Sujet : DPS

Audition de : Renaud Dély

En qualité de : journaliste à Libération

Par : Commission d’enquête parlementaire sur le DPS, Assemblée nationale (France)

Le : 10 février 1999

Présidence de M. Michel SUCHOD, Vice-Président

M. Renaud Dély est introduit.

M. le Président lui rappelle que les dispositions législatives relatives aux commissions d’enquête lui ont été communiquées. A l’invitation du Président, M. Renaud Dély prête serment.

M. Renaud DÉLY : Monsieur le président, mesdames, messieurs les députés, je m’occupe des activités du Front National pour Libération depuis maintenant cinq ans, mais je ne m’occupe plus du DPS depuis un an - j’ai beaucoup travaillé sur ce sujet à la fin de l’année 1997. C’est la raison pour laquelle mes informations ne sont peut-être pas d’actualité. Cependant, je suis toujours, par le biais de mes enquêtes sur le Front National, en contact avec les membres du DPS, et je connais bien la manière dont ils fonctionnent, mme si, depuis le début de la crise au sein du Front National, il y a des bouleversements assez importants.

La principale expérience que j’ai eue avec le DPS remonte à la fin de l’année 1997. J’ai été contacté au début du mois d’octobre 1997 par un ancien membre du DPS qui venait d’être expulsé, à la suite d’une bagarre qui s’était déroulée pendant la fête des BBR. Il est en effet très fréquent, à cette occasion, que les différents groupes du DPS s’affrontent, souvent pour des questions d’argent et de primes promises mais non versées. Apparemment M. Bernard Courcelle lui avait fait des promesses de primes et d’emploi qui n’ont pas été tenues.

J’ai passé environ six semaines avec lui - jusqu’à la mi-novembre 1997 -, et c’est là que j’ai découvert le fonctionnement du DPS, et notamment sa partie cachée. A la suite d’une enquête approfondie, j’ai publié son témoignage dans un article du 13 novembre 1997.

Le DPS est composé de plusieurs groupes. Il s’agit d’abord, d’un service d’ordre " classique " - la face visible - composé de militants bénévoles en blazer bleu marine et pantalon gris, qui procèdent, à l’entrée des meetings, aux fouilles des militants, comme des journalistes, d’ailleurs. Cette activité occupe la grande majorité des membres du DPS.

Ensuite, il existe des groupes beaucoup plus informels, qui ne s’affichent pas, appelés " groupes chocs " ou " brigades légères d’intervention ", dont les membres - une trentaine dans la région parisienne et environ 200 sur le territoire national - qui sont quasi-exclusivement d’anciens militaires, anciens parachutistes ou anciens légionnaires. Ces hommes sont vêtus non pas du costume officiel du DPS - dite dans la terminologie du Front National " tenue n° 1 " -, mais de la tenue n° 2, une tenue civile plus discrète, jeans et rangers.

Ces groupes ne sont évidemment pas au contact de la presse et des observateurs qui assistent aux réunions, aux manifestations ou aux campagnes électorales du Front National ; ils se situent en seconde ligne. Mon interlocuteur m’a expliqué que pour la campagne législative de 1997, sur la région parisienne - il m’a fourni son emploi du temps de l’époque -, il arborait tantôt la tenue n° 1, pour des manifestations anodines, tantôt la tenue n° 2, notamment sur les marchés ou pour les visites de candidats.

Cet individu m’a par ailleurs longuement parlé du dispositif qui avait été mis en place à Mantes-la-Jolie, où il n’était pas, et m’a expliqué comment le groupe choc chargé d’assurer la protection de M. Jean-Marie Le Pen, en seconde ligne, s’était mêlé aux incidents qui ont abouti à la condamnation du président du Front National.

