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Discours de Barack Obama sur l’état de l’Union 2013

| Washington D. C. (États-Unis)
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Monsieur le président de la Chambre, Monsieur le vice-président, membres du Congrès, mes compatriotes américains :

Il y a cinquante-et-un ans, John F. Kennedy a déclaré à cette Chambre que « la Constitution fait de nous non pas des rivaux pour le pouvoir, mais des partenaires pour le progrès ... C’est ma tâche à moi », a-t-il dit, « de donner un rapport sur l’état ​​de l’Union - l’améliorer, c’est la tâche de nous tous  ».

Ce soir, grâce au courage et à la détermination du peuple américain, il y a beaucoup de progrès à signaler. ...

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(…) Après en avoir parlé pendant des années, nous sommes enfin prêts à contrôler notre propre avenir énergétique. ... Et au cours des quatre dernières années, nos émissions de dangereuse pollution carbonée qui menace notre planète ont en fait baissé.

Mais pour le bien de nos enfants et de notre avenir, nous devons en faire davantage pour lutter contre le changement climatique. Maintenant, il est vrai qu’aucun événement à lui tout seul ne constitue une tendance. Mais le fait est que les 12 années les plus chaudes jamais enregistrées ont toutes eu lieu dans les 15 dernières années. Les vagues de chaleur, les sécheresses, les incendies de forêt, les inondations – sont toutes désormais plus fréquentes et plus intenses. Nous pouvons choisir de croire que la tempête Sandy et la sécheresse la plus grave depuis des décennies, et les pires incendies de forêt que certains États ont jamais connus étaient tout simplement une coïncidence bizarre. Ou alors nous pouvons choisir de croire au jugement accablant de la science - et d’agir avant qu’il ne soit trop tard.

Maintenant, la bonne nouvelle c’est que nous pouvons réaliser des progrès significatifs sur cette question tout en favorisant une forte croissance économique. J’exhorte le Congrès à se réunir pour poursuivre une solution bipartite et à base de marché pour le changement climatique, comme celle sur laquelle John McCain et Joe Lieberman ont travaillé ensemble il y a quelques années. Mais si le Congrès n’agit pas rapidement pour protéger les générations futures, je le ferai moi. Je donnerai des instructions à mon Cabinet pour proposer des mesures exécutives que nous pouvons prendre, maintenant et à l’avenir, pour réduire la pollution, préparer nos communautés pour les conséquences du changement climatique, et accélérer la transition vers des sources d’énergie durables.

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(…) Notre économie est plus forte quand nous exploitons les talents et l’ingéniosité des immigrés pleins d’efforts et d’espoir. Et en ce moment, les dirigeants des milieux des affaires, du travail, de l’application de la loi, et des communautés religieuses, conviennent tous que le temps est venu d’adopter une réforme globale de l’immigration. Il est maintenant temps de le faire.

Une véritable réforme signifie une sécurité frontalière forte, et nous pouvons nous baser sur les progrès que mon Administration a déjà faits – mettant en place davantage de personnel à la frontière sud qu’à aucun autre moment de notre histoire, et réduisant les passages clandestins à leurs niveaux les plus bas depuis 40 ans.

Une véritable réforme implique l’établissement d’une voie responsable à la citoyenneté méritée - une voie qui consiste à réussir une vérification des antécédents, à payer des impôts et une pénalité significative, à apprendre l’anglais, et à passer à l’arrière de la queue derrière les gens qui essaient de venir ici légalement.

Et une véritable réforme signifie réparer le système d’immigration légale pour réduire les délais d’attente, et attirer les entrepreneurs et ingénieurs hautement qualifiés qui aideront à créer des emplois et à faire croître notre économie.

En d’autres termes, nous savons ce que nous avons à faire. Et en ce moment même, des groupes bipartites dans les deux Chambres travaillent avec diligence pour élaborer un projet de loi, et je salue leurs efforts. Donc, nous allons y parvenir. Envoyez-moi un projet de loi de réforme globale de l’immigration dans les prochains mois, et je le signerai tout de suite et l’Amérique se portera d’autant mieux. Faisons-le. Faisons-le.

