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Tribunes et décryptages - 7 février 2005
La « nation indispensable » impose ses vues en Israël
Décryptage
Deuxième discours de politique général après son discours d’investiture, le discours sur l’état de l’union de George W. Bush n’a pas suscité les mêmes réactions que le précédant et la partie de son texte traitant des questions internationales, certes moins centrale dans ce second discours, est quasiment ignorée des analystes. Cela n’empêche toutefois pas quelques faucons de revenir sur ce qu’il faut attendre de la nouvelle administration et de se réjouir d’un programme qui leur paraît fort alléchant.
Laurent Murawiec de l’Hudson Institute se félicite de la composition de l’administration Bush dans le Figaro. Selon lui, elle montre que ce sont les faucons qui ont gagné et que l’administration Bush II ira encore plus loin que ne l’a été l’administration Bush I maintenant qu’elle est débarrassée de Colin Powell et de Richard Armitage. Pour lui, la seule petite ombre au tableau est l’absence de John Bolton au département d’État.
Précisémment, le département d’État reste, pour beaucoup de nostalgiques de l’époque où les États-Unis se souciaient un minimum des avis européens, l’incarnation des espoirs d’un retour à une politique étrangère états-unienne plus « multilatéraliste ». Une part de la presse conformiste a même cru voir cet espoir se renforcer dans la nomination de Robert Zoellick au poste de numéro deux de la diplomatie états-unienne, mais l’ancien ambassadeur spécial pour l’ex-URSS, Stephen Sestanovich, se charge dans le New York Times d’indiquer qu’il n’en est rien. Il rappelle que sous le mandat de George Bush père, Condoleezza Rice et Robert Zoellick ont travaillé avec James Baker sur le dossier de la réunification allemande en imposant une unification à marche forcée sans tenir compte de l’avis des autres pays européens et en ne leur donnant aucune compensation. Pour l’auteur, cette attitude se retrouvera dans le second mandat Bush car les Européens sont incapables de prendre les grandes décisions qui s’imposent et que les États-Unis doivent donc leur dicter la marche à suivre. Pour lui, reprenant l’expression de Madeleine Albright, les États-Unis sont la « nation indispensable ».
Cette attitude dirigiste dans les affaires du monde a pu être observée de façon presque caricaturale lors du premier mandat Bush un peu partout dans le monde, mais Israël avait été jusqu’ici épargné et bénéficiait d’une grande liberté d’action. Aujourd’hui, Tel-Aviv doit se plier à la règle commune.
Ainsi à la veille de la conférence de Charm El-Cheikh, les analystes demandant, plus ou moins ouvertement, que les États-Unis aient une politique plus ferme vis-à-vis d’Israël se multiplient.
L’ancien expert du département d’État, Aaron David Miller, préconise dans l’International Herald Tribune que Washington tire les leçons du passé et s’inspire notamment de l’attitude de Kissinger, Carter ou Baker qui avaient imposé leurs vues à Israël et se souvienne que Clinton avait commis l’erreur de trop suivre Ehud Barak. Autre ancien du département d’État, Richard Haas demande que Washington soutienne Mahmoud Abbas dans un texte diffusé par Project Syndicate et (pour l’instant) publié dans le Taipei Times et le Korea Herald. Son argumentaire reprend la vulgate habituelle concernant les « opportunités » offertes par la mort d’Arafat et pose comme première « condition à la paix » l’arrêt du terrorisme palestinien, mais tout en se montrant moins exigeant vis-à-vis du nouveau président de l’Autorité palestinienne qu’on ne l’avait été avec l’ancien. Ce texte trouve des échos dans une tribune de l’ancien Premier ministre français Michel Rocard, elle aussi diffusée par Project Syndicate et publiée cette fois dans le Daily Star. L’auteur y condamne les « extrémistes » de tous bords qui rejettent la politique actuellement mise en place par Ariel Sharon en Israël et Mahmoud Abbas en Palestine. Dans Libération, l’ambassadeur israélien Nissim Zvili condamne également ces opposants, mais estime que, puisque Israël est une démocratie, il faut davantage s’inquiéter de l’opposition palestinienne à Abbas que de l’extrême droite israélienne. En Allemagne, Mathias Döpfner, président du directoire du groupe de presse Axel Springer, prononce lui aussi l’éloge de la politique états-unienne au Proche-Orient dans le Welt an Sonntag et demande à ce que l’Allemagne emboîte le pas des États-Unis pour pousser l’Union européenne à suivre cette politique.
