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Ilich Ramirez Sanchez dit « Carlos »

Ce document a été rédigé à la prison de Saint-Maur et -par souci d’exactitude- nous en avons conservé la formulation, bien qu’elle soit dans un français parfois maladroit. Il met en évidence que la prise d’otages n’était aucunement commanditée par l’URSS, contrairement à ce qu’en a dit l’OTAN, mais représentait une épreuve de force entre les membres de l’OPEP eux-mêmes pour que les royalties pétrolières soient affectées à la libération de la Palestine. Enfin, il atteste que le terrorisme de « Carlos » n’a rien à voir avec les attentats aveugles contre des populations comme on l’a vu ces dernières années à New York, Casablanca, Madrid ou Londres, mais qu’il ciblait des responsables de très haut niveau. C’est que son but n’était pas d’accabler des populations, mais de contraindre des gouvernements.

Le témoignage de Carlos

Siège de l’OPEP, Vienne, le 21 décembre 1975 :

Je suis le seul intervenant dans cette historique action extérieure de la Résistance palestinienne, avec son glorieux caractère internationaliste, depuis sa conception, dans toutes les étapes de sa préparation, exécution, et suivi post-opérationnel, de sécurité, logistique, politique et diplomatique. Je suis aussi le planificateur et le commandant militaire. Ceci me donne l’autorité pour faire une relation circonstanciée de son déroulement.

« Inceptor » : Colonel Mo’ammar El Kadaffi
Coordination stratégique : Kamal Kheir-Beik
Conception : Dr. Wadih Haddad
Planification : Ilich Ramirez Sanchez
Coordination non-arabe : Wilfred Böse
Coordination arabe : Anis Naccache

Le regretté Kamal Kheir-Beik [1] était de confession alaouite [2] et originaire de Qardaha [3], voisin de la famille El Oua’ch [4] (appelée plus tard El-Assad), où il s’assoit à l’école à côté de Rifaat El-Assad [5]. Kamal avait été condamné à mort in absentia après l’attentat mortel dans un stade de Damas en 1955 contre Adnane El-Maliki [6].
L’opération de l’OPEP débute avec Kamal, membre du Conseil Suprême du PNSS, et co-fondateur de la deuxième organisation dénommée Septembre noir [7], avec feux Fouad El-Chemali [8] et Fouad Awad [9], et le martyr Ali Hassan Salameh [10], grâce au million Dollars U.S apportés par Yasser Arafat [11].

Fin octobre 1975, Kamal est reçu à Tripoli par le Guide de la Révolution lybienne, « le Frère Colonel Mo’ammar El Kadaffi » qui propose....demande s’il peut organiser l’opération de l’OPEP le 20 décembre, en lui offrant des renseignements, des armes, et les dépenses.
Kamal répond « impossible, il n’y a pas assez de temps... seul Carlos pourrait éventuellement préparer une telle opération dans un délai si court ». La première motivation de Kadaffi : l’Arabie saoudite faisait dégringoler les prix du pétrole.
Kamal rencontre aussi le chef d’état major, Colonel Abou Bakr Younis Jaber, et Ramadan, responsable des relations internationales de l’Union socialiste arabe (parti unique), qui était chargé du suivi, et lui donne 30 mille dollars pour ses dépenses initiales et son voyage à Aden (capitale de la République démocratique du Yemen, aujourd’hui réunifiée avec le Yemen du Nord).

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Début novembre, Kamal atterrit à Khor Maksar [12], et s’entretient d’immédiat avec moi. Je donne mon accord sous condition qu’il obtienne l’approbation de notre chef Wadih Haddad (Abou Hani) [13], qui dira : « ces gens là ne sont pas sérieux », et me demande si il avait assez de temps ; ayant entre temps discuté de l’affaire avec Wilfred Böse [14], je réponds « oui ! », si nous commençons tout de suite.
Condition posé par Abou Hani : que les Libyens apportent les renseignements et les armes, en refusant qu’ils payent les frais opérationnels, pour qu’ils ne puissent pas se dégager avec des pirouettes monétaires ; le FPLP assumerait toutes les dépenses. Il me donne la pleine délégation des pouvoirs, et je porte à Beyrouth une lettre de sa main pour Abou Mohammed, responsable administratif des opérations extérieures du FPLP, membre du Comité central.