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(…) Ce soir, nous sommes unis pour saluer les troupes et les civils qui se sacrifient chaque jour pour nous protéger. Grâce à eux, nous pouvons dire avec confiance que les États-Unis vont accomplir leur mission en Afghanistan, et atteindre notre objectif de battre le noyau d’Al-Qaïda. Déjà, nous avons rapatrié 33 000 de nos braves soldats hommes et femmes. Ce printemps, nos forces feront la transition vers un rôle de soutien, tandis que les forces de sécurité afghanes prendront la direction. Ce soir, je peux annoncer que l’année prochaine, 34 000 autres troupes américaines rentreront de l’Afghanistan. Cette réduction va se poursuivre. Et d’ici la fin de l’année prochaine, notre guerre en Afghanistan sera terminée.

Au-delà de 2014, l’engagement des États-Unis envers un Afghanistan unifié et souverain persistera, mais la nature de notre engagement va changer. Nous négocions un accord avec le gouvernement afghan qui se concentre sur deux missions : la formation et l’équipement des forces afghanes afin que le pays ne sombre pas à nouveau dans le chaos, et des efforts de lutte contre le terrorisme qui nous permettent de poursuivre ce qu’il reste d’Al-Qaïda et leurs affiliés.

Aujourd’hui, l’organisation qui nous a attaqués le 11 septembre est l’ombre de ce qu’elle était. Il est vrai que de différents affiliés d’Al-Qaïda et groupes extrémistes ont émergé - depuis la péninsule arabique jusqu’à l’Afrique. La menace que ces groupes présentent est en train d’évoluer. Mais pour répondre à cette menace, nous n’avons pas besoin d’envoyer des dizaines de milliers de nos fils et filles à l’étranger, ou d’occuper d’autres pays. À la place, nous devrons aider les pays comme le Yémen, la Libye, la Somalie à assurer leur propre sécurité, et aider les alliés qui luttent contre les terroristes, tel que nous l’avons fait au Mali. Et, le cas échéant, par le biais d’une gamme de capacités, nous allons continuer à prendre des mesures directes contre les terroristes qui présentent la plus grande menace pour les Américains.

Mais en le faisant, nous devons mobiliser nos valeurs dans la lutte. C’est pourquoi mon gouvernement a travaillé sans relâche pour forger un cadre durable, légal et politique pour guider nos efforts de contre-terrorisme. Tout au long, nous avons tenu le Congrès pleinement informé de nos efforts. Je reconnais que dans notre démocratie, personne ne devrait me croire automatiquement quand je dis que nous faisons les choses comme il convient de les faire. Ainsi, dans les mois à venir, je vais continuer mon dialogue avec le Congrès pour assurer non seulement que notre ciblage, détention et poursuite des terroristes restent conformes à nos lois et à notre système de poids et contrepoids, mais que nos efforts sont encore plus transparents pour le peuple américain et ​​le monde.

Bien sûr, nos défis ne s’arrêtent pas avec Al-Qaïda. Les États-Unis continueront à diriger l’effort pour prévenir la propagation des armes les plus dangereuses du monde. Le régime en Corée du Nord a besoin de savoir qu’ils n’atteindront la sécurité et la prospérité qu’en assumant leurs obligations internationales. Les provocations du genre que nous avons vues la nuit dernière ne feront que les isoler davantage, tandis que nous nous rangeons du côté de nos alliés, renforçons notre propre défense antimissile, et dirigeons le monde dans la prise de mesures fermes en réponse à ces menaces.

De même, les dirigeants de l’Iran doivent reconnaître que le moment est venu pour une solution diplomatique, car une coalition est unie pour exiger qu’ils respectent leurs obligations, et nous ferons ce qui est nécessaire pour les empêcher d’acquérir une arme nucléaire. En même temps, nous allons associer la Russie à la poursuite de nouvelles réductions dans nos arsenaux nucléaires, et continuer à diriger l’effort mondial visant à sécuriser les matières nucléaires qui pourraient tomber entre de mauvaises mains - car notre capacité d’influencer les autres dépend de notre volonté de diriger et d’assumer nos obligations.

