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Nouvelle guerre froide

La stratégie anti-russe de Zbigniew Brzezinski

Zbigniew Brezinski, ancien conseiller du Président Carter, incarne la continuité de la politique étrangère états-unienne, qui n’est ni Démocrate ni Républicaine. Grand admirateur de Henry Kissinger, il a toujours prôné le respect de deux concepts clés de la diplomatie du « maître », l’équilibre des puissances théorisé par Metternich et la doctrine de « containment » élaborée par George Kennan. Il préconise ainsi aujourd’hui l’encerclement de la Russie grâce à la déstabilisation de ses régions frontalières. Une politique particulièrement écoutée au sein de l’équipe de John Kerry, qui a recruté son fils Mark Brzezinski en tant que conseiller sur la politique étrangère.

| Paris (France)
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En examinant les discours de George W. Bush lors de sa campagne présidentielle de 2000, on pouvait s’attendre à ce qu’il adopte, en conformité avec la doctrine Wolfowitz qui tend à prévenir l’émergence de compétiteurs à l’échelle mondiale, une attitude ferme, voire agressive, à l’égard de la Russie de Vladimir Poutine. Au lieu de cela, on a assisté à un spectaculaire réajustement de politique étrangère à l’occasion du 11 septembre 2001. De nombreux commentateurs en ont conclu qu’un accord avait été passé entre Poutine et Bush, selon lequel l’administration états-unienne se garderait de critiquer les opérations militaires russes en Tchétchénie à condition que Poutine ne se mêle pas des ingérences états-uniennes au Moyen-Orient. Outre le fait que cette explication fait abstraction du 11 septembre 2001 en lui-même et des éléments à disposition du Kremlin concernant les événements qui se produisirent réellement ce jour-là, on pourrait ajouter que les administrations républicaines ont toujours attaché une grande importance au Moyen-Orient, tandis que la tradition démocrate en matière de politique étrangère se focalise davantage sur l’Eurasie.

Pour élaborer sa stratégie face à l’URSS et plus tard vis-à-vis des États affranchis de l’influence soviétique, le camp démocrate s’est appuyé, dès le mandat de Jimmy Carter, sur un homme brillant mais viscéralement anti-Russe, Zbigniew Brzezinski. La doctrine de ce grand universitaire a trouvé des émules bien au-delà du Parti démocrate en définissant l’impératif absolu pour la survie et la prospérité de l’Empire : la conquête de l’Eurasie.

Né en 1928 à Varsovie, fils d’un diplomate polonais, Brzezinski émigre au Canada à l’âge de dix ans lorsque son père y est muté. Il obtient une licence et une maîtrise à l’Université Mc Gill de Montréal, puis un doctorat à Harvard en 1953, devenant citoyen états-unien peu de temps après. Il épouse la fille de l’ancien président tchécoslovaque, Eduard Benes.
Entre 1966 et 1968, il est membre du Conseil de planification politique du département d’État, où il développe la stratégie d’ « engagement pacifique » vis-à-vis de l’URSS dans le cadre de la Guerre froide. En octobre 1966, il persuade le président Johnson d’inverser les priorités stratégiques en plaçant la détente avant la réunification allemande.
Lors de la campagne présidentielle de 1968, il préside le groupe de travail sur la politique étrangère du candidat démocrate Hubert H. Humphrey, qui s’inclinera finalement face à Richard Nixon.

