée [2].

Si l’interview d’Alain Finkielkraut a choqué, c’est sans doute à cause de sa longueur et de sa crudité de langage. Pour ceux qui ont l’habitude des écrits ou déclarations de cet auteur, rien n’a semblé vraiment surprenant dans les propos cités par Ha’aretz exception faite du style, la déclaration brute remplaçant l’allusion.
Aussi, quand M. Finkielkraut affirme que « on ne peut pas dire ça en France », il veut sans doute dire qu’on ne peut pas le dire comme il le dit, mais l’idéologie qu’il véhicule trouve toute sa place dans les médias français.

La remise en cause du caractère criminel de la colonisation est ainsi courante chez les experts médiatiques et chez les hommes politiques. Le 23 février 2005, un pas supplémentaire avait été franchi avec l’adoption d’une loi reconnaissant le « caractère positif » de la colonisation de l’Afrique par la France. L’opposition parlementaire a récemment proposé d’amender ce texte mais cette proposition a été à nouveau rejetée.
L’historien souverainiste Max Gallo commente le débat suscité par ce vote dans Le Figaro. Il se navre des simplifications historiques qui se multiplieraient en France à propos de la colonisation. Selon lui, il existe aujourd’hui un mouvement qui souhaite excessivement noircir l’œuvre coloniale afin de soutenir les communautarismes et s’attaquer à la République. Aussi, s’il condamne la loi du 23 février 2005, c’est parce qu’il n’apprécie pas que le législateur vienne dicter à l’historien son travail. Il ne s’attarde toutefois pas sur le contenu de la loi et consacre bien plus de temps à relativiser les souffrances des colonisés en les comparant aux souffrances des colons et aux « avancées » apportées aux colonies qu’à s’en prendre à la valorisation parlementaire d’un crime historique.
La négation des crimes coloniaux n’est pas une nouveauté en France. Le pays n’a toujours pas fait son examen de conscience sur la période coloniale. Pour preuve, les prochaines célébrations nationales des victoires de Napoléon Ier, alors que celui-ci rétablit l’esclavage, extermina les révolutionnaires français des Antilles dans un camp de concentration et recourrut aux chambres à gaz pour perpétrer des meurtres de masse, ainsi que l’atteste notre collaborateur Claude Ribbe dans son dernier ouvrage.
Pire, la valorisation du colonialisme a connu un nouveau souffle ces dernières années depuis que des journalistes et hommes politiques favorables à la politique d’Ariel Sharon et de George W. Bush ont exprimé le souhait de voir les Français soutenir les deux dirigeants en abandonnant « la culpabilité de l’homme blanc », un thème cher au « philosophe » français Pascal Bruckner et qui était autrefois réservé, lui aussi, à l’extrême droite. L’adhésion aux thèses du « Choc des civilisations » vient, ici encore, renforcer une tendance préexistante dans le débat politique français.

Le vieux débat français sur la laïcité est lui aussi percuté de plein fouet par cette idéologie et l’image d’un islam conquérant qu’il véhicule.
La journaliste de Charlie Hebdo et animatrice de l’organisation Prochoix Caroline Fourest dénonce ainsi le projet de « toilettage » de la loi de séparation des Églises et de l’État souhaité par Nicolas Sarkozy dans Libération. Le texte de cet auteur est disponible depuis plus d’un mois sur le site de Prochoix et on ignore ce qui a décidé le quotidien de gauche français à le publier si tardivement. Mlle Fourest affirme que Nicolas Sarkozy s’apprête à remettre en cause l’article 2 de la loi fondatrice du principe de laïcité républicain qui interdit aux pouvoirs publics de financer ou de salarier des cultes. Le Réseau Voltaire qui milite pour la laïcité dans les relations internationales et défend ce principe préalable à la mise en place d’une vraie démocratie ne peut que s’associer à la crainte de l’auteur concernant cette attaque contre l’équilibre de la loi de 1905. Toutefois, Caroline Fourest retombe bien vite dans ses obsessions traditionnelles et abandonne rapidement la seule question de la laïcité pour revenir à son principal sujet d’étude : le péril islamiste. Ainsi, bien que la remise en cause de l’article 2 de la loi de 1905 serait une aubaine pour tous les mouvements cléricaux qui n’ont toujours pas accepté le principe français de laïcité, l’auteur consacre la majeure partie de son article au péril que feraient courir les seuls musulmans à la laïcité en France. Elle bifurque bien vite dans son propos pour se désoler de la complaisance des élus français vis-à-vis d’imams à qui ils délègueraient le maintien de l’ordre dans des quartiers difficiles. Elle s’agace également de la nomination de sa tête de turc, l’intellectuel Tariq Ramadan, à la tête d’une Commission consultative sur l’islam au Royaume-Uni.
Bref, associant des éléments n’ayant que peu de rapports entre eux, la journaliste part d’une inquiétude légitime et nécessitant la mobilisation des citoyens pour aboutir à la présentation d’un islam conquérant ayant une stratégie intégriste au niveau européen. Sans aller aussi loin que ce qu’elle avait écrit dans le Wall Street Journal le 2 février 2005 (après tout, « on ne peut pas dire ça en France »), la journaliste présente dans une formulation acceptable par la gauche française des thèses comparables aux éditorialistes néo-conservateurs.

