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Le 1er juillet 2003, la Maison-Blanche communiquait une note d’information sur les progrès réalisés dans la « Guerre mondiale contre le terrorisme ». On pouvait y lire : « Le Royaume-Uni ainsi que l’Allemagne, l’Espagne, la France, l’Italie et d’autres pays européens ont démantelé des cellules d’Al Qaïda » (Note de la Maison-Blanche sur les progrès réalisés dans la Guerre mondiale contre le terrorisme).

Les conséquences d’une telle information engagent des enjeux politiques si considérables qu’une précision de ces données était nécessaire. Avant de tirer des conclusions de ces révélations, il importe d’avoir des informations plus fiables que le bidonnage des affaires du bagagiste de Roissy ou de la prétendue ricine de la gare de Lyon. Nous sommes donc allés nous renseigner sur le démantèlement de cellules d’Al Qaïda en France, en interrogeant successivement l’ambassade des États-Unis à Paris, les ministères français de l’Intérieur et de la Justice.

Nous avons d’abord contacté l’ambassade des États-Unis. Le responsable du service de presse et d’information n’a pas pu nous répondre précisément et nous a déclaré que ce communiqué faisait référence à la totalité des actions réalisées depuis deux ans. Toutes ces opérations de police auraient déjà été largement médiatisées et ne constitueraient en aucun cas un élément nouveau. Ce qui était « bien connu de tous » ne pouvait pourtant pas être précisé davantage. Aucune date, aucun nom et aucun lieu n’étaient disponibles. Au lieu de nous confirmer le « démantèlement de cellules », l’ambassade a seulement évoqué des « arrestations individuelles », ce qui n’a pas la même valeur et ne représente pas les mêmes enjeux. En effet, une cellule est organisée, voire équipée, et elle prévoit des actions ; son démantèlement implique une cessation d’activités et une confiscation de son infrastructure. Alors que l’arrestation d’un individu ne suffit pas à briser un projet.

Nous avons ensuite interrogé l’Unité anti-terroriste du ministère de l’Intérieur. Les responsables de la communication ne purent nous fournir aucune précision, ne voyant pas quelle opération de police nous évoquions. Ils ne confirmaient ni le démantèlement de cellules ni l’arrestations d’individus. Ils nous renvoyèrent vers le ministère de la Justice.

Le parquet anti-terroriste du Palais de Justice de Paris ne pu, à son tour, nous communiquer aucun renseignement concernant un quelconque « démantèlement de cellules d’Al Qaïda ». Et comme pour nos deux précédents interlocuteurs, la réaction du chargé de communication fut révélatrice : lorsque ces informations leur étaient demandées, la surprise due à l’existence d’une action de cette envergure faisait vite place à une prudence exagérée dès lors que la source de cette information leur était communiquée.

Personne, à l’ambassade des États-Unis, au ministère de l’Intérieur et à celui de la Justice, n’a été capable de nous fournir la moindre information sur la réalité d’un « démantèlement de cellules d’Al Qaïda ». Personne, non plus, n’a pu nous confirmer une éventuelle arrestation d’un membre isolé du réseau en France.

Ces déclarations appellent à s’interroger une nouvelle fois sur la réalité d’Al Qaïda. Même Bruce Hoffman, promoteur zélé des campagnes anti-terroristes et membre de la Rand Corporation, le think tank du lobby militaro-industriel états-unien, admet qu’Al Qaïda reste difficilement identifiable : « Est-ce une organisation terroriste monolithique, dotée d’un appareil de commandement et de contrôle identifié, ou bien est-ce un vaste mouvement , sans forme précise, vaguement contrôlé par un réseau transnational imprécis ? […] Est-ce un concept ou un virus ? Une armée ou une idéologie ? » (Al Qaïda, l’épouvantail providentiel). Ce ne sont pas les maigres informations diffusées par le gouvernement des États-Unis pour donner une consistance à ce réseau fantomatique qui aideront à répondre à ces questions. Si Al Qaïda existe, nous ne l’avons pas rencontré en France.