Bien qu’il ait animé, dans les années soixante-dix, le secrétariat du Parti socialiste aux problèmes du Tiers-monde, ce qui l’a amené à suivre les questions africaines, Lionel Jospin n’a pas l’expérience de leur gestion dans une situation de pouvoir, et il n’est pas lié à un réseau françafricain (au sens clientéliste). Cela rend plus incertain le pronostic sur l’évolution de la politique franco-africaine au cas où il accèderait à l’Élysée.

Toutefois, les propos qu’il a tenus sur ce sujet ne paraissent pas de pure forme. Ils frappent d’abord par leur netteté et leur fermeté, dans un Parti socialiste qui avait pris l’habitude de jouer les vestales du " domaine réservé " élyséen, et d’y renvoyer l’ascenseur du principe d’irresponsabilité - érigé par le Château en mode de gouvernement. Ensuite, leur substance a été prononcée avant que Lionel Jospin ne devienne candidat, à un moment (le Congrès de Liévin) où leur sévérité pouvait desservir leur auteur, voire le marginaliser ; ils furent d’ailleurs écartés par la majorité du parti.

Si, avant 1993, Lionel Jospin n’alla pas jusqu’à démissionner pour clause de conscience de son poste de ministre d’État, en charge de l’Education nationale, on sait qu’au moins une fois il apostropha François Mitterrand sur sa politique africaine, en Conseil des ministres - ce qui fut très mal vécu.

Il apparaîtra donc que Lionel Jospin rejette l’actuel système franco-africain (ce que lui reproche vivement Philippe Séguin), et qu’il émet plusieurs fortes propositions pour en changer. Reste à savoir de quelle marge de manoeuvre il disposerait face à la pesante inertie du système, sachant que son propre camp s’est laissé presque totalement investir par la Realpolitik mitterrandienne - ce " réalisme " qui, s’il se prolongeait encore, n’aurait d’autre résultat que de ruiner définitivement l’image de la France en Afrique. Il faudra revenir sur ce glissement, pour discerner les quelques points d’appui qui, le cas échéant, pourraient permettre à un Président socialiste de résister aux ambiguïtés de son propre parti.

PROPOS

La docilité initiale à François Mitterrand

La carrière de Lionel Jospin s’est longtemps développée dans la fidélité au Premier secrétaire du Parti socialiste François Mitterrand, auquel il succéda d’ailleurs à ce poste avant l’élection présidentielle de 1981. Il ne lui semblait pas alors que cette fidélité sans faille s’opposât à ses sympathies pour le tiers-monde, qui s’exprimaient dans un langage très classique :

" De toute façon, tous les accords de coopération et de défense avec les pays africains seront renouvelés, renégociés, si nous arrivons au pouvoir : nous en avons pris l’engagement. Que nous puissions aider des régimes qui nous demandent d’intervenir, cela peut se concevoir. Mais aider ces régimes signifie aussi les aider à se développer, à s’épanouir socialement, à être démocratique et donc acceptés par leurs peuples : c’est une autre dimension de la politique des socialistes (121)".

Aucun accord ne sera renégocié, et le ministre de la Coopération Jean-Pierre Cot vérifiera assez rapidement la limite des " engagements " pris en la matière. Il sera démissionné le 8 décembre 1982 pour incompatibilité croissante avec la majorité des chefs d’État africains - qui n’avaient, eux, surtout pas envie de changement, et rencontraient à cet égard le tempérament de François Mitterrand. Celui-ci confia le portefeuille de la Coopération à Christian Nucci qui allait, de 1982 à 1986, célébrer sans retenue cette préférence partagée pour les recettes éprouvées. Jean-Pierre Cot était rocardien : il eut été indécent de le laisser " tomber à gauche ". La rivalité des courants conduisit le très mitterrandien Lionel Jospin, Premier secrétaire du PS, à un démenti peu prophétique : le remplacement de Jean-Pierre Cot par Christian Nucci " n’est pas lié au fait qu’un homme incarne la lutte pour les droits de l’homme, les autres se situant sur le terrain du réalisme (122)".

Au terme du ministère Nucci, Lionel Jospin restait dithyrambique :

" La coopération avec le Tiers monde, et plus particulièrement avec les pays africains, pour les socialistes, plus qu’une priorité est un signe d’identité. [...] La France coopère désormais en insérant son aide dans les projets des développement définis par leurs autorités pour en maximiser la portée en évitant saupoudrage et dispersion. [...] Une harmonisation a donc été tentée et réussie entre tous les acteurs concernés, État, collectivités locales, associations. [...]