Aujourd’hui, Mahmoud Abbas applique la politique qu’on exige de lui et doit s’efforcer de convaincre le reste de la communauté internationale de son bien-fondé. Dans une interview accordé à Nezavissimaïa Gazeta, le président de l’Autorité palestinienne se justifie et appelle la Fédération de Russie à le soutenir.
Le monde russe n’appartenant pas à la sphère de communication occidentale, il est possible pour un dirigeant politique d’avoir une image totalement différente dans ces deux monde et qu’un même élément de son parcours y ait une signification opposée. Ainsi, dans une interview à Vremya Novostyey, Vladimir Ivanovitch Kisselev, qui fut le directeur de thèse de Mahmoud Abbas à Moscou dans les années 80, vante les recherches effectuées sous sa direction par celui qui allait devenir le président de l’Autorité palestinienne, l’impact qu’elle a eu sur les dirigeants soviétiques de l’époque et les liens favorables qu’il entretient avec la Russie depuis. Or, cette thèse, qui, selon Kisselev, ne traite que des liens du parti nazi et des mouvements sionistes avant la Seconde Guerre mondiale (un lien également étudié par Hannah Arendt dans Eichmann à Jérusalem) est présentée comme un travail négationniste en Occident. Toutefois, ceux qui soutiennent la politique de Mahmoud Abbas assurent qu’il est aujourd’hui revenu sur ce travail et présentent même cette évolution comme une preuve de son pragmatisme. Ainsi, un même travail peut être présenté en Russie comme le symbole de l’influence des milieux universitaires russes sur la pensée du nouveau président palestinien et en Occident comme celui du caractère intrinséquement antisémite des Arabes comme de l’évolution pragmatique de Mahmoud Abbas.
Réseau Voltaire
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7 février 2005
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Auteurs et sources des Tribunes et décryptages
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« Quelle nouvelle donne pour Bush II ? »
Auteur
Laurent Murawiec
Source
Le Figaro (France)
Référence « Quelle nouvelle donne pour Bush II ? », par Laurent Murawiec, Le Figaro, 7 février2005.
Résumé Après son discours sur l’état de l’Union, après les élections qui ont vu son triomphe et celui de son parti pour les deux chambres du Congrès et les nominations qui retouchent les contours et les démarches de son administration, George W. Bush nous a désormais livré les clés de son second mandat. Or, avec les élections afghanes réussies, les élections irakiennes parachevées, l’Autorité palestinienne nettoyée du gangster qui la dirigeait, l’arc de crise arabo-islamique semble offrir une conjoncture plutôt favorable au président états-unien, par ailleurs désormais dûment mandaté par l’électorat.
Aujourd’hui, l’administration Bush veut avoir comme pivot de son action la fin de la tyrannie. Les États-Unis font pression sur l’Iran et la Syrie et ils peuvent s’enorgueillir du succès des élections en Irak, que beaucoup d’experts voyaient comme un échec annoncé. Pourtant, malgré les prévisions catastrophistes, on peut noter qu’en Irak une légitimité est sortie des urnes et les chiites, écartés du pouvoir depuis 30 ans, ont mis une option sur une partie significative du pouvoir. Certes, la violence se poursuit en Irak mais il n’y a que les benêts pour s’offusquer des laideurs qui entachent la proto-démocratie irakienne. Cette élection a en effet montré au monde arabe que Bush tient parole.
Son souhait de démocratisation est largement inspiré de la pensée de Natan Sharansky lequel plaide inlassablement : on ne peut faire de paix durable avec les tyrans, mais avec les démocrates. Pour mettre ces idées en application, Bush a modifié son équipe et a remplacé le binôme Colin Powell-Richard Armitage. Les "arabistes" pro-sunnites et pro-statu quo qui dominent le département d’État s’efforceront certes de "capturer" Condoleezza Rice, mais se heurteront à la loyauté sans faille qui la lie au président. Les conservateurs sont plutôt satisfait de la stabilité au département de la Défense mais sont déçus que John Bolton n’ai pas le grand poste dont les républicains rêvaient pour lui, le poste de numéro deux du département d’État étant confié au centriste Robert E. Zoellick. Un certain nombre de conservateurs sont néanmoins allés remplir des "desks" cruciaux, au National Security Council et ailleurs, notamment à la CIA avec Porter Goss et au département de la Sécurité de la Patrie avec Michael Chertoff.
