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Les amitiés sulfureuses du président Menem

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Adalberto Dia, porte - parole de Carlos Menem, a annoncé le 22 août, que le Président argentin voulait organiser à Buenos Aires, en novembre prochain, une conférence internationale sur la lutte contre le trafic de drogues. Il souhaite que cette réunion analyse en particulier les mesures à prendre pour combattre le blanchiment d’argent. C’est le secrétaire d’Etat argentin chargé des questions de drogues, Alberto Lestelle, qui doit organiser cette manifestation. Les observateurs n’ont pas manqué de noter qu’Alberto Lestelle a été lui-même accusé (sans conséquence sur le plan judiciaire) d’enrichissement illicite provenant du trafic (La Dépêche Internationale des Drogues n°15). L’annonce de cette conférence a coïncidé avec les accusations lancées par le ministre de l’économie, Domingo Cavallo, selon lesquelles des "mafias organisées" gravitaient dans l’entourage du président. Il accuse en particulier un homme d’affaires, Alfredo Yabran, d’origine syrienne comme Carlos Menem, de frauder le fisc et laisse entendre qu’il serait lié au trafic de drogues. En dépit de ces attaques, le président Menem a, dans un premier temps, renouvelé sa confiance à son ministre de l’Economie, qui bénéficie du soutien des Etats-Unis. Une autre affaire vient apporter de l’eau au moulin de Domingo Cavallo. Le Syrien Monzer Al Kassar, désigné par la DEA comme "une des plus importantes figures du trafic international des droguesè, a fait une visite éclair, en juillet, en Argentine, pour répondre devant la justice de l’accusation "de falsification de documents destinés à accréditer son identitéè. Cette affaire remonte en 1990, lorsque Al Kassar obtint un passeport argentin grâce à l’entremise de Amira Yoma, belle - soeur et secrétaire particulière du président Menem (impliquée elle-même dans une affaire de blanchiment par la justice espagnole) (La Dépêche Internationale des Drogues n°9). Dans cette affaire de naturalisation, elle ne faisait que suivre les instructions du président Menem qui, selon les déclarations d’Al Kassar à la justice espagnole en 1992, lui avait "prêté une chemise, une veste et une cravateç, afin qu’il puisse faire prendre la photo qui figure sur le passeport. L’OGD a pu prendre connaissance d’un document de justice qui, pour la première fois, retrace de façon exhaustive les liens supposés d’Al Kassar avec le trafic des drogues. La Justice suisse tente en effet de saisir six millions de dollars déposés sur un compte de l’Audi Bank par le trafiquant syrien qui, après avoir bénéficié d’un non lieu de la part de la Justice espagnole dans l’affaire de l’Achille Lauro (que certains estiment dicté par les services rendus aux services secrets de ce pays), continue de résider à Marbella. Le réquisitoire, préparé par le procureur du canton de Genève, Laurent Kasper - Ansermet, justifiera la demande de saisie sous le motif des délits de blanchiment d’argent, falsification de documents et violation de l’embargo sur l’envoi de matériel militaire en Croatie et Bosnie - Herzégovine (envoi fictif de sucre et de café qui dissimulait une vente illicite d’armes). Le réquisitoire du procureur, qui a enquêté pendant trois ans sur cette cette affaire, s’intéresse aux liens d’Al Kassar avec la criminalité organisée. En ce qui concerne la drogue, selon ce réquisitoire, sa carrière est jalonnée de démêlés avec la justice de différents pays : accusation (abandonnée par la suite) de trafic de haschisch en l972 au Danemark . condamnation à 18 mois de prison en Angleterre pour le même motif en l974 . avis de recherche lancé par Interpol en 1977 pour échange d’armes, fournies par la mafia italienne, contre de la drogue de la vallée de la Bekaa . expulsion de France et de Grande-Bretagne en 1981, pour liens avec des organisations terroristes . participation à l’Irangate et vente d’armes à la Libye en l983. Le réquisitoire du procureur rappelle qu’entre l988 et l991, la police suisse et la DEA le soupçonnent de trafic à grande échelle sans toutefois parvenir à le faire inculper : des voitures de luxes volées en Europe étaient envoyées au Brésil où elles étaient "reconditionnées" pour dissimuler de la cocaïne avant d’être réexportées vers l’Europe. A Beyrouth, des camions frigorifiques apportant des poulets congelés repartaient avec de l’héroïne pour l’Europe. Le procureur Kasper - Ansermet lie également Al Kassar à un certain nombre de trafiquants de drogues : Aldo Shamash, pour des affaires de blanchiment . Felice Cultrera de la famille Santa Paola de la Cosa Nostra . enfin Elias Awad, probablement un agent - double du Mossad israélien, auquel un différend l’a opposé pour un trafic de huit tonnes d’héroïne sur le bateau Hana Rajme, au début des années 80. Elias Awad est paralysé après avoir été victime d’un attentat dont son ex-associé pourrait avoir été le commanditaire. Cette affaire est actuellement instruite par la justice espagnole (correspondants de l’OGD en Espagne, en Suisse et en Argentine).

(c) La Dépêche Internationale des Drogues n° 47

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