J’arrive avec Wilfred à l’aéroport de Beyrouth, en pleine guerre civile ; nous allons directement chez Kamal, après, Wilfred va chez nos camarades de la RAF qui étaient sous la protection d’Abou’l Hassan.

Abou Mohammed me donne 23 mille dollars sur les premiers 50 mille que je lui demande.

Je donne des instructions d’amener de Bagdad Youssef, un artificier palestinien de ma pleine confiance. Kamal va à Damas incognito, pour rencontrer à l’Ambassade de Libye Hassouna Chaouich, adjoint de Ramadan et actuel Vice-Ministre libyen des Affaires étrangères, qui lui confirme que les armes et les renseignements seront bientôt à Vienne, et lui donne 100 mille dollars pour des frais opérationnels.

Prudent, Abou Mohammed (qui n’est pas un combattant), arrête le financement parce que les Libyens n’avaient pas apporté les renseignements.

Kamal, Fouad Awad, Wilfred, et moi, nous avons décidé de saisir cette opportunité historique. Je demande à Kamal de donner 40 mille dollars à Wilfred pour voyager à Zurich.
Un jeune libanais de type européen choisi par Kamal pour intégrer le commando, est abattu avec tout son peloton dans une embuscade des forces libanaises ; Kamal le remplace avec Joseph, son fidèle garde du corps, sous-officier des fusilliers-marines.
Kamal ramène Anis Naccache [15], qui deviendra son adjoint.

J’arrive à Vienne dans le même train pris par Wilfred et Hans-Joachim Klein [16], qui allait le remplacer dans le commando. En dépit de ses capacités militaires (je l’avais entraîné personnellement), je refusais de mettre Wilfred en danger, vu qu’il était de fait le chef de toute la guérilla allemande à ce moment là, et je le voyais comme mon successeur dans la lutte en cas de malheur.

Anis voyage à Berne, chez son oncle, ambassadeur du Liban, et me rejoint à Vienne, laissant son propre adjoint (génial artificier) à Genève, comme relais de communication.
Anis rencontre l’Ambassadeur de Libye à Vienne, Major Ezzedine El Ghadamsi (qui fera défection et racontera tout à la CIA), qui n’était pas au courant, et retourne à Beyrouth.
Kamal revient à Damas, où Hassouna Chaouich lui promet que les armes et renseignements seront bientôt à Vienne.
Rifaat-El Assad protégeait Kamal par amitié, et pour le convaincre (en vain) de se rallier au Gouvernement syrien, mais il ignorait tout sur notre opération.

Le 19 décembre 1975 à minuit nous avons reçu en face de l’Opéra de Vienne, le matériel, livré dans la voiture de l’Ambassadeur et une deuxième voiture de l’Ambassade de Libye.

Les renseignements apportés à Vienne par Hassouna Chaouich étaient fragmentaires et inexacts, sauf la nouvelle que la Conférence allait se prolonger jusqu’au dimanche 21 décembre, solstice d’Hiver.

Nada, combattante internationaliste, arrive avec une lettre d’Abou Hani, nous ordonnant d’arrêter, craignant un désastre par la faute des Libyens ; voyant que tout était prêt, elle rejoint son poste de combat, comme prévu originellement.

J’organise le commando en 3 binômes :

CARLOS, commandant : pistolet-mitrailleur beretta + pistolet Browning de grande puissance + 2 grenades
ANIS NACCACHE, commandant en second : 2 Browning G.P + 2 grenades

NADA : pistolet Tokarev + 1 grenade
YOUSSEF : Tokarev + 1 grenade + 1 explosive + détonateurs

KLEIN : Browning G.P + revolver Smith & Wesson + 2 grenades
JOSEPH : pistolet-mitrailleurs Beretta + Browning G.P + 2 grenades

Les grenades défensives (fragmentaires) étaient de fabrication soviétique. A Vienne, la logistique, le renseignement, la sécurité et la réserve (2 combattants), furent assurés par 16 militants internationalistes de plusieurs nationalités, sous le commandement de Wilfred Böse.