Face à ce dénigrement répété d’une population à travers son appartenance religieuse, rares sont les voix contestant l’islamisation des problèmes sociaux et la tournure du débat politique en France.
Sur le site Oumma.com, Tariq Ramadan se désole de cette diffusion dans l’opinion d’un racisme autrefois réservé à l’extrême droite. Aujourd’hui, des hommes et des femmes venant de différents horizons politiques s’accordent pour dénoncer la figure de l’étranger. Il note également que, comme Alain Finkielkraut, les journalistes où éditorialistes qui ont un visage de démocrate ou d’humaniste en France vont parfois à l’étranger pour fustiger dans les médias les populations musulmanes.

Réseau Voltaire

[1] Voir à ce sujet, « Les prédications d’Alain Finkielkraut : « Ma copie corrigée sur les quartiers populaires » », par Henri Maler, Acrimed, 1er décembre 2005.

[2] NDLR : Depuis la publication de cet article, M. Nicolas Sarkozy a apporté son soutien à Alain Finkielkraut. Lors de l’émission grand jury RTL-LCI-Le Figaro sur la radio RTL, le ministre français de l’Intérieur a déclaré : « M. Finkielkraut est un intellectuel qui fait honneur à l’intelligence française et s’il y a tant de personnes qui le critiquent, c’est peut-être parce qu’il dit des choses justes. (…)Lui ne se croit pas obligé de défendre cette pensée unique qui n’a eu comme seul résultat de porter le Front national à 24 %. (…)Voilà le seul résultat de tous ces bien-pensants qui vivent dans un salon entre le café de Flore et le boulevard Saint-Germain, et qui s’étonnent que la France leur ressemble si peu. »




1er décembre 2005

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Paris (France)

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Pays
 France

Thèmes
 « Choc des civilisations », racisme

Auteurs et sources des Tribunes et décryptages

« Les événements en France : Un volcan social en réponse à une crise politique »

Auteur Saïd Al Shihabi
Saïd Al Shihabi est écrivain et journaliste bahreïni vivant à Londres. Il est membre du mouvement d’opposition « Les libres du Bahreïn ».

Source Al Quds Al Arabi (Royaume-Uni)
Référence « اضطرابات فرنسا : بركان اجتماعي لأزمة سياسية », par Saïd Al Shihabi, Alquds al-Arabi, 25 novembre 2005.

