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Le "caillou" de la Dominique

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Selon les chiffres fournis par les autorités, 2,65 kilos de crack ont été saisis en 1993 par les services de police, de gendarmerie et des douanes des Antilles-Guyane. C’est-à-dire pratiquement autant que sur le territoire de la France métropolitaine durant la même année. La drogue saisie à la Martinique et à la Guadeloupe était essentiellement destinée au marché local. Elle y a fait son apparition à la fin des années 80 et s’est installée à la faveur de la désorganisation économique qui a suivi le passage du cyclone Hugo en 1989.

Rendue accessible par son prix, de 100 à 200 francs le "caillou", sa consommation n’a cessé de progresser. Elle tend en particulier à remplacer celle de la marijuana associée à d’autres drogues, tandis que l’usage du chlorhydrate de cocaïne et de l’héroïne reste très limité. Dans le bidonville de Boissard, comme dans plusieurs secteurs de Pointe-à-Pitre et de sa périphérie, ou sur la plage de la station balnéaire de Sainte - Anne, le crack se négocie ouvertement. Le symptôme le plus visible de sa consommation est l’explosion de la petite délinquance.

Le trafic de crack vers la Guadeloupe est tenu par une demi-douzaine de filières familiales basées dans l’île voisine de la Dominique, membre du Commonwealth et avec laquelle la France n’a pas de traité d’extradition. Elles exportent du crack et du chlorhydrate de cocaïne destiné à être transformé en crack. Il s’agit le plus souvent d’un trafic de fourmis qui s’accompagne parfois de mouvements plus importants comme lorsque quatre ressortissants dominicains ont été interpellés, au mois d’avril 1994, en possession de 517 grammes de crack, alors qu’ils pénétraient clandestinement en Guadeloupe.

Plusieurs trafiquants de cette nationalité, dont le plus connu, Vans Baron, ont été condamnés par défaut par la justice française. Emmanuel Azille, dit "Big Man", considéré comme un autre des organisateurs du trafic, s’est vu infliger 12 ans de prison, mais s’est évadé en l993. Depuis, il continue d’opérer à partir de la Dominique. Un autre lieu de fabrication du crack destiné à la Guadeloupe est l’île de Saint-Martin. En ce qui concerne la France métropolitaine, il semble que la Guadeloupe exporte davantage un savoir-faire en matière de fabrication du crack que la drogue elle-même. L’île reste par ailleurs un lieu de transit de la cocaïne latino-américaine vers l’Europe, comme le prouve la saisie en septembre l993, à bord d’un avion qui venait de se poser de nuit sur l’aéroport de la station balnéaire de Saint-François, de 200 kilos de chlorhydrate (correspondant de l’OGD en Guadeloupe).

(c) La Dépêche Internationale des Drogues n° 32

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