La France est attachée au " continent noir par des liens multiples, historiques, commerciaux, culturels, financiers, humains. Depuis 1981, elle cherche à en conforter la solidarité. [...] La France , l’Afrique, ont beaucoup en commun. Un passé fait d’amitiés, de passions, de responsabilité réciproque et d’intérêts partagés. [...]

Cette politique [africaine] a mon accord et l’approbation du Parti socialiste. Elles est de l’intérêt de l’Afrique, du Tiers monde, de la France, dont le rayonnement culturel, moral, économique, est pour une grande part fonction de tout ce qui a été tissé et construit au-delà des mers. Ce pour quoi un gouvernement de gauche tiendra bon sur les grandes orientations tracées depuis 5 ans (123)".

A l’époque, Lionel Jospin n’avait même pas besoin de faire un effort pour devenir un " Républicain " selon l’acception chère à Philippe Séguin : " la gauche " n’avait, selon lui, qu’à tenir bon dans la voie du " rayonnement moral " " tissé " par les réseaux, le double langage mitterrandien, et la vertu de Christian Nucci.

Rupture de continuité

Douze ans plus tard, lors de la préparation du Congrès de Liévin, Lionel Jospin se singularisait par une critique acerbe de la politique africaine de François Mitterrand, fustigeant son amoralisme pseudo-réaliste :

" La politique africaine est certainement le domaine ou, après quelques velléités de rupture avec les errements anciens au début du premier septennat, les socialistes se sont le moins écartés des habitudes prévalant sous la droite. Les réseaux se sont maintenus, d’autres se sont créés. La situation dramatique de l’Afrique aujourd’hui - y compris dans notre zone traditionnelle d’influence - a naturellement des causes objectives, qui trouvent leur source sur place et qui ne peuvent nous être imputées. Mais la politique du secret, les multiples interventions discrètes, l’indulgence trop longtemps maintenue à l’égard d’excès internes de toutes sortes, les liens personnels entre chefs d’États - soi-disant " à l’africaine " prévalant sur les relations diplomatiques en usage avec les autres pays, des politiques d’aide au développement inadaptées ont aussi leur part de responsabilité. Une remise en cause est nécessaire (124)".

La prise de conscience de telles dérives avait mis du temps. Elle était d’autant moins aisée que l’entourage de François Mitterrand ne manquait pas d’adeptes de l’ " accommodement ", y compris de brillants avocats. Lorsque la défense devint plus difficile, le chef de l’État se fit dissuasif : telle la seiche projetant son encre, il déclenchait son ire chaque fois qu’un importun abordait ce point sensible - signifiant sans façon à l’imprudent qu’il ne comprenait rien à l’Afrique. La cour ne se risqua plus guère sur ce terrain - ce qui ne contribua pas à réduire les bavures. Lionel Jospin décida cependant, à la mi-91, d’exprimer en Conseil des ministres son désaccord avec les méthodes françafricaines : il s’attira la remontrance habituelle. Une incartade qui ne prédisposait pas à la reconduction dans le gouvernement suivant...

Le 4 mars 1995, face aux étudiants et jeunes du PS, le candidat Jospin s’est attardé sur les déboires de la politique franco-africaine - faisant à ce propos une moue plus significative qu’un long discours. Il a promis de remédier à ses plus flagrants travers, en commençant par la disparition de la cellule franco-africaine de l’Élysée et le rattachement du ministère de la Coopération au ministère des Affaires étrangères. L’objectif serait de modifier du tout au tout " la conception de nos relations avec les États africains " (125). De même : " L’aide au développement est indispensable, mais il sera très souvent nécessaire de la reprendre sur des bases nouvelles (126)".

Il faut noter toutefois - concession aux mitterrandiens du PS ? - que le programme officiel du candidat reste fort discret sur l’Afrique et le dispositif franco-africain :

" Il y a des exclus dans le monde, et ces exclus se comptent par milliards. Il faut donc reprendre, sur des bases nouvelles et, dirais-je, assainies, notre effort d’aide au développement. En direction de l’Afrique bien sûr, mais sans oublier qu’en Asie ou en Amérique latine, nombreux sont les peuples qui comptent sur nous. De ce point de vue, je veillerai à ce que le ministère de la Coopération soit intégré dans le ministère des Affaires étrangères. Il faudra peser de tout notre poids pour éviter que l’Union européenne ne réduise sa contribution et baisse les bras devant l’ampleur des efforts à fournir. Les accords de Lomé, le Fonds européen de développement sont encore plus nécessaires aujourd’hui qu’ils ne l’étaient hier ".