Résumé Alors que certains ont préféré comparer les « émeutes en France » au mouvement des « droits civiques » qui a eu lieu aux États-Unis pendant les années 60, d’autres y voyaient la preuve d’un échec de la politique sociale française. D’ailleurs, la participation des non arabes et de non musulmans, même peu nombreux, était la preuve, pour certains responsables, que les événements en question n’avaient pas de dimension religieuse, et n’avaient rien à voir avec l’extrémisme.
Le fait d’établir une comparaison entre le mouvement cité auparavant et les événements dans les banlieues françaises à de quoi interpeller. Ainsi, les conditions dans ces banlieues et celles de ville des États-Unis, telle la Nouvelle Orléans, sont presque identiques. Surtout après le passage du cyclone « Katrina » qui a démasqué la réalité de la discrimination qui caractérise l’administration Bush. Cet ouragan risque de déclencher une révolution dans le sud du pays, où les noirs, tels les arabes et les musulmans dans la banlieue française, sont opprimés. Ce cyclone est aussi un avertissement adressé aux hauts responsables états-uniens qui doivent accorder plus d’importance aux populations marginalisées.
L’extension des manifestations, des incendies de voitures et de lieux publics partout en France est la preuve que la situation est beaucoup plus compliquée. Selon plusieurs penseurs, la politique sociale française doit être mise en cause. Donc, avant de juger ou de préjuger des manifestants, il faut réexaminer cette politique pour mettre le doigt sur ses avantages et ses inconvénients. Les politiques gouvernementales en France ne cessent pas de multiplier les contradictions intérieures qui produisent, par la suite, ce genre d’événements.
Les ruines et destructions qui ont eu lieu en France, suite aux manifestations en question, n’ont pas uniquement atteint les voitures et les propriétés publiques ou privées, mais aussi la réputation et la popularité des responsables politiques. Et si les manifestations ont trouvé leur fin, ce n’est surtout pas parce que le problème a été réglé, mais suite à la prise et la mise en œuvre de différentes mesures sécuritaires dont, entre autres, le « couvre feu ». Pire, les responsables n’ont pas cherché à comprendre les vraies causes d’une telle situation. Sûrement, le capitalisme, qui s’est renforcé suite aux développements économiques réalisés par les pays industriels, dont la France, au cours des trois dernières décennies, a produit des déséquilibres sociaux entre les riches et les pauvres. Des déséquilibres qui risquent d’enflammer d’autres mouvements sociaux partout dans le monde.

« Les immigrés sont l’armée d’invasion des jihadistes contre notre civilisation »

Auteur Robert Spencer

 Robert Spencer est le directeur de Jihad Watch et l’auteur de Onward Muslim Soldiers : How Jihad Still Threatens America and the West et de Islam Unveiled : Disturbing Questions About the World’s Fastest Growing Faith.

Source Frontpage Magazine (États-Unis)
Référence « Fallaci : Warrior in the Cause of Human Freedom », par Robert Spencer, FrontPage Magazine, 30 Novembre 2005.

Résumé Ce soir là Orianna Fallaci, qui recevait le prix Ann Taylor, n’hésita pas à nouveau à dire la vérité haut et fort : « Nous pensons vivre en démocratie, mais en fait nous vivons dans des régimes faibles dirigés par le despotisme et la peur. » Les élites occidentales sont paralysées par la peur, effrayées de dénoncer l’aspect néfaste de la charia islamique que les djihadistes veulent imposer au reste du monde. Dans leur esprit, la peur de se fâcher avec les musulmans est plus grande que la peur du suicide national ou civilisationnel. Depuis le 11 septembre, toute l’Europe est sous la coupe d’un nouveau McCarthyisme et les grands inquisiteurs de la gauche persécutent et musèlent tous les autres. Et ces intellectuels causent un dommage fatal à l’unité, à la volonté et à l’identité culturelle de l’occident.
Le terrorisme islamique n’est pas l’arme principale utilisée par les fils d’Allah dans leur guerre contre nous. C’est juste un aspect sanglant de cette guerre, mais ce n’est pas le plus pernicieux ou le plus catastrophique. Bien plus dangereux pour l’occident sur le long terme est l’immigration incontrôlée de musulmans qui a déjà vu plus de 25 millions de musulmans envahir l’Europe (sans compter les illégaux). Ce chiffre va doubler d’ici à 2016 et, comme Bernard Lewis l’a si justement prédit, cet afflux massif aboutira quasi certainement à créer une Europe musulmane d’ici à 2100.
Car toute cette immigration n’a pas été accompagnée par de l’intégration et de l’assimilation par un choix volontaire des musulmans. Tous les autres groupes d’immigrants se sont fondus dans la civilisation européenne, mais pas les musulmans. Ils ne prennent même pas la peine d’apprendre à parler notre langue, ils n’obéissent qu’aux coutumes et règles de la charia. Ils ne veulent pas apprendre les valeurs européennes, mais au contraire nous imposer leurs propres coutumes et modes de vie. Ils ne veulent pas s’intégrer, ils veulent que nous nous intégrions à eux. L’armée du Prophète n’a plus besoin de guerriers, elle a déjà les immigrés, accueillis à bras ouverts pas des troupeaux de multiculturalistes égarés. Les Européens sont les futurs Comanches, Cherokees et Sioux : « On va nous parquer dans des réserves « explique Fallaci, d’ailleurs certains leaders musulmans en Europe, confiants dans leur suprématie imminente, traitent déjà les européens non musulmans de « peuples indigènes » ou d’« aborigènes ».
Comment réagir face à cela ? Établir un dialogue avec des leaders musulmans ? Tenter de renforcer l’islam modéré ? Fallaci rejette ces deux options. Les musulmans n’ont aucunement l’intention de céder quoi que ce soit aux autres et l’islam modéré n’existe pas, c’est une invention de nos élites multiculturalistes, politiquement correctes et lâches. Un musulman modéré c’est quelqu’un qui ne vous tranche pas la gorge, c’est tout. Il s’habille comme un occidental, mais il ne fait pas siennes les valeurs occidentales.
Il n’y a pas de bon ou de mauvais islam. Il y a juste l’islam. Et l’islam c’est le Coran. Et le Coran c’est le Mein Kampf de ce mouvement. Le Coran exige l’annihilation ou la soumission de l’autre, il exige l’instauration d’une dictature à la place de la démocratie. Il suffit de le lire pour constater que tous les crimes que les fils d’Allah commettent contre eux-mêmes et contre nous y sont inscrits. L’avenir de notre civilisation dépend de notre compréhension de cela et de notre résistance.