À l’origine de la Commission Trilatérale

Au début des années 1970, Brzezinski fait figure d’original en annonçant l’arrivée sur la scène du pouvoir mondial de nouveaux acteurs, l’Europe et le Japon, dont l’économie se relève rapidement depuis la Seconde Guerre mondiale. Dans un article de Foreign Affairs de 1970, il expose sa vision de ce « nouvel ordre mondial » : « Une approche nouvelle et plus audacieuse est nécessaire - la création d’une communauté des nations développées qui peut traiter efficacement les problèmes plus larges auxquels est confrontée l’humanité. En plus des États-Unis et de l’Europe de l’Ouest, le Japon doit être inclus (...) Un conseil représentant les États-Unis, l’Europe de l’Ouest et le Japon, avec des rencontres régulières entre les chefs de gouvernement ainsi que des acteurs plus secondaires serait un bon début. » La même année, il articule ces propositions dans un livre intitulé Entre deux âges [1], où il explique que l’ère de l’équilibrage des pouvoirs cède la place à celle d’un ordre politique mondial s’appuyant sur un lien économique trilatéral entre le Japon, l’Europe et les États-Unis. La révolution des modes de production, avec le passage de l’industrie lourde à l’électronique, devrait provoquer un bouleversement des sytèmes politiques et un renouvellement des élites au pouvoir. David Rockefeller, enthousiasmé par ces concepts, l’embauche alors pour créer la Commission Trilatérale et l’en nomme directeur. Établie officiellement en 1973, cette association rassemble des figures du commerce, de la banque, des gouvernements et des grands médias nord-américains, européens et japonais.
Au moment du premier choc pétrolier, le principal souci de ces maîtres de la finance mondiale est de se décharger de la responsabilité de la dette des pays en développement en renforçant le rôle du Fonds monétaire international (FMI). Il s’agit également, pour les États-Unis qui sont affaiblis par la débâcle du Vietnam, de s’appuyer sur les deux extrémités du bloc eurasien, où leur influence est grande depuis la Seconde Guerre mondiale, pour y maintenir et étendre leur hégémonie. Cette mission, vue de l’extérieur, confère définitivement à Brzezinski une image de colombe, avocat de la détente et du multilatéralisme, voire même -aux yeux de l’extrême droite- une apparence de globaliste inspiré par le marxisme.
Pour mener à bien les grands desseins de la Trilatérale, le meilleur moyen était que l’un de ses membres devienne président des États-Unis.

Carter et le double jeu

Dès la création de la Commission Trilatérale, le pasteur Jimmy Carter comptait parmi les proches du tandem Rockefeller-Brzezinski. Il avait ouvert des bureaux d’échanges commerciaux pour l’État de Géorgie à Bruxelles et à Tokyo, ce qui à leurs yeux faisait de lui l’incarnation idéale du concept fondateur de la Commission [2]. Pour la nomination et l’élection présidentielle de 1976, Rockefeller met donc ses relations à Wall Street, et Brzezinski son rayonnement académique au service du candidat démocrate Jimmy Carter. Tout naturellement, une fois celui-ci élu Brzezinski occupera le poste privilégié de conseiller de sécurité nationale [3] .
Aussitôt en poste, Carter définit la réduction de l’arsenal militaire nucléaire des deux blocs comme une priorité. Néanmoins la crise des missiles SS-20 soviétiques pointés vers l’Europe, à laquelle réagira Carter en faisant à son tour déployer les missiles Pershing, ruinera ces efforts, sincères ou non, en mettant les deux blocs dans une situation de suspicion réciproque.
Il s’avère qu’à l’époque le camp soviétique a de bonnes raisons de soupçonner son adversaire de jouer un double jeu : la défaite militaire au Vietnam incite les États-Unis à faire profil bas sur le plan militaire et stratégique, pendant que Brzezinski concocte un plan de guerre par procuration afin d’enliser l’URSS dans un conflit périphérique.

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Brzezinski examinant l’arme
d’un officier pakistanais

La déstabilisation du régime communiste afghan et l’armement des premières milices djihadistes anti-communistes en 1979 provoquent comme prévu l’entrée de l’Armée rouge dans le pays. Pour cela Brzezinski s’appuie sur les puissants services de renseignements pakistanais, l’ISI. Ce n’est que lors d’une interview accordée au Nouvel Observateur en 1998 que Brzezinski reconnaîtra que l’armement des troupes anti-soviétiques de Ben Laden était antérieur à l’invasion russe et destiné à provoquer leur réaction :

« Le Nouvel Observateur : L’ancien directeur de la CIA Robert Gates l’affirme dans ses Mémoires  : les services secrets américains ont commencé à aider les moudjahidine afghans six mois avant l’intervention soviétique. À l’époque, vous étiez le conseiller du président Carter : vous avez donc joué un rôle clé dans cette affaire. Vous confirmez ?
Zbigniew Brzezinski : Oui. Selon la version officielle de l’histoire, l’aide de la CIA aux moudjahidine a débuté courant 1980, c’est-à-dire après que l’armée soviétique eut envahi l’Afghanistan le 24 décembre 1979. Mais la réalité, gardée secrète jusqu’à présent, est tout autre : c’est en effet le 3 juillet 1979 que le président Carter a signé la première directive sur l’assistance clandestine aux opposants du régime prosoviétique de Kaboul. Et ce jour-là j’ai écrit une note au président dans laquelle je lui expliquais qu’à mon avis cette aide allait entraîner une intervention militaire des Soviétiques. (...) Nous n’avons pas poussé les Russes à intervenir, mais nous avons sciemment augmenté la probabilité qu’ils le fassent.
N. O. : Lorsque les Soviétiques ont justifié leur intervention en affirmant qu’ils entendaient lutter contre une ingérence secrète des États-Unis, personne ne les a crus. Pourtant, il y avait un fond de vérité. Vous ne regrettez rien aujourd’hui ?
Z. Brz. : Regretter quoi ? Cette opération secrète était une excellente idée. Elle a eu pour effet d’attirer les Russes dans le piège afghan et vous voulez que je le regrette ? Le jour où les Soviétiques ont officiellement franchi la frontière, j’ai écrit au président Carter, en substance : "Nous avons maintenant l’occasion de donner à l’URSS sa guerre du Vietnam". (...).
N. O. : Vous ne regrettez pas non plus d’avoir favorisé l’intégrisme islamiste, d’avoir donné des armes et des conseils à de futurs terroristes ?
Z Brz. : Qu’est-ce qui est le plus important au regard de l’histoire du monde ? Les talibans ou la chute de l’empire soviétique ? Quelques excités islamistes ou la libération de l’Europe centrale et la fin de la Guerre froide ? » [4]