Pour le lecteur de ces dossiers, l’incise " et, dirais-je, assainies " évoquera quelques sous-entendus. Et il approuvera probablement la reconnaissance de l’indépendance des pays africains, par la normalisation de leur ministère de curatelle. Mais le grand public n’aura pas compris que tout cela faisait référence au " plus long scandale de la République ".

PRATIQUES

Lionel Jospin, dernier des Mohicans ?

L’indignation sans doute sincère de Lionel Jospin face au cynisme de la politique franco-africaine n’a pas fait un tabac au PS. A Liévin, les partisans de la continuité mitterrandienne l’ont emporté sur les quelques estomacs fragiles supportant mal les accointances du patriarche avec Bousquet et son équipe, la Serbie de Milosevic, ou les responsables du génocide rwandais. Les questions que celui-ci avait pu susciter, comme les critiques de la politique franco-africaine, ont rejoint les poubelles du Congrès.

En 1989, le député socialiste Jean-Michel Belorgey avait, avec quatre autres députés (un PC, un RPR, un UDC et un UDF), rédigé une proposition de loi " relative à la contribution de la France à la lutte contre la faim et pour le développement des régions très défavorisées ", qui visait à faire passer 1/7 de l’aide publique au développement (APD) par des circuits plus sûrs, via des acteurs plus motivés. Contrairement à ses 4 collègues, il lui fut interdit par son groupe parlementaire de déposer cette proposition - souscrite fin 1991 par la moitié des députés. Avec un autre député socialiste, Jean-Pierre Luppi, il résolut alors de passer outre l’interdiction du groupe, et recueillit les signatures de cinq, puis dix collègues : le groupe PS menaça de les exclure (il était impensable, pour l’appareil du parti et l’Élysée, qu’un septième de l’APD échappe à la logique françafricaine... ), mais dut y renoncer quand ces " objecteurs de conscience " excédèrent la quinzaine. Pendant ce temps, le groupe PS continuait de choisir pour porte-parole, dans le débat annuel sur le budget de la Coopération, un personnage-clef du réseau de Jean-Christophe Mitterrand, le député Jeanny Lorgeoux...

Le lourd héritage des années Mitterrand

François Mitterrand s’évertue à rester dans les livres d’histoire comme le grand défenseur des nations pauvres et le chantre de la démocratie : à cet effet, les " nègres " du Palais, tel Erik Orsenna, mirent en chantier - à la manière des " grands travaux " - une série de discours dont certains (Cancun, La Baule) resteront dans les annales. Le Président inventa aussi l’admirable formule : " Aider le Tiers-monde, c’est s’aider soi-même "...

Pendant ce temps, il installait à l’Élysée son propre réseau clientéliste, sous la houlette de Guy Penne puis de son propre fils Jean-Christophe - marginalisant très tôt le ministre de la Coopération Jean-Pierre Cot. " Dieu " reconnaîtra les siens, mais aussi Jacques Foccart, qui avoue 14 ans plus tard (127) :

" Dès sa nomination, Guy Penne, le premier "monsieur Afrique" de l’Élysée est venu me voir. Je me suis dit : "Tiens, ils sentent bien les choses de l’Afrique. Ils ont compris le continent." D’ailleurs, certains amis socialistes m’avouaient : "On te critique comme ça. Mais on pense que tu as été efficace" ".

On a évoqué à plusieurs reprises les activités de ce réseau dans le Dossier noir n° 2. Rappelons par exemple que dès la fin de 1981, l’ambassadeur zaïrois à Paris, Mokolo, s’est gagné l’amitié de Jean-Christophe Mitterrand (128). Or Mokolo, qui n’est plus ambassadeur mais vit à Paris, est cité comme l’un des pivots des opérations franco-zaïroises, avec le concours de son successeur l’ambassadeur Ramazani Baya. De même, l’un des fils du maréchal Mobutu, Manda, est connu pour son " amitié " avec Jean-Christophe Mitterrand et son " associé " Jeanny Lorgeoux (129) - qui est aussi l’ami de Mobutu père. Or l’on resterait très charitable en comparant Manda Mobutu au fils Ceausescu.