« Paris brûle-t-il ? »

Auteur Jack Wheeler

 Jack Wheeler est rédacteur du site ToThePointNews.com. Il est président-fondateur de la Freedom Research Foundation, une association qui servit de couverture à la CIA pour recruter des mercenaires et soutenir des guérillas anti-communistes dans les années 80. Wheeler, qui collabore de longue date avec le groupe Moon et fut membre de la Ligue anti-communiste mondiale, est souvent présenté comme l’inspirateur de la « doctrine Reagan » de harcèlement de l’URSS. Il a donné des cours de torture à l’École des Amériques.

Source To The Point (États-Unis)
Référence « Is Paris Burning », par Jack Wheeler, To The Point, 3 novembre 2005

Résumé L’infâme question hitlérienne est à nouveau posée par les immigrants musulmans [1] que le ministre français de l’intérieur qualifie de « racaille » et qui se livrent à des violences en banlieue parisienne.
Pourtant, Jacques Chirac a eu plus vite fait de critiquer son ministre de l’Intérieur pour ses propos que les émeutiers. Les médias français excusent les émeutiers, pour leur part, en parlant de pauvreté et de la frustration du chômage qui touche les musulmans. Pourtant, la vérité est que s’ils sont au chômage, c’est qu’ils sont inemployables. C’est une population illettrée, sans compétences autre que criminelles, ne parlant pas bien le Français, refusant de s’intégrer à la culture française et pensant qu’être musulman est plus important qu’être français. La plupart des émeutiers sont des immigrants de deuxième ou troisième génération dont les parents ou grands-parents sont entrés illégalement en France. Le plus simple serait de les renvoyer en Afrique, mais ils se targuent de disposer de la citoyenneté française.
Compte tenu de leur taux de fécondité, les musulmans pourraient représenter 30 % de la population de France dans 20 ans. Déjà, dans de nombreuses banlieues de villes françaises, les musulmans sont majoritaires chez les moins de 30 ans. L’arrogante culture française est en train de subir un auto-génocide faute de réaction et est en train de s’islamiser démographiquement.
Peut-être que Nicolas Sarkozy va vaincre les émeutiers, devenir président de la République, affirmer aux musulmans que la France est un pays chrétien et européen et que si ça ne leur plait pas, ils peuvent retourner vivre dans un pays musulman ; peut-être, mais je n’y crois plus. Je souhaite toutefois bonne chance à « Sarko », comme le surnomment ses admirateurs.

« L’égalité réelle des chances passe par la discrimination positive »

Auteur Nicolas Sarkozy

 Ancien ministre français du Budget (1993-1995), de la Communication (1994-1995), de l’Intérieur (2002-2004) et de l’Économie, des Finances et de l’Industrie (2004), Nicolas Sarkozy est ministre de l’Intérieur et président de l’UMP.

Source Le Figaro (France)
Référence « L’égalité réelle des chances passe par la discrimination positive », par Nicolas Sarkozy, Le Figaro, 25 novembre 2005.