Nous avions fait tous les préparatifs sans compter avec l’assistance libyenne ; avec nos propres moyens nous avons emmagasiné du matériel pour armer 12 combattants, nous avons planifié des opérations d’appui, et une route de retraite vers la Tchécoslovaquie.

L’objectif fut observé en permanence jusqu’au dernier jour, et nous avons réussi à pénétrer (moi aussi) dans le siège de l’OPEP, plusieurs fois. Nous avions pu déclencher l’opération dès le 20 décembre, sans intervention libyenne.
Accompagnés par Wilfred et un deuxième camarade, le 21 décembre nous avons fait le trajet en tramway, arrivant avant 11 heures à notre destination. Seule était ouverte la porte principale du bâtiment où se trouvait au 1er étage, le siège de l’OPEP ; contrôlée par un policier, deux autres se trouvaient dans le lobby, avec les journalistes, face aux escaliers et les deux ascenseurs. À la réception du 1er étage, parmi une douzaine de personnes, se trouvaient deux policiers autrichiens en civil, et le garde du corps du ministre irakien du Pétrole, Tayeh Abdel Karim ; les autres gardes du corps et ceux de la SAVAK [17] attendaient nombreux près des limousines garées sur l’accès goudronné en demi-lune conduisant à l’entrée principale.
Nous sommes entrés en file indienne, derrière moi qui parlait en anglais faisant croire que nous étions des journalistes.

Nous avons monté les escaliers jusqu’au 1er étage, où j’ouvre l’attaque couvert par Anis, en neutralisant toute résistance en silence dans la réception. Au lieu de m’attendre, Anis se lance à droite, pénétrant la salle de conférences au fond du couloir avant moi, où il sera attaqué ; j’arrive derrière et reprends le contrôle après une fusillade qui laisse mort le capitaine Youssef Izmirli, assistant du ministre libyen, et blesse au bras un délégué koweïtien.

Nada et Youssef qui avaient pris notre place à la réception, feront face à la tentative de fuite d’un policier autrichien avec une employée locale : après sommation, Nada blesse le policier d’une balle au dos, l’employée recule.

Joseph et Klein restaient à l’arrière-garde, couvrant ascenseurs et escaliers. Klein désarme le policier à terre et le met dans l’ascenseur aidé par Nada, qui pousse le bouton pour le rez de chaussé, il mourra à l’hôpital.
Le lieutenant irakien Ala’a Hassan qui dépassait Nada de 30 cm, saisit son bras par derrière pour la désarmer, il est blessé d’une balle au bras et continue de la prendre par derrière ; Klein, qui vient de démolir le standard de plusieurs balles (une dans le récepteur à l’oreille de la réceptionniste), se retourne et tue l’Irakien d’une balle dans le front ; Ala’a Hassan lâche prise et marche lentement, s’effondrant à l’entrée ; Klein prendra aussi son pistolet, encore dans l’étui. Une douzaine d’Autrichiens sont témoins. Je laisse Anis surveiller les délégués couchés par terre, pendant que je ratisse les bureaux et pousse le monde vers la salle de conférences, en tout plus de 100 personnes.

Ensuite, je redéploie le commando dans l’axe du couloir qui débouche sur la salle ; Anis et moi à l’intérieur, où Youssef installe la charge de démolition dans un coin ; prête à détonner, dans trois cas :

- 1 si je lui ordonne
- 2 si je suis abattu devant ses yeux
- 3 si des attaquants font irruption dans la salle

Au début du couloir : Joseph à droite, Klein à gauche ; Nada les épaulera et fera la navette avec la salle. Je libère le koweïtien blessé qui s’était fait un garrot avec sa ceinture ; suivi du traducteur britannique porteur de nos demandes.
Le Groupe d’intervention de la police nous attaque, le chef, ancien de la Wehrmacht, réussit à pénétrer dans la réception, tirant une rafale de trois balles sur Joseph, lesquelles en ricochant, atteindront Klein, une au bas abdomen , les deux autres transpercent la jambe de son pantalon et sa veste ; Klein blessera l’Autrichien d’une balle aux fesses ; ils se retrouveront voisins de chambre à l’hôpital.