Il m’a également raconté qu’il leur arrivait de mener des " missions punitives ", notamment lorsque des élus ou des candidats du Front National avaient été malmenés dans le cadre d’une campagne électorale. Ils avaient alors la mission d’aller passer à tabac un certain nombre de jeunes soupçonnés d’avoir semé le trouble lors du passage du candidat du Front. Il m’a cité deux cas précis, que j’ai pu vérifier par la suite.

Le premier s’est déroulé à Bourges. Au cours de la campagne législative de 1997, le candidat du Front National, M. Jean d’Ogny, avait été malmené. Une mission dite " punitive " a alors été montée, avant d’être annulée au dernier moment.

Le même cas de figure s’était produit à Rouen, et des membres des groupes chocs ont été envoyés de Paris quelques semaines plus tard pour " casser ", selon leur terminologie, un certain nombre de jeunes soupçonnés, à leurs yeux, d’avoir molesté les élus du Front National.

Troisième rôle du DPS sur lequel il insistait : effectuer des missions internes et externes de surveillance et de renseignement. Cela permet à M. Jean-Marie Le Pen de s’assurer de la fidélité d’un certain nombre de cadres dont il a souvent, pas toujours à tort, douté. D’après mes informations, les renseignements externes se limitent aux responsables des associations anti-FN - Ras l’front, SOS Racisme, etc. - et aux journalistes couvrant les activités de ce parti. Ces informations sont relativement sommaires et se limitent à l’adresse, au numéro de téléphone et à deux ou trois informations d’ordre privé.

Autre élément essentiel, le DPS a édité un certain nombre de notes intérieures interdisant la circulation et le port d’armes - notes que les responsables du DPS ne manquent pas de vous montrer. Or cet individu, membre d’une brigade légère d’intervention, m’a raconté que si la direction du DPS ne leur fournissait pas d’armes à feu, elle fermait les yeux sur celles qui pouvaient circuler ou être détenues par les membres du DPS.

Par ailleurs, un équipement considérable leur est fourni, et s’il ne l’est pas, on incite les membres du DPS à aller l’acheter notamment dans deux magasins situés près de la place de la République. Il s’agit de l’équipement que l’on avait aperçu pour la première fois à la fin du mois d’octobre 1996, lors d’un meeting du Front National à Montceau-les-Mines ; un équipement qui s’apparente à celui des CRS, avec des bonbonnes de gaz lacrymogène, des boucliers anti-émeute et des matraques.

Pour bien cerner les agissements du DPS, il convient donc de garder à l’esprit que ce service d’ordre est composé de deux équipes. Les membres composant la seconde équipe - l’équipe non officielle - sont présents notamment en période électorale. Par exemple, le 11 février 1998, M. Jean-Marie Le Pen commençait une tournée en Ile-de-France dans le cadre de la campagne des régionales, et avait prévu un car pour les journalistes. Nous avons pu constater, à ce moment-là, que nous étions précédés à chaque étape par une ou deux Espace, à l’intérieur desquelles se trouvaient six " molosses " - il ne s’agissait pas des membres du DPS en blazer que l’on pouvait voir officiellement entourer Le Pen.

Nous avons également pu observer, lors d’une de ces étapes, plus précisément à Sarcelles, que ces " molosses " cachaient sous leur blouson des bonbonnes de gaz lacrymogène et des matraques télescopiques.

En conclusion, il est intéressant de constater que le DPS n’échappe pas aux problèmes rencontrés actuellement par le Front National. Ce service d’ordre, qui était entièrement au service de M. Jean-Marie Le Pen - le surnom du DPS étant " Dépend du Président Seulement " -, est maintenant passé sous le contrôle de M. Bruno Mégret. Au siège du Front National les membres ont changé en quelques jours : M. Jean-Marie Le Pen, totalement dépourvu, a dû faire venir des personnes de province.

M. le Président : Vous avez évoqué au début de votre intervention les querelles qui ont lieu au sein du DPS, relatives aux problèmes d’argent et de primes. Iriez-vous jusqu’à dire qu’une partie des membres du DPS sont rémunérés, ou s’agit-il de gratifications ? Dans le sud de la France, on dit parfois que les membres du DPS sont également membres des polices municipales.