Les terres d’élection du réseau africain des Mitterrand père et fils recoupent très souvent celles du réseau Pasqua : Gabon, Cameroun, Zaïre, Guinée équatoriale, Togo, Côte d’Ivoire, Comores, Soudan,... à quoi il faut ajouter un lien spécial avec le Rwanda de la famille Habyarimana. Le soutien très contestable aux dérives autoritaires, criminelles ou racistes des clans au pouvoir, exposé dans la partie de ce dossier consacrée à Edouard Balladur - " soutenu " par Charles Pasqua - devrait être à nouveau détaillé, puis imputé au lourd passif des septennats Mitterrand. Les conceptions des deux hommes sont si proches et leurs alliances de facto si fréquentes, que, peut-on dire, l’activisme tapageur de Charles révèle l’orientation du laxisme " familial " de François, et que l’épouvantable résultat de ce laxisme, la catastrophe rwandaise, laisse voir où pourraient conduire les manoeuvres pasquaïennes (elles n’en sont d’ailleurs plus très loin au Soudan).

Si l’on parle de laxisme, c’est que François Mitterrand préférait jouir des signes du pouvoir que s’atteler à l’exercice réel de ce pouvoir (sauf pour en conserver les signes... ). Le cas de la politique franco-africaine est typique. Le Président attachait beaucoup de prix à l’écho admiratif que produisaient, dans les forums internationaux, ses envolées sur les facteurs macro-économiques de la misère (la dette, les cours des matières premières,... ), soigneusement déconnectées de leurs ressorts ; il réduisait les relations franco-africaines à la courtisanerie des pouvoirs et dictatures en place, nourrie de cadeaux et prébendes. Pendant ce temps, il négligeait, voire ignorait, le fonctionnement effectif des deux piliers de la présence française en Afrique : sa coopération et son dispositif militaire. Pendant douze ans, on ne trouvait personne à l’Élysée qui eût la moindre expérience ou compétence dans les processus de sortie de la pauvreté ; personne n’y voulait savoir que la familiarité excessive et le cadeautage systématique font proliférer la corruption et les détournements. Quant au Président de la République, chef des armées, qui se piquait parfois de stratégie (à propos du Tchad ou du Rwanda), il ne voulait rien connaître des modalités réelles de la présence militaire française (son anarchie, ses Rambo ou ses Lawrence, ses services secrets atomisés, ses dérives dans la formation de milices ou l’instruction " anti-subversive ").

" Eléphants " socialistes en Françafrique

Lionel Jospin pourrait plus facilement tourner la page Mitterrand si certains des poids lourds socialistes, avec lesquels il devrait compter pour composer un gouvernement, ne s’étaient aussi bien acclimatés à l’irresponsabilisation élyséenne.

Henri Emmanuelli et Laurent Fabius font de l’hagiographie mitterrandienne leur fonds de commerce. Donc, pas touche à l’histoire sainte franco-africaine ! Jack Lang présidait les amitiés franco-rwandaises au bon temps d’Habyarimana. La Gauche socialiste a suivi le chemin inverse de Lionel Jospin : contestataire jadis de la politique franco-africaine, elle croit nécessaire de redoubler de tontonlâtrie pour attaquer ses ennemis modérés. Michel Rocard tenait un discours critique, mais confiait sa cellule africaine à Michel Dubois - dont le pessimisme cynique n’a rien à envier à celui des principaux chefs de meutes françafricaines...

Le village d’Astérix

Au sein du PS, un village d’irréductibles résiste aux sirènes républicaines de Monsieur Séguin. L’ancien député Pierre Victoria, auteur en 1992 d’une proposition de loi instaurant une réforme de la Coopération (130), l’ancien " Monsieur Afrique " de l’Élysée Jean Audibert, le délégué national à l’Afrique Guy Labertit, etc. poursuivent une démarche iconoclaste dont ils ont, le temps d’un Congrès (Liévin), fait une contribution. On y lit entre autres :

" La réalisation d’" éléphants blancs " [...] a démontré que [...] la corruption a été la chose du monde la mieux partagée : surfacturations des entreprises étrangères, qu’elles soient publiques ou privées, et marges bénéficiaires sans proportion avec la nature et l’intérêt des projets répondaient à l’octroi de pots-de-vin aux décideurs africains. Des concours financiers croissants sous forme d’aides budgétaires ont été apportés par la France à des dictatures ou régimes forts, corrompus et incompétents, y compris après le discours de La Baule de François Mitterrand.