Le départ de Powell et l’affaiblissement relatif de Rumsfeld fait de Dick Cheney le seul poids-lourd de cette administration Bush et il pèsera lourd sur les décisions. Condoleezza Rice n’est pas une visionnaire mais une " gérante " et elle appliquera la politique de son patron qui a pleinement repris le flambeau reaganien, l’appliquant à la grande menace d’aujourd’hui.

« Pas beaucoup plus aimable et plus doux »
Auteur
Stephen Sestanovich
Source
New York Times (États-Unis)
Référence « Not Much Kinder and Gentler », par Stephen Sestanovich, New York Times, 3 février 2005.
Résumé Beaucoup d’Européens voient la nomination de Condoleezza Rice à la tête de la diplomatie états-unienne comme une raison d’espérer une politique étrangère plus pragmatique et moins unilatérale, en s’appuyant sur ses actions lors du mandat de George H. Bush. Ce faisant, ils oublient que l’administration Bush père soutint l’unification allemande contre l’avis de toutes les autres puissances européennes, et qu’elle ne leur donna rien en échange de leur accord. Le Dr. Rice affirma alors que la politique étrangère des États-Unis ne visait pas le consensus ou l’échange.
Sur ce dossier, les réticences des pays voisins n’empêchèrent pas les États-Unis à pousser en faveur d’une réunification rapide et Robert E. Zoellick, aujourd’hui numéro deux du département d’État et alors en charge des affaires allemandes, organisa une campagne pour que les Allemands de l’Est poussent à la réunification. James Baker III organisa certes une conférence avec les quatre puissances occupantes de l’Allemagne, mais George Bush père affirme dans ses mémoires que bien souvent les alliés ne furent pas consultés. En fait, tous les dirigeants de l’époque ont exprimé leur frustration sur la façon dont les États-Unis s’étaient comportés lors de la réunification.
En fait, l’administration Bush père estimait que les Européens n’étaient pas assez résolus pour profiter des opportunités offertes ; Ronald Reagan quand il mit fin à la détente ou Bill Clinton quand il s’attaqua enfin au génocide dans les Balkans avaient la même logique. Madeleine Albright avait à cette occasion affirmé que les États-Unis étaient la « nation indispensable ».
Le Dr. Rice sait que le jusqu’au-boutisme fonctionne et qu’il ne faut pas tenir compte des réserves européennes.

« Écouter toutes les parties et se souvenir du passé »
Auteur
Aaron David Miller
Source
International Herald Tribune (France)
Référence « Listen to each side - and to the past », par Aaron David Miller, International Herald Tribune, 7 février 2005.
« Une opportunité qui ne doit pas être manquée »
Auteur
Richard N. Haass
Sources
Taipei Times (Taïwan), Korea Herald (Corée du Sud)
Référence « An opportunity not to be missed », par Richard Haass, Taipei Times, 3 février 2005.
« Turn opportunity of peace to reality », Korea Herald, 4 février 2005.
Résumé Cela faisait longtemps qu’on n’avait pas vu une telle opportunité au Proche-Orient, la faute à Yasser Arafat, un homme qui n’avait jamais accepté de renoncer au terrorisme, ce qui lui avait fait perdre toute légitimité aux yeux des États-Unis et d’Israël. toutefois, ce n’est pas simplement la mort d’Arafat qui offre une raison d’espérer. Nous avons désormais à la tête de l’Autorité palestinienne un homme qui a la sagesse de remettre en cause la pertinence de l’Intifada. En Israël, de plus en plus, on comprend également que la situation nuit à la possibilité de reconstruire un État juif et démocratique. Aujourd’hui, Israël a également un gouvernement et un Premier ministre en mesure de faire les choix historiques qui s’imposent.
Pour que cette opportunité se concrétise, il faut cependant que les Palestiniens démontrent leur capacité à gouverner démocratiquement et à mettre fin à la violence terroriste émanant du sol palestinien. Pour cela, l’évolution de Gaza après le retrait israélien sera déterminante et c’est pourquoi il faut aider Abou Mazen à stabiliser la région. Il faut aussi que le retrait de Gaza soit le début et non la fin d’un processus, car Abbas doit avoir des éléments à donner à son peuple pour leur prouver que la diplomatie fonctionne. Les États-Unis doivent s’investir et il faudra une lettre commune d’Abu Mazen et de George W. Bush rappelant l’engagement des États-Unis pour une solution des deux États fondée sur les frontières de 1967.
Les États-Unis s’engageront à aider à un retour des Palestiniens dans le nouvel État palestinien ou à s’installer dans de meilleures conditions dans les pays arabes où ils se trouvent. De leur côté, les Palestiniens doivent rejeter toute violence.