En parlant de « quelques excités islamistes » dans cette interview, Brzezinski ne sous-estime pas la puissance d’Al Qaïda, mais caractérise la réalité de ce que les néo-conservateurs ont érigé en mythe afin de justifier leur croisade mondiale. Bien entendu, un membre du Council on Foreign Relations se garderait bien, aujourd’hui, d’être aussi catégorique.

Alliance objective avec la Chine et soutien inconditionnel au Shah d’Iran

Si Nixon et Kissinger avaient résolument joué sur la peur de l’encerclement de l’Union soviétique en entamant un processus de normalisation des relations avec la Chine, une partie de l’entourage de Carter se méfiait de cette approche que Brzezinski entendait bien poursuivre.

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Cyrus Vance, Zbigniew Brzezinski
et Jimmy Carter

Carter avait bien affirmé, en arrivant à la Maison-Blanche, qu’il opterait pour le dialogue avec l’URSS et garderait ses distances avec la République populaire de Chine, mais son secrétaire d’État Cyrus Vance se heurta rapidement à l’obsession anti-Russe de Brzezinski, et tout au long de son mandat Carter dût s’efforcer de concilier les antagonismes de son administration. Celui qui faisait office de médiateur entre ces deux pôles était Richard C. Holbrooke, futur ambassadeur des États-Unis à l’ONU et conseiller de John Kerry sur la politique étrangère dans sa campagne, aux côtés de Mark Brzezinski, fils de Zbigniew. Selon Cyrus Vance et d’autres partisans du dialogue comme le renégat démocrate Averell Harriman, la logique triangulaire d’encerclement ne pouvait conduire au mieux qu’au malentendu avec l’URSS, sinon à la guerre. Ils prônaient donc le dialogue sur le désarmement et la coopération avec l’Union soviétique pour désamorcer les conflits du Tiers-monde.

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Réunion entre le Shah d’Iran, Alfred Atherton, William Sullivan, Cyrus Vance, le président Carter et Zbigniew Brzezinski en 1977

La normalisation des relations avec la Chine n’en poursuivit pas moins sa route, Brzezinski allant même jusqu’à mettre au point un programme de coopération stratégique conjoint et à entretenir de bonnes relations personnelles avec Deng Xiaoping, ce qui lui vaut aujourd’hui d’être bien vu auprès des Chinois.

On retrouve la même défiance de Brzezinski face à l’URSS dans son attitude vis-à-vis de l’Iran, qui sous le régime du Shah était considéré comme un rempart contre l’influence soviétique au Moyen-Orient. Ainsi, Bzrezinski assura le Shah de son soutien jusqu’au dernier moment, même lorsqu’une partie de l’administration Carter, le secrétaire d’État en tête, voulait qu’il s’en aille, et demanda l’intervention militaire des États-Unis pour le maintenir au pouvoir. Mais les actions concrètes de Washington furent dictées par le point de vue du département d’État, et malgré les pourparlers avec les généraux qui renversèrent le Shah afin de s’assurer qu’un régime modéré soit aux commandes du pays, c’est Khomeini qui dans un raz-de-marée populaire se retrouva au pouvoir.

Il participa avec Carter aux négociations de Camp David 1 en 1977 et joua un rôle dans la signature du traité de paix israélo-égyptien, sans toutefois imposer sa présence au cœur des débats contrairement à ce qu’il l’a toujours fait lorsqu’il s’agissait de l’URSS.

