Réseau Voltaire
Thèmes

Justice et réconciliation

Au sortir d’une guerre ou d’une période de répression politique, chaque société doit se reconstruire et ses membres doivent réapprendre à vivre ensemble. On ne peut restaurer la Justice en laissant dans l’impunité les crimes commis. Encore faut-il que la Justice soit la même pour tous, car la tentation est forte pour les vainqueurs de ne juger que les crimes des vaincus. Ainsi le Tribunal militaire de Nuremberg, a jugé les crimes nazis contre l’humanité, mais pas les crimes de masse états-uniens (bombardements systématiques des villes allemandes pour « brûler la terre » avant l’arrivée des Soviètiques, bombardements nucléaires d’Hiroshima et Nagasaki pour dissuader les Soviètiques d’étendre leur influence, nettoyage ethnique de l’Europe centrale et déportation des populations allemandes qui y résidaient, etc.). Le Tribunal n’a pas examiné non plus les complicités alliées dans les crimes nazis, tel que le rôle de firmes états-uniennes dans l’armement du Reich, puis dans sa machine d’extermination. Sans vergogne, le Tribunal a même accusé les nazis du massacre des officiers polonais par les Soviètiques à Katyn, heureusement il a finalement renoncé à le leur attribuer.
Quoi qu’il en soit, le rétablissement de la Justice ne doit pas prolonger les affrontements du passé. La reprise de la vie collective suppose aussi de larges amnisties. Manipulant cette problématique, les élites cherchent à se maintenir au pouvoir sous tous les régimes et exigent l’impunité en affirmant avoir agi pour garantir la continuité de l’État.

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Le génocide comme stratégie de guerre totale
L’inavouable responsabilité française au Rwanda
par Paul Labarique
L'inavouable responsabilité française au Rwanda Paris (France) | 29 mars 2004
Il y a dix ans, entre avril et juillet 1994, le Hutu Power massacrait plus de 800 000 personnes, principalement Tutsies. L’horreur ne prit fin qu’avec la défaite militaire des génocidaires devant les soldats du FPR de Paul Kagamé. Patrick de Saint-Exupéry, journaliste au Figaro, a assisté en spectateur privilégié à cette folie meurtrière. Il a vu les charniers, parlé avec des Tutsis en fuite et des Hutus en chasse. Il a côtoyé l’armée française lorsque François Mitterrand décida finalement de la déployer pour des « buts humanitaires ». Il est rentré en France, hanté par ce qu’il avait pu voir, mais décidé à comprendre pourquoi la France a soutenu jusqu’au bout le régime génocidaire. Il publie le fruit de ses réflexions dans un livre époustouflant, L’Inavouable. La France au (...)