Résumé La flambée de violences urbaines qui a secoué nos grandes agglomérations jette une lumière crue sur les défaillances de notre modèle de société. Face à ces évènements, notre première préoccupation a été de restaurer l’autorité de l’État face à des actes que rien ne justifie. Toutefois, cela ne nous fait pas oublier que ces évènements se sont produits dans des zones cristallisant les maux : chômage de masse, immigration subie, échec scolaire et blocage de l’ascenseur social. Malgré l’explosion des dépenses sociales, nos banlieues se sont enfoncées dans la crise. Et ceux qui s’en sortent, au prix d’une incroyable ténacité, se heurtent aux préjugés et au racisme. Or, faute de possibilité d’intégration, les quartiers ont eu tendance à se replier sur eux-mêmes.
Il faut y remédier et c’est pour cela que je suis favorable à une discrimination positive à la française. Contrairement à ce qu’affirme la rumeur, je ne suis pas partisan du communautarisme ou des quotas ethniques, ce n’est pas la tradition française. De même, il faut en finir avec cette idée absurde selon laquelle la discrimination positive exonèrerait de tout effort. La discrimination positive a été présentée par le Conseil d’État comme l’ensemble des politiques visant à en faire plus pour ceux qui ont moins : emplois aidés, mesure en faveur de la parité homme-femme ou aménagement du territoire.
Aujourd’hui, l’approche par les territoires à aider ne suffit plus. Il faut une approche par les personnes, aidant ceux qui font des efforts. Certaines entreprises ont commencé à aider au déblocage de l’ascenseur social. Mais si nous voulons que le secteur privé s’implique dans ce domaine, le secteur public, et en particulier l’État, se doivent d’être exemplaires. Il faut créer les conditions permettant aux plus méritants de s’en sortir. Pourquoi ne pas généraliser les internats d’excellence ? Accroître la rémunération des enseignants exerçant leur profession dans les quartiers difficiles ? Réserver dans les classes préparatoires aux grandes écoles des places aux meilleurs élèves de ZEP ? Un travail sur les aides au logement est également possible pour permettre à ceux qui le veulent de quitter les zones urbaines sensibles. Nous pouvons également développer un système de bourse pour les élèves les plus méritants ou fonder l’accès aux métiers du service public non pas sur les diplômes mais aussi sur les activités professionnelles. Nous pourrions aussi créer des concours réservés aux habitants des zones urbaines sensibles pour une période temporaire.
Toutes ces mesures peuvent permettre de changer la donne.

« Les barbares à nos portes »

Auteur Alain Finkielkraut

 Alain Finkielkraut est professeur de philosophie à l’École polytechnique et présentateur de l’émission Répliques sur la chaîne de radio publique française France-Culture. Résolument sioniste et volontier polémiste, il bénéficie d’une large audience médiatique en France. Il est l’auteur de La Défaite de la pensée.

Source Ha’aretz (Israel)
Référence « Barbarians at the gate », par Alain Finkielkraut, Ha’aretz, 18 novembre 2005. Ce texte est adapté d’une interview.