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(…) Maintenant, même lors que nous protégeons notre peuple, nous devons nous rappeler que le monde d’aujourd’hui présente non seulement des dangers, non seulement des menaces, il présente des possibilités. Pour stimuler les exportations américaines, soutenir les emplois américains et niveler la concurrence dans les marchés en croissance d’Asie, nous avons l’intention d’achever les négociations sur un Partenariat transpacifique. Et ce soir, je vous annonce que nous allons lancer des négociations sur un Partenariat global transatlantique de commerce et d’investissement avec l’Union européenne - parce que le commerce équitable et libre à travers l’Atlantique soutient des millions d’emplois bien rémunérés pour les Américains.

Nous savons aussi que le progrès dans les régions les plus pauvres de notre monde nous enrichit tous - non seulement parce qu’il crée de nouveaux marchés, de l’ordre plus stable dans certaines régions du monde, mais aussi parce que c’est faire ce qui est juste. Dans de nombreux endroits, les gens vivent avec à peine un dollar par jour. Ainsi, les États-Unis se joindront à nos alliés pour éradiquer telle extrême pauvreté dans les deux prochaines décennies, en reliant davantage de gens à l’économie mondiale ; en autonomisant les femmes ; en donnant à nos jeunes et à nos esprits les plus brillants de nouvelles opportunités pour servir, et en aidant les communautés à assurer leur propre alimentation, énergie, et éducation ; en sauvant les enfants du monde de décès évitables ; et par la réalisation de la promesse d’une génération sans sida, ce qui est à notre portée.

Voyez-vous, l’Amérique doit rester un phare pour tous ceux qui cherchent la liberté au cours de cette période de changement historique. J’ai vu le pouvoir de l’espoir l’an dernier à Rangoon, en Birmanie - où Aung San Suu Kyi a accueilli un président américain dans la maison où elle avait été emprisonnée pendant des années, alors que des milliers de Birmans étaient rassemblés le long des rues, brandissant des drapeaux américains, y compris un homme qui a dit : « Il y a la justice et le droit aux États-Unis. Je veux que notre pays soit comme ça ».

En défense de la liberté, nous resterons le point d’ancrage d’alliances solides provenant des Amériques jusqu’à l’Afrique ; d’Europe à l’Asie. Au Moyen-Orient, nous serons aux côtés des citoyens lorsqu’ils réclament leurs droits universels, et nous soutiendrons les transitions stables vers la démocratie. Nous savons que le processus sera compliqué, et nous ne pouvons pas prétendre dicter le cours du changement dans les pays comme l’Égypte, mais nous pouvons insister - et nous insisterons - sur le respect des droits fondamentaux de tous les peuples. Nous allons maintenir la pression sur le régime syrien qui a assassiné son propre peuple, et soutenir les dirigeants de l’opposition qui respectent les droits de tous les Syriens. Et nous allons rester inébranlables aux côtés d’Israël dans la poursuite de la sécurité et d’une paix durable. Ce sont les messages que je délivrerai lors de mes voyages au Moyen-Orient le mois prochain.

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Nous travaillons peut-être dans des milieux différents, et nous portons peut-être des uniformes différents, et nous avons peut-être des opinions différentes de celles de la personne à côté de nous. Mais en tant qu’Américains, nous partageons tous le même titre fier :

Nous sommes des citoyens. C’est un mot qui ne fait pas que décrire notre nationalité ou statut juridique. Il décrit la façon dont nous sommes faits. Il décrit ce que nous croyons. Il saisit l’idée persistante que ce pays ne fonctionne que si l’on accepte certaines obligations les uns envers les autres et envers les générations futures ; que nos droits sont liés aux droits d’autrui ; et que déjà bien avancés dans notre troisième siècle en tant que nation, il appartient toujours à nous tous, en tant que citoyens de ces États-Unis, d’être les auteurs du prochain grand chapitre de notre histoire américaine.

Merci, que Dieu vous bénisse, et que Dieu bénisse les États-Unis d’Amérique.

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