« Une occasion unique mais il faut briser les tabous »
Auteur
Michel Rocard
Source
Daily Star (Liban)
Référence « A unique window, but bypass the taboos », par Michel Rocard, Daily Star, 3 février 2005.
Résumé La mort de Yasser Arafat suivie par l’élection de son successeur au suffrage universel, élection pour laquelle Israël a aidé le processus démocratique dans les territoire qu’il occupe (une première historique) lèvent des obstacles sur le chemin du processus de paix. Le retrait de Gaza par l’armée israélienne, soutenu par Hosni Mubarak, ouvre également une opportunité pour aller plus loin. Cette impressionnante succession d’évènements, un phénomène qui n’avait pas eu lieu depuis longtemps au Proche-Orient, inspire de l’optimisme, même chez Ariel Sharon ou des responsables états-uniens.
Je reviens de Palestine où je suis resté cinq semaine à la tête d’une mission d’observateur de l’Union européenne. J’ai pu conclure que même si le vote était difficile, il n’y avait pas eu de fraudes et il n’y a aucun doute sur le fait qu’Abbas a été élu démocratiquement et cela démontre que les Palestiniens souhaitent une paix négociée avec Israël. Toutefois, les terroristes ne partagent pas cette opinion et bien que peu nombreux, ils sont très dangereux. Il faut les neutraliser en tant que force politique pour avancer vers la paix.
Notre optimisme ne doit pas nous faire oublier les difficultés. En effet, Ariel Sharon reste vague sur ses intentions après le retrait de Gaza et il ne parle jamais d’inclure la Cisjordanie et Jerusalem dans les négociations. Sharon pense que l’Autorité palestinienne a la capacité d’éradiquer le terrorisme qui vise Israël, or ce n’est pas le cas. L’Autorité palestinienne ne peut rien faire si les Palestiniens n’ont rien à espérer en retour. Enfin, des deux côtés, les dirigeants religieux sont sur une ligne dure et empêchent de négocier sur des problèmes comme le statut de Jérusalem ou le droit au retour. Il faut que ces autorités comprennent enfin leur responsabilité.

« Panser le Proche-Orient »
Auteur
Nissim Zvili
Source
Libération (France)
Référence « Panser le Proche-Orient », par Nissim Zvili, Libération, 7 février 2005.
Résumé Certains Israéliens extrémistes opposés au plan de désengagement de la bande de Gaza et du nord de la Samarie appellent à la désobéissance et ce faisant risquent de créer une division grave dans la société israélienne. Cela amènera peut-être des Israéliens à devoir tirer sur d’autres Israéliens alors même que des illuminés appellent à l’assassinat d’Ariel Sharon. Sharon a pour sa part choisi de marquer une rupture avec sa politique d’antan et de prendre le risque d’affronter les durs de son parti. Cela comporte des risques, mais l’espoir réside dans le fait que la démocratie israélienne est solidement enracinée ; elle est consubstantielle à la renaissance de l’État.
Agitée à l’intérieur, la société israélienne est également harcelée de l’extérieur. Les extrémistes palestiniens intensifient leurs attaques à l’approche du départ israélien. Ils ont ainsi mené une attaque contre des Israéliens à Karni, point de contact entre Palestiniens et Israéliens, point par lequel arrivent nourriture, médicaments et matières premières destinés aux Palestiniens. C’est de là que partent les exportations palestiniennes, et c’est à Karni que viennent les Palestiniens cherchant un travail en Israël. Cette attaque va affecter la vie quotidienne des Palestiniens mais les extrémistes s’en moquent. Au contraire, développer la misère leur permet de recruter davantage et ils tentent de briser l’élan des négociations comme ils l’ont fait lors du processus d’Oslo. L’élection de Mahmoud Abbas est un problème pour les terroristes car il a été élu par les Palestiniens pour mettre fin au terrorisme envers les Israéliens où qu’ils se trouvent, reprendre la voie des négociations et améliorer leurs conditions de vie. Mahmoud Abbas doit rapidement se mettre au travail et pour cela, il doit affronter une partie de son peuple pour assurer un avenir au plus grand nombre.
Il va devoir soit convaincre les terroristes d’arrêter de combattre, soit les affronter par la force. Il n’y a pas de troisième voie. Pour l’instant, Abbas a choisi la négociation mais après l’attaque de Karni, Mahmoud Abbas a désormais pris l’initiative de déployer des policiers palestiniens le long de la bande de Gaza pour empêcher des attaques anti-israéliennes. Et on voit bien que "ça marche" : les civils retrouvent une vie là où le terrorisme a levé son emprise. Les terroristes protestent mais Abbas doit leur montrer que la seule force légitime est celle de l’Autorité palestinienne.