Vous avez parlé de la mission de renseignement du DPS, notamment à l’égard des journalistes. Avez-vous le sentiment d’être fiché au Front National ou au DPS ?

Enfin, d’après vos propos, on comprend que lors des meetings, M. Jean-Marie Le Pen est entouré d’une équipe officielle - blazer bleu marine, pantalon gris -, mais également, un peu plus loin, d’une équipe un peu plus musclée. Qui exerce le commandement, la coordination de ces deux équipes ? Existe-t-il une rivalité entre elles ?

M. Renaud DÉLY : Premièrement, je ne pense pas que les membres du DPS sont rémunérés pour leurs missions ; lors de mon enquête, je n’ai jamais trouvé de bulletins de paie concernant les membres de ces groupes-choc.

En revanche, les gratifications en espèces au coup par coup sont fréquentes.

M. le Président : Elles se montent à combien ?

M. Renaud DÉLY : L’individu avec qui j’étais en contact m’a raconté qu’il avait déjà touché une enveloppe de 5 000 francs. Les membres de ces groupes chocs sont recrutés dans des milieux de " paumés " ; il s’agit donc pour eux de sommes importantes, 1 000 francs, 3 000 francs. L’individu en question avait été recruté dans ce type de milieu, il était au chômage et faisait de temps à autre un intérim dans une société de sécurité.

Les personnes composant les groupes chocs sont souvent d’anciens militaires incapables de se recycler dans la vie civile. On les recrute notamment dans les foyers de SDF ; le nom du foyer " La mie de pain " avait beaucoup circulé. La personne dont je vous parle avait fréquenté un foyer, mais avait été contactée, au gré de ses errances, dans un bar par un responsable du Front National de la région parisienne.

En ce qui concerne les polices municipales, il s’agit là d’un aspect que j’ai effectivement oublié de traiter et qui est important, puisque cette même personne m’avait fourni un document - une lettre de la mairie de Vitrolles - dans lequel on lui promettait un emploi au sein de la police municipale de Vitrolles. Mais comme il s’agit d’un élément incontrôlable - même pour le Front National -, cette promesse n’a pas été tenue.

Il est vrai que dans l’ensemble des villes gérées par le Front National - les informations que j’avais pu avoir concernaient surtout Vitrolles -, beaucoup de membres du DPS sont embauchés dans la police municipale, notamment par l’intermédiaire de M. Patrick Bunel, directeur de la police municipale de Vitrolles.

En ce qui concerne le travail d’information et de fichage du DPS à l’égard des journalistes, je puis effectivement vous citer deux ou trois anecdotes. Notamment le fait d’avoir reçu, à deux ou trois reprises, du courrier et des coups de téléphone, alors que je suis sur liste rouge et que mon nom n’apparaît pas dans l’annuaire. Par ailleurs, il a été fait allusion, au cours de conversations, à des détails de ma vie privée que ces personnes n’étaient pas censées connaître.

En outre, un photographe du Front National prend en photo tous les journalistes assistant aux conférences de presse et aux réunions de ce parti. Celui-ci n’est d’ailleurs pas discret, car quand tous les photographes sont tournés vers la tribune, il est le seul à être tourné vers nous !

Il y a donc un travail de fichage minimum. Cependant, en ce qui me concerne, je n’ai absolument pas le sentiment d’être épié du matin au soir.

Quant à l’éventuelle rivalité entre les deux équipes du DPS, je parlerai plutôt d’une certaine complémentarité. D’ailleurs, le fait de participer à des actions musclées ne les empêche pas d’enfiler de temps en temps la tenue n° 1 pour faire de la sécurité dans les meetings.

Le groupe choc avec lequel j’étais en contact était dirigé par Eric Staelens, responsable du DPS d’Ile-de-France, qui dépendait directement de M. Bernard Courcelle. J’avais interrogé ce dernier à ce sujet, et il n’avait pas démenti l’existence de ces groupes chocs. Il en avait simplement nié l’organisation rigide.