Retour de la menace russe face à l’hégémonie états-unienne

En 1989, Brzezinski quitte l’Université de Columbia où il enseignait depuis 1960 afin de se consacrer à la l’élaboration du plan de statut indépendant de l’Ukraine, ce qui marque le début de son engagement en vue de prévenir la réémergence de la Russie comme superpuissance. Il défend au contraire l’intégration de la Russie dans le système de l’Ouest et le « pluralisme géopolitique » dans l’espace de l’ancienne Union soviétique. Par ailleurs il développe « un plan pour l’Europe » qui passerait par l’extension de l’OTAN aux républiques baltes. Ses efforts porteront leurs fruits plusieurs années plus tard avec notamment l’intégration des trois républiques baltes à l’OTAN en 2002.
Au cours des années 90 il est également l’émissaire spécial du président états-unien pour la promotion du plus gros projet d’infrastructure pétrolière au monde, l’oléoduc Bakou-Tblissi-Ceyhan [5]. Ce projet représente pour lui la meilleure concrétisation de ses ambitions qui visent à empêcher la Russie de se relever. Parallèlement, il préside dès 1999 le Comité américain pour la paix en Tchétchénie (American Committee for Peace in Chechnya), installé dans les locaux de Freedom House. À ce titre, il prétend œuvrer à des négociations de paix entre le gouvernement russe et les indépendantistes emmenés par Mashkadov. Mais ces activités soigneusement enrobées de bonnes intentions « à la démocrate » ont de plus en plus de mal à dissimuler la réalité sous-jacente ; celle d’un soutien couvert aux indépendantistes pour entretenir une guerre périphérique, comme en Afghanistan, afin d’affaiblir la Russie et de la tenir à l’écart des profits engendrés par les ressources de la Caspienne.

Car la matérialisation de la doctrine Brzezinski, qui veut qu’ « Une puissance qui domine l’Eurasie contrôlerait deux des régions du monde les plus avancées et économiquement productives », passe par l’extension de l’OTAN vers l’Est, ce à quoi l’administration Clinton en particulier travaillait activement. Mais comment vend-t-il cette nécessité de l’OTAN aux Européens ? « L’entité européenne, située sur la bordure ouest de l’Eurasie et à l’immédiate proximité de l’Afrique, est plus exposée aux risques inhérents de tumulte global croissant qu’une Amérique plus politiquement unie, militairement plus puissante et géographiquement plus isolée. (...) Les Européens seront plus immédiatement exposés au risque dans l’éventualité qu’un impérialisme chauviniste anime de nouveau la politique étrangère russe. », expliquait-il dans la revue National Interest en 2000 [6]. Cela a le mérite de la clarté : le déploiement des forces de l’OTAN tout autour de la Russie était une mesure préventive. Si elle réagit en se mettant sur la défensive, c’est bien la preuve qu’elle veut restaurer son empire et redevenir totalitaire.
Travaillant à la fois comme consultant pour BP-Amoco et Freedom House, Brzezinski est chargé en Azerbaïdjan de redorer l’image du dirigeant Heidar Alyiev. Pour cela, il n’hésite pas à qualifier le dictateur de « mec vraiment chouette » dans une interview au New York Times [7]. Comme excuse au soutien anglo-saxon à la dictature d’Aliyev, Brzezinski avance volontiers l’argument selon lequel après sept décennies de gouvernance communiste, on ne peut pas s’attendre à ce que l’Azerbaïdjan et les autres républiques de l’ancienne Union soviétique adoptent la démocratie en un laps de temps aussi court. Si la répression politique sous le régime d’Aliyev a eu tendance à s’accentuer ces dernières années, à mesure que les attentes au sujet des richesses de la Caspienne étaient déçues, l’Azerbaïdjan n’en est pas moins passé du statut de pays « non libre » à celui de pays « partiellement libre » dans le classement de la Freedom House [8]. Au même moment, en 1999, la secrétaire d’État et disciple de Brzezinski, Madeleine Albright, invitait Heidar Aliyev à la célébration de l’anniversaire de l’OTAN.
Toujours dans la même perspective d’implantation de l’OTAN pour permettre aux intérêts occidentaux, surtout pétroliers, de s’implanter dans la région, la Géorgie, l’Azerbaïdjan et l’Ukraine organisèrent des exercices militaires conjoints le 16 avril 1999 sous les auspices du programme « Partenariat pour la paix » de l’OTAN [9].
En dehors de ses activités de consultant pour BP-Amoco et Freedom House, Brzezinski soutient ou prête son nom à tout un système de fonds et d’ONG qui parrainent les castes, les intellectuels et les élites des pays de l’ancienne orbite soviétique.