Le premier défi du président de l’Autorité palestinienne sera d’opposer une volonté farouche à ces extrémistes. Si la négociation échoue, il lui faudra du courage politique pour confisquer toutes les armes illégales, arrêter les terroristes et démanteler leurs infrastructures. La fin de l’incitation à la haine (dans les médias, les mosquées, les écoles) est une mesure qui peut être entreprise dès maintenant. Si le président élu ne peut exercer son pouvoir, ce sont les éléments extrémistes qui le feront tomber. La mort de Yasser Arafat a ouvert une fenêtre d’opportunité mais le pire aussi est possible. Les dirigeants palestiniens et israéliens font face à leurs extrêmes mais ils n’affrontent pas des situations tout à fait parallèles. Israël possède une culture démocratique qui lui permet d’opérer des changements de fond pour le bien de tous. Malgré la période critique et difficile qu’Israël aborde, les extrémistes ne pourront que suivre le mouvement avec, nous l’espérons, le moins de dégâts possibles.

« Après les larmes, les actes ! »
Auteur
Mathias Döpfner
Source
Welt an Sonntag (Allemagne)
Référence « Nach den Tränen : Taten ! », par Mathias Döpfner, Welt an Sonntag, 06 Février 2005.
Résumé Ce fut un voyage de larmes. Le président Köhler avait les yeux rougis par les sanglots quand il a quitté le " Mémorial des Enfants " à Yad Vashem. Après le discours de Köhler devant l’assemblée israélienne, le leader de l’opposition Tommy Lapid a expliqué, en petit comité, comment il s’était fait violence pour accepter un discours par un allemand, en langue allemande et qu’il se pose sans cesse la question de savoir comment son père, assassiné dans un camp de concentration, aurait pris la chose. " Il aurait sans doute accepté ".
Ce voyage du président pour le 40ème anniversaire de la reprise des relations diplomatiques entre Israël et l’Allemagne se situe en pleine phase clé du processus de paix au Proche-Orient. La délégation allemande participe aussi au sommet organisé par Moubarak et les Américains à Sharm El Cheikh pour Ariel Sharon et Abbas. La résolution du conflit israélo-palestinien constitue une des bases de la courageuse vision politique mondiale de Georges W. Bush : la défense de la liberté et de la démocratie contre le fondamentalisme terroriste. Yasser Arafat, le terroriste devenu Prix Nobel, incarnait lui-même une partie du problème, Mahmoud Abbas ne semble pas être un loup dans la peau d’un agneau mais plutôt un agneau pacifiste dans la peau d’un loup. Et Ariel Sharon, le vieux faucon, n’a qu’un but, la paix et la sécurité pour son peuple, de son vivant ; il est aussi le seul à pouvoir obtenir un compromis parmi les partis de droite.
L’Europe est tiraillée entre la France, notoirement pro-palestinienne d’un côté et l’Angleterre qui penche vers Israël de l’autre. L’Allemagne, en raison de son passé, soutient moralement Israël mais peine à s’engager et se maintient à une équidistance synonyme d’indécision. Vladimir Poutine a souligné il y a peu qu’il ne voulait pas s’opposer à l’Amérique, que l’Europe, la Russie et les États-Unis ont les mêmes intérêts et un adversaire commun : le fondamentalisme islamique. La religion chrétienne semble pour eux comme pour les USA, jouer un rôle culturel important et Poutine voit dans le Hezbollah ou le Hamas, le miroir des commandos tchétchènes. J’ai du mal à comprendre pourquoi les Européens sont plus compréhensifs envers la violence exercée par les russes en Tchétchénie, qu’envers le mur de sécurité construit par Israël pour se protéger des attentats suicides.
Aussi longtemps que la partie arabe pourra jouer l’Europe contre les États-Unis, la " paix au Proche-Orient " restera une parole vide. On sait déjà qui sortirait vainqueur de ce conflit existentiel entre un front des islamistes unifiés et un monde judéo-chrétien divisé.