Résumé En France on voudrait bien réduire les émeutes à leur niveau social. Voir en elles une révolte de jeunes de banlieues contre leur situation, la discrimination dont ils souffrent et contre le chômage. Le problème est que la plupart de ces jeunes sont noirs ou arabes et s’identifient à l’Islam. Les autres immigrés ne se révoltent pas, il s’agit bien d’une révolte ethnico-religieuse. Cette révolte couve depuis longtemps et on a vu une accumulation de signes préoccupants. On avait déjà vu les sifflets contre l’équipe de France lors du match football France-Algérie. Pourtant, il s’agissait de cette équipe « black-blanc-beur » dont tout le monde parlait. Aujourd’hui, c’est une équipe black-black-black qui fait rire toute l’Europe, mais on n’a pas le droit d’en faire la remarque en France. C’est intéressant qu’une équipe presque exclusivement noire soit la représentante de la France et qu’on en fasse le symbole d’une société multiethnique. Cela n’a pas empêché les jeunes de huer cette équipe au stade de France et de huer la Marseillaise. Il faut aussi noter la haine que véhicule les paroles des rappeurs. Ces émeutes sont l’expression de la haine de l’Occident.
Ce qui est visé, c’est la France et sa tradition judéo-chrétienne. Il est difficile d’avoir un langage de vérité sur ce sujet en France. Ceux qui commettent ces actes sont les noirs et les Arabes qui se servent de l’islam comme ancre d’identité. Pour l’instant, nous assistons à des pogroms anti-républicains. Nous n’en sommes pas encore aux attentats comme en Israël. Mais comme en Israël, on envoie les plus jeunes parce qu’on ne peut pas les mettre en prison. Une partie du monde arabo-musulman est en guerre contre l’Occident. La République est la version française de l’Europe, elle est donc visée.
Aux États-Unis, on a vu une islamisation des noirs et cela s’est accompagné d’un développement de l’antisémitisme. Le principal porte-parole de cette théologie en France, c’est Dieudonné. Il y est le vrai patron de l’antisémitisme, bien plus que le Front national. Il gagne du terrain, on lui cède sur l’éducation où désormais on n’enseigne plus que le projet colonial voulait aussi apporter la civilisation aux sauvages. On ne parle plus que de l’exploitation. Ce que souhaite Dieudonné, c’est que l’esclavage et le colonialisme soient mis sur le même plan que la Shoah. Je pense que quand la francophobie vaincra, la vie en France sera impossible pour les juifs. Et pourtant, on se masque le visage et on trouve des excuses aux émeutiers.
Ma famille a été envoyée à Auschwitz par la France ; nous aurions eu un motif de la haïr. En tout cas, bien plus que les Africains à qui la France n’a fait que du bien. Pourtant, on ne m’a pas enseigné la haine et aujourd’hui la haine des noirs est encore plus forte que celle des Arabes. Et cette haine va développer les discriminations envers ces populations. La seule façon de lutter contre ce cercle vicieux est d’avoir une éducation ferme et sévère. C’est du bon sens, mais en France on ne peut pas le dire car l’idée généreuse de guerre contre le racisme se transforme en idéologie mensongère. L’antiracisme sera au vingt-et-unième siècle ce qu’a été le communisme au vingtième. Aujourd’hui les juifs sont attaqués au nom du discours antiraciste.
Face à ces violences, l’action du gouvernement est appropriée et l’action policière prudente et mesurée. Malheureusement, la société du spectacle donne le beau rôle aux émeutiers en les valorisant. On dit que le modèle républicain s’est effondré dans ces émeutes. Mais le modèle multiculturel ne va pas mieux. Le modèle républicain a été mis à mal par la diminution du niveau scolaire. Ce que nous voyons aujourd’hui c’est en fait l’échec du modèle post républicain « sympa ».
Les jeunes disent qu’on ne les considère pas comme des « Français », mais c’est d’abord à eux de se considérer comme tels. S’ils ont une carte d’identité française, ils sont Français et s’ils n’en ont pas, ils ont le droit de s’en aller. S’ils trouvent que leur situation économique est difficile, personne ne les retient. C’est précisément là que se trouve le début du mensonge : s’ils étaient victimes de l’exclusion et de la pauvreté, ils iraient ailleurs. Ceux qui commettent ces violences sont ceux qui ne veulent pas faire les efforts pour s’intégrer.

« Colonisation : la tentation de la pénitence »

Auteur Max Gallo

 Ancien député français socialiste (1981-1983) et porte-parole du gouvernement de pierre Mauroy (1983-1984), Max Gallo est historien et écrivain. Il fut vice-président et co-fondateur du Mouvement des citoyens de Jean-Pierre Chevènement.

Source Le Figaro (France)
Référence « Colonisation : la tentation de la pénitence », par Max Gallo, Le Figaro, 30 novembre 2005.