M. le Rapporteur : Monsieur Dély, avez-vous le sentiment que votre boîte aux lettres a été ouverte, que du courrier a été détourné ou retardé, ou que vous avez été mis sur écoutes sauvages ?

Deuxièmement, avez-vous eu connaissance du fameux rapport des renseignements généraux sur le DPS ?

Troisièmement, vous avez bien ciblé les membres des groupes chocs - anciens parachutistes et anciens légionnaires. Il doit s’agir de militaires qui n’ont certainement pas pu continuer leur engagement dans ces unités, soit parce qu’ils avaient un quotient intellectuel relativement faible, soit parce qu’ils avaient trop fait parler d’eux. Pouvez-vous confirmer cette idée ? Par ailleurs, avez-vous le sentiment qu’il y a eu, entre les organismes de soutien de la Légion et le DPS, des allers et retours - ainsi qu’entre le DPS officiel, composé d’anciens sous-officiers ou d’anciens d’Algérie, et le groupe choc ?

Enfin, y a-t-il, en dehors des deux équipes du DPS que vous nous avez décrites, des groupes incontrôlés chargés des besognes encore plus basses ? Utilise-t-on des skinheads ou des repris de justice pour des actions très précises ?

M. Renaud DÉLY : En ce qui concerne votre première question relative aux boîtes aux lettres fouillées ou à des mises sur écoute, je n’ai pas le sentiment d’être surveillé. J’ai reçu du courrier que je n’aurais pas dû recevoir chez moi, mais ça s’arrête là.

S’agissant du rapport des renseignements généraux, j’ai eu sous les yeux des documents que je n’ai pas pu conserver. S’agissait-il de ce fameux rapport des RG ou d’un rapport des RG ? Mais j’ai vu un document très volumineux consacré au DPS, fin 1997. Ce document confirmait les agissements obscurs du DPS et contenait des renseignements sur ses membres - leur curriculum vitae -, notamment sur leur passage dans des sociétés de sécurité et sur leurs relations avec le Groupe 11, société de M. Nicolas Courcelle, le frère de Bernard. On pouvait constater qu’un certain nombre de personnes faisaient des allers et retours entre cette société de sécurité et le DPS.

Bien entendu, je n’ai pas pu garder le dossier, ni d’ailleurs prendre de notes.

En ce qui concerne votre question relative au recrutement de militaires " sur une voie de garage ", c’est effectivement le cas du témoin que j’avais rencontré, qui avait été rayé des cadres de la Légion pour mauvaise conduite. Vous avez donc tout à fait raison de penser que le recrutement se fait aussi dans ces milieux-là.

Le recrutement des skinheads - que le DPS appelle des " supplétifs " -, qui était une pratique très régulière jusqu’au début des années quatre-vingt-dix, a nettement diminué quand M. Bernard Courcelle est devenu responsable du DPS. C’est afin de se passer de ces individus difficilement contrôlables que M. Bernard Courcelle a tenté de professionnaliser le DPS. Cette pratique est tombée en désuétude, et notamment depuis la mort du jeune Marocain le 1er mai 1995, et la participation à l’enquête de M. Bernard Courcelle sur ce crime. Sa popularité dans les milieux skinheads a en effet considérablement chuté à cette époque.

M. Arnaud MONTEBOURG : Vous avez parlé de " missions punitives " ; s’agit-il d’une expression que vous avez vous-même formulée, ou est-ce une expression utilisée par votre source ?

M. Renaud DÉLY : Non, c’est mon témoin qui utilisait ces termes.

M. Arnaud MONTEBOURG : Pour plus de précision, vous dites que la mission de Bourges a été annulée, mais que celle de Rouen a bien eu lieu. Que savez-vous précisément sur ces faits, à partir des informations de votre source ? Il nous serait utile d’avoir des informations très précises à ce sujet, afin que nous puissions poser des questions aux autorités compétentes.