Sur mon ordre, Joseph jettera une grenade qui arrêtera l’attaque.
Je libère ensuite la secrétaire du secrétaire-général de l’OPEP, fille magnifique de grande taille, pour porter dehors si nécessaire, le policier blessé, et informer les autorités qu’une nouvelle attaque causera la mort d’un délégué, le vice-ministre saoudien le premier.
Le policier blessé sortit en sautillant avec un grand sourire, portant son Uzi par le bout du canon avec le pouce et l’index de la main gauche, sous la menace de ma grenade dégoupillée.

Après ces émotions, la routine ; le communiqué traduit en français par Kamal est lu régulièrement à la radio ; ambassadeurs et chargés d’affaires d’Irak, Algérie, Arabie saoudite, Iran, Vénézuéla, Libye (de retour de sa maladroite escapade à Budapest où il était aussi accrédité), viendront parler avec leurs ministres au couloir.
Le courageux Riadh Al Azzawi devient, sur instruction de Bagdad, l’intermédiaire avec le Chancelier Kreisky.

Nos invités sont regroupés ainsi :
- 1 les amis : Irakiens, Algériens, Libyens et Koweïtiens
- 2 les ennemis : Saoudiens, Iraniens, Émiratis et Qatariotes
- 3 les neutres : Indonésiens, Nigériens, Gabonais, Équatoriens et Vénézuéliens.
- 4 les employés locaux

Je me suis entretenu avec les 11 ministres présents, ceux du Qatar et des Émirats Arabes Unis ayant quitté la veille suite au blocage saoudien. Pendant mes deux entretiens au bureau du secrétaire-général avec Cheikh Yamani, je l’interroge sur des questions qui nous intéressaient ; il a été « dissert », tout en disant le moins possible. Il a même essayé de m’acheter subtilement.
A Tayeh Abdel Karim je lui informe que notre chef était son ami Abou Hani. Le ministre nigérien, médecin, auscultera Klein, et prescrit son hospitalisation immédiate.
Le ministre algérien Belaïd Abdessalam portera Klein au rez-de-chaussée et établira le premier contact politique avant de remonter comme promis. Le Koweïtien aux anges d’être considéré révolutionnaire. Avec les ministres indonésiens et équatoriens, les deux généraux putschistes anti-communistes, les échanges furent cordiaux sans devenir chaleureux.
Le très sympathique ministre gabonais était très pro-palestinien, et m’avance une invitation dans son pays au nom du président Omar Bongo.

Mes moments de détente je les passais avec les trois Vénézuéliens, qui se morfondaient à attendre, craintifs.
Les très jeunes délégués du Qatar et des Emirats, étaient complètement déboussolés sans leurs ministres.
J’appelle en dernier Jamshid Amouzegar, paralysé dès le début ; il s’approche de la table que j’avais placé près de Youssef, avec l’air de quelqu’un qui monte à l’échafaud ; je lui tends la main, il la prend à deux mains et essaye de l’embrasser ; embarrassé, je reprends ma main et lui ordonne de retourner à sa place, sans avoir émis le moindre son... ; il fut le seul parmi plus d’une centaine qui ait montré un manque de dignité.

Le chancelier Bruno Kreisky exige une lettre manuscrite de chaque chef de délégation pour autoriser leurs départs volontaires avec nous. Tous les ministres se mettent à la tâche, sauf les délégués émiratis et qatariotes, tétanisés ; il a fallu une belle engueulade de Cheikh Yamani, encouragé par moi, pour qu’ils prennent sa dictée.
Après les avoir lus, nous avons remis les 13 lettres à Riadh Al Azzawi, qui les porte au Chancelier.
Nous avons autorisé les délégués à écrire à leurs gouvernements et à leurs familles, sans censure, sous plis fermés.