Résumé L’histoire de la colonisation française est un enjeu capital car on juge la France d’aujourd’hui à la lumière de son action colonisatrice et de l’esclavage qu’elle a pratiqué. C’est en tous cas ce que fait un mouvement comme les Indigènes de la République. Le procès fait à la colonisation n’est qu’un levier pour discriminer en fonction des origines ethniques et constituer des communautés hostiles à la République en fonction d’un passé colonial qui expliquerait les inégalités existantes entre les citoyens français. Dans ce contexte, tout débat sur le bilan de la colonisation devient difficile et l’article 4 de la loi du 23 février 2005, invitant les enseignants à faire connaître les aspects positifs de la colonisation, n’a pu que susciter des protestations.
Je m’oppose pour ma part à toute imposition d’une « histoire correcte » par le pouvoir politique qui oppose par la suite l’historien au juge. Il est vrai que l’histoire de la colonisation a souvent été magnifiée, édulcorée. Mais en même temps l’école historique et géographique française, sur le terrain, constituait une histoire et une géographie coloniales, au-dessus de tout soupçon. Il n’en va pas de même pour les politiques qui peinent à se souvenir des positions ambiguës de leurs partis durant la période coloniale.
Compte tenu de cette donnée capitale de l’histoire contemporaine de la France, on ne peut laisser traiter de la colonisation en termes simplistes. Et ce d’autant plus que si les peuples colonisés gardent la blessure de la période coloniale, c’est également le cas des Français de métropole, je pense notamment aux pieds-noirs. Je ne fais pas d’équivalence ou de comparaison, mais je demande qu’on tienne compte de tout dans l’approche historique. Le bagne de Poulo Condor en Indochine et l’institut Pasteur de Saigon. Le travail forcé imposé par le colon et l’interdiction de l’esclavage. La destruction de la culture indigène et l’école française laïque ou missionnaire s’ouvrant au monde. Le statut inférieur de l’indigène et la promotion des meilleurs (Senghor en est le modèle). Il ne faut rien cacher des crimes des colons et des réponses violentes des colonisés.
Toutefois, ne commettons pas dans cette entreprise le péché de l’anachronisme. Oui, l’histoire de la colonisation est pleine de sang et de cruauté. Mais il n’y a pas de « nations saintes et pures ». Et il ne me semble pas que, leur indépendance acquise, les nouvelles nations, nées de la colonisation, aient connu une histoire paisible. L’histoire est violence. Et la seule manière de tenter de la maîtriser, c’est d’abord de l’écrire en respectant les faits, tous les faits. Camus l’avait compris.

« Sarkozy, ne priez pas pour nous ! »

Auteur Caroline Fourest

 Caroline Fourest est journaliste à Charlie Hebdo, co-fondatrice de la revue ProChoix et co-auteur, avec Fiammetta Venner, de Tirs Croisés, la laïcité à l’épreuve des intégrismes juif, chrétien et musulman. Elle est l’auteur de Frère Tariq, un livre contre Tariq Ramadan, et de La Tentation obscurantiste.

Source Libération (France)
Référence « Sarkozy, ne priez pas pour nous ! », par Caroline Fourest, Libération, 1er décembre 2005.

Résumé Nicolas Sarkozy a mis sur pied une commission destinée à faire des propositions pour « toiletter » la loi de 1905 sur la séparation de l’Église et de l’État... au Kärcher ? En fait, malgré les propos rassurants, le ministre de l’Intérieur veut remettre en cause ce qui fait l’esprit de cette loi, l’article 2 : « la République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte ». Pourquoi ? Pour soutenir la construction de mosquées dans l’idée de couper l’islam de France de ses influences étrangères ? Lutter contre le phénomène des « caves » faisant le lit du terrorisme ? Noble intention. Mais faux problème.
Le problème n’est pas la construction en France d’une moquée avec l’argent d’un mécène saoudien mais l’orientation moderniste ou intégriste de ce lieu de culte. Ce n’est pas parce qu’une mosquée a été construite avec des capitaux étrangers que l’imam sera un adversaire de la laïcité, ce n’est pas parce qu’une mosquée sera construite avec des capitaux français que l’imam ne sera pas un intégriste. A moins bien-sûr que l’État ne mette son nez dans les interprétations du Coran défendues dans ces lieux. Nicolas Sarkozy s’en défend, mais c’est pourtant bien cette ligne rouge que le ministre de l’Intérieur s’apprête à franchir afin de plaire aux différentes communautés religieuses, au Vatican comme à l’UOIF en passant par les scientologues.
Ne nous y trompons pas ; le risque est réel. L’idée d’ouvrir une brèche dans le modèle laïque français séduit aussi bien à droite qu’à gauche. L’idée de négocier la paix sociale avec des prédicateurs islamistes dans les quartiers populaires ­ quitte à déléguer le lien social à la religion plutôt qu’à l’État au détriment des habitants laïques de ces quartiers ­ tente autant les élus locaux de la droite libérale que les élus locaux d’une certaine gauche. En Angleterre, au nom de ce même « pragmatisme », la gauche travailliste tient tellement à soigner le « vote musulman » qu’elle négocie la paix sociale et politique avec les représentants communautaires des Frères musulmans. Surtout depuis les attentats de Londres. À l’image de la dernière décision en date du gouvernement Blair : nommer Tariq Ramadan parmi les sages chargés de conseiller le gouvernement anglais pour lutter contre « l’extrémisme islamique ». Une forme d’humour anglais ? Certains représentants de ce conseil militent déjà pour la remise en cause de l’ Holocaust Memorial Day. C’est bien vers ce troc indécent ­ moins de terrorisme contre plus d’intégrisme ­ et vers cette concurrence entre les communautés que nous irons en France si la loi de 1905 est « toilettée ».