Toute tentative de rénovation des rapports franco-africains a été combattue ou étouffée [...]. Sous notre gestion, la France dans ses relations avec les tiers-mondes a conservé la distinction entre " les pays du champ " [...] et " les pays hors champ " [...] qui traduit une conception passéiste, aux relents coloniaux, des relations de la France avec les " pays du Sud " et a longtemps couvert une coupable complaisance à l’égard des régimes antidémocratiques du continent africain. [...]

Les accords de défense, conclus avant 1981, ont plus contribué à conforter des régimes autocratiques ou dictatoriaux (Togo, Zaïre, Rwanda, Tchad) qu’à résoudre les problèmes de sécurité des États africains. Les armées africaines formées ou instruites par la France [...] ont été, en particulier à travers les gardes présidentielles, des instruments de répression sociale et politique [...]. Cette dimension militaire [...] est marquée par une méfiance vis-à-vis de toute influence anglo-saxonne qui n’est plus de mise à l’heure de la construction d’une Europe politique, [...] [nécessitant] une véritable " révolution culturelle " en particulier dans certains milieux civils et militaires encore marqués du syndrome de Fachoda.

[...] La défense de la démocratie (pluralisme, droits de l’homme), [...] doit être un critère de choix de nos actions de coopération mais aussi une raison de les intensifier. Ce dernier aspect implique une collaboration résolue avec une nouvelle génération politique qui s’est fortifiée ces dernières années en Afrique dans les batailles pour la démocratie ".

Ce genre de texte représente-t-il, pour le PS, l’avenir d’un idéal ou le passé d’une illusion ?

L’EPREUVE DU RWANDA

On n’a guère entendu Lionel Jospin durant le génocide rwandais. Il est vrai qu’à l’époque il n’était plus " aux affaires ", et que ses propos trouvaient plus difficilement accès aux médias. L’expression d’une vive et salutaire indignation ne serait pourtant pas passée inaperçue.

Durant cette période, le village d’Astérix tenta quelques sorties. Guy Labertit signa dans Vendredi plusieurs articles limpides. Pervenche Bérès publia pour le parti un communiqué très critique avant l’opération Turquoise (voulue par François Mitterrand) :

" Le Parti socialiste s’inquiète vivement des dernières propositions françaises annoncées par Alain Juppé, qui, sous couvert d’action humanitaire, accorde un blanc-seing aux auteurs des massacres. Le Parti socialiste, favorable à la présence d’une force internationale au Rwanda, est opposé à l’envoi de soldats français dans le cadre de cette force, car la politique partisane de la France la disqualifie pour participer à une action militaire sur le terrain (16 juin 1994) ".

En fait d’action militaire, le PS s’était trop avancé, à découvert. Huit jours plus tard, il opérait une retraite partielle, publiant un nouveau communiqué, le 24 juin, sous la signature de Gérard Fuchs. Le PS y déclarait apporter à l’opération Turquoise une " approbation conditionnelle. [...] Une vigilance particulière s’impose [...] sur deux points : le maintien des liaisons indispensables entre l’état-major de l’opération et le FPR ; le fait que notre action ne doit en aucun cas permettre le renforcement des autorités et organisations qui portent la responsabilité du déclenchement des tueries ". Nouvelle sortie le 7 juillet : Gérard Fuchs se félicitait de la désignation de Faustin Twagiramungu comme nouveau Premier ministre.


121. Interview sur Europe 1, le 22/06/80.

122. Interview sur Europe 1, le 09/12/82.

123. La politique africaine de la France, in Marchés tropicaux du 07/03/86.

124. In Vendredi, 02/09/94.

125. Jospin : un avant-goût de programme en attendant l’intégrale, in Libération du 06/03/95.

126. Non-Violence Actualité, 04/95.

127. In La Croix du 11/02/95.

128. Selon E. Dungia, Mobutu et l’argent du Zaïre, L’Harmattan, 1993, p. 47-48.

129. Idem, p. 106-107.

130. Bien modeste, mais néanmoins trop sacrilège pour être mise à l’ordre du jour.