J’ai discuté deux fois dans la rue avec le ministre de l’Intérieur sur les modalités de notre départ, et une troisième fois en bas de la passerelle du DC9 autrichien.
Le lendemain vers 7h00, nous avons pris l’autobus vers l’aéroport laissant dans la salle de conférences les fonctionnaires de l’OPEP de toutes les nationalités, vu que notre opération n’était pas dirigée contre cette organisation ; les employés locaux, presque tous autrichiens, aussi, vu que l’Autriche était un pays ami de la Cause palestinienne, et que le siège de l’OPEP jouissait d’extra-territorialité ; plusieurs délégués des pays neutres sont restés à la porte de l’autobus, pour réduire le nombre de passagers.

A l’aéroport nous attendait l’avion et son équipage de deux volontaires, de très braves Autrichiens, à son bord Klein sous oxygène, accompagné du docteur Rawenduzy, héroïque exilé kurde irakien qui l’accompagne jusqu’à Alger, notre première escale, où Klein débarque comateux, le président Boumedienne nous ayant offert l’hospitalité ; Bouteflika, ministre des Affaires étrangères a joué un rôle déterminant auprès du chancelier Kreisky, juif anti-sioniste.

Les trois participants principaux (la Libye et deux organisations de la Résistance palestinienne) avaient décidé de l’évacuation du ministre saoudien Cheikh Ahmed Zaki el Yamani, pour des raisons différentes qui se croissaient parfois de manières contradictoires :
- Pour avoir présenté Yasser Arafat au Roi Feyçal Ibn Abdel Aziz al Saoud, ce qui a permi au Fatah dopé de pétro-dollars de faire basculer l’OLP (11) dans le camp anti-nasserien.
- Pour avoir accompagné le prince Feyçal al Chammari au Cabinet Royal, où il abattra son oncle le roi Feyçal.
- Pour avoir inversé la politique anti-sioniste du Royaume après l’assassinat du roi Feyçal, qui avait été l’inventeur de l’arme du pétrole.
- Pour s’être mis au service de princes saoudiens inféodés aux Etats-unis, et comme un avertissement pour eux.

Kamal avait pensé à demander une rançon, mais Abou Hani nous explique sagement que nous devrions refuser toute transaction financière PENDANT l’opération, pour ne pas la mettre en danger ; les États concernés allaient payer APRES ; et il fut comme ça...
J’ai refusé les 50 millions de dollars offerts par le prince héritier saoudien (le futur roi Fahd), et par Khalatbari, ministre iranien des Relations extérieures qui a dû remplacer au téléphone le Premier ministre Abbas Amir Hoveida, convoqué sur le champ par le Shah ; ils voulaient sauver la vie de leurs deux ministres.
Cet argent déboursé par le prince Fahd, n’arriva pas dans les coffres de la Résistance palestinienne ; le Shah ne payera jamais son écot de 25 millions de dollars.

En découvrant à Vienne que le ministre Amouzegar était à la tête de la délégation iranienne, je décide ipso facto de l’exécuter, secondé par Wilfred et Anis. Après avoir débarqué en urgence Klein et le Dr. Rawenduzy, je suis recu par les numéros 2,3 et 4 du Conseil de la révolution, Bouteflika, le colonel Ahmed Draïa (directeur de la Sûreté générale), et le colonel Mohammed Benahmed Abdelghani (ministre de l’Intérieur), ensuite nous avons relâché les délégations neutres et un jeune Saoudien extrêmement obèse.

L’opération devait durer entre 7 et 10 jours, en attendant la fin d’une réunion extraordinaire des ministres des Affaires étrangères de la Ligue arabe au Caire, pour dénoncer les « Accords du km.101 du Sinaï » entre l’Égypte et Israël, qui avaient ouvert le chemin de la trahison.
Entre temps, nous partions « sautiller » entre aéroports « amis » avec un Boeing 707 saoudien (de plus grand rayon d’action que « notre » DC9), que nous allions prendre à Tripoli.