« Des vérités qui peu à peu se révèlent »

Auteur Tariq Ramadan

 Tariq Ramadan est professeur de philosophie et d’islamologie à Fribourg et à Genève.

Source Oumma.com (France)
Référence « Des vérités qui peu à peu se révèlent », par Tariq Ramadan, Oumma.com, 30 Novembre 2005.

Résumé Que ce soit à droite ou à gauche de l’échiquier politique, on assiste à l’émergence d’un discours à géométrie variable selon les pays où certains intellectuels français s’expriment, mais dont l’invariant demeure de propager la peur de l’islam et des musulmans. La stratégie consiste à tirer profit de chaque bonne occasion d’alimenter le soupçon à l’endroit des musulmans. La révolte des banlieues n’a clairement rien à voir avec l’islam en France ? Qu’importe ! On peut toujours en tirer profit à l’étranger : c’est ce qu’ont fait Finkielkraut, Fourest, Lévy et la chaîne Fox News aux États-Unis, titrant sous toutes les images venues de France « Révoltes musulmanes » (Muslim Riots).
Le procédé est malhonnête et dangereux, mais le moins que l’on puisse dire c’est qu’il fonctionne avec succès à l’échelle mondiale. Au-delà des anciens clivages politiques, chaque pays possède son lot d’analystes et de commentateurs, de droite comme de gauche, toujours prêts à établir un lien entre les politiques sécuritaires, l’immigration, les crises sociales et le danger de l’islamisme et de la radicalisation. Les concepts sont vagues, les observations très approximatives mais l’impact est réel. On diffuse en Occident les ingrédients qui fondent la théorie du « clash des civilisations ». L’entretien du débat obsessionnel sur l’islam et les « communautés musulmanes » que l’on présente comme « inintégrables », d’un islamisme aux contours flous et indéfinis mais source de tous les dangers, d’une immigration perçue comme fondamentalement envahissante associée à un discours réducteur et exclusif sur « notre-civilisation-qu’il-faut-protéger » offrent une légitimité aux discours les plus alarmistes.
A y regarder de plus près, on s’aperçoit que les propagateurs de ces théories proviennent d’horizons politiques parfois tout à fait opposés et ont des agendas très différents, mais qu’ils se trouvent avoir des intérêts communs dans le fait d’hypertrophier ce « nouvel ennemi » qu’est la figure du « musulman-à-qui-l’on-ne-peut-pas-faire-confiance ». D’aucuns, sur le plan global, tirent profit de ce conflit des civilisations pour justifier les folies des dépenses en armement de même que les conflits ; d’autres craignent la voix de ces nouveaux Occidentaux musulmans qui pourraient être trop entendus dans leur dénonciation des dictatures, leur soutien à la cause palestinienne et leur critique de la politique israélienne ; d’autres encore croient en un islam monolithique qu’ils perçoivent comme un danger pour l’Occident et sa culture, la laïcité, les droits de l’homme et de la femme ; d’autres encore projettent sur les statistiques relatives aux populations et aux migrations la crainte d’une colonisation silencieuse ; d’autres enfin, qui prédisaient la mort de Dieu, voient se peupler leurs cités de femmes et d’hommes qui se prosternent...
Le discours de rejet de l’autre, qui était l’apanage des partis d’extrême droite, s’est normalisé en Occident. Nous faisons face à un nouveau racisme dont il faudra bien déconstruire tant l’argumentaire que les légitimations ; il faudra l’affronter avec les armes de la rationalité et du droit ; il sera impératif de lui résister au nom des valeurs universelles communes et de la citoyenneté partagée. Il faudra les uns et les autres admettre l’autocritique (et les musulmans comme les autres) ; il faudra oser dénoncer des pouvoirs et des privilèges ; révéler les vrais doubles discours qui, au nom d’une mensongère défense des grands idéaux européens, minent les fondements d’une Europe du respect des droit, de la dignité et du pluralisme.

 



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