L’Allemagne peut faire pencher la balance européenne, c’est ce qu’ont dit à Horst Köhler tous ses interlocuteurs, le président Katzav, le leader de l’opposition Lapid et Sharon. La sauvegarde de la démocratie israélienne, la constitution d’une alliance anti-terreur américano-européenne ne doit pas être qu’une dette de l’Allemagne pour son passé. Comme le disait Franz Josef Strauss [1], « Nous ne devrions pas seulement nous recueillir devant les juifs qui sont morts, mais aussi faire quelque chose pour les juifs vivants ».
Après les larmes, les actes !

« Je ne suis pas partisan de la violence »
Auteur
Mahmoud Abbas
Source
Nezavissimaïa Gazeta
Référence « Я НЕ СТОРОННИК ПРИМЕНЕНИЯ СИЛЫ », par Mahmoud Abbas, Nezavissimaïa Gazeta, 1er Février 2005. Ce texte est adapté d’une interview.
Résumé La Russie m’est très chère, mais je ne pouvais pas y venir à cause de mes fonctions. Elle joue un très grand rôle dans la résolution du conflit au Proche-Orient, en particulier parce qu’elle entretient de bonnes relations avec la Palestine et avec Israël. La Russie est une puissance mondiale et la préservation de la paix doit être une de ses préoccupations principales.
Nous n’étions pas contre des accords de paix durables avec Israël dans le cadre de négociations strictement bilatérales, mais pour résoudre un conflit aussi sérieux, un médiateur est nécessaire pour rapprocher les points de vue, envisager des compromis et obtenir une décision finale. Toute initiative de la Russie dans ce domaine est bienvenue.
Après avoir obtenu un cessez le feu au sein de l’Autorité palestinienne, nous nous sommes adressés à Israël dans le but d’engager des négociations. Différents problèmes demeurent malgré cette trêve, notamment le retrait israélien des villes palestiniennes du secteur de Gaza ainsi que la libération des prisonniers palestiniens. Je rencontrerai Ariel Sharon dès que ces problèmes seront résolus.
Notre politique est fondée sur le principe d’un pouvoir politique unique, de forces armées unies et d’une loi unique pour tous au sein d’un système multipartite. Nous continuerons les négociations avec le Hamas et avec le Jihad Islamique jusqu’à obtention d’une position commune. Je ne suis pas partisan de la violence, je suis persuadé que la majorité des Palestiniens soutient ma politique ; ma force vient des élections et rien ne peut résister à cette force.

« Mahmoud Abbas a étudié à Moscou les liens secrets des leaders du sionisme »
Auteur
Vladimir Kisselev
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Vladimir Ivanovitch Kisselev, professeur à Moscou, est l’ancien directeur de thèse de Mahmoud Abbas.
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Source
Vremya Novostyey (Fédération de Russie)
Référence « Махмуд Аббас изучал в Москве тайные связи лидеров сионизма », par Vladimir Kisselev, Vremya Novostyey, le 12 janvier 2005. Ce texte est adapté d’une interview.
Résumé Mahmoud Abbas et sa famille, comme des milliers d’autres familles palestiniennes, ont dû quitter la Haute-Gallilée en 1948 après la défaite des Arabes. Ils ont vécu en exil en Syrie, Mahmoud Abbas y étudiait à la faculté de droit, c’est là qu’il a commencé ses activités politiques. A la fin des années 50, il a fait partie d’un sous-groupe de l’Organisation de Libération de la Palestine, connue sous le nom de Fatah, lancée au Koweït par Yasser Arafat.
Dans les années 70 et 80, il a lancé une série de publications sur les activités sionistes dans la région. C’est ainsi qu’en 1981, il a fait une recherche sur les relations secrètes entre les leaders de mouvements sionistes et les dirigeants de l’Allemagne Nazie entre 1933 et 1939. Il y expliquait pourquoi et comment les juifs, souvent de classes moyennes, émigrèrent dans ces années-là de l’Europe vers la Palestine.
J’étais son directeur de recherche en 1982 quand il a soutenu sa thèse pour le doctorat d’histoire, à l’institut d’études orientales de l’Académie des sciences de Russie, à Moscou. Il m’a apporté deux tomes de ses recherches en arabe et nous les avons traduits. La section internationale du Comité Central du Parti Communiste d’Union Soviétique, qui était dirigé à l’époque par Boris Panomarev, s’est beaucoup intéressée à ces recherches. Mahmoud Abbas est l’un des fondateurs de l’association des amitiés russo-palestiniennes, dans l’un de ses livres, il a écrit toute sa reconnaissance : "Les russes nous ont donné l’impulsion pour nous hisser à la table des négociations et obtenir une reconnaissance internationale. C’est dans cette position que réside notre force et la force de nos amis."

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