À chaque escale nous allions libérer des délégués, après avoir fait radiodiffuser le long communiqué en arabe rédigé par Kamal au nom du « Bras de la Révolution arabe », donné par Abou Hani à notre structure opérationnelle ponctuelle.
Anis devait se charger « des négociations » dans les aéroports arabes, et il m’aurait remplacé en cas de malheur pendant l’assaut au siège de l’OPEP. Mais c’était vers le dénouement que le rôle d’Anis devenait fondamental, au Caire.
Après l’exécution d’Amouzegar et Yamani, nous allions nous replier vers un pays ami (il ne manquait pas des options), où nous allions libérer les derniers délégués, Iraniens et Saoudiens inclus.

En arrivant à Tripoli, débarquent les ministres libyens et algérien, celui-ci ayant refusé de rester à Alger avec les autres membres de sa délégation. Le Premier ministre libyen major Abdel Salam Jalloud, à peine réveillé, monte à l’avion à peine ouverte la porte, et se comporte comme s’il ne savait rien (en fait il ne savait rien, même pas qui j’étais) ; je le morigène après qu’il finisse de saluer les ministres, et je le renvoie avec Anis pour éclaircir la situation à terre. Anis rencontre au terminal le colonel Abou Bakr Younis Jaber et tarde à revenir (Le colonel Kadaffi avait disparu dans le désert libyen). Je descends au terminal et constate que les libyens ne sont pas très coopératifs. Informé, Anis revient me voir et me dit que ca ne va pas, en rentrant à l’avion.

Soudainement on nous insulte par radio à partir de la tour centrale, et on nous intime de quitter le pays. N’ayant pas à bord le programme informatique pour faire escale à Tobrouk pour arriver d’un saut à Bagdad, nous sommes forcés de rebrousser chemin, et nous avons décidé d’attendre le Boeing 707 saoudien à l’aéroport de Carthage en Tunisie ; ici on nous refuse l’atterrissage nocturne en coupant l’électricité de toute la région, nous forçant à rentrer à Alger. Vaincus par la fatigue (3 jours et 3 nuits sans dormir), nos plans originaux tombent à l’eau quand les Algériens nous refusent l’asile politique si nous exécutons les deux condamnés sur leur territoire. Les deux pilotes autrichiens épuisés, il ne pouvaient plus décoller, et nous étions au bout du rouleau, une tragédie accidentelle était imminente. C’était la fin.

Nous avons laissé nos invités à bord et présenté et remis nos armes au ministre de l’Intérieur, qui prestemment me remet mon pistolet dans la ceinture. Nous avons obtenu des résultats politiques et financiers pour toute la Résistance, ayant dompté l’arrogance des despotes pendant 5 ans. « Tout est bien qui termine bien ! ».

Saint Maur, le 31 juillet 2003.

Le présent article est un document historique qui jette une lumière crue sur la réalité du terrorisme comme mode d’action politique bien éloignée des analyses que l’on en fait aujourd’hui. Sa publication par le Réseau Voltaire ne vaut ni certification du témoignage, ni approbation de l’action décrite. Au demeurant, tout jugement de ces faits en dehors de leur contexte nous paraît fallacieux. La prise d’otages de l’OPEP ne relève pas du droit commun et l’Autriche n’a d’ailleurs jamais exigé l’extradition des membres du commando. Cette opération, comme la mort de deux policiers français et d’un militant révolutionnaire ne sont pas des crimes, mais de tragiques actes de guerre impliquant des États. De même, le transfert de Carlos en France et son incarcération ne relèvent pas du Code de procédure pénale, mais d’une volonté politique désormais anachronique.

[1] Kamal Kheir-Beik : descendant de la petite noblesse alaouite. Il fut un grand responsable du PNSS (Parti Nationaliste Social Syrien), d’idéologie pan-syrienne. Condamné à mort en Syrie ; réfugié au Liban jusqu’à l’échec du putsch du PNSS le 1er janvier 1962 contre le président libanais général Fouad Chehab ; il demande l’asile à la France. Il revient au Liban après l’amnistie générale de 1969. Assassiné en 1979, dans une bagarre entre chauffeurs qui ne le concernait pas.