C’est à l’initiative du Comité états-unien pour la paix en Tchétchénie, dont Brzezinski est le président, qu’a eu lieu les 16 et 18 août 2002 au Lichtenstein une réunion entre les principaux leaders du mouvement tchétchène. Cette rencontre se tenait deux mois après celle de Bassaïev et Maskhadov où fut conclu l’accord sur le commandement commun des « Forces armées de la République tchétchène d’Ichkérie ». Les intervenants conclurent que la Tchétchénie ne pouvait plus être inclue dans la Russie, qu’une large autonomie était nécessaire et que des négociations s’imposaient avec Maskhadov. La prise d’otage de Beslan, revendiquée par Bassaïev, participe-t-elle du processus de revendication d’indépendance de la Tchétchénie ou du processus de déstabilisation de la Russie ? [10] La conséquence principale de cette action étant la montée des tensions entre l’Ossétie du Nord et l’Ingouchie voisine, c’est-à-dire une « balkanisation » toujours plus importante de la région, on peut se poser des questions.

Aujourd’hui Zbigniew Brzezinski est surtout actif au sein du CSIS, mais il demeure le cerveau du programme démocrate en politique étrangère, en témoigne l’obsession du candidat Kerry, et surtout de son colistier John Edwards en ce qui concerne la Russie.

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Mark Brzezinski

Suivant les conseils de Mark Brzezinski, ils ont choisi d’adopter comme priorité numéro un la question du désarmement nucléaire de la Russie, alors que celle-ci a retrouvé sa capacité de production pétrolière d’avant l’explosion de l’URSS et que l’État russe bénéficie grandement du prix actuel du pétrole, ce qui lui a permis de doubler récemment son budget de défense. La question du danger posé par l’arsenal nucléaire russe en délabrement n’est donc absolument plus d’actualité, contrairement à ce que prétend John Kerry. Son objectif est tout autre ; il tient davantage de la stratégie de subordination de la Russie défendue depuis plusieurs décennies par Zbigniew Brzezinski. Mais il est plus difficile dorénavant de convaincre l’opinion mondiale que la Russie incarne le mal absolu et que faute d’être subordonnée, elle sombrera dans le totalitarisme [11]. Pour cela, il faut provoquer sa réaction de la même manière qu’en Afghanistan en 1979, car contrairement aux États-Unis, elle est à l’abri de tout problème d’approvisionnement énergétique pour les décennies à venir. On constate ainsi une dérive dans le discours de Bzezinski, qui qualifiait récemment Vladimir Poutine de « Benito Mussolini russe », tour à tour dans une interview donnée au Wall Street Journal et au Novaya Gazetta.

[1] Between two Ages : America’s Role in the Technetronic Era par Zbigniew Brzezinski, Harper éd., 1971. Édition française : Révolution technetronique, Calman-Lévy éd., 1971.

[2] C’est également la Commission Trilatérale qui poussera le président Giscard d’Estaing à choisir comme Premier ministre un de ses membres, Raymond Barre, professeur d’économie sans expérience politique.

[3] Brzezinski appelle à ses côtés Madeleine K. Albright (dont le père servit en Tchécolovaquie dans le gouvernement du beau-père de Brzezinki, Eduard Benes), et les deux théoriciens du clash des civilisations Bernard Lewis et Samuel P.Huntington.

[4] Le Nouvel Observateur n° 1732, du 15 au 21 janvier 1998, p. 76.

[5] Voir « L’Azerbaïdjan, un poste colonial avancé », par Arthur Lepic, Voltaire, 10 septembre 2004.

[6] Cité dans « Bribing Montenegro - It didn’t work », par George Szamuely, antiwar, 15 juin 2000.

[7] « Freedom spells B-A-K-U », Counterpunch Magazine, 1999.

[8] Voir « Freedom House, quand la liberté n’est qu’un slogan », Voltaire, 7 septembre 2004.

[9] « U.S. and NATO goals in the Balkans », par Lenora Foerstel, International Action Center, 1999.

[10] « La responsabilité anglo-saxonne à Beslan » par Marivilia Carrasco et la rédaction, Voltaire, 27 septembre 2004.

[11] « 115 atlantistes contre la Russie » par Thierry Meyssan, Voltaire, 1er octobre 2004.

Arthur Lepic

Arthur Lepic Journaliste et traducteur, basé en Extrême-Orient. Il s’est spécialisé dans l’étude des stratégies énergétiques et des guerres de ressources, dans le contexte de l’épuisement progressif des principaux gisements exploités d’hydrocarbures.

 
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