M. Renaud DÉLY : Je ne me souviens plus de la date précise - je vous la ferai

parvenir -, mais ces incidents se sont produits quelques semaines après les élections législatives de mai 1997, dans une cité des Hauts-de-Rouen. En procédant à des vérifications, il m’avait été confirmé qu’à cette date, un certain nombre de jeunes avaient été passés à tabac, et que les agresseurs n’avaient pas été identifiés.

M. Arnaud MONTEBOURG : Je vous remercie de compléter ces informations par des précisions ultérieures à destination de notre président et de notre rapporteur.

S’agissant du rapport que vous avez eu en main, comment savez-vous qu’il provenait bien des renseignements généraux : était-il signé, ou votre source vous permettait-elle de croire avec certitude qu’il s’agissait d’un document en provenance des renseignements généraux ?

M. Renaud DÉLY : Ma source me permettait de croire que ce document provenait réellement des renseignements généraux.

M. Arnaud MONTEBOURG : Avec certitude ?

M. Renaud DÉLY : Une certitude absolue.

M. Arnaud MONTEBOURG : Ce document provenait-il des services centraux des renseignements généraux ou de la préfecture de police de Paris ?

M. Renaud DÉLY : Des services centraux des renseignements généraux.

M. Robert GAÏA : Vous avez parlé des financements que peut trouver le DPS via des sociétés de sécurité ou de la police municipale.

Nous avons appris par la presse, il y a un an ou deux, que des membres du DPS étaient impliqués dans un trafic d’armes en Tchétchénie, voire en Croatie. Pouvez-vous nous en dire plus à ce sujet ? Connaissez-vous des personnes que l’on pourrait entendre sur ce sujet ?

Enfin, étiez-vous présent à Strasbourg ? Si oui, qu’avez-vous pu remarquer ? Connaissez-vous des faits similaires de liaisons éventuelles entre la police et le DPS - ou d’usurpation d’identité - ailleurs qu’à Strasbourg, Montceau-les-Mines ou à la salle Wagram ?

M. Renaud DÉLY : Tout d’abord, je n’ai pas travaillé personnellement sur l’affaire du trafic d’armes avec la Tchétchénie. C’est un autre rédacteur de Libération, M. Didier François, spécialiste de ce type de problème, qui a enquêté à ce sujet. Il connaissait d’ailleurs très bien M. Bernard Courcelle pour l’avoir rencontré là-bas. Il serait en effet certainement intéressant d’auditionner mon confrère, qui a beaucoup travaillé sur M. Bernard Courcelle et cette affaire tchétchène - il avait d’ailleurs eu du mal à faire le rapprochement, M. Bernard Courcelle ne se présentant pas, là-bas, comme un responsable du Front National.

J’étais en effet présent au congrès de Strasbourg, mais je n’ai pas constaté de liaisons directes entre le DPS et la police. Je n’ai pas de faits précis à vous raconter. Ce que nous sommes nombreux à avoir vu, c’est la mise en place d’une seconde équipe, le soir, pour garder les abords du palais des congrès et assurer la sécurité du parti, alors que l’on pouvait penser que cette mission revenait aux forces de l’ordre, nombreuses à ce congrès. Cette équipe du DPS était habillée en noir, avec des bonnets, etc.

M. Robert GAÏA : Devant la police ?

M. Renaud DÉLY : Lorsqu’ils se sont mis en place, il n’y avait aucun policier à proximité. Cependant, j’ai du mal à croire que la police ne les a pas vus ! Par ailleurs, j’ai souvent entendu dire qu’il existait une entente cordiale entre le DPS et la police de Strasbourg, que certains membres du DPS avaient distribué des pins de la flamme tricolore aux policiers présents, qui les acceptaient volontiers. Et évidemment, il y a l’anecdote du fan de Mme Catherine Mégret qui s’était précipité sur elle.