[2] Alaouite ou Nouseyri : secte dérivée de l’ismaélisme, lequel est une scission hérétique de l’Islam chiite Duodécimain ; elle existe en Turquie, Syrie et Liban. Traditionnellement, les alaouites étaient des paysans pauvres, honnêtes, et travailleurs, patriotes, exploités par les féodaux alaouites, méprisés par les musulmans. Des alaouites contrôlent le régime baassiste (nationaliste arabe) au pouvoir en Syrie depuis 1963.

[3] Qardaha : petite bourgade des montagnes El-Ansarie, au nord de la Syrie, parallèles à la Méditerrané ; berceau du feu le Président Hafez El-Assad, succédé par son fils Bachar El-Assad.

[4] El- Ou’ach (« le fauve ») : nom originel de la famille El-Assad (« le lion »), qui est la branche qui embrasse le baasisme ; celle qui conserve son patronyme, est restée fidèle au PNSS.

[5] Rifaat El-Assad : général exilé, frère cadet de Hafez El-Assad

[6] Adnane El-Maliki : lieutenant-colonel, chef d’état-major de l’armée syrienne, fils d’une distinguée famille musulmane sunnite de Damas ; il fut abattu par un commando de sacrifice (« suicide ») formé de trois militants de confession alaouite du PNSS, parmi lesquels le cousin germain de la future épouse du Président Hafez El-Assad.

[7] Septembre noir : organisation fondée par le martyr Ali Taha (musulman de Jérusalem, ancien des opérations extérieures du Front Populaire pour la Libération de la Palestine – FPLP), en solidarité avec les 500 officiers libres du Fatah (« Mopuvement de libération de la Palestine »), partisans du martyr Abou Ali Iyad, opposant à Yasser Arafat, et seul responsable palestinien assassiné par l’armée jordanienne (il fut capturé blessé vers la fin des combats en Jordanie, de septembre 1970 à juillet 1971). Trois autres structures opératives du même nom, liées au Fatah, ont suivi.

[8] Fouad El-Chemali : libanais, catholique maronite, membre du Conseil suprême du PNSS, exilé à Paris avec Kamal. Décédée en Suisse de leucémie, de manière prématurée, par action du Mossad il paraît. Sa veuve Elisaar est la fille cadette du Zaïm (« Chef ») Antoum Zaadi, fondateur et grand idéologue du nationalisme pro-syrien. Livré par un président syrien, agent yankee, il est pendu immédiatement en 1949 par le gouvernement libanais agent de l’Occident, pour avoir été le premier à comprendre la nature du sionisme, et avoir élaboré la stratégie toujours valable pour le combattre. Ce président syrien et ce président du Conseil libanais, payeront leur trahison de leur vies.

[9] Fouad Awad : libanais, catholique maronite ; Responsable militaire du PNSS, membre du Conseil suprême ; il commande les soldats insurgés le 1er janvier 1962 ; Capitaine de cavalerie, « preux chevalier en resplendissante armure ». Mort de cancer en 1998. Il fut un des responsables centraux de notre Organisation de Révolutionnaires Internationalistes (ORI). Généreux avec sa propre vie, son courage légendaire surpassait celui de nous tous (moi compris), il était avare de la vie de ses camarades. Honneur à sa mémoire !

[10] Ali Hassan Salameh, dit « Abou Hassan » : Responsable de « la sécurité 17 », garde prétorienne de Yasser Arafat. Fils du Cheikh Hassan Salameh, un des deux grands chefs militaires en 1948, tombé au combat face aux sionistes. Il fut membre de la délégation qui accompagna le Grand Mufti de Jérusalem, Cheikh Amin El Husseini à Berlin ; il est remarqué par la fermeté de ses propos auprès d’Adolf Hitler, convaincu qu’il représentait la Oumma (« Nation ») Islamique, en guerre contre les colonialismes britannique et français (le colonialisme italien était vaincu par les Britanniques), et le sionisme.

[11] Yasser Arafat : nom de guerre de Mohammed Abdel Raouf Arafat al Qudwa, descendant de grandes familles palestiniennes ; il est le co-fondateur du Fatah au Koweït (branche la plus riche, qui s’imposera à la centrale à Damas, où il deviendra le porte-parole). Il succédera à Ahmed Choukeiri en 1969, comme président du Comité exécutif de l’Organisation de Libération de la Palestine – OLP. Chef charismatique du peuple palestinien , il est le président de l’Autorité palestinienne.

[12] Khor Maksar : aéroport et base aérienne, sur l’isthme entre la presque-île d’Aden et la terre ferme.

[13] Wadih Haddad, dit « Abou Hani » : né à Safed, Haute Galilée, dans une famille palestinienne de confession anglicane. Il sort médecin de l’Université américaine de Beyrouth (la meilleure du monde arabe). Co-fondateur du Mouvement des nationalistes arabes – MNA, au début des années 50, et en 1967 de son successeur marxiste-léniniste FPLP. Le Front national de Libération – FNL, branche sud-yéménite du MNA, est au pouvoir depuis l’indépendance en 1967. Abou Hani est le génial concepteur de la lutte armée trans-frontières, et l’inventif initiateur des opérations extérieures de la Résistance palestinienne.

[14] Wilfred Böse : étudiant universitaire ouest-allemand il fut un des trois fondateurs des Cellules révolutionnaires allemandes – RZ, chronologiquement la troisième organisation de guérilla urbaine en Allemagne, et la seule toujours en activité. Il est tombé au combat avec six de nos camarades, face aux commandos israéliens qui perdirent 49 hommes, début juillet 1976 à Entebbe (Ouganda), après avoir détourné l’Airbus d’Air france, Tel Aviv-Athènes-Paris. A cette date, Wilfred contrôlait de fait les communications, la logistique, et les relations extérieures des trois organisations allemandes ; les deux autres étaient chronologiquement, le Mouvement du 2 juin et la Fraction armée rouge – RAF.

[15] Anis Naccache : architecte libanais, trapu, de petite taille, rouquin au visage tacheté, porte des lunettes avec des verres épais ; il n’a pas l’air du redoutable officier de commando, sans peur, emprisonné 10 ans plus tard en France, pour un attentat manqué contre Shahpour Bakhtiar, dernier Premier ministre du Shah d’Iran. Sous-lieutenant de l’Académie des « moukhbarates » (« renseignements ») d’Egypte, dans le contingent du Fatah ; il est décoré pour héroïsme à la tête de ses hommes, face aux Israéliens au Sud du Liban. Lieutenant du Fatah, il était le chef des « Ansar ath thaoura » (« les Partisans de la révolution »), organisation des étudiant du Fatah à l’Université arabe de Beyrouth. J’étais heureux de l’avoir comme adjoint, un cadre politico-militaire d’une telle valeur. Nous le connaissons déjà comme proche de Yasser Arafat, et nous voulions intégrer dans l’opération, des membres du plus grand nombre d’organisations possible dans si peu de temps.

[16] Hans-Joachim Klein : petit délinquant orphelin de mère, chrétienne, qu’il faisait passer pour juive ; fils d’un policier de Francfort sur le Main. Il apprend à tirer bien pendant le service militaire ; il fut recruté comme homme de main par Wilfred Böse. Il déserte en 1977, cherchant en vain de bénéficier du « Droit de retour en Israël ». Protégé par la police pendant 20 ans, il est décidé de l’arrêter et de l’extrader en Allemagne en dépit de la demande d’extradition autrichienne. Il sera condamné à Francfort à la très légère peine de 9 ans, après un procès truqué, sans des témoins oculaires, où mes déclarations accablantes ont été faussées dans la transcription pendant une mascarade publique au Palais de Justice de Paris le 28 novembre 2000.

[17] Savak : service de renseignement du Shah d’Iran. Jamshid Amouzegas avait été son plus terrible directeur, avant de devenir ministre de l’intérieur et aussi, négociateur principal auprès de l’OPEP.