Mais à l’inverse, je n’ai jamais entendu parler d’une tension entre la police et le DPS. Le DPS ayant tendance à empiéter sur les compétences de la police, les forces de l’ordre pourraient lui en faire reproche. Or je n’ai jamais assisté à une altercation entre eux.

M. le Rapporteur : Vous avez sans doute assisté à des manifestations organisées par d’autres partis politiques ou associations ; avez-vous le sentiment que la police a le même comportement à l’égard de Ras l’front, par exemple ?

M. Renaud DÉLY : Non, j’ai le sentiment que le comportement n’est pas le même ! Il y a, à l’égard des manifestants du Front National, une " neutralité bienveillante " de la part des forces de l’ordre. Il est vrai que, à chaque fois, tout semble se passer très bien entre le DPS et la police.

M. Noël MAMERE : Monsieur Dély, vous avez dit que les skinheads, les supplétifs, avaient moins d’importance qu’auparavant. M. Carl Lang est-il le responsable de ces supplétifs ?

Par ailleurs, avez-vous entendu parler de MM. Soulas et Régis de la Croix Vaubois ?

M. Renaud DÉLY : Effectivement, le nom de Carl Lang a circulé, mais je ne sais pas s’il en est toujours le responsable - je n’en suis pas persuadé. Le nom de M. Gilles Soulas revient en effet de façon insistante. Quant à M. Régis de la Croix Vaubois, il est responsable du personnel d’une société de sécurité dans l’Essonne, l’ACDS - qui faisait d’ailleurs partie des étapes de la visite du 11 février 1998 que nous avons effectuée avec M. Jean-Marie Le Pen.

En outre, un autre nom revient régulièrement en ce qui concerne le recrutement des supplétifs ou des membres des groupes chocs, c’est celui de M. Max Dantès - il " gérait " d’ailleurs mon interlocuteur. Il était candidat aux législatives à Paris, et a eu un parcours assez original, puisqu’il a commencé à l’extrême gauche. Il a ensuite basculé, et il fait maintenant partie de ceux qui gèrent, recrutent ou encadrent soit des skinheads, soit d’anciens légionnaires ou anciens parachutistes utilisés dans ces groupes chocs. On le voit dans tous les rassemblements un peu originaux, typiques, et susceptibles de créer des problèmes. Dans ces cas-là, il est en première ligne et gère les membres du DPS en civil

- je pense notamment au rassemblement sur la tombe de François Duprat, au mois de mars dernier, qui a attiré une bonne centaine de crânes rasés, et au cours duquel l’un de mes confrères journalistes a été copieusement insulté et menacé.

M. Noël MAMERE : Savez-vous si M. Soulas est toujours le responsable du DPS d’Ile-de-France ?

M. Renaud DÉLY : Non, je ne peux pas vous le confirmer. J’avais le nom de M. Eric Staelens, à l’époque.

M. Noël MAMERE : Je voudrais vous poser une dernière question. On a évoqué, de manière subsidiaire, l’affaire de M. Bernard Courcelle et de la vente d’armes à la Tchétchénie ; avez-vous des informations selon lesquelles son frère aurait joué un rôle à travers la société qu’il dirige, Groupe 11 ?

M. Renaud DÉLY : Sur cette affaire tchétchène, je n’ai pas d’information de première main. Je n’ai pas travaillé sur les agissements de M. Bernard Courcelle, ou de son frère, en Tchétchénie.

M. le Président : Peut-on savoir ce qu’est devenu votre interlocuteur privilégié depuis la parution de votre article ?

M. Renaud DÉLY : Je ne suis plus en contact avec lui depuis environ six mois. A ce moment-là, il devait partir en province rejoindre sa famille. Je sais que le Front National l’a identifié, mais il ne lui est rien arrivé. M. Bernard Courcelle m’a cité son nom au cours d’un entretien - que je n’ai pas confirmé, bien entendu -, mais trop occupé par l’affaire tchétchène, il n’a pas eu le temps de s’y intéresser.

M. Robert GAÏA : Avez-vous connaissance d’un organigramme du DPS ? Par ailleurs, connaissez-vous le rôle de M. François-Xavier Sidos et de M. Lecavelier au sein du DPS ?

M. Renaud DÉLY : Je n’ai pas d’organigramme précis du DPS, mais en dessous de M. Bernard Courcelle apparaissait le nom de M. Marc Bellier. M. Eric Staelens était un nom qui revenait souvent - son épouse était d’ailleurs la secrétaire personnelle de M. Bernard Courcelle -, tout comme celui de M. Dantès.

Par ailleurs, je n’ai jamais travaillé sur le rôle direct de M. Sidos, même si l’on peut penser que certaines de ses activités extra-politiques l’ont amené à fréquenter des personnes susceptibles de servir au DPS.

Quant à M. Lecavelier, il s’agit d’un rival de longue date de M. Bernard Courcelle. Les toutes premières informations concernant l’expédition de M. Bernard Courcelle en Tchétchénie proviennent de M. Gilbert Lecavelier.

M. Robert GAÏA : Il était au DPS ?

M. Renaud DÉLY : Je ne pense pas, en tout cas pas tant que M. Bernard Courcelle était à la tête du DPS - puisqu’il voulait prendre sa place. M. Jean-Marie Le Pen s’en est-il servi pour affaiblir M. Bernard Courcelle ? C’est possible. Mais il est sûr que la première note anonyme, longue et détaillée, concernant l’expédition de M. Bernard Courcelle en Tchétchénie et le rôle du Groupe 11 au sein de cette expédition, provenait de M. Gilbert Lecavelier. Il y a eu un règlement de compte interne, et M. Lecavelier a souvent été utilisé semble-t-il, en électron libre, par les uns ou par les autres, notamment dans le Sud.

M. Robert GAÏA : Vous avez des exemples ?

M. Renaud DÉLY : Quand M. Bernard Courcelle a été affaibli par cette histoire tchétchène, le premier nom qui a circulé pour le remplacer a été celui de M. Lecavelier. Puis, une fois que M. Lecavelier a été écarté, un autre nom a circulé, celui de M. Denis Daude, fervent mégrétiste, conseiller municipal de Vernouillet en Eure-et-Loir. Il entretient, lui aussi, des relations étroites avec un certain nombre de " gros bras "

- skinheads ou anciens militaires ; c’est en tout cas un spécialiste des services d’ordre. M. Jean-Marie Le Pen, ayant constaté son mégrétisme, l’a écarté, mais il doit maintenant avoir un rôle important dans le service d’ordre de M. Bruno Mégret.

M. Robert GAÏA : Savez-vous s’il existe des liens entre le DPS et le MIL - mouvement initiative et liberté ?

M. Renaud DÉLY : Non, je n’ai jamais travaillé sur ce point.

M. Arthur PAECHT : Votre interlocuteur vous a-t-il fait part d’un centre de formation pour les membres du DPS ? Dans l’affirmative, existe-t-il un manuel qui récapitule à la fois les méthodes et les cibles ?

M. Renaud DÉLY : Mon interlocuteur ne m’en a jamais parlé, et je n’ai jamais constaté l’existence d’un centre de formation organisé en tant que tel. En revanche, il m’a parlé de séances d’entraînement, de tir ou d’activités physiques diverses, en région parisienne, notamment dans la forêt de Rambouillet. Il m’a également parlé d’une salle de sport très bien équipée au sein même du siège du Front National. Et je n’ai jamais entendu parler d’un manuel, qu’on ne laisserait certainement pas traîner, s’il existait...

M. Le Président : Monsieur Dély, nous vous remercions et je vous rappelle que vous pouvez nous communiquer par écrit d’autres faits précis, ou nous faire parvenir des documents complémentaires.